‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 62 sur 87 · CARACTÉRISTIQUE DE L^ARTILLERIE · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE DE L^ARTILLERIE

Depuis que le moine R(^r Bacon eut deviné la détonation du soufre , du nitre et du charlion ; que Berthold Schwartz nous eut donné les premiers développements de cette invention; que, plus tard, on Teut adaptée aux bouches à feu , et la science de Tartillerie au calcul mathématique, Tart militaire subit de très-grandschangcments. Le jet des projectiles étant devenu susceptible de se régler à une trfïs-grandc étendue et à un calcul plutôt exact que variable, nous vîmes une grande partie des probabilités sujettes à de grands doutes , se transformer en résultats moins hypothétiques. Les guerres reçurent un caractère plus décisif , les résultats en devinrent plus prompts; mais en revanche elles furent aussi plus sanglantes.

I^pn*niière idée de cette invention remonte au commencement du treizième siècle; mais, malgré toutes les recherches les plus scrupu- Iruses, elles ne nous oflrcnt , pour la décou-

(«) Villnrrt, dam tum Histoire de France depuis fVIfiAlifirmfnl de la monarchie jusqu'au règne de i.ouis XIV^ nouH rapiNirtc qu'il fxistait k la chambre «Irn roniplr« rn Fraiire un registre do l'année 1338 , |iur ronH^iifnt huit ann avant la bataille de Grécy,

verte de son principe , que des doutes qui se perdent dans les ténèbres de ranliquilé. Les Français, qui firent des progrès si rapides dans toutes les parties des sciences exactes , ne n^ligèrent pas la chimie, et le comte de Ber* thoUet, en augmentant la promptitude de Finflammation de la poudre et son degré de force, donna à son invention une teinte de perfectioD qu'elle ne possédait pas encore.

L'art de se servir de la poudre pour le jet des projectiles ne remonte cependant qu^au commencement du quatorzième siècle, et ce n^eil qu>n 1 550 qu^on se servit d^armes à feu dans les guerresque Venise etGènes ont soutenues. Mais» en nous rendant à Tassertion de Fauteur du Grand Théâtre historique ^ il faut faire remonter Tusage du canon à une époque pluf antérieure encore. Il nous assure qu'en 1705, ob voyait à Ambei^ un canon qui avait été coulé en 1505. Si, au contraire, le témoignage de Villani, que Mézeray nous a rapporté , est digne de foi, ce n'est qu*à la bataille de Grécy, qu'Edouard 111 gagna sur Philippe de Valois ( année 1546), que les bouches à feu figurerait pour la première fois (i).

dans lequel un certain Barthélémy de Drach, trésorier des guerres, faisait état de l'argent domié à Henri de Famechon pour avoir poudre et autres choses nécessaires aui canons qui étaient devant Guil laume.

Chaque pays a eu son époque pour le perfecttonneraent de l'artillerie; et pour ce qui regarde ramëlîoration de la fabrication de la poudre à canon , de la préparation des armes à feu en général , el de la lactique de l'artillerie f les militaires ne sauraient assez reconnaître les travaux assidus de BerlhoUet , Monge , Gribeauval, Hassenfratz, La Martillière , Gassendi^ Schamhorst, Hoyer, Lespinasse, Unterberger, Morla, etc., etc. A cette série des savants collaborateurs de la science de l'artillerie, nous ajouterons encore le nom du suisse Moritz, qui inventa, dans le commencement du seizième siècle, la machine pour forer les canons ; ce qui a donné les moyens de les couler pleins et de les rendre plus solides.

L'artillerie se partage ordinairement en artillerie de siège, dont l'emploi est hors de la sphère de mon ouvrage , et rartillerie de campagne (i), dont les calibres, dans les différentes armées, se réduisent i 4, 6, 8 et i 2. Dans les temps où l'artillerie n'avait encore acquis aucun perfectionnement, et où on supposait que l'énormité des pièces devait être leur plus grande vertu, on en fondit dans plosieurs pays d'un calibre énorme , comme la serpentine de Malaga, de quatre-vingts livres de balles, dont le bruit cassait les vitres; la pimentelle de Milan, qui portait à neuf mille pas; le gros canon de Marseille , de cent livres de balles, et pour lequel il fallait soixante hommes pour le remuer sur son affût ; le canon de San-Giago en Portugal, dont on fit l'essai en présence du roi don Sébastien, en i571, qui était de quatrevingt-dix livres de balles et portait à seize cents pas, elc, etc.; mais la difficulté de s'en servir et de les transporter a fait bientôt abandonner ces géants de bouches à feu, qui ne pouvaient tout au plus que servir de sujet de curiosité.

