‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 6 sur 87 · FRONTIÈRES DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

FRONTIÈRES DE L'EMPIRE

ReddùUm de Moâcou. — Après la bataille de Borodinoy la reddition de la capitale devint inéTÎtable» et au lieu de se replier par Mojaisk sur Moscou, le moment, pour les Russes, était venu de changer de ligne d^opérations. C'est à Mojaisk que ce changement devait avoir lieu, en prenant une position défensive à Borissov, et en se couvrant par la Protva (i). Napoléon suivit ses ennemis jusque dans la capitale, fut le témoin de sa destruction, et, nouveau Mariiis, assis sur les cendres de Moscou, il y trouva le principe de son extranéîté.

Napoléon trouva la capitale vide, et tous les calculs dont Tasservissement des administraUons civiles devait être le résultat, s'évanouirent dans ce chaos solitaire. Mais c'était encore trop peu pour ce peuple fidèle et capable des plus grands sacrifices, d'abandonner ses foyers et ses richesses, la flamme dévorante devait ravir à son ennemi jusqu'à Tespoir de faire jouir son armée de quelque repos, et bientôt Moscou n'offrit plus qu'un amas de décombres. Cest en vain qu'on voudrait ternir l'éclat d*un acte de patriotisme dont rien ne peut surpasser le dévouement; c'est en vain qu'on refuserait la couronne civique aux généreux habitants de Moscou, la postérité impartiale la leur décernera sans doute, comme une juste récompense de leur dévouement.

(0 Non pour défendre Moscou, car la eullale n'était pas k saoTer, mais pour rester en contacC aVec les provinees les plni fertiles de la Rn98le,dQift les immenses

Si l'abandon de Moscou n'avait été qu'une fuite momentanée pour se soustraire à quelques mauvais traitements de la part des ennemis irrités; si, en y rentrant, les habitants avaient conservé l'espoir d'y retrouver le bienêtre dans lequel ils avaient toi^ours vécu , un acte pareil n'aurait été qu'un faible sacrifice , que l'histoire aurait sans doute dédaigné de relever. Mais lorsqu'on songe que la majeure partie des habitants de celte vaste capitale, en abandonnant leurs foyers, abandonnaient aussi à la merci d'un ennemi, que le désespoir devait rendre implacable, tout l'espoir de leur bienêtre futur et l'avenir 4é leurs enfants ; que le père, en s'éloignanltemursde sa ville natale, poursuivi par l'idée qu'il y laissait la fortune de ses enfants et la sienne , ne revint pas sur ses pas pour chercher à la soustraire aux mains avides de ses ennemis, et fit triompher la voix de la patrie en étouffant celle de la nature; voilà un acte de dévouement qui oflire , sans doute, peu d'exemples dans les annales historiques des peuples. Quel contraste entre Toccupation de plusieurs capitales européennes,, qui tombèrent au pouvoir de leurs ennemiÉf Moscou perdit tout en ouvrant ses portes mx Français, tandis que d'autres caj^lales s*«irir chirent aux dépens des vainqueurs.

Contidératùmi. — Depuis l'abandon des fron*

produits devaient nécessairement fiidliter la continua- Uon des hostilités, et ratir aux ennemis tous iMBayens de se frayer une ?oie plus aTanta^euse pour lafiMle^

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

lières jusqu'à la reddition de Moscou , les opéra lious de la grande armée russe se sont bornées à une retraite perpendiculaire. Ce n*est qu'en abandonnant la capitale au pouvoir des ennemis, que se développe le système de ses manœuvres stratégiques. Le mouvement demicirculaire de Tarmée russe autourde la Moskva et de la Pakhra , appartient certainement au domaine de la haute stratégie. Ayant résolu de traverser Moscou avec toute son armée, au lieu de laisser la ville sur sa gauche , le général Koutousov ne pouvait pas mieux profiter de cette circonstance.

i® Le mouvement de flanc de Koulakovo à Krasnaïa-Pakhra , pendant lequel Tarmée devait prêter pendant deux fois vingt-quatre heures le flanc à l'ennemi , fut couvert par la Pakhra ;

2® L'armée reprit ses communications avec les provinces qui devaient lui fournir les moyens de continuer les hostilités; et

3® Ses positions de flanc à Podolsk et Krasnaïa-Pakhra, tout en lui offrant les moyens les plus faciles pour opérer sur la ligne d'opérations de ses ennemis, la mettait à Tabri du danger de perdre ses communications avec sa nouvelle base.

Le terrain compris entre la Pakhra et la Mocza, lui offrait des positions défensives des deux côtés d'où l'ennemi pouvait venir. Dans une guerre défensive, cette catégorie de position angulaire , comprise entre deux rivières , est justement la plus avantageuse. L'armée défensive pouvait facilement faire front du côté de Moscou , comme vers Podolsk , et trouvait de bonnes positions défensives de l'un comme de l'autre côté.

Quant aux opérations de l'armée française , l'espoir de conclure la paix à Moscou et de se retirer honorablement du faux pas dans lequel Napoléon se laissa entraîner, s'étant évanoui , semble leur avoir donné une empreinte d'irrésolution et de mollesse qui ne saurait s'excuser. Les premiers mouvements du roi de Naples sur la route de Rézan , du prince Poniatowsky sur celle de Toula et du maréchal Bessières sur celle de Kalouga, avaient un but distinct, celui de retrouver les traces de Farmée nisse , dont la direction était devenue incertaine depuis sa sortie de Moscou. Mais au moment où Napoléon apprit avec certitude les mouvements

du prince Koutousov, il est difficile de s*expliquer toutes les contradictions qui eurent lieu entre ses désirs très-prononcés et les moyens qu'il employa pour y parvenir.

L'incendie de Moscou ayant englouti toutes les ressources que cette ville immense possédait, le but de Napoléon fut d'éloigner l'armée russe des environs de la capitale, pour pouvoir se procurer des moyens plus faciles d^existenœ. Au lieu donc de chercher, par des mouvements hardis et prompts , à refouler ses ennemis an delà de TOka , il fit tout ce qu'il put pour se faire battre partiellement; trois détachements sortirent de Moscou :

i^ Sur la route de Rézan;

S<> Sur celle de Toula ;

3<* Sur celle de Kalouga.

Tant que le rôle imposé à ces trois détachements n'a été que celui d'une recherche , ces marches excentriques n'avaient rien de vicieux ; mais dès qu'on abandonna le roi de Naples, aux ordres duquel on soumis plus tard les troupes du prince Poniatowsky et du maréchal Bessières, à la merci d'un ennemi double en force, le mode d'après lequel ces marches furent ordonnées devint fautif.

En faisant une reconnaissance, ce ne sont pas des positions défensives qu'on est obligé de garder, qu'on prend. Les troupes qui en sont chargées rencontrent-elles des forces supérieni*es, comme c'était le cas du roi de Naples, il faut, ou les soutenir pour les mettre en élil de se défendre, ou les faire rétrograder pour ne pas les mettre à la merci d'une défoite mm douteuse. Napoléon, au contraire, ne fit ni l'ui ni l'autre.

La position centrale de Podolsk, que le prince Koutousov pouvait occuper pour recevoir les ennemis, aurait pu lui suffire pourbattre ces détachements l'un après l'autre. Si même oeux du centre et de la droite avaient pu se réunir par un mouvement rétrograde, le détachement de. la gauche, séparé par la Moskva et la Pakhra, par conséquent sans espoir de secours, courait risque d'être écrasé.

Même, après la concentration de toutes oes trou|)es, le roi do Naples se trouva trop faible pour hasarder un mouvement offensif vers la Nara , tant que la grande armée ne fut pas en mesure de le soutenir. Sa position était critique f tant sous le rapport militaire que sous

seliii des snbsisUnce et surtout à cause de la pénurie de fourrage. Il en fit part à Napoléon; OM» loin de prêter Toreille aux justes sollicitations de son lieutenant, il se contenta de répondre à l'envoyé : c Avec de la cavalerie lé-

> gère on vit partout >, l'assurant aussi c qu'il

> ne serait pas attaqué , et que, s'il Tétait , il

> fallait qu'il s'arrélât etse retranchât au défilé » de Woronovo. • Réponse évasive, qui prouve ane insouciance impardonnable de la part d'un chef d'armée. Napoléon prépara lui-même la défaite de son lieutenant à Taroulino. Dans un moment pareil, on serait vraiment tenté d'ajouter foi à quelques-unes des révélations que le comCe de Ségur nous fit sur le compte de Napoléon pendant son séjour à Moscou, dans son roman militaire sur la campagne présente.

