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hohue de »uiEs frappant
grosses.
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Le major Decker , au contraire , dans son Traité élémentaire d'Artillerie, notisoffre, d'expériences faites avec soin , le résultat suivant:
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En comparant ces deux tableaux, on lemai^ que , par exemple pour le même calibre , pour ta même charge et à peu près pour la même distance , une trës^rande variété daos le nombre de balles qui frappent le but. Que maintenanl on mette d'un cdté toutes les chances positives qu'on recueille de la mesure du terrain el des sinuosités sur lesquels on place les batteries et le temps qu'on prend potu- viser avec régularite, précautions qu'ordinairement on ne néglige pas dans les camps d'instrucUon , et ds l'autre l'impossibilité de le faire avec la mène exactitude sur le champ de bataille; difficullé à laquelle on ajoutera plusieurs défauts pn> venant de la fabrication des pièces , de la coiw fectiondeschargeset de l'opposition si variable produite par la pesanteur et répais.scur de l'air, et on verra toute rincertilude da tir des projectiles en général, et surtout des cartouches à balles , et le peu d'elîet qu'elles font en comparaison du nombre qu'on en Ianc«. En un mot, on peut dire que le tir des projectiles, en général, est encore un miéiange de calculs, d'erreurs et d'hypothèses problématiques. U grandeur et la justesse des trajectoires, variant d'après les plus petits accidents du terrain où on place l'artillerie, rendent 4es atteintes da but tellement différentes, que de plusieun coups lancé de la même pièce , sur le même terrain et sous le même angle de projeclioB, il n'y en aurait pas deux qui produiraient le même résultat et mettraient par conséquent tous les calculs balistiques en défaut.
La cavalerie est l'arme qui peut toujours le plus souffrir des feux de l'artillerie , car h grandeur de l'homme assis sur Iccheval , donne plus de prise au but des projectiles; mais, d'an autre côté , elle est aussi celle dont la position éloignée, peut le moins être nuisible i Thenreuse issue des combats , car elle peut lonjoun se transporter avec vitesse vers l'endroit menacé, aussi est-elle l'arme qu'on cherche toi^ jours à soustraire aux feux de l'artillerie enn^ mie. L'infanterie n'en souffre jamais autant, el la raison en est toute simple. Pourvu que les batteries soient placées sur une élévation qui paraîtrait même insensible , la plus grande partie des projectiles passera par-dessus les
(1) Dont la liauteur s'estime ordinairement à T pieds 0 pouces.
têtes de la première ligne et viendra ou ricocher entre la première et la seconde, ou frapper la seconde avec une justesse à peu près négative.
Le lecteur ne s'étonnera pas maintenant lorsqu'il lira dans les Mémoires de Napoléon, qu'à la bataille de Leipzig, le nombre de coups de Tartillerie seule, sans compter ceux de rinfantcrie, montèrent à plus de i50,000 (i) , tandis que toute la perte des alliés n'a été que de 2i à 2â,000 hommes.
Mais malgré l'anomalie et la variété du tir des projectiles, l'artillerie n'en sera pas moins toujours un de ces moyens le plus efficace qui augmente la force inhérente à la nature de l'infanterie et de la cavalerie, et quoique par elle-même elle soit d'une nature défensive, elle est cependant le meilleur moyen qu'on puisse employer pour préparer et assurer les succès des mouvements offensifs des deux autres armes. C'est pourquoi on voit l'artillerie partager avec l'infanterie et la cavalerie tous les périls des combats, et se soutenir réciproquement dans leurs moments de crise.
Mais Tartillerie à pied, ne pouvant suivre la cavalerie avec la même vitesse, on institua l'artillerie à cheval , dont l'origine est déjà trop connue pour le répéter encore. Cette artillerie, qui pouvait suivre la cavalerie dans tous ses mouvements avec la même vélocité, et arriver avec une vitesse prodigieuse pour occuper quelque point menacé, fut d'un secoui*s si grand , qu*on songea bientôt à en augmenter le nombre.
Jusqu'en 179i , les Français ne possédaient d'artillerie dite volante y que celle qu'ils avaient imitée des Impériaux , qui transportaient leurs canonniers sur une espèce de voiture, appelée Wurts-Wagen, et sur laquelle on plaçait les artilleurs dans l'attitude de Thomme à cheval. En i79i , M. Du portail, ministre delà guerre, fit former 2 compagnies de canonniers à cheval, et le succès de cette épreuve répondit parfaitement aux avantages qu'on s'en promettait. En 1792, M. de Narbonne ayant succédé à M. Duporlail, perfectionna et agrandit le nombre des batteries à cheval, de manière qu'au commencement des campagnes de la révolu-
(i) Odelcben, dans sa Relation circonstanciée de la Campagne de 1813 fn Saxe, tome ii , pa^ 31 , en fait monter le nombre h plus de 200,000.
tion , on fil monter le nombre des 9 compagnies à 8 régiments, et c'est à celte artillerie volante que les français doivent en grande partie la victoire que le général Tuncq remporta en 1793 à Luçon , sur l'armée royale commandée par Charette, et dont la perte monta de 6 à 7,000 hommes morts (i).
Celte espèce d'artillerie , dans plusieurs armées , ne possède en général qu'un seul désavantage, et c'est celui du calibre; car les Prussiens et les Autrichiens n'ont accordé à rartillerie à cheval que des pièces de 6, et les Français de 8; ce qui les mettrait en désavantage marqué, si elles étaient obligées de soutenir pendant un certain temps le feu d'une batterie de iâ. L'essai que firent les Russes en faisant monter à chevil les artilleurs des pièces de position, leur réussit si bien , qu'on incorpora plusieurs batteries de 4 â dans Tartillerie à cheval , sans que la pesanteur des pièces paralysât en quelque chose la vélocité de leurs mouvements, ou rendit ces batteries moins mobiles que celles de 6.
L'expérience des guerres modernes développa en général le vrai caractère de force, inhérent à la nature de rartillerie, et on peut bien hasarder de dire que ce fut une de ces causes matérielles, la nécessité, qui développa les vrais effets que peuvent produire les batteries pour le gain des batailles. Même Napoléon, . qui , pendant les derniers actes de son existence militaire , imprimai cette arme une force dont on ne sut pas tirer parti avant, combattit ^ pendant quinze années, envisageant l'artillerie sous un rapport beaucoup moins eflScace.
Pendant les campagnes de 1843, iietiS»
dans lesquelles l'artillerie parut avec un éclat si brillant et d'un effet si décisif, celte arme, qui jusqu'alors n'avait possédé qu'une puissance accessoire, fut bientôt envisagée, nonseulement comme arme de secours et prépdhttoire, mais presqu'aussi comme arme définitive pour le gain des batailles.
On assujettit plus tard son action à un système nouveau, et sur ce sujet, les militaires ne sauraient priser trop haut les travaux laborieux de l'auteur anonyme du Système de t Artillerie à cheval et à pied (s).
(t) Voyez, pour la relation, le Dictionnaire histori-que des Batailles^ tome ii , page 550.
(3) System der reitenden Artillerie, Leipzig I8i3. System der Feldartillerie su Fuss, Leipzig, 18i5.
Si t emporté par une prédiloclion injuste en faveur de Tarrae dont l'auteur anonyme développait la nature, la force et Taclion, il a, de temps en temps , accordé à rarlillerie plus de puissance qu'elle n'en possède véritablement (i) et dont Tautcur d'un autre ouvrage (i) a relevé les petits défauts, ces systèmes n'en sont pas moins les produits estimables de la littérature militaire.
Les extrêmes dans toutes les choses, en faisant lort à la vérité, relardent aussi les justes développements des sciences. Aftirmer, comme le général l^atrille, que l'unique domaine de Tartitlerie soit les places fortes, et, par conséquent, mettre en doute l'efficacité de cette arme en campagne est aussi préjudiciable que de supposer que l'artillerie peut jouer dans les batailles le rôle d'une arme indépendante , et qu'on peut gagner des batailles avec son seul secours. Le juste milieu entre ces deux exagérations, c'est d'envisager l'artillerie sous deux rapporls différents, et s'en servir comme arme de secours et comme arme préparatoire; deux propriétés dont je donnerai les développements dans la section suivante.
i^a forci; des armées actuelles, la facilité avec laquelle elles sont susceplibles d'être maniées , et la possibilité qui en est provenue , d'y attacher S piitces par i,000 hommes, sans paralyser pour cela la mobilité de ces masses prodigieuses, ainsi que ridée de tenir toujours en réserve une ccrlaine quantité de pièces qu'on met en batterie au moment oppoilun, ont été, en quelque manière , les premiers indices de la vraie force et des effets surprenants de Tartillerie. Sup|Kisant même qu'en mettant plus de pi(f'i*s en artion, on risque d'en perdre une plus grande (piantilé , pourvu que les batteries n'aient pas été passives, on fait aussi essuyer des iM*rtes plus grandes à son ennemi. Qu'arrive-t-il ensuite? à l'engagement suivant, on prend sa revanche; car l'artillerie risquant tout si elle n'a pas un nombre respectable de défenseurs, les adversaires ayant les forces physiques en leur faveur, |Misséderont toujours les chances les plus favorabl<*s pour écraser leurs ennemis et leur (Milever leurs pièces.
(1; Par ciciiipliî . il «m, (System (hr rcilenden AriiUerie, pag. U; : -« U but de ces feuilles est de I iirouver rciisteiicf; de rarlillerie à cheval comme . arme iiidépendaiite. • Plus tord (page 25), il lui
Ce grand nombre d'artillerie est cependant plutôt nuisible pendant les marches et pour les colonnes manœuvres, que pernicieux sur le champ de bataille, où les espaces sont assez vastes pour pouvoir en utiliser un très-^prand nombre. Dans les colonnes de route, comme manœuvres, au contraire, cette arme allonge les iiles et paralyse beaucoup le mouvement des troupes. Leur direction les conduit-elle surtout à travers un défilé, les conséquences peuvent souvent en devenir fatales. L'ennemi est-il intelligent et prompt pour attaquer les troupes avant qu'elles ne l'aient franchi» on perd lés moyens d'utiliser l'artillerie , et la débite des troupes, ainsi que la perte du matériel» en est la suite indubitable. La bataille de Hohenlinden nous en offre un exemple bien frappant. Pendant que le général Richepanse soutenait avec assez de succès du côté de Mattenpœt , un coiabat assez inégal, le général Ney avait attaqué la colonne du centre des Impériaux, qui voulait se faire jour vers Hohenlinden. Cette énorme colonne n'ayant pu utiliser quune partie de ses • troupes , et embarrassée par le grand nombre de son matériel qu'on ne pot mettre en action, fut bientôt rompue « précipitée dans le défilé et mise en désordiie. Toute l'artillerie de la colonne qui ne put rebrousser chemin pour se soustraire aux poursuites des ennemis , qui étaient au nombre de 87 pièces de canon , tomba au pouvoir des Français. Si les Impériaux ne s'étaient pas laissé surprendre, il n'y a pas de doute que cette même artillerie qu'il leur fut impossible d'utiliser, aurait pu être justement un moyco efficace pour contenir l'ennemi et soutenir l'action des deux autres armes.
Sur le champ de bataille, le seul inconvénient de ces masses d'artillerie, c'est de trouver toujours un terrain qui protège leur mouvement et leur emplacement, au moment où on veut en mettre un grand nombre à la fois en action; car un terrain trop coupé ne manque jamais d'en entraver la marche, et en les désunissant sur la position, leur ravit les avantages des feux collectifii.
accorde même plus de vélocité qu*à la cavalerie , etc. (2) Biirachtungen Hber das System der rfUenim ArtUlcrir.
SECTION II
DES PROPRIÉTÉS DE L'àRTILLERIE EN GÉNÉRia ET DE CELLES DE l' ARTILLERIE A PIED EN PARTICUUER.
Les propriétés de rartillerie consistent dans Feffet des bouches à feu et la possibilité d'ébranler, à de grandes distances, son ennemi. Ces effets peuvent être envisagés sous plusieurs rapports différents; et voici les cas où cette arme peut les déployer avec avantage , et produire les résultats qui correspondent à sa nature:
i^On peut paralyser ou même arrêter un mouvement offensif qui se prononcerait avec trop de vigueur;
S*" On protège le déploiement des troupes;
5® Leur mouvement rétrograde ;
4® On opère du flottement dans les lignes ennemies, et on facilite par là l'action des autres armes;
5® On augmente la force impulsive des troupes assaillantes.
