Elle doit être flanquée par les lignes de coopérations
6. On forliOera d'espace en espace les villes qui s'y trouvent 9 préalablement celles qui sont à cheval sur les fleuves, afin de s'assurer des passages faciles et sûrs;
7. Au manque de places fortes , on suppléera par des détachements, lesquels » postés sur les points principaui , assureront l'inlégrilé de la ligne directrice.
Il serait difficile, ou pour mieux dire, impossible , de donner une momenclature plus complète et des explications plus satisfaisantes des différents genres de lignes d'opérations dont la stratégie est susceptible, que celles que le général Jomini nous a communiquées dans son Traité des grandes Opérations. Aussi , ne me dissimulant pas l'impossibilité de donner quelque chose de meilleur à la place, je resterai fidèle au système du savant qui nous a si bien •éclairé sur cette matière (t).
Le général Jomini accepte dix lignes d^opérations différentes ( t ).
Il appelle les lignes dopéraiions simples ^ celles d'une armée agissant sur la même direction d'une frontière, sans former de grands corps isolés.
Les lignes doubles et multipliées sont celles d'une armée qui opère sur la même frontière , •en formant deux ou trois corps agissant isolément vers un seul ou vers plusieurs buts.
Nous en voyons un exemple dans les opérations des armées alliées dans la Bohême, la ^Siésie elle Brandebourg» en 4813, et qui se concentrèrent à Leipzig.
Les lignes intérieures sont celles qu'une armée forme pour s'opposer à plusieurs lignes de l'ennemi et auxquelles on donne une direction telle qu'on puisse rapprocher les différents corps et lier leurs mouvements, sans que l'en-
(i) Que le lecteur me nomme un ouvrage où reiplication des lignes d^opérations soit plus satisfaisante que celle que noustrovroiis dans le Traité des grandes Opérations et il ne verra revenir franchement de ma conviction actuelle. Maintenant je soutiens encore que le général Jomini est le seul qui nous ail donné quelque
nemi ait la possibilitf de leur opposer une grande masse.
Ces lignes peuvent être simples ou doubles. En 4796, Farchiduc Charles forma une ligne d'opérations doubles intérieure en opérant sur la Murg et la Lahn. Il ne dépendait cependant que de lui de n'en former qu'une simple intérieure » en concernant ses forces sur le Necker.
Les lignes extérieures présentent un résullat contraire; ce sont celles qu'une armée formera en même temps sur les deux extrémités d'une ou de plusieurs lignes ennemies.
1 elle était la position des généraux Moreau et Jourdan dans la même campagne de 1796.
Les lignes ^opérations sur un front étendn sont celles qui seront entreprises sur un grand développement contigu, par des divisions isolées, mais appartenant à la même masse el marchant au même but. On comprendra aussi, sous cette dénomination, des lignes formées par deux corps séparés sur une seule étendue donnée, elles formeront alors lignes doubles sur un grand fîx>nt.
En 4800, le mouvement de l'armée de réserve au delà des Alpes, avait été fait dans ce sens. La marche des divisions Thurreau, Chabran, le gros de l'armée commandé par Napoléon lui-mênie, et les corps de Béthenconrl et de Macdonald, en franchissant les Alpes pennines et helvétiques, la première par le Mont- Cents , la seconde par le Petit Saint-Bernard, la troisième par le Crand Saint-Bernard, la quatrième par le Simplon, la cinquième par le Saint-Gothard, marchaient vers le même but, qui était Milan, et, au 50 mai , décrivaient une courbe qui s'étendait depuis Suse par VercelU, Pallanza et Lugano.
Les lignes profondes sont celles qui , parlant de leur base , parcourent une grande étendue de terrain pour arriver à leur but*
La campagne de 4843, en Russie, nous en offre un exemple, et son résultat nous en a démontré les dangers.
Les lignes d^opératiom concentrigues oonsis^
chose de complet sur cette partie intéressante de la stratégie.