Trop faible encore pour tenir tête à l'armée concentrée de Napoléon, et ignorant les forces qui se trouvaient devant lui, le prince Koulouflov ne songea et n'osa encore songer qu'à fatiguer son ennemi par des marches accablantes daitt un pays ruiné, et se replia lentement par la vieille route de Kalouga. Le roi de Naples n'attaquait pas, car il était trop faible pour pouvoir prendre un rôle offensif, et le prince Kootousov laissait en repos son adversaire, manquant de nouvelles sûres de la vraie position des forces principales de ses ennemis. C'est ainsi que, pendant cinq semaines, le théâtre de la guerre ne présenta que des engagements partiels et sans résultats.

Des ordres itératifs forcèrent cependant le roi de Naples de poursuivre les Russes jusqu'aux rives de la Nara, où ceux-ci s'étaient retranchés. Murât prit position derrière la Ciemischnia. Cependant la poursuite des Français était trop molle pour que le prince Koutousov ne s'aperçût pas que Napoléon , fidèle à son premier principe de dissémination, s'amusait encore avec le gros de son armée à Moscou. Le moment était arrivé de* reprendre l'offensive pour punir un ennemi imprudent, et le combat de la Czemischnia fut décidé.

Combat de la Czemischnia. — Les préliminaires de cette lutte font le plus grand honneur au général russe qui les a conçus , et si le mouvement des colonnes de la droite ne fut pas exécuté avec toute la précision qu'on pouvait désirer, cette non-réussite ne provint que de la difficulté du terrain que les trois pre-

mières colonnes manœuvres eurent â franchir ; difficultés que le hasard met souvent liors de tout calcul.

L'armée russe fut partagée en cinq colonnes, elles franchirent la Nara à Taroutino et Spaskoîé. L'avant-garde, postée sur la rive gauche, entre les villages de Gladovo et Dednia, servit de pivot aux trois premières colonnes , qui gagnaient, en s'avançant, du terrain vers leur droite.

La première colonne de droite, en se dirigeant sur -Spass-Kouplia, et menaçant d'interrompre la communication des troupes du roi de Naples avec le gros de l'armée, força bientôt les ennemis à la retraite. Au lieu de chercher à se maintenir dans leur position, l'attention de ceux-ci fût portée, et avec raison, sur la grande route de Moscou , où ils cherchèrent â prévenir leurs adversaires. Une retraite après un échec ne peut jamais être bien exécutée en présence des vainqueurs; c'est ce qui arriva aux troupes du roi de Naples, qui perdit 58 pièces de canon, 40 caissons et tout son bagage.

Considérations. — La seule faute qu'on pourrait reprocher aux Russes, dans le mouvement préliminaire des colonnes manoeuvres, c'est la direction qu'on donna à celle de la réserve: au lieu de lui faire franchir la Nara à Taroutino , il fallait la diriger, ainsi que les trois premières colonnes, vers Spaskoïé. Spass-Kouplia étant le point où devaient se porter les coups décisifs, l'attaque comme la résistance devaient y être des plus vives. 11 était donc urgent d'y réunir une masse respectable de forces. Ne valait-il donc pas mieux faire suivre à la réserve le mouvement des 2* et 3* corps? En débouchant du bois, elle aurait déployé entre Tétérinka et Dmitrovskoîé , et aurait pu être employée avec avantage du cêtéde Spass-Kouplia; derrière le flanc gauche, où elle fut placée, elle devait être inutile. La première colonne de droite, qui pouvait justement porter le coup décisif, se trouva trop faible pour l'exécuter.

Si un général a jamais mérité d'être puni pour son insouciance, ce fut Napoléon au combat de la Czemischnia. 11 détacha un corps de 20 à 30,000 hommes, qu'il fit avancer à trois jours de marche de Moscou, et resta avec le reste dans la capitale. La seule troupe du opirps du roi de Naples, qui pouvait encore se battre

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

arec, un certain avantage » était l'infanterie; la cayalerie était épuisée par les fatigues et le manque de subsistances. Le roi de Naples en fit avertir Napoléon , et ce qui n'était qu'un acte de prévoyance, lui parut une remontrance intempestive ; au lieu de se rendre à des avis aussi sages que fondés, il sembla ne pas même vouloir y prêter Toreille. Le roi de Naples a été et devait être complètement battu, car il avait sur les bras un ennemi double en force. Aucune précaution ne pouvait le sauver de cette crise désastreuse, il devait succomber du moment où le prince Koutousov décida de Fattaquer.

Abandon de Moscou, — Toutes les espérances de Napoléon de faire la paix et terminer la guerre, ayant été déçues , il se vit obligé de quitter Moscou, le fit en effet le 7 — 19 octobre, et après avoir foulé lui-même les cendres d'une grande partie de la capitale, il se fil un plaisir trucidaire de faire marcher Mortier et son corps sur les décombres du Kremlin.

Napoléon se porta par la vieille route de Kalouga jusqu'à Krasnaïa-Pakbra, et rabattit, par un mouvement de flanc, sur la nouvelle route de Kalouga à Faminskoïé.

Il est bien étonnant que le moment où il était si urgent pour Napoléon de ne pas abandonner l'offensive, soit justement celui où il se laissa subjuguer par un système de dissémination pernicieux , incompatible avec la faiblesse de ses forces physiques, et où il parut se soucier bien peu de remporter une victoire, quand cette victoire lui était devenue plus indispensable qu'aucun engagement qui l'avait précédé. Dans une circonstance aussi intéressante que l'était le combat de Malo-Jaroslavelz, dont la victoire devait lui procurer une route nouvelle pour la retraite, les 100,000 hommes dont se composait son armée, se trouvaient disséminés sur cinq points différents : Moscou, Faminskoïé, Wéréïa, Mojaisk et Malo-Jaroslavetz. Ce dernier poste étant celui où devait se faire la concentration des forces pour porter le coup décisif et gagner la route de Médynn, le calcul des distances et du temps nous offre , pour le rassemblement des troupes, un résultai de deux jours de marche, et, par conséquent, Timpossibilité de pouvoir atteindre le vrai but, sans éveiller Tattention du maréchal Koutousov. En un mot. Napoléon fit tout ce qu'il put pour être arrêté sur la communication qu'il devait choi-

sir pour sa retraite, et qui était la seule, dans les circonstances où il se trouvait» qui lui présentât des chances favorables. II n'était plot question pour lui de conquête, il ne devait se battre que pour une retraite qui ne lui fftt pas tout à fait désastreuse. Si Napoléon cherchait encore à abuser ses généraux et son armée sur le vrai état de choses, je ne crois pas qu'il s'abusât lui-même.

Jetons un regard sur le théâtre de la guenre où l'armée française devait opérer.

Aperçu stratégique du théâtre de» grandes opérations. — L'échiquier stratégique dans lequel ses opérations devaient être circonscrites, formait un triangle qui était marqué par les points de Smolensk, Moscou et Kalouga. Ce terrain offre :

i^ Deux communications principales» et

2^ Deux communications secondaires.

Les deux premières vont: Tune, par Mcjaisk à Smolensk, et l'autre, par Malo-Jaroslavetx à Kalouga.

Des deux autres» l'une passe par Wérâa, Jegorievskoïé, Klimovo et Jelnia à Smoloosk; l'autre, par Taroutino à Kalouga.