Cinq prérogatives pareilles prouvent nécessairement qu'on doit accorder k Tartillerie un grand poids dans la balancé des combats; et si cette arme ne possède pas les vertus d'une arme indépendante, comme arme secondaire, elle peut rendre de très-grands services toutes les fois qu'on saura remployer, en se conformant aux avantages du terrain et à l'opportunité du moment.
En considérant avec attention les cinq cas dans lesquels nous avons circonscrit les propriétés de l'artillerie, nous verrons qu'elle n'apparaît dans les combats que comme arme de secours et préparatoire, et que le premier, le troisième et le cinquième cas se rapportent à sa première vertu, tandis que le deuxième et le quatrième se rapportent à sa seconde.
Des batteries avantageusement placées et capables de se servir de feux rasants et surtout bien nourris , qui sont toujours les plus dangereux pour toutes sortes de troupes formées en masses profondes, peuvent facilement, en les soumettant à des pertes sensibles, paralyser et même arrêter un mouvement offensif qui se serait même prononcé avec une sorte de vigueur. A la première bataille de Polotsk, livrée le 6-18 août, le maréchal Saint-Cyr ayant attaqué le corps du comte Wiltgenstein , avait
prononcé par sa droite un mouvement qui portait déjà l'empreinte de l'impétuosité. Les troupes bavaroises, qui formaient cette aile» furent assaillies par un feu de 36 pièces de canon (i), qui firent un ravage tellement grand dans les rangs ennemis, que les cheb qui con» duisaient les colonnes furent obligés de suspendre le mouvement pour réorganiser les bataillons qui avaient été les premiers exposés aux foudroyants de notre artillerie. Januus le maréchal Wrède, qui commandait ces troupes» ne serait parvenu à remporter le moindre succès, si le général Katatschkoffsky» quise trouvait sur notre aile gauche, ne se fût laissé subjuguer par l'impétuosité de son courage. Apercevant rennemi dans la proximité de nos lignes^ il fait avtBoer le régiment du prince Guillaume de Prusse, à la tété duquel il voulut charger l'ennemi à la baïonnette; ne faisant pas attention, sans doute, au tort qu'il faisait au feu de notre artillerie. Il parvint bien tôt dans la sphère active de nos bouches à feu, qui voyant leurs troupes avancer contre les ennemis, suspendirent leurs feux et donnèrent par là aux Bavarois le temps et les moyens de déployer leurs bataillons, pour nous recevoir par un feu de file meurtrier ; manœuvre dont j'ai eu l'occasion de parler dans la section o, chapitre 11.
L'infanterie se trouve-t-elle battue et forcée d'interrompre une lutte souvent inégale et quelquefois mal ordonnée, sa retraite ne peut pas mieux se diriger que vers l'artillerie» et sa re* formation ne peut se faire avec plus de seeeks que sous la protection de ses feux. A la ba* taille de Vimeiro, Finfanterie du général Kdlermann» qui formait la réserve de l'armée» avait été détachée contre la partie de la ligne ennemie qui débordait la droite des troupes employées à l'attaque cle la gauche des Anglais : repoussée et vainement soutenue par le chef de la réserve » elle se vit bientêt obligée de céder le terrain à ses ennemis. Le général Kellermann fit replier ses troupes sous la protection d'une batterie qu'un aide de camp du général Taviel venait de mettre en position. Le feu de ces bouches fut tellement bien ordonné, qu'il ao^ corda à l'infanterie rétrogradante tout le temps nécessaire pour achever son ralliement» et à la
(i) 11 y avait deoi batterlei de 19 commandées par les coloneb Hooroosi «I Aatropof , et une batterie dsO commandée par le eolonel de Pério.
cavalerie da général Margaron, celai d'accourir encore à teinf>8 pour arrêter définilÎTemenl le mouvement offensif des ennemis.
Le déploiement des colonnes manœuvres at-il été retardé, et les circonstances nous forcentelles deTopérer dans la proximité de l'ennemi , une forte batterie, par un feu bien nourri et surtout bien dirigé peut en faciliter Texéculion. A la bataille delaKatzbach,le maréchal Macdonald, ayant franchi la Katzbach, rencontra les corps des généraux comte de Sacken et d'York, qui s'avançaient en colonnes manœuvres.
Une heureuse inspiration avait engagé le général York» au moment desondépartde Belwitehoff , à retirer de la réserve deux batteries de IS , qu'il fit marcher en tète de sa colonne , dans l'intention de pouvoir les mettre plus tdt en action , s'il venait à rencontrer l'ennemi sur la rive gauche de la Katzback. Au moment où il aperçut les troupes ennemies, il fit occuper, par son artillerie , les hauteurs du terrain où il devait ranger son corps de bataille, et son feu ayant surpassé celui que l'ennemi pouvait lui opposer, facilita le déploiement de ses divisions , qui s'opéra avec autant de promptitude que de succès.
S'agit-il de faciliter l'action des autres armes , préparer du flottement dans des troupes avantageusement postées, et rendre par là l'action de l'infanterie plus aisée» on se servira aussi d'artillerie. Pour que cette action préliminaire ne devienne pas un succès isolé, et soit l'avant-coureur d'une victoire, comme ce n'est pas un point ou quelques bataillons qu'il s'agit de déposter , mais entamer un des flancs ou le centre de bataille, il faudra employer une masse d'artillerie imposante. Les grandes batteries, en battant en brèche de grands espaces de terrain, parviennent à déposter une masse assez majeure pour que son flottement ou sa rétrogradation fassent un tort réel à l'ordre de bataille , et deviennent le préliminaire de la défaite complète des troupes désorganisées ou déposlées.
A la bataille de Lutzen, jusqu'à sept heures du soir, toutes les chances de la victoire étaient en faveur des alliés. La plus grande partie des points d'appui que le champ de bataille offrait aux ennemis , étaient au pouvoir des Russo- Prussiens; ils s'étaient rendus maîtres et s'étaient maintenus dans les villages de Rahna, Kaja» Gross et Klein-Gœrschen, et le second
corps d'armée russe» commandé par le prince Eugène de Wurtemberg , s'avançait déjà vers Eisdorf pour tourner la gauche des Français. Le il® corps d'armée, sous les ordres du duc de Tarente, qu'on avait dirigé de Mark-Ranstsdt vers le champ de bataille, venait d'ar* river , et Napoléon l'opposa à celui du prince Eugène de Wurtemberg. Ayant occupé le corps tournant des alliés, et l'ayant même engagé sur ce point avec des troupes dont les forces physiques surpassaient celles du corps russe, il tourna de nouveau ses regards vers le centre des lignes ennemies.
Les alliés y occupaient les quatre villages ci -dessus désignés, et Napoléon s*était convaincu qu'il fallait un mobile plus grand que la force impulsive de l'infanterie pour les leur enlever. 11 fait donc avancer 80 pièces de canon, sa vieille garde et sa cavalerie de réserve. Accablés par un nombre inouï de pnn jectiles qui rompaient les rangs et portaient des atteintes cruelles à la compacité des masses, les alliés se virent obligés d'abandonner la première ligne des villages (Kaja et Klein- Gœrschen). Les Français y prononcent leur mouvement offensif, et s'en rendent maîtres. Plus tard , les villages de Rahna et de Grosi- Gœrschen subissent le même sort ; mais ks alliés ne se virent forcés d'abandonner entièrement le champ de bataille que sur la nouvelle qu'on vint leur annoncer de l'occupation de Leipzig par les ennemis.
C'est du moment où on amalgama rartillerie avec l'infanterie et avec la cavalerie » qa*OK imprima à son action une force positive; c'est en étendant la sphère de son activité » en la faisant suivre et partager les dangers et en gén^ rai tous les mouvements et les engagemenls qui précèdent ordinairement les chocs des deux armes, qu'on parvint à développer les vraifli propriétés de cette arme, et en concevant Fait de l'employer d'après les vertus inhérentes à sa nature , on apprit aussi à connaître tons ks effets dont elle est susceptible.
L'habitude qu'on avait autrefois de parsemer les bouches à feu devant les premières lignes de bataille , en ravissant par là à l'artillerie ks effets des feux collectifs, les seuls elBcaces,.ta priva aussi des vertus inhérentes à sa nature» et la fit ordinairement paraître sous un aqpect désavantageux pour elle. Ce n*est pas Teffet in-
dividuel du canon qui est vraiment à craindre; mais c'est c^e liaison des bouclies à feu en grandes batteries, dont les feux peuvent battre en brèche, non des points isolés, mais des masses dont la rétrogi*adaiion , comme je l'ai dit plus haut, pouvait être envisagée comme Ta vaut -coureur d'un échec, qui peut à son tour être le préliminaire d'une défaite.
Celte ignorance de l'emploi de l'artillerie, qui faisait évanouir aussi les vraies propriétés de cette arme, el qui portait môme les juges compétents à déprimer l'usage d'en attacher un grand nombre aux armées actives, s'est conservée pendant un assez long espace de temps; car Guibert, qui fit paraître son Essai général de Tactique vers la fin du xviii* siècle , prit la peine de consacrer un article entier à démontrer les inconvénients d'une nombreuse artillerie.
Mais, pour que toutes les propriétés que nous venons d'accorder à l'artillerie, el qu'elle possède en effet, ne soient pas des qualités inutiles, semblables à une mine prodigue , mais dont on ignore l'exploitation, il faut que l'artillerie soit bien dirigée, et il est tout aussi indispensable, el peut-être même plus encore, qu'elle soit bien servie. Des trois armes, c'est l'unique où le seul courage et quelques qualités gymnastiques, comme l'agilité, la force et l'adresse, tout en faisant une partie des vertus du bon artilleur, ne seraient encore que des moteurs trop matériels, et ne suffiraient pas pour le développement des vraies propriétés de cette arme.
Tout ce qui regarde la direction des batteries vers les points qu'il est indispensable de garnir, leur position, envisagée par rapport à l'ordre de bataille, et le nombre de bouches à feu que le moment et la circonstance exigent de mettre en batterie, pour en retirer le nombre de feux collectifs nécessaires pour ébranler la masse de troupes qu'on se propose de battre en brèche, tout ceci appartient aux dispositions du chef qui commande l'artillerie; mais lorsque le terrain où les pièces doivent être placées et les buts différents sont indiqués, alors commence le rôle des artilleurs, et celui-ci exige les notions suivantes :
i® L'appréciation à vue des distances ;
2* L'effet des projectiles, calculé d'après les angles de projection;
^^ Une idée juste des trajectoires;
4® Les propriétés des différents tirs ;
5^ L'emploi des différents tirs ;
6® Le maniement adroit et juste de la vis de pointage.
Tous les effets dont l'artillerie peut être susceptible étant basés sur une profonde connaissance des six points çi-dessus énoncés , chaque artilleur ne saurait en approfondir assez la théorie. Mais si cette théorie est nécessaire, la pratique, dans ce cas, est plus nécessaire encore; car, comme je l'ai dit plus haut» le terrain , le temps, l'air, etc., mettant souvent tous les problèmes balistiques en défaut, il est indispensable que l'expérience rectifie ce que plusieurs accidents, qu'il n'est pas donné à l'homme de pouvoir subjuguer, mettent en défaut.
Mais lorsque la théorie, appuyée par l'expérience, a produit de la science une sorte d'habitude dans Uprtilleur, et que le chef qui commande cette arme et ses subordonnés savent bien diriger, bien servir, mettre en position et déterminer, d'après le moment et la circonstance, le nombre de bouches à feu qu'on doit mettre en batterie, c'est alors que cette arme devient vraiment redoutable, car ses effets peuvent être envisagés comme le produit de l'espace dans lequel elle peut atteindre son ennemi et de sa force destructive.
Si les artilleurs, au contraire, ne savent pas justement apprécier les distances et ne pointent qu'au hasard, les tirs ne seront jamais justes, et l'artillerie perdra sa propriété primitive.