Les premiers canons qu'on fit furent fabri-

(i) C'est au général Gribeauval qu'oo doit la séparation de TaKillerie de campagne de rartillerie de siège. C'est lui qui régularisa les différents calibres et allégea les affûts et tout l'attirail de la première, de rnaoière à ce qu'elle pût suivre le niouvemeot des troupes.

(t) Un fondeur de Lyon, nommé Eymery , avait imaginé une pièce jumelle. Les deux canons étaient de quatre livres de balles , de la longueur de cinq pieds quatre pouces, fondus ensemble et avec une seule lumière pour les deux. On pouvait la tirer aussi k boulet comme les

qués de bois, entourés de toile et d'anneaux en fer, et se prolongeant en forme conique vers la bouche de Tarme. Ce n'est que plus tard qu'ils reçurent la forme cylindrique, et furent faits de barres de fer. Vers la fin du quatorzième siècle, on se servit de cuivre el d'étain , et ensuite d'autres métaux (s).

Gustave-Adolphe s'est servi de pièces de cuir bouilli , dont on attribue l'invention i un baron Melchior de Wurmband. Voici la description qu'Aiçhenholtz en fait dans son Hiêtoire de Gustave- Adolphe: c La machine entière, 1 dit-il, consistait dans un grand tuyail de 1 cuivre battu et très-mince. La chambre, de I même métal, était renforcée de quatre fortes 1 bandes de fer, de gros câbles et de cordes , I autant qu'il en fallait pour donner i la ma-

> chine la forme d'un canon, le tout étaitcou-

> vert de cuir ou de toute autre peau teinte de

> telle couleur qu'on voulait , souvent dorée

• par-ci par-là. On en pouvait tirer coup sur I coup , sans qu'il fût besoin de rafraîchir ni 1 de laver la machine (s), qui d'ailleurs était

> montée sur un affût si léger, que le tout pou- I vait être aisément trainé par deux hommes I partout où l'on voulait, i Les Suédois cependant n'en firent usage que pendant trois ans, depuis 1628 jusqu'en 1631.

L'invention du canon s'est aussi perdue dans les annales de Tantiquité , et les uns la rapportent aux Chinois, les autres i Albert-le- Grand , évèque de Ratisbonne. 11 possédait des connaissances si profondes en mécanique et en physique , que ses contemporains le prenaient pour un sorcier. Il reçut du pape Alexandre IV l'évèché de Ratisbonne, et après en avoir joui pendant deux ans , il se réfugia dans un couvent à Cologne, où il s'abandonna tout à fait aux sciences , et y mourut en 1280.

Conune cette époque ne coïncide cependant qu'avec la première découverte de Roger Bacon

autres canons. Un certain Feulry , avocat de Lyoo, inventa aussi un canon de bronae qui se séparait et s*assemblait en plusieurs pièces, et, par ce mojeo, était aisé k transporter.

(s) Francbeville, au contraire , dans son HUMrêdêê dernières campagnes de Gustave- Adolphe, nous dit (pag. 318) : i Le plus grand mérite de ces canons était t de pouvoir être transportés aisément dans un jour de

> bataille; du reste, ils avaient Tinconvéoient de 8*é-

• chaufTer trop tOt, en sorte qu*après dii ou dooae t coups il fallait les laisser refroidir. •

de la détonation du soufre, du nitre et du charbon , et parait être antérieure à celle du perfectionnement que Berthold Schwartz lui donna , on est en droit de considérer cette supposition comme hypothétique.

Mais en n'admettant que ce que les annales les plus positives nous ont fait parvenir, Tinvention du canon et son usage n^auraient eu lieu qu'au quatorzième siècle; et quoiqu'on remployât pour baltre les murailles en brèche, il parait qu'on hésita longtemps à se servir de ces moyens meurtriers contre les hommes. Le général Servan nous rapporte (i) < qu'en 1 5H0,

> le célèbre Carlo Zéno, revenant de Gonstan- I linople, et commandant pour les Vénitiens,

> ayant employé le canon contre les Génois , I dans un combat sous la ville de Ghiozza

> ( Fossa-Glaudia), toute Fltalie se récria con-

> tre ce qu'elle appelait une contravention » manifeste aux lois de la bonne guerre. >

L'invention du canon a subi aussi , comme lous les produits de l'imagination humaine, des moditicatiuns et des erreurs sensibles. Ce n'est quaprès un certain temps, et comme je Tai dit dans le premier chapitre , d*une allure lardive, qu'on se rapprocha du perfectionnement de cette arme , et qu'on la mit en action avec raisonnement et avantage.