Des deux communications principales» la première était une route qu'on avait dépouillée de toutes ses ressources et sur toute son éteo due, Smolensk était le seul point qui contint dans ses murs un rassemblement de munitions de bouche assez considérable. 11 fallait donc chercher à atteindre cette ville par une route qui offrit plus de ressources. Celle de Wérfia est une route secondaire, qui n'offre» dans plusieurs endroits, que des chemins de traverse où l'armée entière aurait été exposée à beaucoup de difficultés, et elle est tellement rapprochée de la grande communication de Mojaisk i Smolensk, que ses ressources aussi n'ont pas manqué de se perdre dans le même naufinîpe.

Des deux communications qui restent» entre lesquelles du peut choisir, l'une était une ccmimunication secondaire, que le maréchal Koutousov défendait avec toute son armée. II n'en restait donc qu'une seule qui offrit quelques chances favorables , et c'était celle de la nouvelle routé de Moscou à Kalouga.

Cette route était restée intacte, et présentait plus d'un avantage sous le rapport topographique.

En se dirigeant sur Malo-Jaroslaveta» le mou-

DE LA GUERRE DE i81i.

▼emenl parallèle à la position du maréchal Koatousov pouvant être inquiété, le flanc gaudie de Tannée était celui que Napoléon devait donc chercher à mettre à l'abri des attaques ennemies. Jusqu'à Faminskoïé» il Tétait par la position avancée du roi de Naples, qui occupait la vieille route de Kalouga. Maître du passage de la Nara à Faminskoïéy la marche de Tannée était couverte par cette rivière jusqu'à Borovsk, elle s'assurait du passage delà Protva dans cette ville , et reportait Tarmée , sans inconvénient, jusqu'à Malo-Jaroslavetz.

Malo-Jaroslavetz est le point central d'où les routes se partagent , dont Tune va à Kalouga , Tautre par Médynn et Jouknov à Smolensk. 11 était donc de Tintérèt du maréchal Koutousov de le défendre, et de celui de Napoléon de s'en rendre maître. Les deux armées devaient donc se choquer à Malo-Jaroslavetz, comme le fait le prouve (i)«

Combat de Malo^aroilavet». — Pour une victoire aussi importante que Tétait pour Napcdéon celle de Malo-Jaroslavetz , la lutte n'a . été n'y assez opiniâtre, ni assez bien combinée. A mon avis, la bataille de Borodino même lui était moins nécessaire que celle de Malo-Jaroslavetz. La première lui ouvrit , il est vrai , les pwtes de Moscou , mais ne lui livra qu'un trophée stérile et sans résultat ; le salut de son armée dépendait de la seconde.

Les apprêts de la guerre avaient fait de Smolensk et de Wihia, des points que Tarmée française ne pouvait éviter dans sa retraite. Par conséquent, la direction méridionale que Napoléon venait de prendre, n'était vraiment avantageuse que jusqu'au moment où il parvint à gagner une commimication latérale, qui pût lui offrir encore quelques ressources, et le conduire à Smolensk. Celle de Médynn , Joukhnov et Massalsk, était justement tout ce qu'il lui fallait.

Ea firanchissant la Lougea pour livrer le combat de Malo-Jaroslavetz, le point décisif était, sans ccmtredit , sur le flanc droit de Tarmée française. Ainsi, au lieu d'exposer ses

(i) Ce qui prouve que ce n'était pas un roouTement de conversion pour tourner le camp de Taroutino , comme un des auteurs a voulu le prétendre; mais une simple marche sur la communication que les circonstances et la configuration topogimphique , présentaient comme la

troupes à des pertes aussi inutiles que les résultats ont été peu décisifs, le vice-roi devait leur faire franchir la Lougea, non vis-à-vis de Malo-Jaroslavetz, mais à 3 ou 4 kilomètres plus haut que la ville , en ne faisant de ce côté qu'une fausse attaque pour distraire ses ennemis. Maître de la route de Médynn, il forçait le flanc gauche des Russes d'abandonner la route de Kalouga et de se replier jusque sur celle de Serpoukhov, car le mouvement des Français aurait menacé non-seulement le flanc gauche des Russes, mais les auraient même exploses à être tournés et pris à dos.

Maître des deux rives de la Lougea, au-dessus de Malo-Jaroslavetz, rien ne pouvait s'opposer, aux progrès que Napoléon pouvait faire sur la route de Médynn. Il devait aussitôt repoHor toute son armée sur la rive droite, et prononcer son mouvement offensif vers Malo-Jaroslavetz. La position avantageuse qu'il aurait eue dans le flanc de la grande route, aurait forcé le prince Koutousov à s'éloigner de la route de Kalouga, et l'aurait forcé à opérer un mouvement de conversion en arrière, en pivotant sur le flanc droit; mouvement qui n'aurait pas manqué d'être épineux, si Napoléon était parvenu à reporter son armée sur la rive droite de la Lougea.

11 se contenta , au contraire, de venir de sa personne reconnaître la position des Russes, et retourna à Gorodnia, sans faire une seule démonstration avantageuse et décisive.

Dans cette circonstance, deux alternatives entre lesquelles il fallait opter , devaient nécessairement se présenter à son imagination :

i® Ne pas engager de combat sérieux à Malo- Jaroslavetz , mais être obligé de continuer sa retraite par le chemin dévasté de Mojaisk et Wiasma, en mettant son armée à la merci des plus grands maux ;

2® Déposter ses ennemis de Malo-Jaroslavetz , et se ménager une nouvelle direction , en conquérant une conununication avantageuse.

Le choix n'était pas difficile à faire.

seule avantageuse pour Napoléon. Je crois aussi qu*un mouvement de conversion le long d*une courbe de plus de 19 myriamètres (de Moscou k Kalouga), dont le plus grand segment (de Taroutino k Malo-Jaroslavetz) était è peu près de 4 myriamètres, ne peut être qu'idéal.

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

Telles sont les faates des préliminaires de la bataille. Passons à rengagement.

Le vice-roi s'étant rendu maître de Malo- Jaroslavelz , ne fit aucun préparatif pour faire franchir la Lougea à ses divisions, sans les exposer à des pertes sensibles. 11 choisit même, pour le passage, le point le moins avantageux, le sommet de Tangle saillaot formé par cette rivière. A quelques kilomètres plus haut que la ville, il avait un point plus propice, dont il négligea de faire usage.

H faut croire que les Français oublièrent de faire reconnaître les oscillations de la rivière. Aussi qu*arriva-ft-il? Les Russes établirent de fortes batteries sur la rive droite de la Lougea, entre Czourikovo et Malo-Jaroslavelz , et écrasèreot les colonnes qui se portaient sur le pont vis-à-vis de la ville.

En arrêtant par un feu bien dirigé la marche des troupes assaillantes , l'artillerie russe ne permit aux ennemis de s'engager que successivement, et leur ravit ainsi les moyens de porter un coup décisif. Napoléon resta spectateur inactif de cette lutte sanglaute, tandis qu'il pouvait venir encore à temps avec une partie de ses troupes pour prendre une part active au combat.

En franchissant la Lougea au-dessus de Malo- Jaroslavelz, un mouvement décisif, par la route de Médynn , réparait tous les maux que Tarrivée et la position du maréchal Koutousov venait d'enfanter, il négligea de faire un mouvement de conversion aussi avantageux par ses résultat^, que facile par son exécution , et en fut cruellement puni.

Combien, ce jour-là, ses dispositions étaient au-dessous des conceptions hardies qu'il déploya à la bataille d'Kckmiihl. Les positions cependant avaient beaucoup d'homogénéité , mais quelle ditl'ércnce de résultat (i)!

Le combat de Malo-Jaroslavetz fut pour l'armée russe un moment du plus haut intérêt. C'est celui où elle reprit l'offensive, qu'elle n*a plus cédé à son ennemie jusqu'à la fin de la campagne.

Seconde bataille de Polotxk. — A peu près à

(i) Les dispositions vicieuses de Napoléon, dans cette journée, ont été, k mon avis , la plus grande faute qull ait commise dans cette campagne; car si son séjour prolongé et inutile k Wilna en était une, cette &ute pouvait encore se réparer à Smolensk, tandis que celle

la même époque, le comte Wittgenstein portait à ses ennemis un coup non moins sensible par la prise de Polotzk , et préparait les grands résultats du combat de Stoudenki. Au mois d'octobre, il fut renforcé par le corps du général comte de Steiogell , qui devint disponible à la suite des conférences que Fempereur Alexandre eut à Abo , avec le prince royal de Suède. Ce corps montait à 10,082 hommes.