Pour rendre plus sensible encore la nécessité de baser la théorie , si même elle n'était que superficielle , sur une expérience bien approfondie, et les effets salutaires qui en résultent, je comparerai l'artillerie de l'armée russe à celle des Impériaux. Peut-être que la science théorique de cette arme est plus approfondie dans l'armée autrichienne que dans l'année russe ; mais que l'artillerie de cette dernière soit toujours plus terrible que celle des Impériaux , tous les ennemis des Russes el qui Pont été des Autrichiens Pavoueront franchement. Les raisons de ces deux résultais sont tout h fait simples. Le calcul du jet des projectiles peut sans doute nous conduire avec plus de justesse à atteindre le but; mais ce calcul en-
traîne dans une perte de temps incompatible avec la vivacité des différentes modulations des combats. En un mot, si, un jour de bataille, nous fondons remploi de Fartillerie sur les notions physiques, chimiques et techniques qui s'y raltachenl, nous rendrons ses effets tout aussi peu positifs que si les connaissances de Tartilleur ne s'étendaient pas au delà de celles que Texpérience, dénuée de théorie, peut lui faire acquérir.
Pour ce qui se rapporte aux feux, comme plus le but contre lequel on dirige les boulets et les obus a de profondeur , et plus on a de probabilité de réussite , les tirs les plus efficaces seront les tirs obliques ; car en prenant l'ennemi d'écharpe, le projectile rencontre plus d'objets et possède, par conséquent, plus de probabilités en faveur des coups qu'il porte. Si la position des pièces est cependant telle qu*on puisse même se servir du feu d'enfilade, leur effet s'augmente naturellement encore. Mais le feu le plus dangereux est toujours le feu croisé. Ces feux , que nous pouvons nommer aussi concentriques, possèdent la propriété de battre en brèche avec un plus grand nombre de projectiles, et possèdent, par conséquent, des vertus efficaces et des résultats infaillibles.
Le tir des différents projectiles doit être soumis à la position de l'ennemi, tant sous le rapport topographique, que sous celui de la distance dans laquelle il se trouve. Pour parvenir à faire un tort sensible à son ennemi, et même le déposter en se servant de boulets, il fiiut nécessairement Tapercevoir, car ces sortes de projectiles ne produisent d'effet que lorsqu'ils frappent l'objet. Si l'ennemi parvenait cependant à se poster derrière un accident de l'art ou de la nature, qui le dérobât tout à fait aux regards des artilleurs, comme dans un basfond, une cavée, derrière une haie, dans un village, etc., etc., on emploiera alors des obus pour l'en chasser. Il suffit, pour cette sorte de projectile, de découvrir seulement l'endroit où l'ennemi s'est abrité, pour l'en déposter, ou par les éclats qu'ils produisent et qui sont si nuisibles pour les masses de troupes , infanterie comme cavalerie, ou par les incendies qu'ils occasionnent dans les endroits combustibles.
Il n'y a rien de plus facile que de chasser momentanément l'ennemi d'un village; mais
si le moment de sa retraite n'a pas été mis à profit, qu'en résulte-t-il? Il revient se loger derrière les décombres, et l'opération» pour se rendre de nouveau maître du poste, devient ]iresqu'aussi difficile qu'au commencement Les moments d'embrasement étant cependant tout aussi peu favorables pour l'un comms pour Tautre parti, il faut bien se garder de n'incendier les villages que dans les moments d'une nécessité urgente; et si cette nécessités vraiment lieu, le meilleur moyen de conserver un point pareil sera de prononcer par les àeai flancs du village un mouvement offensif, es cherchant à laisser le poste derrière les masses offensives, prêtes à tomber sur l'ennemi qui voudrait s'en approcher.
A la bataille de Dennevitz , les Pmssiens s'étaient déjà emparés du village de Dennevits; Gœlsdorff venait de tomber au pouvoir da général Borstell; mais celui de Rohrbeck, oà s'appuyait la droite des Français, était encore occupé par eux. Pour leur ravir ce point d'appui, le comte de Tauentzien résolut de prononcer un mouvement décisif par sa giucbe. 11 forma quatre colonnes d'infanterie et il avancer une batterie rosse de 42, commandée par le colonel de Diedrichs. 11 fil jda quelques obus , et, en moins de deux minotci, le village était en flammes. L'ennemi se vit obligé de l'abandonner, et Tauentzien profitant de sa retraite , fit avancer ces quatre colonnes au pas de charge en les dirigeant pv les deus flancs du village. Il parvint ainsi, sans perle sensible, à s'emparer d'un poste qui aurait pu lui coûter plusieurs cenliino d'hommes et beaucoup de temps, s'il avak voulu s'en rendre maître en engageant k combat avec les tirailleurs. Au reste, je ne ma pas oublier d'ajouter que , dans cette circonstance, l'incendie de ce village était pardon nable , car sa possession couvrait la retraite di flanc droit ennemi , et il fallait donc s'en nmdrs maître aussitôt que possible.
Si un obus tombe dans une colonne d J crève , non-seulcmenl la perte en hommes crt grande, mais l'effet moral en rend le mai phs sensible encore. Contre la cavalerie, les sont d'un effet surprenant. AbstractioD des pertes qu'ils occasionnent, ils tellement les chevaux , que si on poorait jours faire coïncider le choc avec le
où les obus ont frappé dans les escadrons, le succès ne pourrait jamais être douteux.
Les cartouches à balles sont eflficaces à de petites dislances et surtout contre des fronts étendus; car ces sortes de projectiles étant soumis à la loi de la dispersion, et n'ayant pas la propriété de porter atteinte dans la profondeur, elles ne sont que peu sensibles pour des troupes formées en masses compactes, qui ne présentent surtout qu*un front raccourci. Au reste, le soldat en général craint peu les cartouches à balles; car elles ne sont pas susceptibles de ravager des colonnes qui sont justement les formations auxquelles on assujettit les troupes , lorsqu'on les fait marcher contre les ennemis pour opérer un choc et les déposter. Lorsqu'on songe que, d'une boite à balles lancée contre l'infanterie, la plus grande partie de toutes celles qui suivent la direction des arêtes inférieures et supérieures du cône formé par le tir, les premières vont frapper la terre avant d*avoir atteint le but contre lequel on les lance , et ne touchant que par ricochet, ne conservent plus par conséquent un effet aussi positif; que les secondes, passent en grande partie par-dessus les tètes des fantassins, et qu'il n'y a que les balles qui suivent la direction des arêtes latérales, dont le nombre de celles qui atteignent le but contre un bataillon formé en colonne', qui n'a tout au plus que deux pelotons d'étendue, ne peut pas être grand , on ne s'étonnera pas que le tir à cartouches à balles soit méprisé par les baillons d'infanterie qu'on fait marcher en colonnes.
Contre la cavalerie, les cartouches à balles sont infiniment plus dangereuses , et deux raisons péremptoires rendent ce tir infiniment plus efficace contre cette arme : i® La cavalerie ne s'avançant jamais vers son ennemi qu'en ligne déployée , le but que les balles vont atteindre étant beaucoup plus étendu, il y aura beaucoup plus de balles des arêtes latérales du cône de projection qui iront frapper le but; et 3^ l'homme étant assis sur le cheval, il y aura beaucoup moins de balles des arêtes supérieures qui se perdront.
Mais comme l'artillerie ainsi que les deux autres armes, tout en possédant de grandes vertus, n'est pas non plus tout à fait exempte de vices, voyons ce qu'il nous reste encore à dire sur ses défauts.
Un des plus grands défauts de l'artillerie est sans doute le manque de moyens de tirer avec une justesse bien décidée pendant le cours d'un engagement , ce qui porte souvent cette arme à épuiser ses cartouches et les forces de ses servants poiv réussir à déposter une masse imposante de troupes. Dans des cas pareils, on est non-seulement obligé de rassembler toujours une plus grande masse d'artillerie , que l'ennemi, qui prend ordinairement ses précautions pour risposter avec avantage, n'en met en action; mais il est indispensable de chercher, par des coups bien ajustés, dont la grande partie atteignent le but , à imposer silence aux bouches à feu des adversaires, car les projectiles qui frappent dans les masses et démontent les pièces , sont les seuls redoutables.
Tous les projectiles qui ont été lancés sous des angle-s de projection trop grands ou trop petits, peuvent en grande partie être mis dans la catégorie des com^ perdus, car ils vont ordinairement frapp^Eierrière ou devant la première ligne de troupes, et ne peuvent plus les atteindre, ou en frappant devant elles, s'élancent le plus souvent dans des directions inverses au but contre lequel on lésa lancés. Que l'on jette les yeux sur un champ de bataille occupé par des troupes, quoiqu'on remarque beaucoup de terrain occupé par elles, on en trouve toujours beaucoup plus encore de non occupé, qui offre aux projectiles lancés sous l'angle de projection du hasard, infiniment plus de chances défavorables qu'avantageuses.
Un second défaut assez grave de l'artillerie, c'est la difficulté de la mouvoir, et cette ditOp culte doit être envisagée sous deux rapports différents :
40 Sous le rapport du nombre de bouches à feu qu'on met en action le jour d'une bataille;
S"" Sous le rapport du terrain, quant au mouvement de cette arme et des positions qu'on lui assigne, lorsqu'on veut la mettre en action.
La grande quantité de bouches à feu qu'on attache aux armées, malgré tous les avantagea qu'on en retire, ne manque pas de gêner les troupes dans leur marche et sur le champ de bataille. Cette arme produit beaucoup d'embarras aussi dans lesdéploiements des troupes; car étant la première à devoir se mettre en action, elle doit aussi passer à travers les autres troupes pour occuper ses positions, ce qui
rend son mouvement tardif, gêné et diflBcile. Quant à la diflSailté de son mouvement par rapport au terrain-, les champs de bataille nous présentent fréquemment des sinuositéssi multipliées, qui forment de petits ou de plus grands déGlés, que l'artillerie peut Are oblîjjéo, au lieu de marcher de front, de se mettre quelquefois en sections et même en file , ce qui retarde son apparition sur les points où sa présence devient nécessaire. Et souvent aussi le terrain qu*on choisit pour champ de bataille , n^offrantque des élévations d'une hauteur assez majeure , rend peu sûrs les coups de Tartillerie , lancés contre les troupes postées dans les plaines, et ravit à cette arme sa plus belle propriété.
Un dernier désavantage est que cette arme ne peut pas se défendre elle-même, et que pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi qui viendrait l'attaquer, elle doit être toujours accompagnée par l'infanterie ou par la cavalerie.
Maintenant, nous pouvons poser en dernier résumé que, pour que l'artillerie réponde aux vrais effets dont elle peut être susceptible , et que ses propriétés conservent leur force positive, on doit :
1** Habituer les artilleurs à manier leurs pièces avec adresse et célérité, et à tirer avec justesse;
2® Rassembler plutôt de grandes batteries et recevoir pour minimum de leur grandeur six bouches à feu ;
3® Désigner à Tartillerie les positions les plus avantageuses par rapport au terrain et à l'ennemi ;
4® La faire manœuvrer souvent avec les autres armes, pour qu'elles ne s'embarrassent pas réciproquement dans leurs mouvements offensifs et défensifs.
Quant au tir des différents projectiles, il sera classé de la manière suivante : on emploiera les obus et les boulets contre les carrés et les colonnes, les cartouches à balles contre de l'infanterie déployée en ligne, et les obus ainsi que les cartouches à balles contre la cavalerie, en prenant bien soin de ne pas négliger dans tous les cas le calcul des dislances.
(i) L*éducation de cette arme en Russie a été portée à un degré de perfection tellement éle>'é, qu'elle serait ,
SECTION 111
DES PROPRIÉTÉS DE l'àRTILLERIB A CHEVAL.
L'organisation de l'artillerie à cheval lui ayant accordé une vélocité au moins double de celle de l'artillerie à pied , cette prérogative donna à ses propriétés un développement beaucoup plus étendu , et une autre vertu encore que l'artillerie à pied ne possède pas du tout, celle d'une action indépendante temporaire. Celle vertu d'indépendance momentanée est le résultat delà vitesse avec laquelle elle peut s'approcher de l'ennemi, surtout vers les points des lignes de bataille qui manquent de cavalerie, et la vitesse avec laquelle elle peut se soustraire aux poursuites de ses ennemis. Trois vertus qui rehaussent ses qualités et la soustraient aux désavantages que l'artillerie à pied éprouvera toujours, dans des combats & de petites distances de rennemi.