Le nombre des pièces qu'on employa les jours de combats a été sujet à des variations assez grandes. A la bataille de Fomoue, que Charles Vlll gagna sur François de Gonzague, duc de Mantoue , le roi avait traîné une si forte artillerie avec lui, qu'il fui très-embarrassé lorsqu'il fallut franchir l'Apennin (i). Perdant toute espérance de pouvoir la transporter , il voulut Tenclouer pour ne pas la laisser à l'ennemL Mais pour ne pas priver l'armée de sa principale force, les Suisses s'offrirent de la voilurer à force de bras dans les endroits où les chevaux ne pourraient plus la traîner, ce qu'ils parvinrent à opérer avec beaucoup de succès.

A la bataille de Gravelines , que le comte d'Kgmont, commandant l'armée de Philippe II, gagna sur les Français, commandés par le ma-

(i) ilUl. des guerres des Gaul. et des Franc, en Italie, (i) Guichardiii , dans son Histoire des guerres d'Italie,noua rapporte que lorsque Cbarlcs Vlll traversa les Alpes, son armi^e était forte do 40,000 hommes i*t iOO pières do ranon.

jréchal de Thermes, les Espagnols n^aTÛent an contraire que 17 pièces de canon. A ceUe d'Ivry, l'armée française, qui comptait SfiOO hommes d'infanlerie et 2,000 cavalicis sous les armes, n'avait que 4 pièces de canon et 2 coulevrines. Gelle de la ligne était de li,000 fantassins et 4,000 chevaux, et n^a¥ait ansi que 4 pièces. Gustave-Adolphe avait devant Francfort sur l'Oder un train de 200 pièces de canon grandes et petites. A la bataille de Breitenfeld, il en avait 100» y compris l'artillerie des Saxons; au camp de Nuiemberg le roi avait 500 canons.

Plus tard, les armées devenant pins poissantes, les trains d'artillerie s^augmentèrcnt d'après le nombre des troupes, et nous rimei la quantité des pièces monter à un nombre so^ prenant. En 1812, Napoléon pénétra ea Rossie avec un train d'artillerie de 4,572 pièces de canon (s) et, par conséquent, plus de deux par mille hommes de troupes actives. Au reste, ks améliorations qu'on Gt aux pièces ofirirent aussi les moyens d'en attacher un plus granl nombre aux armées , car en diminuant le poids autrefois énorme des canons et de leurs rouages, on facilita le transport de l'artillerie, et ks pièces étant devenues plus mobiles, on pot s'en servir plus facilement et même sur des terrains un peu difficiles.

Nous vîmes même l'artillerie, dans les dei^ niers temps, sortir hors des domaines dans lesquels les propriétés inhérentes à sa nature semblaient circonscrire son action, et s^élevcr à un degré de gloire surprenant. Les guerres de 1809, 1815, 1814 et 1815 mirent entièrement en défaut la prédiction du général Latrille qui , ayant juré une haine assez impliH cable à l'artillerie de campagne , voulait renfermer dans les places fortes, c L^attaqoeel, » la défense des places, disait-il (4) , voill le

> véritable domaine de l'artillerie. Je me

> trompe peut-être, ajouta- t-il, mais j^imagine

> que le temps viendra où ce sera là son uni-

> que destination. >

L'emploi qu'on a fait de l'artillerie, postérieurement à l'apparition de l'ouvrage du g^

(5) Uisioire de V Expédition de Russit, par le marquis de Chaiiibray^

(4) Considérations sur la guerre, etpartieulièremetà sur ta dernière guerre , page 218.

nëral Lalrille , a haulcment paiié contre son talent de prédicateur ; car nous avons vu celle des Français paraître dans les plaines de Lulzen, non-sRlement comme arme préparatoire et de secours, mais à peu près comme arme possédant des propriétés définitives; et Napolédn nous démontra avec une sorte d'évidence, que la devise que Louis XIV fit graver sur les pièces, et qui portait : Ratio uliima regum^ en était une très-péremptoire. La bataille de Lutzen fut à peu près décidée par Tartillerie» et cette victoire retarda d'une année la chute de Napoléon et les événements extraordinaires qui en furent la suite.

G^est à Gustave-Adolphe que Tartillerie doit en grande partie les premiers développements de la régularité et des avantages de son action. Était-ce ignorance de son emploi adapté au terrain et aux circonstances; mais dans les luttes les plus décisives qui ont ensanglanté les différents champs de bataille de l'Europe depuis le xvi* siècle, et qui ont eu le plus d'influence sur les circonstances , nous voyons cette arme n'embrasser qa*iin rôle secondaire, et sof action y est presque insignifiante. A la bataille de Pavie, François l^'' avait déjà remporté plus d'un succès, et après avoir rejeté les troupes de don Ferdinand Gastiot, il était déjà parvenu à faire plier celle du connétable de Bourbon , lorsque Pescaire soutint ce dernier avec 800 arquebusiers qui foudroyèrent la garde du roi et décidèrent la bataille en faveur des Impéiiaux. L'artillerie ajouta peut-être au bruit du combat; mais elle n y joua qu'un rôle tout à fait secondaire. A la bataille de Nieuport, que le prince Maurice de Nassau gagna sur l'archiduc Albert d'Autriche, on aperçoit l'artillerie du prince Maurice, paraître un moment «▼ec dignité et entraver par un feu bien dirigé le mouvement de cavalerie de l'amiral d'Aragon, mais son éclat ne dura véritablement qu'un moment, tandis que celui de la cavalerie du prince Maurice y parut dans tout son jour. A la bataille de Moncontour, que le duc d'Anjou gagna sur l'amiral de Goligni, fl y en avait trop peu pour faire effet (i) ; à celle dlvry, nous remarquons le même défaut.

