A dominer les grands fleuves
3. A nous rendre maîtres des objets et des bases d'opérations.
Les ligues de jonctions principales sont les plus favorables pour le mouvement des grandes masses ; les lignes les plus courtes nous mènent d'une manière directe au but principal de nos opérations.
Les grands fleuves sont des lignes défensives naturelles très-favorables , et servent aussi de bases temporaires à nos approvisionnements et à nos opérations.
Les objets et les bases d'opérations étant les plus fermes appuis de nos opérations , décident aussi de la possession du théâtre de la guerre.
Nous avons vu, dans le neuvième Mémoire, que parmi ces objets d'opérations, il y en avait dont l'importance était tellement grande que, pour qu'ils ne tombent pas de prime-abord au pouvoir des ennemis, on cherchait à leur ac^ corder une force défensive permanente , qu'on obtient par les fortifications. La conquête de ces objets revendiquant beaucoup de monde , de temps et d'apprêts , diminue aussi nos forces actives, ainsi que la vivacité de nos mouvements. Mais, malgré le tort qu'une diminution pareille peut faire , le mal n'en est pas moins sans remède , car pour pouvoir avancer en sécurité et sans danger dans un pays qu'on se propose d'envahir, le principal est d'avoir les flancs et le dos libres et francs. 11 est donc indispensable de ravir aux ennemis ou du moins de paralyser les objets qui se trouvent sur l'espace qu'on parcourt , qui appuieraient et pourraient servir de pivot à leurs opérations.
Les places fortes étant parmi ces objets ceux qui procurent les plus grands avantages, attireront notre scrupuleuse attention. Nous itous vu, dans le neuvième Mémoire , la manière d*en classer l'importance; le sixième nous a servi à connaître les moyens que nous nous réservons pour les paralyser ou pour nous en rendre maîtres. En commençant nos opérations offensives, il sera nécessaire de décider quelles seront les places que nous devrons soumettre à des si^^ réguliers , et quelles seront celles qui deviendront les objets des blocus ou des ol^servatîons. C'est d'après cette classification que nous par> tagerons nos forces actives , et en libérant l'échiquier stratégique de tout ce qui peut génw les mouvements des armées assaillantes, nous accorderons à leurs opérations plus d'assurance et plus de sécurité.
Les places qui possèdent une influence stratégique sur le théâtre de la guerre , et que nous soumettons à des sièges réguliers, sont les points dont nous devons chercher à nous rendre maîtres au plus vite. Tant qu'une place est au pouvoir des ennemis , elle ne perd jamais de son importance strat^ique. Le moindre heureux incident pour eux est un revers pour nous, en ramenant les adversaires vers ces objets de défense, leur oifrent un pivot et un appui pour leurs opérations. Il s^ensuit que nous devons tâcher, autant que possible, à éloigner la force active des défenseurs de tous les points qui peuvent seconder leurs entreprises, et i manœuvrer de manière à la rejeter vers une section de terrain où elle ne puisse trouver d'autres secours que sa force physique intrinsèque.
A mesure qu'on avance dans le pays, qu'<m fait les dispositions nécessaires pour les sièges, les blocus et les obsei*vations, qu'on désigne le nombre des masses nécessaires pour ces opérations, on emploie leur surplus pour prendre possession de l'échiquier. Nous pouvons y parvenir de deux manières :
i . Par le choc de la force active;