SUR LA LIMITATION DE L'^XHIQUIRR STRATÉGIQUE
La base d'approvisionnement, et Tobjet des opérations, sont les deux premières données sur lesquelles nous devons fonder nos calculs stratégiques. La première est une ligne qui est en notre pouvoir, le second est un point que nous voulons conquérir. Pour y parvenir, nous devons choisir entre les différentes voies qui nous mènent de Tune à l'autre, la route la plus sûre, la plus facile, et par conséquent la plus avantageuse. La limitation de Péchiquier stratégique est Popération la plus propre pour nous guider dans notre choix.
En prenant la ligne d'approvisionnement pour base et Pobjet des opérations pour sommet, nous nous formerons facilement un triangle, en liant par des lignes les deux points extrêmes de notre base avec le sommet. Il s'ensuit que les deux côtés du triangle seront les lignes les plus menacées, puisqu'elles se présenteront les premières aux attaques d'un ennemi qui se dirigera dans le flanc du triangle.
Lorsqu'une de ces lignes extrêmes, comme CD ou CK (PL l'*, Fig. 4) , sert de ligne direclrice, Pennemi peut facilement, en se portant entre l'armée ennemie et sa base, Pen séparer et la forcer de revenir sur ses pas pour se faire jour l'épée à la main , ou de choisir d'autres directions, peut-être moins avantageuses , moins conformes aux circonstances et aux localités, et qui seront en dissidence avec
les règles de la stratégie. Une malencontre pareille peut bouleverser Pensemble du plan de campagne et avoir des résultats très-funestes.
Toutes les lignes qui se trouvent dans l'intérieur du triangle seront, au contraire, moins exposées que les extrêmes, et la ligne la plus sûre sera toujours celle qui tombe perpendiculairement du sommet sur la base comme GG; car, avant d'y parvenir, Pennemi sera obligé d'en intercepter plusieurs, qui ne sont jamais sans surveillance, et avant d'arriver à la ligne centrale , il trouvera plus d'une entrave dilBcile à vaincre , et le plus souvent une impossibilité totale de l'atteindre.
Si les circonstances nous obligent cependant à nous servir d'une des lignes extrêmes, elles nous mettent alors dans l'obligation d'obvier à cet inconvénient par des mesures de précautions, qui consistent dans les détachements de sûreté dont le devoir est de flanquer la ligne menacée et d'en assurer Pintégrité.
Lorsque la ligne extrême longe quelque terrain impraticable, comme la mer, un vaste marais, une chaîne de montagnes dont l'ennemi ne puisse aisément forcer les passages, ou un pays neutre ou ami, tous les inconvénients s'aplanissent , et les détachements de sûreté deviennent inutiles.
L'application de ces principes au terrain pourra beaucoup mieux nous les éclaircir
UE U STRATÉGIE
PreooiiSy par exemple, la campi^e de i8i3.
Berlin éiail la base d'af^rovUiooiieoieDt de Tannée du Nord, Breslau celle de Taraée de SUésie {Piaucke 2), Leipzig i'olbjel priocipal des opérations des deux armées. En prenant la ligne qui joint Berlin avec Breslau pour base» et le point de Leipzig pour sommet, nous fbrmerons notre triangle stratégique AfiC« Les lignes directrices des deux années étaient sur les deux lignes extrêmes du triangle, et se trouvaient les plus menacées de toutes cdles qui partaient de la ligne AC. Celle AB se trouvait flanquée par un terrain que Tennemi pouvait facilement envahir, en s'y portant de Hambourg et de Magdebourg. Il y avait donc une nécessité urgente de paralyser tous les mouvements offensifs qu*il aurait pu entreprendre, en se basant sur ces deux places, et c*est justement ce qui fut fait. Le général comte de Walmoden, à la tête de 28,396 hommes et de 53 pièces de canon , fut détaché pour couvrir la ligne extrême de Berlin à Leipzig, contre les tentatives que le maréchal Davoust pouvait faire de Hambourg. Il prit position derrière la Stecknitz, entre LauenbourgetMoUen, etaprès beaucoup de mouvements offensifs et de retraites, paralysa avec beaucoup d*habileté toutes les opérations des ennemis.
