Les propriétés qui proviennent de leur nature
D'après le caractère synthétique que nous avons cru reconnaître dans les éléments de la stratégie, et dont le lecteur se ;sera sans doute convaincu aussi , il s'ensuit que l'attaque ou la défense des frontières doit être faite avec cette sage prévoyance que revendique la haute importance de cette opération , et l'influence salutaire ou nuisible qu'elles peuvent avoir sur les modulations de la guerre.
Le mouvement offensif contre la ligne frontière ayant été prononcé, ou l'emplacement des armées défensives ayant été décidé, on n'est plus toujours le maître de changer à son gré l'ordre des mouvements qu'on aura établi. On devient esclave des directions qu'on aura choisies , et malheur à celui qui les aura prises en contravention avec les règles du s}inènic géographiffue d'où nous puisons la juste appréciation du terrain, ou du système opératifqm décide de l'emplacement des armées.
* Faisons-en l'application au terrain , et pre-
tés des trois armes différentes, de leur emploi dans Us iMlailles et de leur rapport entre elles. *
nons Fouverture de la campagne de 1806.
La ligne des frontières des Prussiens, à cette époque, décrivait un arc convexe, qui s'appuyait par la gauche à Eger, et passant par Nuremberg, Cobourg, Hildbourghausen et Meinungen, contournait Télectorat de Hesse et aboutissait par sa droite à Emden.
Deux lignes de jonctions principales, que nous avons nommé lignes directrices , indiquent les points vulnérables par où Tennemi pouvait pénétrer. Sur la droite , c'est celle qui , partant de Dusseldorf , passe par Paderborn, Cassel, Magdebourg, et aboutit à Berlin ; sur la gauche, celle qui, partant de Mayence, passe parFulde, Weimar, Leipzig et conduit à la capitale.
La première présente trois lignes de défense à franchir. Celle du Weser, la chaîne du Harz et TElbe, sans pouvoir les prendre à revers et échapper à leurs difficultés.
Celle de gauche en oftre le même nombre , qui sont : la Saale, la Mulde et TElbe. Mais en s'établissant militairement sur celle du Mayn jusqu'à Bamberg, en se prolongeant par la droite jusqu'à Nuremberg et en masquant la Thuringe par un corps d'observation, cette position suffisait, non-seulement pour tourner les deux premières; mais elle mettait aussi l'armée française en possession des lignes de jonction les plus courtes qui mènent à la capitale.
Cette position stratégique offrait, en outre , l'avantage d'avoir les deux flancs du déploiement bien appuyés. L'aile droite à la chaîne des montagnes de Fichtel et de l'Erz , qui contournait un pays devenu neutre à cette époque, la gauche au Rhin, qui formait la frontière de la France.
Abstraction faite des ressources et des désavantages territoriaux pour les Français et pour les Prussiens, le rassemblement des armées de Napoléon à Bamberg, Amberg, Konigshoffëh , Nuremberg, Wûrtzbourg et Cronach, servait d'indication à la direction que Napoléon voulait donner à ces opérations.
Un autre avantage non moins grand , rendait cette direction importante : c'était la possibilité de se présenter parallèlement à la directrice des opérations des Prussiens, et de pouvoir menacer plusieurs de ses points à la fois. ÏM possession du déGlé de Hof et de la ligne de
jonction qui, par Zwickau, mène à Leipzig, prenait aussi une grande section de terrain à revers, et forçait les Prussiens à se replier derrière l'Elster.
Les routes qui , de la partie méridionale de la ligne frontière, conduisent vers l'Elbe, sont:
i. Celle qui, partant d'Eger , conduit par le défilé d'Adorf ;
2. Celle qui , partant de Bayreuth, traverse le défilé de Hof ;
3. Celle qui, partant de Bamberg, va par Cronach et coupe la vallée de la Saale à Saalburg;
4. Enfin celle qui , partant aussi de Bamberg, longe la Reich par Cobourg et passe par le défilé de Saalfeld.
Les points importants qu'on devait considérer comme les plus fermes appuis de la partie vulnérable des frontières, étaient donc: Adorf, qui défend le passage de TElster et ceux de Hof, Saalburget Saalfeld , qui ferment la vallée de la Saale. Ces points, au contraire, ne furent que faiblement occupés, et toute la masse des troupes prussiennes reçut pour direction primitive la grande communication qui mène à Erfurt , afin de franchir la forêt de la Thuringe et de se porter sur Meinungen et Hildbourgshausen. Chose bien inconcevable, le duc de Brunswick avait fait les dispositions nécessaires pour s'opposer à une attaque que les Français pouvaient diriger contre le front des frontières, et avait perdu de vue qu'on pouvait les tourner par leur gauche.
Engagé dans cette fausse direction, qui découvrait aux coups des ennemis les points les plus vulnérables, le duc de Brunswick ayant reconnu les projets de Napoléon , ne fut plus en état de remédier aux grands maux que ses faux mouvements occasionnèrent : il avait perdu le temps et les distances. En vain s'effbrça-tril de corriger ses fautes en rassemblant l'armée à Erfurt, Gotha et Hochdorf, ce rassemblement ne pouvait même plus servir de palliatif; car Napoléon, maître des trois grandes communications qui conduisent par Hof, Schleitx et Saalfeld , s'avançait avec précipitation à dos de ses ennemis. C'est ainsi qu'au moment où le prince de Hohenlohe et le duc de Brunswick livraient les batailles de léna et d'Auerstadt, l'un et l'autre se trouvaient, avant de combattre, coupés à Nanmbourg et léna, et avaient
MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
livré aax Français les lignes les plus courtes sur Dresde et Berlin. Nous connaissons l'influence que les pertes de ces deux bataiUes, mais surtout celles des lignes les plus directes , eurent sur le sort de la capitale et du royaume.
Telles ont été les suites de la fausse appréciation topographicjue de la ligne des frontières, tels seront ordinairement les malheurs qui résulteront de Tinfraction des lois du système géographique.
Les frontières étant une fois franchies, on procède à l'attaque du théâtre de la guerre. Trois objets principaux doivent attirer notre attention , et nous devons nous efforcer :
1. A être en possession des lignes de jonctions principales et des lignes les plus courtes ;