La rapidité des mouvements, rendant ordinairement leur exécution plus diflBcile, en fondant sur la vélocité, le rôle avantageux que l'artillerie à cheval peu t jouer dans les baUilles, il est indispensable, aSn qu'elle ne démente pas ce rôle , de pousser son éducation tactique au perfectionnement qu'exige la promptitude de ses mouvements.
Quoique l'artillerie à cheval ne diffère qu'en peu de points de celle k pied, la seule monture de la première a imprimé à Tartillerie à cheval un caractère auquel Tartilleric à pied ne peot jamais prétendre. Occupant ses positions avec une vitesse inexprimable , et pouvant se soustraire avec la même célérité aux attaques de ses ennemis, pour donner place aux armes qui la secondent , cette arme peut s'engager sans crainte dans des combats où l'artillerie à pied courrait à une perte infaillible, et la coaséqueooe en est toute naturelle. Sa légèreté et la vivacité de ses mouvements l'ont rendue si flexiUe et si facile à être maniée (i), que les cheb n'appréhendent rien de l'engager dans les drconstances les plus dangereuses et les points les plus épineux. Suivant partout la cavalerie à laquelle elle se trouve attachée, et ne la quittant qu'au moment où celle-ci s'abandonne i un mouvement impétueux, précurseur du choc
je crois, en état de réaliser toutes les fantaiaiee qn'oa voudrait imposer à son action.
DES mois ARMES.
et suiTi <f uDe mêlée dans laquelle l'artillerie à cheval peut être perdue » sans que sa présence puisse être de quelque utilité (i), mais où Tanne blanche doit décider du succès, Tartii* lerie à cheval a conquis » à force de travaux , de hardiesse, d^effets surprenants, et surtout par le caractère de décision qu'elle imprima aux manœuvres de la cavalerie, le rang élevé qu'elle occupe maintenant dans la tactique des armes.
En accompagnant la cavalerie de réserve dans les chocs vigoureux qui complètent les ▼îctoires, si Fartillerie à cheval remplit bien son devoir et augmente le flottement des lignes de bataille, ou les entame, elle doit, et avec justice, recevoir le premier rang parmi les armes préparatoires; elle doit d'autant plus jouir de cetle prérogative, que les dangers à la merci desquels elle se trouve en butte, ainsi que la grande difliculté de bien remplir son de- Toir» en précédant une arme dont les mouve- OMOts sont aussi impétueux que ceux de la ca- Talerie, lui inflige une tâche dont les diflScultés s^augmentant souvent par la position de Tennemi, la disposition de ses trou[»es, et les ressources qu'il peut puiser dans ses forces physiques.
Mais en préparant les moments opportuns pour le choc de la cavalerie , et le facilitant aussi en produisant du flottement dans les masses que cette arme se propose de choquer» Tartillerie à cheval ne borne pas là les services efficaces qu'elle est en état de lui rendre. Au moment où la cavalerie s'est élancée pour fondre sur son ennemi, l'artillerie à cheval peut, en prenant une position avantageuse , protéger aussi son ralliement. Pourvu que la cavalerie possède à un degré un peu élevé le talent de se rallier en s'écoulant derrière les bouches k feu qui devront être préparées pour recevoir les vainqueurs avec des cartouches à balles, elle pourra avec facilité , par des coups bien dirigés, arrêter l'impulsion des assaillants et les empêcher de poursuivre leurs svccès. La réserve de cavalerie cependant, sans trop se presser dans ses mouvements offensifs , devra songer avant tout à défendre les artilleurs, si, emportés par une fouge trop impétueuse,
(•) Ce qui prou? e que les propriétésofiieiisif es de l'ark dberal ne soot que temporaires.
les vainqueurs fe jetaient sur les senrtnts des pièces.
Quoique nous envisagions l'artillerie à cheval comme un accessoire qui rend les chocs de la cavalerie moins douteux, et qui peut aussi lui servir d'égide proleclrice dans des moments d'écbecs, il ne ||ot pas cependant étendre la combinaison de ces deux armes à tous les cas indistinctement Ce serait, au contraire, ravir à la cavalerie cette assurance morale qui rehausse toujours les vertus de chaque arme. Un abus pareil ferait tort aux deux armes, en rendant l'une craintive toutes les fois qu'elle serait abandonnée à son unique impulsion, et en fatiguant l'autre au point de la rendre incapapable d'être longtemps utile.
Plus une arme est utile et susceptible de produire de grands effets, plus il faut la ménager, jusqu'au moment de la décision. Gardonsnous donc de faire reposer les succès de tons les engagements partiels que la cavalerie pe«l être dans le cas de soutenir dans le courant d'une bataille, sur l'artillerie à cheval; ménageons-la plutôt pour quelque grand coup, et attachons-en la majeure partie à la cavalerie de réserve , dont le rôle nous est déjà connu , et ne la faisons agir que lorsque sa coopération devient indispensable et peut produire un grand effet.
La cavalerie cependant n'est pas la seule arme dont l'artillerie à cheval rende la force plus positive et les effets plus efficaces, cette arme peut rendre les mêmes services à l'infanterie, en la secondant dans ses chocs. Ces cas sont plus rares , sans doute, mais ils ne sont pas sans exemple , et c'est en parvenant à l'ar^ ticle de la combinaison de l'action des trois armes que je me propose d'en parier.
D'après tout ce que je viens de dire sur les propriétés de l'artillerie à cheval, il est aisé de se convaincre, qu'une de ses plus grandes vertus est celle de rehausser et rendre plus positive la force des deux autres armes. Nous en conclurons donc, qu'une deses grandes propri^ tés s'évanouirait si elle ne savait pas manonvrer au suprême degré avec rinfknterie et la cavalerie. L'artillerie ne pouvant jamais gagner de bataille, elle doit du moins par des manfleovres bien exécutées, seconder efficacement l'arme qui remporte les victoires et celle qol les complète.
^jjk^
En général, Tartilleric achevai possédant toutes les grandes propriétés de l'artillerie à pied , ainsi que ses défauts, a deux autres avantages , qu'elle peut pousser avec facilité à un certain degré de perfection. C'est la rapidité et la régulante de ses mouvements et une plus grande justesse du tir. Les artilleurs montés à cheval et pouvant suivre les pièces avec une vivacité extraordinaire, dans leurs mouvements offensifs, comme dans leur rétrogradation, accordent à Fartillerie les moyens de faire des mouvements beaucoup plus hardis et par conséquent plus avantageux.
Pour ce qui regarde la justesse du tir, cette justesse étant soumise à de beaucoup moindres variations, lorsque les bouches à feu se trouvent dans la proximité du but, Tartillerie à cheval est justement celle qui peut, sans risquer autant que celle à pied , s^appnnrher à des distances qui favorisent la justesse de son tir.
L'artillerie à cheval, remportant sur celle à pied par deux avantages aussi essentiels, nous pouvons donc poser en principe , que ses propriétés étant plus nombreuses que celles deTartillerie à pied , son action doit en être plus décisive , et nous terminerons par la conclusion suivante :
Que les avantages des propriétés de Tartillerie à pied et à cheval, sont en proportion avec la vivacité des mouvements et la justesse des tirs des deux artilleries.
SECTION IV
DES POSITIONS DE l'aRTILLERIE.
Les positions de Tartillerie doivent être considérées sous trois rapports différents :
1<> Sous le rapport du terrain ;
â® Sous le rapport des feux;
5" Sous le rapport de l'ordre de bataille.
1^ terrain où on place lesbatteries doit être ouverl, dominant celui qu'occupe l'ennemi; mais d'un léger commandement , pour que les feux ne soient pas trop plongeants; car ce sont toujours les plus inexacts et les moins dangereux. Les somniels des grandes hauteurs sont ordinairement les positions les plus vicieuses pour l'artillerie; car les bonds se faisant sous des angles d'incidence très-obtus, les ricochel s les moins élevés n'atteignent le but que pres-
I que au moment où le projectile a perdu de sa I force positive.
11 faut, au commencement d'un combat, faire bien attention aux points les plus faibles de la position, en les considérant sous le rapport lopographique, et placer l'artillerie de manifare à ce qu'elle poisse en défendre toutes les approches. On cherchera à multiplier ses lignes de tir, et on les dirigera préalablement vers les points par où l'ennemi devra passer.
On placera les batteries, de manière i ce qu'elles puissent découvrir ces points contre lesquels elles devront diriger leurs feux» et en général toutes les lignes de bataille de rennemi. On pose cependant en principe, qu'il ne safflt pas toujours de pouvoir observer les nHMivements de Tennemi et de viser avec justesse: h sévérité des règles exige que, tout en atteignant le but, on cache ses propres balterisii son adversaire. Le principe peut être trtijiiite et très-avantageux; mais l'exécution en est trèspdifiicile. La configuration du temin oïdinairement est telle, qu'en prenant une positioa d'après les lois de la tactique de rartillerie, sor le plateau d'une hauteur d'un léger commaBdement, devant une plaine unie et dénuée d'accidents qui puissent s'opposer au libre eoon des projectiles , d'où on soit en état d^apeicevoir les lignes ennemies et défendre les voies qui conduisent aux points les plus vulnérables de notre ordro de bataille , il est cependant diflScile de pouvoir tout observer sans se découvrir aussi.
Pour pouvoir, autant que possible, ne pis enfreindre celte loi, il faut utiliser, par exoBple, les enclos des champs, qui, dans beaucoop de pays, sont entourés d'une jetée de tem faite à l'instar d'un épaulement, les baies de jardin, les hautes bruyères, une ruine, etc., ete.
Il est indispensable d'avoir aussi en aval des bouches à feu un terrain dont la déclivité s'abaisse doucement du côté de l'ennemi, et établir les batteries sur des positions qui ne soient pas en travées par de nombreux accidents sur leurs derrières. Ces sinuosités qui se titwventen arrière des bouches à feu, doivent éCre assez nulles, pour que, dans un cas de nécessité, la retraite des pièces, ainsi que les moov^ ments offensifs de l'artillerie de résci*ve, dont l'entrée dans les lignes de bataille décide .quelquefois du succès de la journée, se fanent
avec facililé. Le choix*de ces lignes de communicalion est d'autant plus nécessaire » que dans les mouvements rétrogrades, pour ne pas entraver les feux des pièces , il est toujours plus avantageux de faire rétrogader les bouches à feu à la prolonge, manœuvre qui parelle-mème déjà est beaucoup plus épineuse que lorsque les canons reposent sur leurs avant-trains.
Une position très-favorable pour l'artillerie, est toujours un terrain de 8 à 9 pieds d'élévation et au pied de laquelle se trouverait un terrain un peu mou , dont la mollesse s'oppose ordinairement aux ricochets des projectiles des adversaires , mais qui ne surpassât pas la portée du premier bond des boulets et des grosses balles, afin que nos projectiles puissent facilement le franchir, ricocher sur un terrain ferme, et aller frapper dans les lignes ennemies. Une position pareille est d'autant plus avantageuse, quMl n'y aurait que les projectiles qui viendraient fhipper de but en blanc le vrai but, qui poomient être nuisibles ( et nous savons par les discussions précédentes combien le tir des projectiles est peu sûr) , tandis que la plus grande partie , en plongeant dans le terrain mon, ne seraient plussosceptibles de ricocher, et resteraient sur les places où ils auraient frappé , et les autres qui seraient lancés sous des angles de projection trop élevés, passeraient par-dessus. Les hautes bruyères , qui croissent souvent sur des terres molles, possèdent justement le double avantage qui constitue les bonnes positions de l'artillerie, en paralysant les ricochets des projectiles et en masquant les pièces; mais il est indispensable, comme je l'ai dit plus haut, que la plaine derrière laquelle on cache les batteries ne dépasse pas le premier bond.
Tout en cherchant à donner à l'artillerie des positions avantageuses , en les envisageant sous le point de vue du mal qu'elle doit faire à l'ennemi , il ne faut pas oublierlion plus de la placer de manière à ce qu elle ne souffre que le moins possible des feux des adversaires. Je me suis prononcé sur la difficulté de pouvoir masquer les batteries de manière à les dérober tout à fait aux regards de Tennemi , et
(i) L*alignenicnt des pièces dans les batteries , doit être aussi une chose secondaire et souvent même peroieîeuse ; car remplacement des bouches à feu doit dépendre du terrain qu*on occupe , et par conséquent
que ce n'était que rarement que les champs de bataille nous offraient de ces sortes d'abris ; il faut donc dhercher dans de pareils cas , d'autres moyens qui soient ou tout à fait efficaces, ou le moins pernicieux pour cette arme.