A peu près dans le même temps, le comte Wittgenstein, reçut encore un rrâfort de Pétersbourg, composé de 5 bataillons, 4 S cohortes de milice, de 6 escadrons et de S compagnies d'artillerie. La force de ce renfort était de 14,547 hommes, ce qui fit monter celle du corpsdu comte Wittgenstein, à 37,944. Le total des troupes qui devaient attaquer Polotzk, par les deux rives, montait à 48,096 hommes.

La ville fiit attaquée en trois colonnes principales :

La première colonne, commandée par le comte Wittgenstein en personne, comptait 20,825 hommes (s).

La deuxième, sous les ordres du prince Jachvill, avait 11,299 hommes sons les armes.

La troisième, composée du corps du comte de Sleingell , et des détachements des colonds comte de Sievers et Bedriagua, présentait un numérique de 1 5,000 hommes.

Les deux premières colonnes se trouvaient sur larive droite de la Duna, mais elles étaient séparées par la Polota. Un terrain boisé et aquatique paralysait encore plus la libre communication entre les deux premières colonnes , tandis que la troisième, se trouvant sur larive opposéede la Duna , était . beaucoup trop éloignée pour que la coïncidence de leurs opérations pût être parfaite. 11 arriva ce qui arrive presque toujours dans des opérations concentriques, lorsqu'il n'existe pas de corrélation intime entre les différentes colonnes, c'est que les engagements, au lieu d'être simultanés, furent consécutifs. L'ennemi en profita pour opposer des forces majeures contre chacun de ses ennemis

qu*il commit dans la journée de Malo-Jaroslavetz eiH traînait Tannée dans un dédale de malheurs et de souffrances.

(t) U détachement du général Aleuèlev, fort de 5,3i0 hommes, se trouvait k Slrouny.

séparémenl » et prévînt les suites malheureases et incalculables de la reddition de la ville à la suite d'un assaut.

Le premier projet avait été de ne laisser 'Ifb^une partie des troupes devant Polotzk^ sous les ordres du prince Jachvill, tandis que le comte Wittgenstein devait franchir la Duna avec le reste « au confluent de ce fleuve et de rOboly aCn de prendre Polotzk à revers et séparer le corps du maréchal Oudinot de la grande armée. Plusieurs circonstances ayant empêché l'exécution de ce projet, on eut recours aux dispositions dont je viens de parler.

Le maréchal Saint-Gyr, ayant 50,000 hommes à Pololik, il était difficile d'enlever la ville d'assaut, d'après le projet arrêté, puisque chacune des colonnes russes leur était de beaucoup inférieures en forces. Les Français avaient Tavantage incalculable de pouvoir porter leurs réserves, tantôt contre le comte Wittgenstein, tantôt contre le prince Jachvill. Ces réserves se portaient du foyer (la ville de Polotzk) à la circonférence qu'occupaient les Russes, et se dirigeaient par des lignes droites. Un second avantage , non moins grand , qui fut très-favorable aux Français, c'était la différence de retendue du terrain que les deux armées occupaient. Les troupes françaises n'occupaient qu'un terrain de quatre kilomètres, tandis que les Russes étaient étendus sur sept.

La colonne du comte de Steingell était trop faible et trop isolée pour rendre quelques services, aussi ne fut-dle d'aucune utilité, ni sur la rive droite, ni sur la rive gauche.

La bataille de Polotzk nous livre un nouvel exemple de ces engagements infructueux entrepris en plusieurs colonnes, dont aucune n'était asseï forte pour porter un coup décisif sur le point qui lui a été désigné d'enlever.

11 eût mieux valu ne former que deux masses principales, en réunissant les deux colonnes sur la rive droite en une , en faisant longer la rive gauche à celle du comte de Steingell. La masse, sur larive droite, serait montée à 52,1 24 hommes, force suflBsante pour forcer la ville en l'attaquant sur un point, etcepointaurait dû être le chemin de Witebsk à Polotzk; c'était le moins garni et le moins fortifié. Si, renonçant

(f ) Il est ami dîfleile de ne pas relerer la lenteur iminrdMiiiable que l'amiral Tsehichagov mit dans ses mou-

à une défense opiniâtre et prévenant les suites funestes d'un assaut, les Français eussent évacué la ville, qu'importait-il au comte Wittgenstein qu'ils eussent conservé un débouché vers Gamsélévo? N^en seraient-ils pas moins isolés si, la ville tombant au pouvoir des Russes, le corps ennemi fût resté sur la rive droite de la Duna, poussé sur le chemin de Disna, et par conséquent dans un sens excentrique avec la grande armée française.

Évacuation de Polotzk. — Gependant le maréchal Saint-Gyr, ne voulant pas s'exposer plus longtemps à rester dans les murs de Polotzk , évacua la ville dans la nuit du 7 — 19 au 5 — 20 octobre.

Considérations sur les opérations eontlnmim des armées russes. — Jusqu'à la prise de PoloIriL les opérations du comte Wittgenstein avaient porté l'empreinte de l'indépendance. Maintenant , qu'il parvint à franchir la ligne de la Duna , elles durent nécessairement se combiner avecceUeade la grande armée, qui poursuivait Napoléon dans la direction de Smolensk, et avec celle de l'amiral Tschichagov. Gelui-ci reçut l'ordre de se porter avec promptitude sur Minsk et Borissov, et de manœuvrer de manière à intercepter toute communication entre les corps des généraux Régnier, prince de Schwarzenberg et la grande armée française. La troisième armée d'ouest était chargée de contenir le corps autrichien et celui de Régnier, et de protéger le mouvement de l'amiral Tschichagov, qui devait se porter par Pinsk et Neswige.

D'après des dispositions ordonnées par Tempereur Alexandre, la réunion de l'amiral avec le comte Wittgenstein, devait se faire pour le 10 — 22 octobre, entre Dokschitzy et Borissov; mais ce plan ne fut pas exécuté, par le retard qu'un mouvement de l'armée de Moldavie vers Brest-Litovskoî, y apporta (i).

Une masse aussi imposante de troupes, comme l'aurait été celle des armées combinées de l'amiral Tschichagov et du comte Wittgenstein, arrêtant l'ennemi dans les défilés de Borissov, ne pouvait pas rester sans résultats avantageux. Ce terrain offrait une position défensive favorable, et ne pouvait pas manquer de réduire l'armée française à un état déplorable.

vements : il employa sii semaines pour franchir un e^Mce de 55 myriamèlres (de Brest-Litovskoî à BorisMv).

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

Au mois d'octobre, les grandes opérations prirent une tournure tout à fait favorable pour les Russes. A l'exception de la garnison de Riga et du corps du général Sacken, toutes les années russes reprirent Foifensiye. Elles venaient d'entreprendre leurs mouvements de concentration, dont le point de Borissov avait élé désigné comme le foyer. Les points de départ des armées étaient cependant à des distances trop différentes du point de concentration y pour qu'une parfaite harmonie présidât à des mouvements aussi étendus , et , par conséquent, soumis à tant de difficultés. Qu'on considère qu'à répoque à laquelle le maréchal Koutousov entreprenait la poursuite de la grande armée française, le comte Wittgenstein se trouvait du côté de Lepell, et l'amiral Tschichagov était à Czemavczitsy. L'immensité du trapèze limité par les points de Polotzk, Brest- Litovskoï, Babrouisk et Malo-Jaroslavetz, parlent sans équivoque en faveur de la difficulté d'exécuter le plan projeté. Mais cette difficulté même doit relever, aux yeux des militaires impartiaux, la combinaison des marches qui amenèrent en grande partie, à la mi-novembre, les résultats des opérations qui avaient été prescrites deux mois plus tAt, et dans un moment où les deux armées principales se trouvaient à une distance de 120 myriamètres l'une de l'autre.