Les généraux Tchemichef, Hirchfeld et Puttlitz, à la tête de 13 à 14,000 hommes, furent envoyés du côté de Magdebourg, et remportèrent à Belzig une victoire complète sur les troupes françaises sorties de la place sous les ordres du général Gérard.
Cest ainsi que ces deux corps flanquants dégagèrent tout le terrain compris entre la rive droite de PElbe et la ligne extrême de Berlin à Leipzig, de toutes les tentatives que Tenuemi avait projeté.
Sur le flanc gauche, la ligne directrice de Tannée de Silésie était aussi sur la ligne extrême du triangle stratégique; mais cet écart n'entraînait dans aucun inconvénient majeur. Cette ligne était flanquée par les frontières de la Moravie et de la Bohême, pays confédérés, qui mettaient cette ligne en sûreté.
Il en était tout à fait autrement des mouvements de Napoléon. Basée sur les places de TElbe, depuis Hambourg jusqu'à Dresde, sa ligne directrice contre Tarmée de Silésie , en partant de Dresde, allait par Bautzen, Gorlitz, etc..
et se trouvait sur le côté EC du triangle DEC, longeant une frontière ennemie. Les alliés pouvaient, en débouchant par Bolim, Leîpa, Zittau ou Hirschberg, inquiéter la ligne d'opéralions des Français et leur interotpler leur communication avec Dresde. Mais l'armée de Bohème, employée dans des opérations offensives contre cette ville, ne pouvait pas se disséminer pour entreprendre ce mouvement, et il n'y avait pas d'autres troupes disponibles qu'on ait pu y employer.
Toutes les lignât de la gauche qui aboutissaient à Berlin, comme celle deforgau, Wittenberg, Magdebourg et Hamlmrg, étaient assurées Tune par l'autre , et la dernière longeait, en grande partie, un terrain neutre ou paralysé par un manque total de troupes.
Tel a été aussi le défaut dans lequel l'armée de Bohême est tombée pendant la même campagne. Sa ligne directrice se trouvait sur l'extrême droite £G du triangle stratégique EFG, cette ligne avait Tinconvénient de longer la ligne de l'Elbe, qui était au pouvoir des Français , et de passer à peu près sous le canon de Konigstein , où les Français pouvaient franchir en sécurité le fleuve et intercepter la ligne directrice des alliés.
Plus tard , au moment du mouvement offensif de cette armée sur Leipzig, le même écart se fit sentir aussi dans le triangle BFG ; mais on obvia à tous les dangers, en masquant la ligne de l'Elbe et la place de Dresde, d'où les Français pouvaient déboucher, parle corps du comte Tolstoy, qui protégea la ligne extrême BG.
Dans la guerre que les Russes ont soutenue contre les Turcs, en 18i8, leur ligne directria* était aussi sur l'extrême gauche delà base comprise entre Israaîl et Boukarest, qui formait avec le point de Varna le triangle stratégique ; mais cette ligne longeait la mer Noire , qui était au pouvoir des Busses et qui là mettait à l'abri de toute attaque.
Les exemples que je viens d'offrir au lecteur seront suffisants pour le guider dans l'opération primitive, qui a la formation du triangle stratégique pour but Ce triangle se trouvant une fois désigné, l'appréciation des différentes lignes qui, en partant de la bas^, aboutissent à lobjet des opérations, devî«|||lbeile et d'une cflàcacité non douteuse. On cSioisit entre ces ! lignes celle que des circonstances impérieuses,
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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
ou les avantages des localités , nous obligent à préférer aux autres ; le triangle stratégique nous servira à en connaître les prérogatives ou les désavantages, et à voir si remplacement de la directrice n'exige pas d'autres secours que celui des lignes de coopérations , ou bien si des détachements de sûreté deviennent nécessaires pour en assurer Tintégrilé.
Ici finit ce que j'ai nommé le $y$tème géographique iê la stratégie. Le lecteur a pu se
convaincre qu'il est composé d'éléments stables» car leur majeure partie est basée sur la géographie militaire» qui offre une nature immuable; que loin de ne posséder ni règles ni principes» ce système en offre une très-grande série qui » liés ensemble par des noeuds indissolubles» impriment à cette partie de la science militaire» un caractère synthétique qu'on ne saurait méconnaître. ''
Après avoir achevé les développements de la section théorique de la stratégie » passons maintenant à la partie pratique» que j'ai nonuné le système opératif. ^