Nous avons déjà été dans le cas de nous convaincre , que {9us les masses étaient compactes, plus elles souffraient des effets des projectiles. Cet effet peut aussi , mais dans une acception moins étendue, être appliqué à l'artillerie. Plus les bouches à feu sont rapprochées, plus elles risquent d'être démontées et mises hors d'action. On doit donc recevoir pour base, dont les modifications seront établies d'après le terrain et les circonstances, de ne jamais trop rapprocher les pièces et de prendre pour principe normal de Téloignement des canons entre eux, celui des feux collectifs, c'estpà* dire, de ne pas les placer à une distance qui réduirait leurs tirs à des coups isolés. Ces sortes de distances seront donc ordinairement depuis quinze jusqu'à vingt pas , selon l'efl'et qu*on veut en obtenir.
Lorsqu'on fait avancer une batterie , et qu'on se trouve dans le cas de faire usage de cartouches à balles , on peut , sans beaucoup risquer, augmenter les distances entre les pièces; car, comme nous l'avons vu , les cartouches à balles ayant la propriété de se disperser en forme conique , on peut , sans paralyser pour cela l'effet des projectiles , disposer les pièces de manière à ce que les arêtes latérales ne se croisent pas trop , et battre, par conséquent, une plus grande étendue de terrain (i).
La position de l'artillerie , par rapport aux deux autres armes, doit être aussi d'une considération majeure : elle peut , par ses feux destructeurs , en produisant du flottement dans les lignes ennemies, faciliter le choc de l'infanterie et delà cavalerie; mais elle ne possède pas la propriété de gagner les batailles, dont
I honneur appartient à l'infanterie, qui remporte les victoires, et à la cavalerie qui les complète.
II s'ensuit donc que ces deux armes jouent les rôles principaux dans les batailles, et^ par conséquent , la position de l'artillerie , quoique étant subordonnée au terrain, doit l'être aussi
Tattention des chefs doit se diriger préalablement sur ses propriétés et la position des canons, et non sur leur alignement.
à l'aclioD des deux armes. L^action préparatoire derarlilleriea-l-elle eu le résultat désiré, ratteiition du chef qui la commande doit se diriger sur la disposition que la circonstance demandera, pour que cette arme n'entrave pas les mouvements ofTensifs des deux autres. Si le secours de Tartillerie est encore nécessaire , il manœuvrera avec Parme offensive; si, au contraire, le moment du choc est arrivé, il préparera des débouchés pour les troupes qui se porteront en avant , en faisant doubler les pièces, ou en mettant les batteries en colonnes. Pour ce qui regarde les pasitions de Tartil-, lerie sous le rapport des feux, nous devons, autant que le terrain et la position des lignes de bataille le permettent, les baser sur les trois propriétés les plus efllîcaces des feux de Tartilîerie , dont j'ai eu l'occasion de faire mention dans le chapitre IV, section 2, et qui sont : i^ Les feux obliques; ^ Les feux d'enÔlades; 3** Les feux croisés.
On obtient les feux de la première catégorie par la position oblique des batteries, par rapport aux lignes de bataille ennemies. Les difféi-enles obliquités peuvent se compter depuis le moment où la trajectoire abandonne la direction perpendiculaire jusqu'à celui où Ton parvient à placer les bouches à feu tout à fait dans le flanc des lignes de bataille des adversaires; position qui nous ramène aux feux d'enGlades. Les feux obliques sont certainement plus avantageux que les feux perpendiculaires; mais plus on se rapproche des feuxd'enfilades, et plus la position des batteries devient dangereuse en prêtant le flanc aux attaques comme aux coups de l'artillerie ennemie.
Cependant , pour ne pas se laisser distraire de l'attaque que Ton dirige contre un point, si môme l'ennemi plaçait une batterie qui prenne la nôtre d'écharpe, il faut, dans un cas pareil, réparer le mal en faisant avancer de la réserve une batterie d'artillerie à cheval, qu'on placera parallèlement à celle des ennemis, et qui formera par conséquent un angle avec la première. Le devoir de la batterie légère sera de chercher, par la vivacité et la justesse de ses feux, d'imposer silence à la batterie flanquante, et la mettre par conséquent hors d'action.
Les feux d'enfilades sont beaucoup plus efiîf aces encore que les feux obliques; car le pro-
jectile trouvant dans toute l'étendue de sa trajectoire, des objets à frapper, fera essuyer de plus grandes pertes aux lignes ennemies. La position d'une batterie qu'on place perpendiculairement à la ligne ennemie n'est pas dangereuse pour elle-même; mais il est difficile qu'elle se maintienne longtemps. L*ennerainepeut jamais souffrir longtemps un voisinage pareil, et doit chercher à déposter l'adversaire importun. C'est même bien le moment de faire de grands sacriGces pour déloger ses ennemis, à moins que quelque accident insurmontable ne vous en rende la chose impossible , comme le cas arrivé à la bataille de Friedland , ou lorsque l'emplacement de la batterie ne s^est pas effectué pendant le mouvement des troupes, qui ordinairement n'est pas le plus propice pour leur faire changer de direction, ainsi que uoos en voyons des exemples dans les batailles de Hat plaquet et de Leuthen.
A la bataille de Friedland, le maréchal Ney, à la tète du flanc droit, ayant dépassé U Ibrét de Sortlack , avait établi de fortes batteries, qu'il dirigea contre la ville. Un officier de Tétatmajor russe', M. de Teslef (i), voyant que ks Français s'étaient rapprochés des bords derAlle et prêtaient leur flanc droit, fit placer une batterie sur la rive droite, et exécuta un feu bien nourri et si bien dirigé, que les ennemis n^ayant aucun moyen de déloger Tartillerie russe, qui se trouvait sur la rive opposée, furent obli^ de rétrograder pour prendre une position qui fût hors de la sphère active des projectiles qu'on pouvait lancer de la rive droite de l'AIk. A la bataille de Malplaquet, le prince Eogène , s'étant rendu maître du bois de Sars, ne voulant pas remporter la victoire à déni, fit avancer sa cavalerie, qui était restée eo colonnes derrière l'infanterie. Les Français, voyant qu'elle allait charger leurs lignes d'ilfanterie, font avancer la leur. La chai^ se fait, et les escadrons français sont renversés. Cenci font avancer la Maison du roi ainsi que kl gardes-du-corps. Cette troupe arrête la cavalerie impériale, et la charge plusieurs fois avec succès. Elle aurait apparemment achevé la défaite de la cavalerie impériale; mais une batterie qu'on plaça dans son flanc, et qui pritks
(i) Maintenant lieutenant-général et commaiidait h 25" division d'infanterie.
escadrons français d'ëcharpe, fit un terrible ravage dans leurs rangs. Ils furent obligés de se retirer, et abandonnèrent tout le terrain qu'ils avaient gagné.
A la bataille de Leutben, les Impériaux ayant été débordés sur leur flanc gauche , voulurent établir, en arrière de Gohlau, une ligne en potence, afin de couvrir leur aile attaquée. Le roi fit avancer une batterie de gros calibre, qui prit celte ligne d*écharpe et parvint bientôt à y semer le désordre.
A la bataille de Wagram aussi, c'estàrefiet des batteries qui avaient dirigé un feu d'enfilade Irès-nourri contre les troupes du prince de Rosenberg, que Davoust dut en grande partie les perte^ qu'il fit essuyer aux ennemis, et les succès qu'il remporta.
Les feux croisés sont les feux les plus efficaces et ceux qui produisent le plus d'effet; ils s'obtiennent de deux manières différentes : en plaçant les batteries de manière à ce qu'elles forment un angle rentrant ou un arc concave , dans la concavité soit tournée du côté de l'ennemi. La première disposition ne pouvant se faire qu'en liant deux lignes obliques, présentera par conséquent deux flancs et deux lignes droites à l'ennemi , qui se servira de feux d'enfilades pour les prendre d'écharpc. Mais pour que les beaux résultats qu'on obtient des feux croisés ne soient pas diminués par les désavantages de la position à laquelle on assujettit les batteries, il vaut toujours mieux placer les bouches à feu en arc concave. Quoique les pièces des deux extrémités d'une batterie formée en arc soient aussi en butte aux feux d'enfilades, le danger est toujours beaucoup moindre que lorsque les bouches sont placées en angle; car, dans le premier cas, il n'y a que les pièces extrêmes qui y sont exposées, tandis que, dans le second , ce sont des lignes entières.
Pour ce qui regarde la position de l'artillerie, par rapport à Tordre de bataille, comme sous ce rapport, l'artillerie se partage en deux masses différentes , qui sont :
1® L'artillerie des lignes;
â"" L'artillerie de réserve; leurs rôles étant
(i) Le général Lespinasse , dans le même ouvrage que j'ai eu Toccasion de citer (page 25)» fait un songe h»tueui d*une armée qui s'avance eontre son adversaire, n'ayant pas une seule pièce derant son front, mais deux batteries. Tune de 1â, l'autre de iO pièces de canon
difiérents, leur position exige par conséquent des règles différentes aussi.
Abstraction des cas extraordinaires, qui ne peuvent être soumis à aucune règle stable , nous pouvons poser comme principes généraux que l'artillerie des lignes est celle désignée pour défendre les approches des lignes de bataille et battre en brèche celles des ennemis; celle de réserve est désignée pour secourir les points des lignes de*bataille que l'ennemi aurait mis en danger, ainsi qu'à suivre l'infanterie et la cavalerie de réserve dans les mouvements offensifs que ces deux armes entreprennent, et les renforcer dans leurs chocs. Ceci prouve que l'artillerie des lignes est active depuis le premier moment et pendant tout l'engagement, tandis que la seconde ne l'est que temporairement. L'action continue de l'une et interrompue de l'autre doivent naturellement nécessiter aussi une différence dans leur position.
Nous avons vu, dans la section qui traite des propriétés de l'artillerie en général, qu'en disséminant les pièces sur toute l'étendue de la première ligne de bataille, c'était ravir à cette arme toutes les propriétés des feux collectifs, défaut d'autant plus grave qu'on n'obtient alors que des coups isolés et des résultats d'une eflScacité négative. Les règles principales pour la position de l'artillerie des lignes sont donc :
1® De choisir les points les plus avantageux du terrain qui se trouve devant ces lignes, dont nous venons de discuter les défauts et les avantages , pour en obtenir les coups les plus justes et les plus meurtriers ;
2*> De choisir les points qui peuvent défendre efficacement les points les plus faibles de l'ordre de bataille (i) ;
3^ De partager les pièces tellement qu!on puisse en retirer des feux collectifs qui soient assez puissants pour arrêter les mouvements offensifs des ennemis et battre leurs masses en brèche ;
A^ De placer les batteries dans l'éloîgnement que demande la portée du calibre, la justesse du tir et la force positive des projectiles;
5^ De chercher toujours k placer les batte-
sur les flancs, f L*aniiée • dit-il, soutenue par ces deui > batteries lattéralfs, t'avance en silence, sans rompre
• sa ligne , sans tirer lU seul coup de fusil et f^iisant
• tout fuir devant «!•. » Ce spectacle peut être très beau, mais malheureateoNot ce n*cst qu'un songe.
EXAMEN RAISONiNË;
ries de manière à pouvoir en obtenir des feux croisés, ou des feux d'enfilades, ou pour le moins des feux obliques, et de ne se servir des feux perpendiculaires qu'au moment où la position de Tennemi , ou Fassielte des points où l'on sera dans le cas de placer les bouches à feu, raviront les moyens d'en avoir d'autres.
Un point très-essentiel encore , mais sur lequel il est difficile de dire quelque chose de positif, c'est la composition des batteries des lignes de bataille et la grandeur du calibre qu'on devra employer; ces deux points dépendent trop de la configuration du terrain et de la circonstance dans laquelle on se trouve; mais on se servira en général de batteries de 12 pour défendre les points les plus faibles , et de celles de 8 et de 6 comme batteries intennédiaires.