Retraite de l'armée française. — Nous sommes parvenus à l'époque de la retraite décisive et non interrompue des armées françaises; elles venaient de quitter leurs positions, et abandonnaient le terrain dont elles étaient maitresses, à leurs ennemis. Après l'échec reçu à Malo-Jaroslavetz, la grande armée se replia vers la route principale de Moscou à Smolensk , qu'elle rejoignit à Ouspenskoïé , entre Mojaisk et Gjatzk.

Après la reddition de Polotzk, le corps du maréchal Saint-Cyr rétrograda lentement vers rOula, en cherchant à couvrir la ligne principale d'opérations delà grande armée.

La marche perpendiculaire du comte Wittgenstein à la grande communication , a dû paraître dangereuse à Napoléon; aussi s*empressat-il de renforcer le corps affaibli du maréchal Saint-Cyr, par celui du maréchal Victor, qui stationnait à Smolensk.

11 est difficile de s'expliquer le projet que

Napoléon conçut de se replier par la grande route de Moscou à Smolensk, tandis qa^îl n'y avait pas été obligé. Au moment eu le maréchal Koutousov ût son mouvement rétrograde vers Gonczerovo, mouvement qui, sans doute, n'avait pas échappé à la connaissance de Napoléon , et que le maréchal Davoust prit possession de Malo-Jaroslavetz , le chemin de Médjnn était devenu libre et ouvert à l'armée française. L'armée russe ne pouvait plus ni la prévenir à Médynn, ni même inquiéter son mouvement, à cause du retard que sa retraite vers Gonczerovo apporta à sa marche.

Quel sentiment faut-il donc porter sur la résolution de Napoléon, de vouloir s^enfoncer dans un pays ruiné qui , ne pouvant lui offrir aucune ressource, tandis qu'il s*en était ménagé très-peu par des dépôts temporaires, devait nécessairement mettre l*année française à la merci de cruelles privations? Le but principal ayant manqué , il lui restait un devoir sacré à remplir, celui de soustraire son armée aux désastres que ses ennemis lui préparaient Un dévouement pareil à celui que l'armée française a déployé pendant les quatre premiers mois de cette funeste invasion , devait-il être payé par l'insouciance qui présida à ses grandes opérations finales? Au moment à peu près le plus important de son existence militaire, il se montra momentanément au-dessous des re^ sources fécondes dont la nature Pavait doué. Les frimas semblent avoir glacé son esprit; car, en 1814, nous revoyons le même génie prépondérant se reproduire avec une nonvdle vigueur, et, à la tète d'une poignée de braves, offrir à l'Europe étonnée une résistance aussi savante qu'opiniâtre.

Le sort de l'armée française fut dès4or8 décidé.

Opératiom offensivei de t armée ruMU. — Le maréchal Koutousov détacha une colonne sous les ordres du général Miloradovitch, qui poursuivit la grande armée française par la grande route, tandis que lui-même, avec le reste de ses troupes, se dirigea parallèlement à la communication de Moscou à Smolensk, prêt, à chaque moment opportun, à tomber sur le flanc de l'armée ennemie.

Deux militaires audacieux furent opposés l'un à l'autre : le général Miloradovitch et le maréchal Davoust ; Tun commandait la colonne qui poursuivait l'armée ennemie par la grande

DE LA GUERRE DE 18li.

route; Taulre, à la tète de rarrière-garde, | couvrait le mouvement rétrograde de Tarmée franvaise.

Le général Platov, avec les Cosaques et le 20* régiment de chasseurs » se reporta à la droite de la grande route , de manière que Tannée française, dont Tarrière-garde était poussée en front par les troupes du général Miloradovitch, se trouvait toujours en danger d'être débordée par les deux flancs.

Escorté par des détachements considérables qui donnaient peu de repos à Tarrière-gardey et côtoyé sur la gauche par la grande armée russe 9 Napoléon parvint enfin , après avoir essuyé des pertes très-considérables, à atteindre Smolensk le 46 — 28 octobre.

Celte ville pouvait lui offrir quelques ressources , mais la nouvelle des progrès que les généraux comte Wittgenslein et Tschichagov faisaient sur ses derrières, l'obligea à renoncer à tous les avantages salutaires que quelques jours de repos pouvaient procurer à l'armée. Opérationt des armées secondaires, — Le premier corps qui poursuivait sans relâche celui du maréchal Saint-Cyr, lequel, comme nous l'avons d^àvu, ayant été renforcé par celui du maréchal Victor, se repliait par Tschaschniki vers la grande route, fut mis dans Timpossibililé d'exécuter les instructions qu'il avait reçues de l'empereur Alexandre. Son mouvement vers Dokschilzy , pour opérer conjointement avec l'amiral Tschichagov, eût été dangereux. En laissant ses propres communications à la merci de son adversaire , celui-ci n'aurait pas manqué, sans doute, de profiler d'une occasion aussi favorable pour faire quelque coup hardi sur les derrières du corps, d'autant plus que sa jonction avec la grande armée française ne pouvait être exposée à aucune difficulté.

L'amiral Tschichagov, qui s'était porté avec une partie de ses troupes dans la direction de Minsk, avait passé par Slonim et Neswige, et arriva le 9 — 21 novembre à Rorissov , dont il s'empara après un léger combat.

Le général Sacken , à la tète d'un corps de 27,000 hommes, fut opposé au prince de Schwarzenherg et au général Régnier, et reçut l'injoDClion de les rejeter l'un et l'autre dans le duché de Varsovie, pour leur ôler tout à fait U faculté de (louvoir faire la moindre diversion en faveur de la grande armée française.

Évacuation de Stnolensk. — Napoléon fit évacuer Smolensk successivement. Une partie des gardes sortit le 1^' — 13 novembre. Luimême, avec le reste, quitta la ville le 2 — 14. Le maréchal Davoust du 5 — 15 au A — 16. Le maréchal Ney l'évacua du 4-— 16 au b — 17.

Celte évacualion successive produisit une colonne de route très-allongée, dont les parties n'étaient plus en élat de se soutenir. Le prince Koutousov, qui suivait toujours, avec le gros de l'armée, une marche .parallèle, rejoignit la grande route à Krasnoï. 11 y trouva Napoléon attendant l'arrivée du vice-roi et du maréchal Davoust. Ses troupes occupées, les uqies i rétrograder pour échapper ii leurs ennemis, les autres à couvrir la retraite, y essuyèrent ( le 5 — 17 novembre ) un échec considén^e. Le vice-roi parvint à se faire jour, sans fiûre de grandes pertes; le maréchal Davoust y sacrifigi une grande partie d^ ^n coi*ps. .\ .,i

Ces édkflca ne furent pas les seids. auxi|ueb ce système vicieux de coloiuie de route allongée, mit les différentes parties de rarmée française en butte. Pendant que le maréchal Koutousov dépostait Na|>oléon de sa position de Krasnoï, le maréchal Ney se repliait par la grande route de Smolensk , et, en arrivant à Krasnoï, trouva le maréchal Koutousov qui lui en barrait le passage à la tête de toute son armée.

Accoutumé à ne suivre que l'impulsion de son courage, qui ne connaissait pas de bornes, le maré«:hal tenta, à double reprise, de sebire jour à travers l'armée russe. Mais la masse qui lui était opposée était beaucoup trop grande pour que celte tentative pût réussir. U fut obligé de reporter une partie de ses troupes sur la rive droite, et, eu laissant le Dnepre entre ses ennemis et lui, il p;irvint à rejoindre le gros de l'armée. u

Considérations, — En examinant les mouvements des deux armées commandées par Napoléon et le prince Koutousov, depuis le moment de la retrait» définitive du premier el de la poursuite prononcée du second, on «^aperçoit facilement des avantages que la position et une iK>ursuite plus vigoureuse des Rusées, pouvaient leur procurer. Mais les deux années s'élant quittées à Malo-Jarosbvetz, se retirant Tune devant l'autre, cette double l'etraite égalisa leschances-La route que parcourut Tar-

.iîl

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

nt/'i» niftsi;, on passant par Pololnianoïsavod , ili*vîiiti^galf? h la rotirhc qiif franchissail Tar- 111^* franrai^ic; c*ii passant |mr Mojaisk ol Wiasma .1 Sninlcnsk. Si îu(^uw lo |mmi «retendue do quolipH's .Hc*);rn('nls, ronimr celui de Rykovo à NViasma, FavoriHait un«> pnlropri.sc, la porto do pluKioin*^ jiMiriit^oR que fil. lo inari^ohal Koulonsnv on .so i*opliant sur (ion(V.orovo, au liou do o(nisôi*vor ^i position onlrcî Malo-Jaroslavctz ol At'anassiévo, |K>nr pouvoir so porter droit sur Môdynn , rotunla do plus d'une journée sa uitircho vom lo point dcVisif.