Mais c'est au commencement du xvii* siècle,

(i) Chacune des deui armées ne disposait que de huit pièces de canon.

avec le perfectionnement de la fabrication des pièces, que nous commençons à remarquer aussi le développement d'un emploi régulier de l'artillerie. Les pièces autrefois étaient plus ou moins d'une longueur démesurée , ce qui devait nécessairement ravir beaucoup de légèreté à cette arme , dans des actions qui demandaient de la vélocité , et quoique vers la fin du XVI® siècle, un certain M. de Linar eût démontré par le fait , qu'une longueur démesurée des pièces n'en aogBientait pas la portée, et qu'un canon de i2 pieds de longueur et du même calibre, portait tout aussi loin qu'un autre ^e 13 à i7; ces changements salutaires n'eurent lieu qu'au commencement du xvii® siècle.

Gustave-Adolphe en fit l'expérience en iôS-i, et s'étant persuadé de la vérité du fait, il fit fondre aussitôt pour l'armée suédoise des pi^ ces d'une moindre longueur. Jusqu'à la fin du XVI* siècle, on avait aussi l'habitude de disperser les pièces devant la première ligne de bataille, sans égard au terrain ni à la position de l'ennemi , aussi n'en recueillait-on pas les feux collectifs, à peu près les seuls qu'on puisse envisager comme les avant-coureurs de grands résultats. Quoique Gustave-Adolphe sentit la nécessité de rassembler l'artillerie en pins grande masse, et accordât par là une plus grande efficacité à cette arme , en comparant cependant la distribution des batteries dans ses ordres de bataille , aux positions qu'on leur assigna postérieurement, on reconnaît, dans les dispositions du roi de Suède, plusieurs vices dont j'aurai l'occasion de faire mention, en discutant sur les positions de l'artillerie. Mais si nous remarquons en général un grand perfectionnement qui s'est fait du temps dés Gondé, des Turenne, des Eugène de Savoie, etc., etc., nous ne pouvons cependant nous refuser de dire, que c'est à Gustave-Adolphe que l'Earope doit en général la première épuration de la tactique des différentes armes. G^est ce grand homme qui la dégagea de plusieurs de ses abus vicieux , et s'il ne parvint pas à lui accorder un plus grand degré de pureté, cTest que la mort vint l'enlever trop tôt au monde scientifique , et priva l'Europe d'un héros qui l'avait remplie de son nom et de sa gloire (t).

(i) Le général Vaudoncourt (Journal des sciences mililaires , 7' livraison , page 40) ne lui accorde que le

Du moment où l'on perfectionna la fabrication des bouches à feu, la construction des affûts et Tattelagc de Tartillerie, qu'on put imposer à cette arme des mouvements rapides, qu'on rendit le tir de celle arme plus régulier, et qu'on la rendit susceptible de suivre même les manœuvres de la cavalerie, en mettant à cheval les artilleurs des batteries destinées pour manœuvrer avec elles, on fui en état aussi d'augmenter le nombre des bouches à feu; car les prérogatives ci-dessus énoncées leur oiTraicnt les moyens de soutenir les combals avec plus d'avantage.

La proportion ordinaire reçue dans les armées européennes pour la composition des armées est , pour rartillerie à pied , de 2 pièces pour 1,000 hommes (i) , et pour Tartillerie à cheval, de 4 pièces pour 1,000 cavaliers. Il serait même non-seulement inutile , maïs aussi dangereux, d'en augmenter le nombre au-dessus de celui-ci ; car celui des troupes ne serait jamais suffisant pour les défendre, et, dans les cas malheureux d'une retraite précipitée et mêlée de désordre, un trop grand nombre de bouches à feu, en augmentant la confusion, mettrait les troupes et le matériel à la mci*ci de Tennemi. Dans la continuation d'une guerre, on est même souvent obligé, à cause des pertes réitérées auxquelles les armées sont journellement en butte, de diminuer le matériel, en laissant des batteries dans les parcs de réserve , pour que le nombre des bouches à feu ne surpasse pas le nombre normal de la proportion dont je viens de parler.