Une erreur bien nuisible pour la position de l'artillerie des lignes de bataille qu'on contractait dans les temps anciens, erreur dans laquelle Gustave-Adolphe tomba lui-même, était celle de mettre des batteries sur les extrémités des flancs. A la bataille de Lutzen, Gustave-Adolphe avait placé 20 pièces sur chaque aile. IHus tard, Santa-Cruz, dans ses Reflexions militaires et politiques (tom. v, chap. xxii) , nous donne aussi les mêmes préceptes; mais ayant fait peu de prosélytes dans le temps, il en fera encore, moins maintenant.
L'artillerie de réserve, qui n'est soumise, comme nous venons de le voir, qu'îi un engagement temporaire , doit nécessairement , pendant ses moments d'inaction, rester hors de la sphère active des feux des ennemis ; mais le chef qui la commande doit préalablement s'assurer des communications les plus faciles par lesquelles il faudra la diriger, lorsqu'il s'agira de soutenir quelque point menacé, ou de manœuvrer avec les masses offensives. •
Des deux cas que je viens de désigner, quel <|ue soit celui pour lequel on voudra employer l'artillerie de réserie, comme le moment est presque toujours urgent, il est indispensable que le remède suive de près le mal; il est donc toujours plus avantageux de se servir d'artillerie à cheval ; voilà pourquoi il est nécessaire que la majeure partie de l'artillerie de réserve soit composée d'artillerie à cheval.
Supposant qu'on soit dans le cas de soutenir un point contre lequel l'ennemi dirige ses
masses, ou qu'il bat eu brèche, rartillerie à cheval employant beaucoup moins de temps pour arriver sur ce point désigné, préviendra plus tôt le mal. Si c'est pour accompagner une masse d'infanterie ou de cavalerie qui se propose de produire un choc, comme dans ce cas aussi l'artillerie doit, par la vivacité de ses feux, préparer le momcn t opportun de la charge, tout dépendra de la vélocité avec laquelle elle s'approchera des masses ennemies, les battra en brèche et préparera la victoire; propriétés qui tombent aussi plutôt dans le domaine de l'artillerie à cheval que dans celui de l'artillerie à pied.
Mais quel que soit le cas pour lequel on emploiera le secoui*s de l'artillerie de réser^-e» le premier soin du chef se dirigera sur l'emplacement des batteries détachées de cette réserve, et sur les moyens d'en obtenir des feux obliques, d'enfilades ou croisés, selon que le terrain le permettrar et que la circonstance l'exigera.
Comme il est toujours désavantageux d'interrompre les feux de l'artillerie, et encore plus lorsqu'elle défend un point intéressant, il bat toujours rendre la position des batteries tirées de la réserve dépendante de celle des lignes, c'est-à-dire, sans faire faire de mouvement aux pièces qui jouent déjà , placer l'artillerie de réserve sur un des flancs de la batterie primitive, ou, si le terrain y oblige ou le favorise, la distribuer sur les deux, sans perdre cependant de vue que les différentes propriétés des feux dépendent de remplacement des pièces , et que le principal est toujours de faire usage des |Jas avantageux. Lorsqu'on est dans l'offensive, par conséquent maître de ses actions , on poum aussi faire avancer de la réserve des batteries à pied de gros calibre.
Le meilleur partage, je crois, qu*on puisse faire de l'artillerie dont on peut disposer le jour d'une bataille serait de la diviser en trois parts; une part sera employée pour maintenir les troupes sur la position qu'elles oocupenl, et en défendre les approches; la seconde part sera celle dont on renfoncera la première pour pouvoir prendre l'offensive; et la troisièmesrn désignée |K)ur coopérer à la décision de la victoire.
La première partie de l'artillerie sera placée en avant de la première ligne de bataille; la seconde sera intercalée dans les interralksde
la seconde ligne (i) , tandis que la troisième sera mise en réserve.
Si on découvre sur le champ de bataille on point dont la possession doit décider de la victoire en faveur de l'un ou de Tautre parti, il est juste de faire toujours coopérer les feux des batteries adjacentes avec celles qui occupent le poste primitif. Dans un cas pareil, il est indispensable de bien faire attention à la direction des projectiles des pièces des secondes, pour que lés effets des premières soient concentriques avec ceux des batteries primitives. G^est sur les feux {lerpendiculaires de la batterie primitive, les mouvements de l'ennemi, que le terrain où il se trouve placé et celui qu'il devra parcourir pour se rapprocher du point d'attaque ]>euvent nous indiquer, qu'on calculera l'obliquité des batteries adjacentes, pour qu'elles puissent défendre avantageusement tous les débouchés qui y mènent. On rendra les feux plus ou moins concentriques , selon qu'on voudra les diriger sur la même masse, ou battre en brèche une certaine étendue de terrain occupée par les troupes ennemies.
Pour rendre l'avantage de cette disposition plus évident , adaptons-la à quelque terrain, et prenons, par exemple, les hauteurs de Pratzen.
En Gxant notre attention sur la position des hauteurs de Pratzen, d'où on pouvait battre en brèche les défilés entre Ponlovitz , Kobelnitz , et du château de Sokolnitz, et entraver par conséquent les mouvements offensifs de l'ennemi, on peut se convaincre de l'importance de ce point. Les défilés de Girzikovitz et Pontovitz qui couvraient la droite de la position, le lac de Kobclnitz qui en défendait le front, et les défilés entre ce lac, le village et le château de Sokolnitz qui couvraient la gauche, avaifBÉI constitue ce poste en position défensive, dont les approches étaient Irès-diflBciles, que le feu de rartilleric pouvait défendre avec facilité, et dans la défense duquel cette arme devait jouer un rôle très-important.
Pour la défense du centre de tout le champ de bataille ou des hauteurs de Pratzen , le terrain était donc circonscrit entre Girzikovitz et Pontovitz pour le flanc droit, entre Pontovitz
(i) Car ignorant le point sur lequel on peut être dans le cas de prendre rolTcnsivc , lorsque la nécessité $*en présentera , on soutiendra p«ir les bal (cries placées en
et le lac de Kobelnitz pour le centre même, et entre la partie méridionale du lac et le château de Sokolnitz pour le flanc gauche. L'artillerie, devant le village de Pratzen, Rêvait donc être la batterie primitive , celles qni devaient coopérer à la défense du passage des défilés entre Girzikovitz, Pontovitz, Kobeliiits et le châteaa de Sokolnitz , étaient les batteries adjacentes. Revenons maintenant au terrain occupé par l'ennemi. Il avait dans son centre une plaine comprise entre les villages de Turas, Latein, Schlapanitz et Maxendorf , qui favorisait le dé» ploiement des colonnes, leurs mancBuvrea et leur action. La partie méridionale de Turas et Maxendorf, au contraire, coupée par des sources marécageuses, des lacs et des bouquets d'une assez grande étendue, s'opposait à la libre circulation des troupes, et devait par con* séquent gêner leurs mouvements. Le terrain entre Schlapanitz et Maxendorf était donc la vraie sphère d'activité des troupes que l'ennemi devait diriger contre Pi*atzen. Les défilés entre Kobelnitz et le château de Sokolnitz, ne pouvant être franchis qu'avec difficulté et en interrompant l'harmonie des ipouvements des colonnes d'attaque, devenaient pour les hauteurs de Pratzen, un point qu'on ne devait pas, il est vrai, perdre de vue, mais qui ne pouvait pas être considéré comme le point le plus important. L'artillerie postée sur les hauteurs de Pratzen aurait donc dû diriger ses feux contre le terrain compris entre les défilés formés par Girzikovitz, Pontovitz et la partie septentrionale du lac de Kobelnitz , et les batteries adjacentes devaient être placées entre Kobelnitz, PontoviU et Girzikovitz. On aurait dû calculer l'obliquité de leurs feux, d'après ceux de la batterie primitive, et cela de la manière suip vante : la batterie de Kobelnitz aurait été désignée pour défendre le débouché entre la partie septentrionale du lac de Pontovitz, et celles de Pontovitz et Girzikovitz pour défendre le défilé entre ces deux postes. Soutenues par une masse imposante de troupes prêles à défendre l'artillerie, si l'ennemi tenUit de s'en rendre maître, ou bien d'achever de désorganiser les colonnes offensives de Fennemi, que le feu meuririer du canon aurait entamé, les batteseconde ligne , celles de la pranlère, et sur le point oà Ton voudra être dans roffnislve.
E^MEN RAISONNÉ
ries dont je viens de parler auraient été suffisantes pour arrêter Tattaque des divisions Sainl-Hilairc, Yandamme et Drouot, qui furent justement dirigées par Kobelnitz, Pontovitz et par le défilé entre Pontovitz et Girzikovitz.
Mais si les différentes batteries doivent être, par rapport à leur position , dépendantes les unes des autres, il n'est pas moins nécessaire que la position de Tartillerie en général , le soit aussi de celle de Tinfanterie qui forme la première ligne de bataille , le terrain qu'on choisit pour champ de bataille étant ordinairement coupé par différentes sinuosités et parsemé de villages et d'habitations, on choisira pour remplacement des batteries les espaces intermédiaires entre ces villages, car ces sortes de postes étant toujours occupés par de Tinfanterie , on acquiert de cette manière une ligne de feux non interceptée , formée par ceux des pièces et ceux des troupes qui occupent les villages.
Si l'artillerie est désignée pour défendre immédiatement un village , on la mettra sur les flancs en se gardant bien d*en embarrasser les avenues , si ces.sortes de débouchés ne sont pas assez larges pour que deux pièces au moins puissent se mouvoir avec aisance; car, de cette manière, on la mettrait en butte à une perte certaine. Les débouchés des villages étant ordinairement très-étroits , si Tennemi prononce un mouvement offensif un peu impétueux, l'embarras de retirer les pièces et la difficulté de les soustraire aux attaques des ennemis, leur ravit beaucoup de Fcfficacité de leurs feux, ainsi que les moyens de prolonger la défense.
 la bataille de Dennevitz, au moment où les troupes du comte de Tauentzien s'emparèrent de Rohrbeck, les Français furent forcés d'abandonner ce poste avec tant de promptitude , que nous trouvâmes 4 pièces de canon dans les ravins du village, dont la perte fut occasionnée par la précipitation avec laquelle les ennemis furent obligés de se retirer.
Mais si la position de l'artillerie peut souvent être dangereuse lorsqu'on la place dans les défilés, cette arme ne i>eut que rendre de grands services lorsqu'on la place devant, pour empêcher le débouchement des troupes ennemies. C'est d'après la largeur du défilé qu'on calcule le nombre de bouches à feu qu'on doit mettre en batterie, et on les augmentera selon
que la trouée sera étroite ou l^Ltge. Dans le premier cas, on bat les têtes des coloimes qui débouchent et qu'on empêche de se déployer, et, dans le second, si la trouée est asseï large pour que les troupes puissent It frandiir en ordre de bataille, on paralyse du moins, par un feu bien dirigé, leur mouvement offensit.
A la bataille de Malplaquet , le maréchal de Villars avait fait placer une batterie de 100 pièces de canon devant la trouée formée par les bois de Sars et de Blangies; mais il eut Timprudence de faire élever les retranchemenls entre les deux taillis, de manière qu^en pe^ dant un des bois, les fortifications risquaient d'être prises à revers. Le malheur voulut aiisi qu'en se portant à la tête de plusieurs bataillons vers le bois de Sars, le maréchal de Villars y fut blessé et obligé de quitter le champ de bataille , et que le maréchal de Boufflers ait eu la faiblesse de faire sonner la retraite. Malgré tous ces désavantages jiour les Français, k prince Eugène n'acheta cependant cette victoire, qu'on voulut bien lui céder, qu^en laissant S0,000 hommes sur le champ de bataille.
Dans des cas pareils, il est toujours plus lAr de placer les batteries dans un éloignemcnt pour le moins de 600 pas des taillis qu'on doit nécessairement occuper, et on en retire le triple avantage :
i^ Si le bois a été emporté, de soustraire l'artillerie à la portée du fusil;
â^ De pouvoir , par des feux bien meurtriers, recevoir les troupes qui voudraient déboodier du taillis;
Z^ De ne pas risquer que les batteries soient prises à dos.