<;\vsl ainsi que, lors<[uo le général MiloradoviloluHt» baUait à Wiasma, ooniro les 1", 4* ot 5*et>rps français, le fçros do rarnuV russe (Mail en niart*ho ontn> Douhrovo ot Rykovo.

On ne peut «lono pas atrusor le maréolial Koulonsov de iU« |Kis avoir ooopi^ré ,\ la journée «1^ Wîasni». Il iH» lo lit pas, pan'o qu'il no pou- \ail pas lo l'iiirt\ La Hiule stratégique qu'il <*omm)l il 'i^lalo-Jnroslavolz, lo mil dans Timpiissildlili^ d'arriver h temps sur le ehanip do lialiiîllo.

t"t»Hl au oombat «le Wiasnia que se dt>veloppo douo loul lo vire do lu uiari*lic cinndaire de ramure russe par IVdotnianoïsavod. Sans oe nunivfu^ent lanlif et dtsa vaut ai;ou\, le mareolial Koulousov m« serait tnnivé en niesui'o do stMilonîr ottuMoouionl Us troupes du gt*»nôral MiU»rado\iloli. t ne>iiHplo iiiaivhoon tWuit, sur lo rhemiii de Jouknov ;\ Wiasma, le rt^portait sur loH 4*tunnuniîoations de ses ennemis. Kn quittant la jurande route entre H\ko\o et Sko- Utevo, il aurait pu porter ses l'oionnes mamruvivs par la rivo ^aueho de lu Wiasnui, en priMiant |Hksilion |Mrallolement à la jurande n»ute, entre \\iutko\o ot i>erto\o, et en dô^ foudaiU le passaiÇt» de U \\ iunuki.

.\apolèi»n . a\et* le-i viarvlo^, >•» li\ni\ail alois .1 S<»inle\o, jMr ioUMHjuent ;\ une journôo lie maivho, ot n'aurait pu \euir à leinp'i |Hnir s<*ivurîr ses troujnvs eujsajîees. I>.in< une h>lH>ilu's^* |iart*illt^« le i\Mnhat de Wiasiua aurait pu lîiiir ^mr t.i déroute de la majeur^^ |Mrtie d«^ «nus coqvx tVam'ai'*.

(* iwKii J^ Krti^ftQè, — Si. plu-* lard, k's deux .iruK'es se ch4H\uèrei>t si desav3îiu^*useiiien? iHwir !<•'* Kr.r'oii'*. à Krasnoî. l«»ii» lo blJï'ïO dr

cette affaire désastreuse ne doit retomber que sur Napoléon. Il sacriCa son arméel

I^a diflicullé de faire marcher la grande ar^ mec française en masse sur une route aussi dévastée comme l'était celle de Mojaisk à Smo- Icnsk , où il n*y avait même pas. de magasins temporaires , est une chose qui s'excuse facilement. Mais une fois que Napoléon atteignit Smolonsk, qui contenait dans ses ronrs des approvisionnements assez considérables, il est difficile de s'expliquer pourquoi il allongea de deux fois vingt-quatre heures sa colonne de route. Il pouvait munir le soldat pour quatre, jours de munitions de bouche, et quitter Smolonsk avec l'armée, à Texception de rarrièregarde du maréchal Ney, le 3 — 15 novembre.

L'arrière-garde française, au lieu de rester toute la journée du 3 — 14 dans sa position en avant do Smolensk, aurait pu se rapprocher de la ville, de manière à pouvoir suivre le moavoment du gros dans la soirée du 5—15.

Le maréi^hal Koulousov était i cette époque à Jourovo. Ce n'est que le 4 — 16 qa'il ae porta sur Krasnoî. Le gros de Farniëe française aurait déjà dépassé Krasnoî, et le maréchal Kontousi>v n^aurait plus trouvé dans cette ville qne l'arriore-gardo du maréchal Ney, qai aoraît pa toujours éviter le combat.

Mais les ohosi^ ayant changé de face, et les doux années s'étant rencontrées sur le champ do bataille do Krasnoî, Tune* se trouvant en masse , Pautre, marchant en colonne aDongée, il est dîflîcile de justifier le peu de viguenr que le martVhal Kontousi>v employa dans cette aflaîre.

Telles étaient li*$ iH>sitions respectives, qoe Napoléon avait tout à perdre et rien à gagner, tandis que le niaréohal Koutousov, an contraire, a\ait tout à gagner et rien à perdre.

l.a iHvsîtîon du manVrhal Koutousov, s*il avait |K>usséplus vigoureusement avec son flanc gaoohe par Si^rokino vers Dobroïé. aurait obligé Na|H^Uvn do faire front à son ennemi* en prenant un oniro de bataille parallèlement â U jn^ande roule ■!■. l'ne victoire seule pouvait sauver rarmêe fran^'aîse d'une déroute complôio, car battue elle «k* irou^iil rejelée vers le Drcprv. l.Vtorirtu'nu'nl dos différents corps et l'iïtv^t'^bnjt*' d»:* Irvî onijJirer simoltaDêmenL

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étaient le sûr garant que Napoléon aurait succombé à Tattaque de ses ennemis.

Supposant même qu*il.fùt parvenu à franchir le Dnepre, en sacriliant une partie de ses troupes, en abandonnant la rive gauche du fleuve au pouvoir de ses ennemis, il aurait pu être prévenu à Orcha, et la jonction des deux armées y du maréchal Koutousov et de Tamiral Tschicbagov, n'aurait pu être soumise à aucun doute et à aucune difficulté.

Uaspect désastreux sous lequel se présente le dernier acte de la campagne de 181 S» à Krasnoï, était sans contredit une cruelle épreuve pour Tannée française; mais cette épreuve était loin d'être la dernière. L'armée russe triom* phante s'apprêtait à combler l'excès de ses maux dans les défilés de Borissov.

Contidérations sur la retraite de l'armée françm$e vers la Bérésina. — Napoléon atteignit Ordba le 7 — 19 novembre.

A cette époque, l'amiral Tschichagov se trouvait devant Borissov, qui tomba deux jours plus tard en son pouvoir. Le comte Willgenstein était à Tchaschniki. Napoléon se trouvait donc attaqué à l'est, à l'ouest et au nord.

Les difTérentes armées se portant concentriquement vers un centre commun, rétrécissaient aussi leur sphère d'opération. Au moment dont nous parlons, le théâtre des opérations se trouvait limité vers l'est parla ligne du Dnepre , à l'ouest par celle de la Rérésina , au nord par celle de l'Oula.

A Test , Napoléon contenait le mouvement offensif de la grande armée russe; au nord, le maréchal Victor sopposait aux progrès du comte Wittgenstein. 11 n'y avait qu'à l'ouest où les Russes devaient en leur faveur les chances les plus favorables. L'amiral Tschichagov était infiniment plus fort que le corps qui lui était opposé, et, par conséquent, il était maître de ses actions.

Le point de Toqest était le plus important pour Napoléon, puisque c'était sa direction de retraite. 11 ne pouvait pas en prendre une autre selon sa volonté. Un regard jeté sur la carte, indiquait d'une manière évidente que la l^résina devait être francliic sur quelques points, entre Yésélovo et Oucha. Une délerininalitm pareille devait donc faciliter beaucoup le rôle de Tamiral Tschichagov.

