‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 7 sur 87 · SIRE · texte numérisé non relu

SIRE

L'attachement inviolable que je porte à ma pairie ; le désir bien prononcé de lui être utile en travaillant aux progrès des sciences militaires , tel a été le but de TOuvrage dont j*ose ici faire hommage à Votre Majesté Impériale. L'honneur d'offrir à mon Souverain un tableau systématique d'une science à laquelle se rattachent de si grands résultats , met le comble à mes vœux.

Mais au moment où Votre Majesté daigne encourager mon faible talent, en recevant la dédicace de mes Mémoires sur la Stratégie, un sentiment de crainte vient se mêler à mon vœu le plus cher : j'appréhende que mon travail ne soit resté au-dessous de l'importance du sujet que je viens de traiter.

Puissé-je être assez heureux pour attirer sur mon Ouvrage le regard bienveillant de F Auguste Monarque qui fait la gloire de ma patrie, et qui ne ces^se de veiller avec une sollicitude paternelle au bonheur de ses sujets, comme à la propagation des sciences.

Je suis, avec le plus profond respect, SIRE,

De Votre Majesté Impériale,

Le îrèS'humbU , très-okéÙMant et trèê-fidèle sujet,

OKOUNEFF.

PRÉFACE

Depuis que le monde existe , les hommes se font la guerre; les plus antiques souvenirs sont les intei*prètes de celte vérité. Dès qu^on s'est convaincu que la base delà science de la guerre n'était pas le seul choc furieux des masses belligérantes, et qu'on a découvert d'autres principes que ceux de la tactique, à l'aide desquels on parvenait souvent à de grands résultats, tout en ménageant le sang des hommes, ces principes furent médités, approfondis, développés et ramenés, autant que les éléments du sujet l'ont permis, à une doctrine systématique, que les sciences préparatoires ont consolidée . et que l'expérience a cherché à épurer, en s'appliquant à anéantir les abus et les écarts.

Cette science, que nous nommons stratégie , a été néanmoins , pendant un long espace de temps , livrée aux données hasardeuses et peu positives de la simple idéologie. C'était un domaine chanceux , où souvent , l'esprit guidé par son inspiration ou ses écarts, s'éloignait des vrais éléments parl'ignorance de leurs principes. liCs auteurs militaires craignaient-ils de restreindre les élans de leur imagination expansive , et préféraient-ils les prestiges brillants de l'idéologie aux recherches froides et mesurées que revendiquait une science aussi sérieuse que la stratégie.

Après beaucoup de temps et de méditations, une jçrande partie de ses règles fut développée et approfondie; mais elle tomba alors dans un

autre défaut non moins vicieux, celui de ne nous offrir qu'un chaos de principes épars , dans lequel ses parties immuables se mêlaient aux dogmes hypothétiques des éléments variables. Ce mode vicieux s*est maintenu pendant quelque temps , et cette série de principes qui n'était encore qu'une nomenclature assez embrouillée des lois de la stratégie, avait jeté un jour défavorable sur cette science.

Des règles dogmatiquement établies devaient nécessairement être la base de ce grand édifice , et ce n*cst qu'après avoir bien observé les propriétés de la surface du globe, qu'on pût procéder à la recherche des vrais principes de la stratégie. Ce sont justement les développements des rapports intimes qui existent entre cette science et la g('*ographie militaire, qui ont échappé à l'investigation de Bulow, dont louvrage néanmoins parle d'une manière positive en faveur d'une imagination fertile et créatrice. Il crut pouvoir en faire un code indépendant en lui accordant cependant une tendance plutôt mathématique que géographique. Il voulut ramener tous les principes stratégiques aux propriétés des lignes et des triangles, et se laissa entraîner dans des écarts qui servirent au développement de cette partie de l'art militaire.

L'application des règles qu'il avait émise ayant mené à de faux résultats, prouva que Bulow était parti d'un faux principe. L'ana-

PRÉFACE

thème fut prononcé sur l'auteur et sur son ouvrage ; mais eut-on raison ou tort de le condamner au lieu de le soutenir? Ne valait-il pas mieux lui démontrer, d'une manière péremptoire, que les principes de la stratégie sont basés , non sur les lignes qu'on peut tracer sur la carte , mais sur les propriétés intrinsèques du terrain où on se propose de manœuvrer? Peut-être serait-il revenu de ses erreurs? Et qui sait s'il n'eût pas fait faire à cette science de grands et salutaires progrès?

J'ai trouvé dans l'ouvrage de M. Bulow plusieurs grandes vérités qui m'ont guidé à en rechercher d'autres. Je n'ai pas cru cependant, i l'instar de ce savant, devoir ramener tous les principes de la stratégie à des lignes et des triangles, mais je me suis appliqué à en consolider les règles en les basant sur les propriétés du terrain. Les guerres auxquelles j'ai pris part en 1812, i3 et 14, et plus tard en I829t m'ont guidé dans mes recherches. En m^appuyant sur mon expérience, j'ai tâché surtout de séparer les éléments invariables de la partie hypothétique; et pour mieux connaître le mode qui doit nous guider dans l'étude de la stratégie, et simplifier les moyens de saisir avec justesse les caractères hétérogènes de ses différentes parties, j'ai partagé cette science en deux systèmes dont les dénominations dérivent des éléments qui en forment la base. L'un est le système géographique , car ses principes sont fondés , en grande partie , sur les objets immuables que nous trouvons sur la surface du globe; l'autre est le système opératif, qui ne s'occupe que des grandes opérations des armées. C'est pourquoi, après l'analyse des objets primitifs qui forment la partie théorique de la stratégie, je suis passé aux éléments d'un ordre moins stable et par conséquent d'une combinaison plus compliquée.

Ayant cru reconnaître un caractère synthé-

tique dans le premier , j'ai cherché, autant que possible, de lui rester fidèle, et, pour pouvoir mieux saisir ses dilFérentes modulations, j'en ai soumis la classification à un ordre scientifique qui m'a paru se former en chaînon indissoluble.

C'est à la suite de longues méditations que, soutenu par mon expérience , je suis parvenu à former mon ouvrage. Je ne l'envisage pas comme un système qui ne contient que des lois irréfragables; mais je crois cependant être parvenu à développer les principes de la stratégie, sous un aspect plus nouveau. Peut-être serai-je assez heureux pour leur donner un certain élan qui assurera plus tard les progrès de cette science. Aussi, loin de vouloir me sooslnire à l'examen des personnes qui étudient et qui cherchent à développer les connaissances militaires, j'en appelle à leurs méditations. Je ne forme qu'un seul désir, c'est que leur investigation ne soit pas une froide critique, sans résultats pour les progrès de la science même; mais un examen approfondi, propre à consolider ses principes et à en faire, autant que le sujet le permettra, une doctrine définitivement arrêtée.

Puissé-je ne pas trouver au rang de mes juges, une race impie d'écrivains polémiques, au lieu de collaborateurs généreux. Qu'ils ne s'envisagent pas comme des accusateurs désignés pour bouleverser mon échafaudage, sans offrir quelque chose de meilleur à sa place; mais qu'ils s'associent franchement à épurer mon travail, dans lequel j'ai apporté un grand amour pour le métier que je professe, et l'intérêt bien prononcé d'avancer les progrès d'une partie aussi difficile et aussi importante que la stratégie.

Puissent-ils enfin sacrifier le vain laurier d'une critique qui détruit au lieu de consolider, à la gloire bien plus positive dont jouissent les propagateurs des sciences.

MÉMOIRES

SUR

ET

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