(t) Quoique j'aie donné ces mêmes eiplications dans mon Système de guerre tmodeme, je crois devoir le» reproduire encore une fois pour offrir un tout plus satlsCaisant.
tenl &Êk phisieiin lignes , ou une
qai paitent de deux points ékignés, pour arriver
sur on même point, en tvtnt ou en arrière de
Les lignes d^opérations que Napoléon avait adoptées à Touverture de la campagne de ISOO » pour Tannée qu'il commandait en personne^ el celle du maréchal Davoust, étaient oonoen» triques. Les deui masses manœuvraient snr les éeox rives du Danube» et ce n^est qu'à la bataille d^Eckmiîhl que la réunion s^est opérée. Elles soumettent Tarmée qui les prend k beaoeonp d^inconvénients et de dangers, et les réaidtats de la campagne de 4 809 n'auraient peutêtre pas manqué de justifier mon assertion , si Tarchiduc Chartes , en franchissant l'Iser , avait plus rapproché ses colonnes de route, pour pouvoir agir en masse au moment opportun , et 8*il avait secouru la colonne du centre lorsqa'elle fut attaquée près de Rhor;c*est, à peu près, de la journée malheureuse de Rohr, que peut dater la décision de la campagne en faveur des Français. Les combats d'Abensberg et dIEckmâhl en furent les conséquences immédiates, car c'est l'échec du centre au couvent de Rhor qui avait intercepté toute communication entre les colonnes de droite et de gauche, et préparé ainsi leurs défaites.
hoRUgnesitopéraiiani exeemiriqueiBoni cdles qne parcourt une seule masse qui part d'un point et se divise pour se porter sur jdusieurs points divergents.
Fendant la campagne de 4800 , en Italie, le général Mêlas , en quittant la position du Var , H se portant vers Turin, en dirigeant le corps du général Ott sur Stradella, prit une ligne d'opérations excentrique et prépara, par une faole aussi grave, la défaite de son lieutenant à Montdiello. Leur divergence ne peut être qu'au détriment des armées qui opèrent; voilà pourquoi dles ne peuvent être employées que dans lescas où on est favorisé parles forces physiques.
Les lignes itapéralùnu aee%denieUe$ sont celles qu'amènent des événements qni fiant changer le plan primitif de la campagne, et donnent une nouvelle direction aux opérations.
C'est dans le chaqgemenl de la ligne directrice des o|iérations , dont je me réserve de donner une dissertation à la fin de ce diapitre , que consistent les lignes accidentelles. En changeant la direction perpendiculaire en monve-
ment latéral , le prinœ de Koutoosof se senrit , en 4 81 S, de ligne d'opérations accidentelle. Ces lignes peuvent amener de grands résultats ; mais il ne but s'en servir qu*avee précaution et habileté.
Les lignes cCopénUians secondaires sont celles qui servent à désigner les rapports de deux années entre elles, lorsqu'elles agissent sur nn même développement de frontières.
De toutes les lignes d'opérations, la meilleure est la ligne d'opérations simple. Une armée qui agit sur la même direction, sans former de grands corps isolés, est toujours plm en sûreté, puisque la masse principale des troupes actives est plus rassemUée. Les ligpien adjacentes ou de coopérations, tout en aas»rant son inté(prité, serviront de voies anx mon^ vements concentriques. Sans servir de direction aux opérations principales, mais coopérant an même but , ces lignes rempliront deux oljets différents. Elles faciliteront le mouvement des colonnes en diminuant leur longueur, et flanqueront la ligne directrice.
Les opérations sur une seule ligne sont aussi les UMHns compliquées, et, par conséquent, les plus avantageuses.
Le meilleur conseil qu'on puisse donner à une armée qui se trouve dans l'offensive et maîtresse de ses actions, c'est de n'agir que sur une seule direction , et, par conséquent, sur une seule ligne d'opérations principale. On marche plus positivement vers le dâioùment, qui est toujours la chose la plus importante.
Qu'on soit sur la défensive, par conséquent esclave des actions de ses adversaires , si même ceux«-ci tombaient volontairement dans le d^ savantage des lignes multiples, ce n'est jamais une raison, si la chose est possible, de les imiter. Au emitraire , ce moment étant celni où les masses rassemblées deriennent indispeisn Mes et vraiment avantageuses, sera cdui où l'on cherchera à opérer de manière à les avoir dans la même direction, pour pouvoir les coa» centrer sur le point décisif. L'opération se fisra , sans doute, dans la direction qni offrira le pins de chances pour le succès; car, lorsque le but principal est rempli, les objets secondaires rentrent d'eux-mêmes dans le néant.
C'est ainsi qu'en 4844, Napoléon détendit pendant plusieurs mois le leiritoire français avec une poignée d'hommes , et se serait peut-
MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
éire encore défendu pendant assez longtemps, sMl n^avait pas morcelé ses forces et mis, par ce partage désavantageux , l'objet immédiat des opérations, Tarraée, à la merci d'une défaite certaine , et livré par là l'objet principal aux coups de ses nombreux ennemis.