Si, à la bataille de Jéna, les généraux TaueAI* zien et llolzendorff eussent fait une meilleine disposition de leurs troupes et plus confonK au terrain, certes les troupes des divisions Sfir chet et Saint-Hilaire ne seraient pas parvenues aussi facilement à s'ouvrir les débouchés an champ de bataille sur lequel on combattit phs tard. Le premier aurait dû déployer devant k village de Lutzerode, placer son artillerie entre ceux de Cospoda et Closwitz , et occuper les lisières des bois de ces deux derniers villages. Le second devait déployer devant le village de Rodchen, placer son artillerie un peu enar^ rière des bois de Zwetzcn et Porstendorf, et occuper aussi leurs lisières.
Les succès que les Français remportèrent au centre et sur la droite, leur firent gagner le terrain nécessaire pour déployer leurs masses, et pour faciliter le mouvement du reste des troupes. Le prince de Hohenlohe, spectateur inactif de tous ces préliminaires de la bataille, s'était malheureusement abandonné à une sécurité pernicieuse, et fit enjoindre aux troupes, qu'elles devaient rester tranquillement dans leur camp jusqu'à ce que le brouillard se fût dissipé, et que, lorsque les circonstances l'exigeraient, il ferait marcher le général Gravert. Au lieu de s'avancer vers le Landgrafenberg, et prendre possession avec des forces majeures des bois de Cospoda, de Closwitz et de Zwetzcn , resserrer par là le champ de bataille des ennemis, et les empêcher de se rendre maîtres des débouchés, il aima mieux rester tranquillement dans son quartier-général de Capellendorf.
Lorsqu^on veut mettre en position de Tartillerie désignée pour protéger ou pour arrêter la construction d'un pont et le passage d'une rivière , on tâchera de concentrer sur le point d'où l'ennemi peut venir, autant de feux qu'il sera possible, et de défendre le rentrant, sur lequel les troupes qui franchissent le fleuve, doivent toujours se former après avoir dépassé le pont. Mais comme l'ennemi tâchera de paralyser l'action de notre artillerie, en cherchant à démonter nos pièces ou à leur imposer silence , on placera les batteries sur des points qui dominent la position ennemie, où les pièces puissent , autant que possible, se soustraire à la vue des adversaires : comme le derrière des mamelons d'une petite élévation , des broussailles peu épaisses, etc., etc. En masquant ainsi l'artiMerie, on ravira à lennemi les moyens de démonter les pièces; et en leur donnant une position qui domine celle des ennemis, on ravit à ces derniers les moyens de dérober leurs bouches i feu aux regards de leurs adversaires.
Après avoir reconnu le terrain à droite et à gauche du rentrant où le passage doit s'efieciuer, on profitera surtout aussi des saillants du fleuve qui se trouveront dans la proximité du point prineipal , pour y faire avancer à l'improviste une batterie d'artillerie de position , et au moment où les colonnes ennemies prêteront, en avançant, le flanc à nos pièces, on cherchera à les battre par des feux redoublés.
C'est le seul moyen, dans des cas pareib, de faire usage des feux d'enfilades, qui sont, comme nous l'avons vu , les plus efficaces. Au reste , la nature est ordinairement avare de ces sortes d'avantages : si même on trouve de ces saillants, il arrive quelquefois qu'on ne peut pas en profiter , à cause de leur éloignement du rentrant ; et en y plaçant une batterie, les projectiles, en franchissant des espaces trop éloignés, n'atteignent plus les colonnes avec la force nécessaire pour paralyser le mouvement dos troupes oficnsives.
Le passage d'une rivière, lorsqu'on est obligé de l'opérer sous le feu des ennemis , est toujours une opération très-épineuse, dont on cherche à dérober la connaissance à l'ennemi. En faisant de fausses attaques sur des points divergents au point principal, l'artillerie, dans la défense comme dans l'attaque, sera toujours l'arme la plus nécessaire. Pour ne pas mettre la réussite d'une opération pareille à la merci du hasard , il vaut mieux ne pas la diriger vers un des points du fleuve, avant de s'être assuré que c'est le principal. Parvenu dans la proximité de la rivière, on placera donc l'artillerie dans une position centrale, d'où on pourra, après avoir découvert les vraies intentions de l'ennemi , la diriger avec facilité vers le point de passage. De cette manière, dans les occasions où on ne vient pas à temps pour empêcher tout à fait la construction des ponts, on arrive du moins assez tôt pour paralyser le mouvement des troupes, et les empêcher de déboucher, ou pour les attaquer tout de suite après le passage, ce qui est toujours un avantage marquant.
Une règle générale , qui se rapporte aussi à l'artillerie employée pour protéger, ou s'opposer à la construction des ponts et aux passages, c'est d'employer plutôt des pièces de gros calibres.
Après avoir énuméré les positions les plus avantageuses qu'on puisse donner aux bouches à feu, n'oublions pas de jeter quelques lignes sur celle des avant-trains et des caissons de cartouches, dont la conservation est d'un intérêt très-majeur; car la vélocité des pièces dépend des premiers, tandis que les seconds en font toute la force.
Pour ne pas paralyser ni la vâocité, ni la force de l'artillerie, il faut placer les avant-
Irains et les caissons dans des endroits sûrs» autant que possible, à Tabri des feux des ennemis 9 et dans une proximité qui ne mette pas les pièces dans le danger de devoir ralentir leurs feux.
Dans les armées où les avant-trains ont des coffrets de munitions , comme en Russie et en Angleterre, on peut plutôt éloigner les caissons de munitions ; car ces coffrets obviennent aux premières nécessités. Dans Tarmée française , au contraire, où les avant-trains ne portent point de coffrets, il serait dangereux de placer les caissons à une trop grande distance, car, de cette manière , on sacriGerait la promptitude des feux des pièces à la conservation des caissons , ce qui est un défaut.
Pour ce qui regarde Uartillerie qu^on emploie pour défendre des fortifications de campagne, sa position se trouve toujours désignée par Tassiette même des différents retranchements. Leur construction doit toujours être calculée sur les feux des pièces dont on les arme, qui, tout en défendant les points les plus importants de nos lignes de bataille, doivent aussi rassembler dans le même foyer autant de feux que possible, pour battre en brèche les lignes ennemies, ainsi que leurs masses assaillantes, tandis que nos réserves doivent être prêtes pour fondre sur les troupes rétrogradantes. Le choix de Tassictte des fortifications élevées sur le champ de bataille de Bautzen , est digne d'arrêter Tattcntion des militaires, et le lecteur me pardonnera de Ty ramener pour quelques instants.
La flèche de la gauche , à Raschiitz, nettoyait tout le terrain depuis Gr. Jenkovitz jusqu'au delà de Nieder-Kayna, et réunissait une partie de ses projectiles en feux croisés avec la batterie de gauche de Litten , dans le foyer de Nied. Kayna(i). Les autres batteries construites près de Litten nettoyaient le terrain entre Nied. Kayna, par Kreckvitz jusqu'à Litten, en se flanquant Tune l'autre. Le reste des fortifications de Raschiitz avait été construit à peu près dans une direction perpendiculaire à celle des batteries de Litten.
Les flèches de Litten et celles de la gauche de Raschiitz , tout en produisant des feux croisés
(i) Voyez le plan du champ de bataille de Rautzeo , par le lieutenant-colonel Odrieben.
sur différents points, défendaient les approches du centre depuis Gr. Jenkovitz jusqu'à Litten, et dans le cas que les fortifications de Lillen eussent été forcées, les flèches de Raschiitz prenaient l'ennemi dans le flanc droit, et ï2 divisions de cuirassiers étaient eu position à gauche de Raschiitz, pour tomber sur les ennemis que les feux des batteries de Raschiitz auraient mis en désordre.
Nous voyons que le centre était bien couvert et bien défendu; si le flanc droit Tavail été de même , la journée aurait pu prendre une tournure tout à fait différente.
SECTION V
ACTIOFI DE l'artillerie.
En discutant sur l'action de Tinfanterie, nous nous sommes convaincus, que c*estrarine primitive, qui gagne les batailles; la cavalerie est celle qui complète les victoires et occasionne les déroutes. Voyons maintenant le rôle que nous assignerons à l'artillerie dans les batailles, et dans lesquelles son secours est toujours d'une grande conséquence.
L'artillerie ne possédant pas la faculté de pouvoir se défendre elle-même, quelle que soit son action , qu'elle avance pour attaquer son ennemi, ou qu'elle rétrograde pour se soustraire à sa poursuite, elle ne peut jamais, sans risquer d'être perdue, se soustraire à la surveillance des deux armes, et doit, dans tooi les moments de son action , être accompagnée par l'infanterie ou la cavalerie.
Nous avons vu que rartillerie préparc et facilite l'attaque des deux armes, par conséquent leurs actions doivent être relatives et récipioques; mais d'un côté l'artillerie ne pouvant pas se défendre seule, de l'autre le terrain s'opposanl par fois au mouvement des deux armes, son action doit donc porter une empreinte de dépendance, qui la met dai» h catégorie des armes secondaires.
Les moments d'indépendance de Partillerie sont seulement ceux qui précèdent l'action de celte arme , et qui sont :
1^ Le mouvement par lequel elle se porie vers le point désigné;
9P Le temps qu'on emploie pour mettre en position les canons, leurs avant-trains et leurs caissons de munitions. Une fois que les batte-
ries onl atteint la position qu'elles doivent occuper et que les pièces et leurs accessoires sont placées, l'artillerie devient dépendante de Tinfanlerie ou de la cavalerie , et doit se conformer aux mouvements des deux armes.
L'action ' de l'artillerie comme dépendante des deux armes, .et que nous devons faire dériver des propriétés inhérentes à la nature de cette arme , peut être envisagée sous les rapports suivants :
1° Elle doit tâcher de rendre ses feux aussi justes que bien dirigés;
2° Elle doit défendre les approches du terrain où sont placées les troupes;
5^ Elle doit secourir et renforcer les troupes assaillantes ;
4^ Elle doit protéger le déploiement des deux autres armes;
5° Elle doit protéger les retraites ;
6° Poursuivre les troupes rétrogradantes avec un feu bien nourri ;
7^ Savoir se retirer avec régularité et ne pas embarrasser Faction et les mouvements de l'arme qui la défend ou la seconde.
L'action de Tartillerie, en général, doit être aussi simple que ses mouvements doivent être rapides et ses feux être justes. Cette arme , n'osant avoir d'engagement avec son ennemi qu'à une certaine distance et ne pouvant que déposter, mais non s'emparer d'un point, son action doit nécessairement cesser au moment oii celle de l'infanterie ou de la cavalerie doit commencer, sauf à la reprendre ou pour protéger les troupes rétrogradantes, ou pour poursuivre avec ses projectiles celles qu'on aura mises en fuite. Cette arme doit commencer les combats et peut amener les moments opportuns des engagements; mais comme elle ne peut pas rompre et mettre en fuite son ennemi , il est impossible de lui décerner les honneurs des victoires.
L'action de l'artillerie est donc soumise à des interruptions qui sont désignées par les engagements ou plutôt par les chocs des deux autres armes, et pour que cette action ne soit pas au détriment de toutes les trois, l'essentiel est de savoir faire prolonger celle de l'artillerie, jusque au moment où celle des deux autres armes doit commencer ; en un mot, savoir apprécier le moment jusque auquel ses feux sont avantageux et nécessaires, ainsi que celui où ses effets
ont été assez efficaces pour faire entrer les autres armes en lice. Il ne faut donc jamais s'engager dans de longues et vaines canonnades; mais au moment où les batteries ont rempli leur devoir, faire agir les autres armes pour compléter le succès.
Les manœuvres compliquées de l'artillerie , qui entraînent dans de grands mouvements et font perdre beaucoup de temps, sont non-seulement inutiles, mais même nuisibles. Les bouches à feu ne doivent passer de leur état passif à l'état d'action, qu'en se portant d'une position à une autre, en se dirigeant sur une ligne droite ou sur l'arc qui offre le moins de circonférence.
Si le teiTain empêche l'artillerie de marcher en ligne , on la soumettra à la formation qui protège le déploiement le plus rapide, comn^, par exemple, en colonne sur quatre pièces de front.
Au moment où les colonnes manœuvres seront arrivées sur la position où elles doivent déployer, l'artillerie des lignes de bataille, celle désignée pour en défendre les approches, se détache incontinent des colonnes dont elle faisait partie, et se dirige , au reste, sans trop se fatiguer (car cette opération se faisant à une sorte de dislance de l'ennemi, ne peut pas être dangereuse pour les autres troupes) , vers les points qui protégeront son déploiement aussi, et qui la conduiront, autant que possible , sur les positions qu'elle devra occuper dans Tordre de bataille et au moment de l'engagement.