Cependant, le nombre démesuré des bouches à feu n'est pas l'unique inconvénient qui nous .oblige quelquefois à nous séparer de notre artillerie ; la perle du personnel , en temps de guerre, en devient souvent un bien plus grand encore. L'artillerie étant une arme qui exige du personnel des notions préliminaires indispensables pour son service , peut aisément , à la suite de plusieurs combats qu'elle aurait à

changement des mousquets en place des lourdes arquebuses, et raliégemcnt de rartillerie de campagne ; mais à qui devons-nous donc le premier changement de Tordonnance de rinfanleric et de la cavalerie, qu^on rangeait autrefois dans la profondeur; changement sans doute très-important pour la première sous le rapport des feii\ qui en résuUcrent . et que pour Tinfantcrie iioiwa^ons conserva jusqu'à prissent. Le général Scharnborst a M. plus juste envers ce grand homme, et le l'Ttrur peut trouver des détails très-intéressants i ce

soutenir, être paralysée dans plusieurs de ses éléments. Ne possédant pas de personnel surnuméraire pour remplacer les absents, ta| chefs se trouvent quelquefois dans la nécemté de réorganiser les batteries pour les compléter; et le résultat de cette réorganisation prouve qu'on est obligé de laisser plusieurs batteries dans les parcs de réserve, faute de bras pour les servir.

On commence ordinairement à remplacer les canonniers mis hors de combat par les artilleurs qui conduisent les chevaux, tandis qu^on peut suppléer à l'absence de ceux-ci , par un pareil nombre pris dans les escadrons de la cavalerie. ' On assignera à ces conducteurs de chevaux désignés pour servir les pièces, les rôles les moins difficiles, et on ne s'en servira ni pour pointer, car il faut une grande habitude pour le bien faire, ni pour introduire la charge, ni pour l'enfoncer, car il faut beaucoup d'adresse et d'agilité ; mais on s'en servira pour mettre le fén, ou pour ôter la pièce de dessus son avant-train.

L'artillerie en général se partage :

1® En artillerie de siège;

2° En artillerie de campagne.

Mon dessein n'étant que de discuter des propriétés et de l'emploi de l'artillerie que nous voyons figurer sur les champs de bataille, il est tout naturel que ma dissertation ne s'étende que sur Tartillerie de campagne. Celle-ci se partage aussi :

4<* En artillerie à pied;

3o En artillerie à cheval.

Le but de l'action de l'artillerie est toujoun d'entamer son ennemi , de produire du flottement dans ses lignes, ou de le déposter de sa position : pour atteindre un but pareil» il bot que les pièces possèdent une certaine force è^ structive, et il devient alors indispensable As sacrifier leur légèreté à la grandeur du calibre nécessaire pour ces sortes d'opératiooi* Les pièces de 3 ou de 4 peuvent avoir plus de mobilité pour l'action; mais la portée dutk

sujet dans son ourrage intitulé : WlUairiseke IklàtcUrdigkeilen un scrcr Zeiten , tom. ii , pag. 1.

(0 Le général Lespl nasse , dans son ouvrage intitulé: Essai sur V Organisation de Varme de VArîiUini, en donne trois, dont une pièce se trouve avec les tfWpes , une dans le parc de réserve , et la troisième datf les dépôts disposés sur les derrières de Tarmée. Outre ces 5 canons , il accorde encore une pièce de posItioiO pour chaque 1i,000 hommes.

(V Des pièces de 16.

étant pea signiGante , il faut, pour que ces pièces produisent quelque efTet, qu'on s'approchf|Ji une très-courte distance de son ennemi r^t il en i-ésulte qu'on se place dans la sphère la plus meurtrière des pièces de 6 , de 8 et de i 2 qui parviennent bientôt à mettre les batteries de petit calibre hors d'étal de soutenir le combat. Dans la campagne de 1813, le partisan Figner avait dans son détachement 6 pièces de 4, et j'ai pu me convaincre aisément combien ces petites bouches à feo sont inutiles dans un combat contre un ennemi qui se sert de pièces d'un plus grand calibre. Lorsque Napoléon lit une pointe entre l'Elbe et la Mulda pour se rapprocher de Wittembërg, le maréchal Ney, qui commandait le corps avancé de Tannée française, ayant attaqué l'avantgarde du comte de Taucntzien , posté à Graffenhaynchen, la rejeta bientôt sur Oranienbaum, et ayant occupé ce bourg, envoya un détachement vers Wœrlitz, où se trouvait le colonel Figner avec 3,000 hommes. J'avais été envoyé par le comte Tauentzien pour reconduire le détachement à Dessau, mais j'arrivai au moment où les troupes étaient engagées. Le feu des canons du colonel Figner ne produisait presque aucun effet , tandis que l'artillerie française faisait un ravage affreux dans les rangs des partisans.