Napoléon détacha le corps du maréchal Ou-

dinot vers Rorissov, pour renforcer le général Dombrovsky. Ce renfort, cependant, n'était pas suffisant pour rétablir l'équilibre des forces, l'amiral resta toujours le plus fort.

A cette époque, aucune corrélation intime , qui put faciliter la vivacité qu*on doit ordinairement apporter dans les grandes opérations , n'a pu être établie entre l'amiral Tschichagov et le comte Wittgenstein, ni entre i*e dernier et le maréchal Koutousov. Tous les trois, il est vrai, avaient un but commun, qui était le point de Borîsaov. iNapoléon, se trouvant dans le centre des trois armées, il était permis de ne rien augurer d'heureux en sa faveur. E« effet* si la corrélation entre les trois cjicfs commandants russes , avait été telle qu'ils aieiH pu se concerter sur leurs mouvements ultérieure, certes des attaques simultanées , dirigées des trois côtés , n'auraient pas manqué d'offrir l'exemple d'une catastrophe aussi désastreuse que remarquable. Peut-être la campagne de 1813n'aurait-ellepaseu lieu.Cette corrélation n'existait pas, et fut la cause qu'au lieu d'être coïncidentes, les attaques des différentes armées russes furent successives.

L'époque du 8 — ^SO au iG — 28 novembre, devenait, pour l'armée française, la plus intéressante de toute la campagne. En considérant Tétat des circonstances et la position dos dilFérentes années, on conçoit diflicilement comment Napoléon n'a pas payé le passage de la Bérésina par la perte de presque toute son armée.

En quittant Orcha, il n'avait plus, en y comptant les coqis des maréchaux Oudinot et Victor, qu'un noyau de .30,700 hommes. 11 était suivi et llanquc , vers le sud , par une armée de 53,000 hommes. Une force équivalente à celte dernière, s'étant rendue maîtresse de Borissov et des deux rives de la Bérésina, lui barrait le passage du fleuve, tandis qa*une troisième armée, mais moins forte» il est vrai, s'avançait du nord.

On de^Tait croire que le mouvement concentrique de ces différentes troupes ne devait avoir d'autre résultat que celui de l'anéantissèment de la majeure partie de la grande armée française.

Mais telle était Tinfluence de la mauvaise saison ; elle était devenue rigoureuse, agissait désavantageu.sement sur les hommes et sur les chevaux, et retardait les mouvements. Les

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

pertes du personnel de rartillerie avaient été tellement grandes, que le maréchal Koutousov fut obligé d^abandonner 12 compagnies d'ar^ tillerie, faute de seniteurs et de chevaux.

Le maréchal Koutousov se vit donc obligé de ralentir son mouvement offensif» et ce retard favorisa Napoléon dans son passage au delà de la Bérésina.

Les armées russes, comme nous Tavons vu , se trouvaient sur trois points : à Borissov et en marche, Tune, de Tchaschniki sur Baran, et Fautrede Krasnoïpar Kopys et la grande route. L'armée française , que Napoléon rassembla à Borissov , étant devenue égale en force à celle de Tamiral , les chances y devinrent indécises. Celle du comte Wittgenstein était moins forte, les chances étaient donc en faveur delà plus forte.

Il fallait donc un intermédiaire favorable qui pût faire pencher la balance en faveur des Russes , et le maréchal Koutousov pouvait seul rétablir. En talonnant Tarmée française, il aurait pu ravir à Napoléon les moyens d'opérer le passage avec autant de facilité quUl Ta fait. Le manque de moyens en ordonna autrement.

Le passage par lui-même aurait toujours réussi , puisque Tamiral Tschichagov ne laissa que peu de monde sur la rive droite pour s'y opposer. Mais si le maréchal Koutousov avait pu poursuivre Tarmée française avec vigueur, en se mettant en corrélation intime avec le comte Wittgenstein , il pouvait toujours faire éprouver à Napoléon des pertes bien plus considérables encore que celles dont il a été la victime. La position centrale de Napoléon, qui aurait dû le perdre, si les mouvements offensifs des armées russes avaient pu être simultanés, le sauva, parce qu'ayant rassemblé toutes ses forces en une masse , il se trouva en état de lutter contre chacune d'elles séparémect.

Considérations sur le passage de la Bérésina. — Examinons les circonstances de cette catastrophe extraordinaire.

Napoléon quitta Orcha le 9 — 21 novembre. Le prince Koutousov, avec le gros de l'armée , était à iJinniki, le comte Wittgenstein en position à Tchachniki , l'amiral Tschichagov à Borissov. Dès le 10 — 22, le mouvement concentrique dos différentes armées russes reçut son exécution sur toute retendue de la circonférence; mais son début ne fut pas des plus heureux. L'avant-garde de l'amiral Tschicha-

gov reçut un échec sensible , et fut rejetée sur Borissov. L'amiral repassa sur la rive droite.

L'échec qu'il venait de recevoir devait être pour lui un avertissement non équivoque de l'approche de l'armée française : le moment était donc venu de procéder à la défense de la ligne de la Bérésina, que rennemi se voyait obligé de franchir sous son canon.

Opérations de l'amiral Tschichagov. — Persuadé que le maréchal Koutousov suivait les ennemis, tandis que le comte Wittgenstein se dirigeait contre leur flanc, le devoir de Tamiral devait donc être de chercher du moins i augmenter les difficultés du passage de la Bérésina. Le point du passage étant inconnu, il fallait le découvrir, et remplir le but proposé.

Dans tous les cas, le premier devoir est de rester rassemblé , pour pouvoir porter la masse des troui>es vers le point décisif. L'amiral ti justement tout le contraire. Embrassant, dans toute son étendue, le système vicieux de cor^ dons, il partagea son armée en quatre parties; dont l'une, sous les ordres du général Tchaplitz , fut portée à Brill; la seconde , commandée par le général Pahlen , prit position à Borissov; le comte Orourk, à la tète d*un détachement, se dirigea sur la basse Bérésina, vers Oucha; l'amiral Tschichagov, à la tête du corps du général Woïnov et la réserve , se porta à Chebachewiczy.

Rien ne pouvait excuser une disposition pareille; elle était contre toutes les règles de l'art militaire , et un examen approfondi de la topographie du pays le prouvera sans réplique.

Aperçu topographique. — En partant de Bobr, trois communications aboutissent i la Bérésina : celle de droite va par Kostritza et aboutit à Wésélovo ; celle du centre, par Lochnilza à Borissov ; celle de gauche, par Oukwala à Bérésina (i). Le passage devait donc nécessairement s'opérer entre Wésélovo et Bérésina.

De ces trois communications, la première menait par Zembin et Plechtchenitzy à Wilna, la seconde par Minsk à Wilna, la troisième par Igoumcn , d'où elle se parUige en deux branches , dont l'une mène par Minsk à Wilna , et la seconde par Sloutzk à Neswige.

De ces trois communic«i lions, la moins favo-

(i) 11 ne faut pas le confondre avec le Bérésino , qui se trouve sur la haute Bérésina.

rable pour Napoléon était, sans doute, celle de Bérésina à Igoumen;carrarmée française, prévenue à Minsk , aurait été obligée de se jeter sur Sloutzk, et coupée de nouveau à Neswige, elle aurait pu facilement être acculée aux marais du Pripet.

Le passage devait donc nécessairement s'opérer dans Tespace compris entre Wésâovo et un point plus bas que Borissov, mais tellement rapproché de la ville, que Tannée, en firanchissantU Bérésina, puisse revenir sans danger sur là grande communication de Borissov à Minsk.

Quant au passage, la ligne de la Bérésina se rétrécissait donc, et ne présentait à l'amiral que le terrain compris entre Wésélovo et Borissov à défendre : c'était une étendue de 17 Uomètres. Le vrai point de passage étant ineDDnu, dans un cas pareil, les règles militaires iilgeut de prendre une position centrale à peu près i égale distance des points où le passage peut s^eflTectuer, pour pouvoir arriver à temps pour empêcher tout à fait le passage , ou du moins pour en entraver la marclu^ en attaquant les troupes qui auraient déjà franchi la rivière.