Les lignes directrice et de coopération étant celles qui, dans l'offensive, en partant desba* ses d'approvisionnement ou d'opérations, nous mènent vers l'objet que nous nous proposons d'atteindre, tandis que, dans la défensive, elles nous ramènent sur nos bases, doivent nécessairement être en rapport directe avec ces lignes qui leur servent de point de départ. Elles régleront le cboix et désigneront celle qui se q|iaalifiera le mieux par sa direction et les propriétés des sections de terrain qui l'avoisinent , pour servir de directrice aux opérations, ainsi que celles que nous prendrons pour lignes de coopérations.
C'est dans le mémoire suivant que je parlerai des ressources que la science nous offre pour régulariser ces différents choix.
Avant de terminer ce mémoire, je crois devoir parler encore d'une manœuvre qui arapport aux lignes d'opérations: mouvement épineux, il est vrai, mais qui peut avoir des résultats très-importants : c'est le changement de la ligne directrice.
Il arrive quelquefois qu'une armée, restreinte h une stricte défensive, ne se trouvant plus en état de maintenir la ligne de jonction qui tombe perpendiculairement sur les bases d'opérations ou d'approvisionnement, se voit forcée <le prendre une direction latérale pour pouvoir, en se plaçant dans le flanc de ses adversaires, menacer leurs communications et paralyser leurs mouvements offensifs. C'est ce que nous appelens «ne défense indirecte. Napoléon, dans fies Mémoires a dit, non sans raison, que c'était rojiératioii la plus épineuse de la stratégie ; je (lirai plus : é'est qu'une opération pareille ne pMit être exécutée que dans son propre pays, ou dans un pays allié , où le matériel et les NiiliulMiimces de l'armée sont à notre disposition, ««I \i*\\rn rassemblements ainsi que leurs direclinuH wHil Kuliordonnés à notre volonté. La mlmin (Ml (*sl toute simple, c'est qu'en changeant <li« (llriMilon per|>endiculaire et en entamant un mttuvoiNoMl latAnil, on découvre et on aban- Anntw U bupir d'Approvisionnement, qui peut
facilement tomber sous les coups des adversaires, et qu'il est indispensable de s'en procur rer une autre. Dans une contrée ennemie, où on ne peut pas changer à volonté de base d'approvisionnement, changement qui devient le iine quà non de celui de la ligne d'opérations, celte manœuvre peut devenir pernicieuse.
Dans son propre pays même , ou dans un pays allié, on n'est pas toujours en droit de changer de ligne directrice, quand le désir nous en vient , car on irait souvent au-devant d'une perte certaine. En changeant de ligne d'opération, comme on change aussi de base d'approvisionnement, il est indispensable que ce changement soit précédé par plusieurs conditions, sans lesquelles cette opération serait au détriment de l'armée (pii l'entreprend.
4 . La section de terrain vers laquelle on se dirige, doit pouvoir offrir à l'armée défensive les moyens de continuer les hostilités, et poeséder tout ce qui est nécessaire pour établir une nouvelle base d'approvisionnement, où se rassembleront les munitions de guerre et de bouche;
' 2. La contrée qaï devient par le changement de la ligne d'opérations le théâtre de la guerre, doit posséder des prérogatives positives sous les rapports de la stratégie et de la tacti(ine ;
3. En changeant de ligne d'opérations et en abandonnant la retraite perpendiculaire, pour entamer un mouvement latéral, qui n'est, comme nous l'avons vu, qu'une défense indirecte, il ne faut pas perdre de vue que cet abandon peut n'être souvent que momentané , et que l'ancienne ligne d'opérations ne doit pas être tout à fait abandonnée à la merci des ennemis , qui pourraient menacer l'objet principal des opérations et finir par s'en rendre maîtres en n'y faisant qu'une incursion. Il en résulte nécessairement une dissémination de forces, et c'est justement cette division d'une armée, qui se trouve déjà rejetée par les circonstances sur une défensive désavantageuse, et par conséquent dans une situation défavorable, que git la grande difficulté de cette opération, qui ne doit être entreprise que dans un moment opportun , et conduite av^ autant de sagacité que de précaution.
En 1812, l'armée russe a changé de ligne d'opét*ations, parce qu'elle manœuvrait dans son propre pays, et que les riches contrées mé-
ridioDales de TEmpire avaient facilité rétablissement d'une nouvelle base d'approvisionnement. En 4813, l'armée alliée a aussi changé de ligne d'opérations , car, après ce changement, elle était allée se baser sur les places de
laSilésie, qui lui ofiraient une base d'approvisionnement sûre et avantageuse par l'alliance avec la cour d^ Autriche, dont l'adhésion au système politique des alliés n'était plus soumise à aucun doute.
MÉMOIRES SUR \Ai.S PRINCIPES
LUXUJL
I' Il 'Il