Le calibre de 6, de 8 et de i 2 est celui qu'on voit ordinairement dans les armées modernes, et celui aussi qui est le plus propre pour le service des batailles (i).

(i) L*auteur anonyme du Système de VarlilUrie à pied , voudrait bannir tout k lait le calibre de 12 comme pièce de campagne ; mais je crois que son idée , malgré toutes les longues démonsi rations qu'il nous en a données dans son ouvrage (pag. 98 et sulv.), fera difficilement des prosélytes.

Dans son Système d^artillerie de campagne, le général Allii aussi vient de se prononcer d*une manière décisive contre le calibre de là pour le service de campagne. 11 s'est même élevé une polémique entre lui al le comité d'artillerie de France , dont nous possédons des échantillons dans le Spectateur niHUaire (cahiers de mars, avril et mai) , ainsi que dans lé Journal des Sciences militaires des armées de terre et de mer (cahier de juin 1827 ).

Malgré toutes les raisons que le général Allix sVfforce de présenter pour discréditer le calibre de 12, il est probable qu'il ne parviendra jamais à changer Tavls de l'Europe entière. Les coups des grands calibres possèdent aussi des avantages non équivoques , parce que la vitesse initiale étant plus grande, la force de projection

Comme les portées des canons des calibres de 6, de B et de 13 peuvent s^étendre depuis 2,000 jusqu'à S,800 pas (i), des portées pareilles prouvent que les pièces de ces trois calibres suffisent pour atteindre toutes les distances dans lesquelles on circonscrit ordinairement Faction des différentes armes, et démontrent évidemment que si on attache au train des armées des pièces d*un plus grand calibre, et qu'on leur fasse faire le service de campagne, il n*y a qd*une pénurie de bouches à feu de 6 et de 12 qui^doive en être la raison. Le lieutenant-colonel Plotho nous rapporte, qu'A 1813, Farmée française a traîné avec elle des pièces de 16. Le colonel Ravichio de Peretsdorir (s) nous assure , au contraire , que c c'est une erreur manifeste; mais, ajoute-t-il, elle est populaire à l'étranger, et mérite d'être remarquée , parce qu'elle montre quels effets produisent nos pièces de 12. Il fallait que ces effets fussent bien funestes à nos ennemis, puisqu'ils les attribuaient à des pièces de 16 et de 18 que nous n'avons jamais employées en campagne , du moins depuis les temps modernes. > Au reste, la raison qui aurait pu porter Napoléon à mettre des pièces de 1 6 en campagne , pouvait être Irès-aaturelle et trouver sa cause dans la nécessité. Ayant, pendant la campagne de 1812 et les batailles de la Katzbach, de Dennevitz et de Gulm, perdu plus de 1,600 bouches à feu, il pouvait bien arriver que, manquant de pièces de moindre calibre, il

est plus considérable, les déviations en deviennent moindres et le tir plus eiact. J*avoue franchement que les différences de la vitesse initiale , ainsi que les déviations, ne sont pas les uniques moteurs des victoires ; mais il n*est pas moins vrai, qu'elles doivent être d*un grands poids dans toutes les recherches que Ton base sur le calcul mathématique.

(t) Quoiqu*i des distances pareilles les boulets per dent tout i fait leur force , et ne produisent qu*un effet presque nul ; j*ai cependant voulu indiquer le maximum de leur portée , pour qu*on puisse calculer toute retendue de leurs sphères. La plus grande distance avec laquelle on doit tirer à boulet avec le canon de campagne , est de 500 toises pour le calibre de 8 et de 13 , et de 450 pour celui de 6. Le but en blanc primitif de ces trois calibres, au contraire, ne va pas au deli de 3 i 500 toises.

(5) Traité élémentaire d Artillerie à Vusage des militaires de toutes armes, par Decker , traduit de Tallemand par le colonel Ravichio de reretsdorff et le capitaine de Nancy.

EXAMEN RAiSOiNNÉ

ait ordoDoé de mobiliser des canons de 16.

Je ne vois pas non plus pourquoi le colonel Percisdorir combat avec tant de chaleur un fait pareil. Les succès de la guerre sont souvent soumis à une anomalie tellement grande, quMl est difficile de décider d'une manière positive ce qui est vraiment utile et dangereux, il a devant les yeux un exemple qui peut suffire pour engager, sinon à employer définitivement des pièces de gros calibre pour le service de campagne, du moins à excuser leur mobilisation, puisqu'une victoire en a été la suite : c'est celui que Frédéric le Grand nous a offert à la bataille de Lcuthen (i). Ayant perdu beaucoup d'artillerie à Kolin et à Breslau , le roi fit mobiliser SO pièces de gros calibre à Glogau (i). Leur attelage et leur service a coûté beaucoup de peine, il est vrai ; mais nous avons vu les sepvices que ces pièces de gros calibre ont rendus à Frédéric à la bataille de Lcuthen.