Entre W^lovo et Borissov, le point central était Bolchoî-Stakhov (à 7 kilomètres de Borissov et à 10 de Wésélovo). CTest là aussi ou l'amiral devait réunir son armée, en faisant patrouiller à sa droite et à sa gauche par les Cosaques et sa cavalerie légère, qu'il ne pouvait pas mieux employer sur un terrain pareil.

Deux raisons majeures devaient engager l'amiral Tschichagov à concentrer ses forces à Bdchoï-SUkhov :

1* Sa position de flanc avait l'avantage de forcer l'ennemi , qui franchirait la Bérésina à Borissov ou vers Wésélovo, de faire un changement de front pour recevoir le combat, et, en le battant, de le rejeter dans un sens inverse de sa ligne de retraite ;

^ L'amiral se rapprochait , de cette manière , de l'armée du comte Wittgenstein , et si les ennemis franchissaient la Bérésina entre Wésélovo et Stakhov, il les prenait à peu près entre deux feux; si, au contraire, ils allaient la passer du côté de Borissov, et parvenaient à échapper à sa vigilance, alors , en attirant à lui les troupes du comte Wittgenstein, sa position lui offrait tous les moyens de couper la retraite à son adversaire entre Minsk cl Wilna.

Dans cette dernière hypothèse, forcé de se

replier sur Minsk , l'ennemi se serait sans doute dirigé par Rakov sur Wilna. Mais Tamiral, en poussant sur Gaïna et Radoschkovitchy, l'aurait prévenu dans la position importante de Wologin.

L'amiral fit absolument le contraire de ce que les circonstances exigeaient; au lieu de concentrer ses forces et de prendre une position centrale, il dissémina son armée en cordon, et prit position, avec le détachement le plus fort, sur le point qui exigeait le moins d'observation.

Napoléon gagna plusieurs marches sur le gros de l'armée du maréchal Koutousov,et n'étant poursuivi que par des avant-gardes, qui ne pouvaient tout au plus qu'observer ses mouvements, sans oser l'entamer, il se vit débarrassé de toutes ses craintes pour ses derrières. Dès lors son état prit une tournure plus favorable, puisque le comte Wittgenstein, quoique se dirigeant dans le flanc de la grande armée française , n'osait non plus l'attaquer , à cause de l'infériorité de ses forces physiques.

Passage de la Bérésina. — Le passage de la Bérésina fut dont opéré , et ce passage, qui devait ensevelir presque toute l'armée française dans les marais de la Bérésina, ne lui coûta que 25 pièces de canon et 28,000 hommes tués, prisonniers et noyés.

C'est une perte énorme pour une armée dont l'efiiectif ne montait pas même à 40,000 hommes ; mais elle n'était encore rien en comparaison dcstrophéesqui devaient tomber ennotre pouvoir. Les principaux personnages, excepté le général Partouneaux, parvinrent à se soustraire au sort qui paraissait les attendre, et auquel ilsn'ontéchappéàpeu près que par miracle.

Après le passage de la Bérésina, l'armée française ne présenta plus qu'un noyau de 8,800 hommes, tant fantassins que cavaliers. Après le passage de la Bérésina , nous voyons donc aussi s'évanouir la dénomination et la composition decette armée formidable, qui traversa le Niémen pour dicter des lois à la Russie, etdont la punition fut égale à l'audace de l'entreprise.

Depuis le passage de la Bérésina , on peut aussi dater la fin de la campagne de 1812, car les débris épuisés de l'armée française furent obligés de chercher à opérer au plus vite leur retraite. Aucun devoir ne pouvant être imposé à une masse aussi insignifiante, chacun ne son-

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS DE LA GUERRE DE 1813

gea plus qu*à sa conservation en regagnant le plus tôt possible la frontière.

Coiidusion. — 11 parait que dans la campagne de 1812 tout devait être gigantesque; la grandeur de Tentreprise, les moyens qu'on employa pour Texécuter, ainsi que les résultats qui en furent la suite. Les perles de Tennemi surpassèrent même tous les calculs que la guerre engendre/car ce qui échappa au glaive vengeur des Russes, tomba victime d'une horrible inanition. L'austère vérité même doit paraître une exagération , au récit d'un tableau aussi terrible ; car notre imagination se refuse d'ajouter foi à cette accumulation de maux que le chef de Tétat- rassembla sur la tète de ses nobles vétérans 9 qu'il sacriCa avec une fermeté , j'oserai dire atroce, aux idées d'amour-propre qui germaient dans son coeur , et aux plans gigantesques que son imagination se plaisait à inventer. Les plus belles victoires , après des résultats aussi épouvantables, ne peuvent nous apparaître quecomme des fantômes accusateurs qui livrent l'auteur de cette terrible catastrophe aux justes reproches de ses contemporains et des siècles à venir.

Le dévouement de l'armée française égala à peu près le patriotisme des Russes , et justes appréciateurs d'une constance et d'un courage aussi héroïque, ne lui refusons pas l'hommage de justice qu'elle a si bien mérité. Elle est tombée presque toute entière, en servant une agression, il est vrai, injuste; mais Tinjustice de la cause à laquelle elle se trouvait attachée, ne doit pas anéantir la beauté du sacriCce. Son chef aussi , ne fut-il pas assez puni pour tant de calamités? Il expia par un ostracisme rigoureux touslesmauxdontilfut l'auteur.

Le commencement de la campagne de 1612 se présentait, aux yeux de l'Europe consternée , comme l'aurore funeste de son asservissement. L'année I804avait donné à la France une organisation nouvelle. Plus tard, les dynasties légitimes expulsées de leurs trônes; les sceptres devenus la proie d'une force invincible, avaient élélivrésa des mainsétrangères; l'orgueil du fougueuxAlbionréprimé,rAllemagneendeuilattendant son arrêt, et le moment de devenir la victime du système continental , offraient le spectacle

terrible et touchant d'une agoniei. incurable.

Mais telle est la force invincible des circonstances et l'effet des abus inconsidérés; cette foudre destructive , qui avait déjà dévoré presque une génération entière» dont les sillons avaient laissé partout des traces inextinguibles de sang et de ruines, dont le souvenir encore fait frémir Thiunanité, s'émousse enfin en éclats trop souvent répétés.

Soldat, consul , empereur » ce potentat que la fortune capricieuse rendit terribleetsuperbe, sourd à la voix de la raison, qui nous indique les limites que l'homme ne franchit jamais impunément, finit par succomber sous ces mêmes glaives qui, naguère k sa voix, portaient partout la terreur et la mort. Mortel autrefois indomptable , il tombe enfin sous le poids d'une force qu'un patriotique désespoir rendit invincible; et nouveau Prométhée, chargé desmèaM fers qu'il préparait pour TEurope entière , il fut condamné , par ses ennemis irrités , i traîner une existence mêlée d'amertume, sur un roc isolé. Rongé par le désespoir et le remord, son dernier soupir s'exhale dans le sein de quelques amis fidèles, que la reconnaissance et l'admiration avaient attachés i son sort par des nœuds indissoluUes.

En jetant un regard sur les différentes phases de l'histoire politique et militaire de Napoléon, que de réflexions douloureuses et inconcevables ne présentent-elles pas à l'esprit observateur de Thomme? Mélange incohérent de gloire, de bonheur, d'adversités, d'adulations et d'outrages, son existence et sa fin nous offrent le contraste étonnant qu'enfantent souvent les vicissicitudes humaines. Maître d'une grande partie de l'Europe , il conserva à peine un réduit , dont le toit protecteur le garantit de l'intempérie de l'air. Lui, que la postérité n'hésitera pas de signaler comme un des plus grands hommes de son siècle, qui fut l'objet constant des adulations obséquieuses de la majeure partie de l'Europe, et auquel ses nombreux amis semblaient se disputer l'honneur de consacrer un temple, au moment où la parque homicide l'enleva au monde, qu'il avait rempli de son nom, de ses hauts faits et de sa gloire, ses mânes inanimées trouvèrent à peine un tombeau.

FIN DES CONSinÉRATlORS SUR LA GUERRE DE ISIS.

MÉMOIRES

SUR

ET

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