Au reste , quel que soit le calibre des pièces qu'on emploie dans l'action , pour que l'artillerie produise de grands résultais, il faut absolument qu'elle soit en assez grande masse, sans quoi ses efforts sont peu efficaces et loin d^ètre aussi dangereux qu'on se le représente. Deux ou trois canons s'épuisent quelquefois à tirer pendant des heures entières, sans que les résultats répondent à l'ardeur des artilleurs et à l'effet des pièces, dont le tir, étant soumis à un calcul mathématique, devrait être plutôt juste que variable. A la bataille de Polotsk , livrée le 6-18 octobre, j'avais été placé par le comte deWittgenstein, avec un bataillon, sur la route qui mène de Polotsk à Witepsk. Ce chemin allait en pente douce, de la ville vers l'endroit où j'avais été placé. Les Français braquèrent 3 pièces de canon contre mon bataillon, et firent pendant plusieurs heures un feu très-vif. Mon attention était toujours dirigée vers la direction des projectiles, et je faisais faii*e à mon bataillon de petits mouvements à droite et à gauche, pour le soustraire à leurs effets. Gomme je devais être relevé par le détachement du général Alexieff , je restai pendant plusieurs heures sous le feu de la batterie en-

(i) Un général Trançais, Lespinasse, dans son Essai sur l'organisation de l'arme de V Artillerie, nous assure aussi (p. 51), qu'à Tarméc des Pyrénécs-Occidenlales 11 so trouvait des ])icce,s de gros calibre. < A la fameuse journée du 17 pluviôse, dit-il, » j*aîais 2 pièces de 16 au centre de mon ordre de

nemie, et quel fût le résultat de cette canonnade, qui n'avait pas discontinuée? J'eus un sous-officier blessé, deux hommes tu^a^ et la crosse du fusil d*un de mes grenadiers flR mise en pièces.

Si la batterie que les ennemis m'avaient ofH posée avaient été de iâ à 45 pièces de canon» je suis persuadé que je ne m'en serais pas retiré à si bon marché. En menaçant une grande étendue à droite et à gauche de la route où j'étais placé , pour me soustraire aux projectiles ennemis, j'aurais dû ou quitter tout à fait mon poste , ce qui m'avait été expressément défondu, ou laisser exterminer le bataillon que je commandais.

Des coups de canon isolés, cependant, si on choisit le moment opportun, ne sont pas toujours tout à fait sans efficacité. Dans les engagemcnLs de petits partis, par exemple, un coup de canon, sans faire ressentir quelquefois aucune perte à l'adversaire, produit souvent un effet moral avantageux, en prouvant à l'ennemi que les troupes ne sont pas dénuées d'artillerie. Une conviction pareille rend souvent l'adversaire plus circonspect, et prévient la vigueur des attaques et l'impétuosité que rennemi aarait peut-être déployée dans ses mouvements offensifs , si une découverte pareille ne Tenait entraver ses calculs.

Dans le cours d'une bataille , un boulet bien dirigé suffit aussi pour enlever une personne indispensable pour l'ensemble des mouvements de la journée et dont la perte peut entraver le succès. Dans de pareils cas, les chefs de batteries doivent diriger leur attention sur les groupes que forment les états-majors. A la fameuse bataille de Fehrbellin que l'électeur de Brandebourg gagna sur le comte de Wrangel» ua pur hasard et le dévoûment de son écnjcr sauvèrent le prince d'une mort certaine. Aa moment où le combat s'engagea , Téouyer de Frédéric-Guillaume, un certain Froben, aper cevant que l'électeur montait un cheval blanc, qui pouvait aisément servir début aux projectiles des ennemis, dansla crainte d'une réponse négative, s'il découvrait à son maitre les ni-

> bataille, 9 de 18 à la droite, et 5 de 17 et 9 de B 4 longues à la gauche. Ces iKitterios rompirent les • colonnes des Espagnols et nous donnèrent la îic- » toire. •

(<) Reliow, Charaklerislik dtr wichiigsten ErH§' nisse des siebcnjahrigen Krirges.

80DS qui rengageaient à lai faire changer de cheval , Tassura que celui que Frédéric-Guillaume monlait, ne lui paraissait pas tout à (ait bien portant, et rengagea àprendre celui qu'il avait sous lui. L'électeur s'y prêta, et le fidèle écuycr n*a que le temps de changer de cheval, qu'il tombe noyé dans son sang (i). La veille delà bataillcdePolotsk,5-27 août, nos artilleurs avaient remarqué un groupe assez nombreux, et un cheval blanc qui précédait les autres. On dirige aussitôt un obus contre ce groupe, et préalablement contre le cheval blanc. Le coup part, le projectile frappe, le groupe se disperse, et nous apprenons le lendemain que le maréchal Oudinot avait été blessé par un éclat d*obus et obligé de quitter son corps.

Mais tous ces cas peuvent être admissibles, lorsqu'on se trouve dans des plaines ouvertes, et dans lesquelles les mouvements de l'ennemi peuvent être observés. 11 peut cependant arriver que l'ennemi se trouve abrité par des villages, derrière des broussailles ou dans des ravins et des enfoncements. Les boulets et les cartouches à balles, n'étant pas assez puissants pour en déposter un adversaire, qui serait résolu de s'y maintenir avec fermeté, on songea à les en déposter en jetant des projectiles, qui en cre- Tant possédaient la faculté d'incendier les parties où ils tombaient^ et en chassaient ceux qui s'y trouvaient par la flamme qui se propageait ou par les éclats des projectiles qu'on lançait et qui crevaient dans un certain temps. Nous vîmes alors paraître Tobusier , invention plutôt moderne* qu'ancienne , et que nous devons aux Hollandais et aux Anglais. Les premiers obusiers qu'on vit en France furent pris sur les alliés à la bataille de Neerwinde, que le maréchal de Luxembourg livra en 1693. Ce n'est que 56 ans après , que les premiers obusiers furent fondus en France , à Douai.

Les formes des bouches à feu ne furent pas cependant les seules qui subirent des variations, le vol des boulets n'en fut pas exempt non plus, et on le rendit à volonté, à toute volée, de plein fouet, de but en blanc et à ricochet. C'est à un bourgeois de Vcnloo qu'on rapporte l'invention du tir à ricochet. Ce tir qu'on obtient avec une charge faible, et lors-

(i) Les historiens assurent que les Suédois avaient appris que Télecteur montait un cheval blanc.

que l'angle de chute n'excède pas 7^^, doit dater de 1558. Le maréchal de Vauban s'en servit avec un succès décidé en 1697, au siège d'Ath.

Dans les batailles aussi, le tira ricochetest toujours d'un grand efl^et, surtout lorsque le terrain le protège. Il possède plusieurs propriétés qui sont certainement d'une importance ma\jeure.

Le tir à boulet , en général , ayant la faculté de faire le plus d'effet dans la profondeur , on le dirige ordinairement contre des troupes formées en colonnes. Mais lorsqu'on se trouve dans une distance peu éloignée de son ennemi , et que ces troupes présentent des fronts éten» dus, comme un bataillon déployé en bataille , ou un escadron , l'effet des cartouches à balles est toujours plus avantageux que celui des boulets, quelle que soit la variation qu'on accorde à leur tir. La charge de la cartouche à balles ayant la propriété de se répandre sur un assez grand développement de front, blessera toujours plus d'individus qu'un boulet , qui ne fait de grands ravages que dans la profondeur.

Quoique les cartouches à balles portent à des distances assez éloignées, el que celles des balles de six onces aillent jusqu'à 400 toises pour les pièces de 12; à 350 pour celles de 8 ; à 320, 330 pour celles de 6,et i 300 pour celles de 4; que les cartouches à petites balles portent à 350 toises pour les pièces de 12 ; à 300 toises pour celles de 8 ; à 270 pour celles de 6 et à 250 pour celles de 4; comme ces distances sont trop grandes pour que les balles puissent faire un effet vraiment meurtrier, on a fixé pour le tir des cartouches à balles en campagne , 4 80 à 200 toises pour la pièce de 12; 150 toises pour celle de 8; 130 pour le calibre de 6 et 1 20 pour celui de 4. L'obusier ne possède qu'une très-petite portée pour les cartouches à balles.

Les effets des cartouches à balles cependant ne sauraient se déterminer d'une manière positive; carie nombre des grosses ou petites balles qui vont frapper le but, est trop variable pour pouvoir les désigner irrévocablement. L'expérience dans des <ras pareils, étant toujours la meilleure indication pour la détermination de l'hypothèse , je vais offrir le résultat d'une expérience d'un feu de cartouches à balles contre un but de planche de 18 toises de longueur, sur 18 pieds de hauteur, ainsi un peu plus que la moitié delà longueur d'un escadron, et plus du

double delà hauteur d'un cavalier assis à cheval (i), et que le général Durtubie nous a ofTert dans son Manuel de f Artillerie (page 317).

nOIlRE PE IILLE*

composant

LA CHABâB.

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