Cependant, ce mouvement n'étant encore que préparatoire , il est inutile d'être toujours trop sévère sur le choix d'une position avantageuse pour ce premier déploiement des batteries, d'autant plus , que les troupes étant une fois rangées en bataille , sont encore obligées d'aller occuper le champ de bataille désigné. C'est plutôt sur le terrain où l'on en vient aux mains avec son ennemi , que l'art de bien placer les batteries, dont j'ai déjà eu l'occasion de développer les défauts et les avantages, doit attirer l'attention des chefs.
Le talent avec lequel on place les bouches à feu est d'un avantage et d'un intérêt d'autant plus grands, qu'après les mouvements préliminaires, dont je viens de parler, tout oe qui se rapporte à l'action de l'artillerie, est en
bonne partie basé sur la position ayantageuse des bouches à feu.
Une fois que les batteries qui doivent défendre les approches des lignes de bataille sont placées , les chefs doivent s^astreindre à bien remarquer Teffet que leurs feux produisent sur les niasses ennemies; car le moindre mouvement que Ton fait faire aux pièces, pour lequel même les bras des artilleurs sufllisent, peut changer la direction des feux et rassembler une masse collective plus grande, tantôt vers un point , tantôt vers un autre.
Il est souvent possible que le terrain qu'occupe Tennemî, et qui se trouve vis-à-vis d'une batterie, soit une position qui non-seulement le dérobe tout à fait à nos regards , mais protège aussi son emplacement, de manière à le mettre tout h fait à l'abri de nos projectiles. Tirer contre un ennemi qu'on ne peut ni voir ni atteindre , est ce qu'on appelle tirer sa poudre aux moineaux. Dans un cas pareil , il vaut mieux, ou faire changer de direction aux pièces en leur faisant, par exemple, avancer un des flancs , diriger leurs feux contre un autre objet et augmenter ainsi les feux collectifs d'une autre batterie , ou bien leur faire tout à fait changer de position. Le premier changement se faisant cependant avec une moindre perle de temps , est toujours préférable au second.
C'est ordinairement l'artillerie des lignes de bataille qui commence les combats, mais ces engagements préliminaires ne sont ordinairement d'aucun résultat décisif. Ces sortes de canonnades se prolongent souvent des heures entières, sans en retirer d'autre résultat que de perdre et de tuer une certaine quantité d'hommes. Ce n'est qu'au moment où l'un des partis commence à trahir ses projets, qu'arrive la seconde époque de l'action de l'artillerie. L'ennemi renforce-t-il son feu pour paralyser le nôtre, ou cherche-t-il, par l'intensité de ses feux , à déposter nos troupes ou les battre en brèche, on lui oppose un feu aussi terrible et aussi bien nourri que le sien, et on égalise par là toutes les chances défavorables. Prononcet-il un mouvement offensif, on lui oppose aussi des troupes qu'on soutient, si la circonstance l'exige et le terrain le permet , par une masse d'artillerie.
Si le terrain que la masse désignée pour l'attaque doit parcourir est toi qu'on puisse dé-
rober aux ennemis le mouvement des troupes, on lui accordera la formation qu'elle devra avoir au moment de l'engagement ; c'est-à-dire, on fera précéder l'infanterie ou la cavalerie par l'artillerie. Si, au contraire, le terrain qu^il faut franchir, est une plaine ouverte qui trahit le mouvement, il vaut mieux ménager à Tartillerie un engagement subit qui étonne Tennemi et agit avec plus d'effet sur lui.
Tant que l'arme qui accompagne rartillerie, et qui doit exécuter ensuite le choc, se porte vers le point où elle doit l'opérer, les bouches à feu qui l'accompagnent resteront cadiées sous sa protection, et, par conséquent dans les intervalles de la seconde ligne. A-t-elle atteint le point où la position de FartiUerie et la proximité de l'ennemi rendent ses feux néce^ saires, les batteries passent à trayers les intervalles de la première ligne, et s'avancent I une certaine distance de l'ennemi; distance que doivent déterminer les avantages du terrain qu'on pourra leur faire occuper, ainsi que la justesse et l'efficacité des tirs.
Toutes les fois que nous serons maîtres de nos actions et du terrain que nous Youdroni parcourir pour atteindre notre ennemi , il vaudra toujours mieux choisir un terrain platM vaste que rétréci , et dont les sinuosités n'embarrassent pas le mouvement des troupes; car, dans. des cas pareib, il faut prononcer son mouvement plutôt aVec une masse imposants de troupes et d'artillerie, qui soit en état de produire un grand résultat, qu'avec un parti qui ne serait en état de recueillir qu'un snceès isolé.
A la bataille de Wagram, au moment où ki corps de Davoust et d'Oudinot préparaient leurs attaques contre Markt-Grafen-Neusledd, ainsi que leur mouvement de conversion, potf réussir plus tôt à détruire les forces énnemiei^ Nopoléon attaqua leur centre posté k Aderklaa. 11 renforça le corps de Masséna par cdui de Blacdonald, par la cavalerie de Nansooty» ainsi que celle de la garde, et par iOO pièM de canon. Lauriston, à la tète de rartillerie» s'avance à une demi-portée du canon , et sèae bientôt la mort et la terreur dans les rangs àt§ Impériaux. Le prince de Lichtenstein parvînt à paralyser, en quelque sorte, les projets des ennemis, et prévint la déroute du centre, cetia attaque sur Aderklaa et les pertes énormes que
les Autrichiens y essuyèrent, peut toujours être envisagée comme le préliminaire de la réussite de celle de Markt-Grafen-Neusiedel.
A la bataille de Waterloo , pendant que les deux partis se disputaient avec acharnement le château de Hougoumont» Napoléon enjoignit au maréchal Ney de diriger ses attaques contre la gauche des ennemis» de s'emparer du village de la Haye» et d'intercepter toute communication entre Tannée anglo-hollandaise et le corps de Bulow. Quatre-vingts bouches à feu devançaient les troupes; les boulets et les cartouches à balles firent perdre beaucoup de monde aux.alliés; et, malgré les charges que la cavalerie anglaise dirigea contre cette masse de troupes, les Fran^*ais parvinrent à remporter des succès assez décisifs. Mais tous les avantages que Napoléon pouvait remporter du côté de la Haye, si même il était parvenu à pousser jusqu'à Mont-Saînt-Jean» à quoi pouvaient-ils le mener, tandis qu'il était tourné vers Frischermont et Planchenois , et que le corps de Bulow le prenait à dos?
Au reste, c'est une disposition qui, employée à propos et menée avec discernement, ne peut manquer d'élre très-favorable, en occasionnant toujours du flottement dans les lignes attaquées. La grande difficulté dans une disposition pareille est, comme je l'ai déjà dit une fois, de trouver un terrain qui protège le mouvement d'une masse aussi grande de bouches à feu. Comme dans ces cas, l'artillerie n'est qu'arme préparatoire, il faut, qu'au moment où elle est parvenue à mettre du flottement dans les lignes ennemies, elle se retire et fasse place à l'arme qui doit opérer le choc.
Dans ces sortes d'attaques en masse, le rôle de l'artillerie, lorsque l'arme qui la seconde attaque l'ennemi, n'est ordinairement qu'interrompu et non fini. Si le choc n'a pas réussi, le feu de l'artillerie doit arrêter la fougue des vainqueurs; et s*il a été exécuté avec succès, il doit le poursuivre pendant quelque temps dans son mouvement rétrograde. Le chef qui commande l'artillerie devra donc placer les pièces dans le sens des deux cas , pour qu'elles puissent être utilisées dans l'un comme dans Tautre.
(i) Ce n'est jamais au rommencemenl du combat , quelle que soit la force de rartillerie, qu'on peut décider de la victoire; a-t-on une fois mis en action toutes
Cet emplacement de l'artillerie ne saurait se soumettre à des règles stables, car le terrain et la position de l'ennemi y jouent un trop grand rôle ; mais on doit prendre pour principe normal de placer ensuite les batteries de manière à ce qu'elles puissent pour le moins se servir de feux obliques, et suivre l'ennemi dans sa retraite , en lui lançant une infinité de projectiles, ou arrêter les vainqueurs, si le succès trompait l'attente.
Une attaque pareille en masse a-t-elle eu un succès décisif et forcé l'ennemi à rétrograder, l'artillerie doit s'avancer avec promptitude vers les troupes rétrogradantes, et chercher à rendre ses feux plus vifs encore qu'ils ne l'ont été; car en poursuivant l'ennemi qui bat en retraite avec un grand nombre de projectiles, on lui fait faire des pertes sensibles.
Si, dans les premières périodes du combat, il est plus prudent de n'engager qu'une partie de l'artillerie, en laissant le reste en réserve pour pouvoir s'en servir dans des moments opportuns, il est tout aussi nécessaire, au moment où la victoire commence à se décider, d'utiliser toute son artillerie , en la partageant entre les masses désignées pour l'attaque décisive et les lignes de bataille (i). De cette manière, au moment où l'ennemi prononce son mouvement rétrograde, on peut, sans perdre de temps, le poursuivre par les feux meurtriers des canons , et non-seulement lui enlever beaucoup de monde, mais faciliter aussi l'action de la cavalerie légère.
A cette même bataille de Wagram, dont je viens de parier, ti où l'ariillerie a moissonné de si beaux lauriers, Napoléon avait, au moment de la décision, indépendamment de l'artillerie qu'on avait dirigée vers Aderklaa, utilisé le reste de cette arme, en l'employant à^ l'attaque du village de Baumersdorf et de celui de Markt-Grafen-Neusiedel ; de manière qu'au moment où les Impériaux se virent obligés de commencer leur mouvement rétrograde , presque toute l'artillerie de l'armée se trouvait engagée. Napoléon fit poursuivre ses ennemis rétrogradants par un feu bien nourri, d'où provint une partie des peries des Autrichiens dans cette journée. Un grand nombre de blessés
ces pièces, on peut se trouver embarrassé lonque Fennemi viendra fondre sur un point où , à cause d'un ■Hiiique d'artillene, on ne pourra plus ae maMedr.
s'étaient réfugiés dans les villages d'Aderklaa, Susscnbrunn et Gerasdorff, et périrent dans les flammes; car les Français les avaient tous incendiés.
Le prince de Reuss, qui avait pris position sur le Bisamberg , eut beaucoup de peine à arrêter la fougue impétueuse des vainqueurs , et la cavalerie autrichienne parvint ensuite à mettre fin à la poursuile des ennemis.
La bataille de Wagram , en général , et sur laquelle j*aurai encore l'occasion de revenir plus tard, offre un exemple bien instructif, tant pour les ditlérentes époques de Tutilisation de Tartillerie que pour son action en général.
Dans les colonnes manœuvres, il est toujours utile d'avoir au moins deux batteries, dont l'une à cheval, en tète de la colonne et placée derrière la cavalerie légère, qui ouvre la marche; car une disposition pareille ne peut jamais avoir que de bons résultats. Supposant que le déploiement ne soit soumis à aucun inconvénient, les deux batteries pourront toujours être utilisées dans la première ligne de bataille; et si , par quelque cas imprévu , Fcnnemi tombe à Timproviste pendant le déploiement de la colonne, ces deux batteries seront encore plus utiles ; car en les plaçant sur une position avantageuse, on peut facilement arrêter cette première fougue de Tennemi, et donner aux troupes de la colonne le temps de déployer. L'essentiel , dans un cas pareil, c'est d'utiliser de prime-abord quelques bataillons d'infanterie pour servir de sauve-garde aux batteries, et de placer cette cavalerie légère , qui ouvre ordinairement la marche , dans une position avantageuse, et se procurer parla un noyau de troupes qui protégeront le déploiement du reste de la colonne.
Si , après un échec ou une bataille perdue , on se trouvait forcé à une retraite qui ne pût s'effectuer que sous les yeux des ennemis, comme il est diffîcilc, pendant ces mouvements rétrogrades, de reprendre TofTensive, et que le seul but est de les exécuter avec ordre , en rétrogradant continuellement, il faudra faire avancer les batteries de gros calibre, qu'on fora manœuvrer h la prolonge , pour ne pas perdre de temps en mettant les pièces sur les avant-trains. On choisira pour la retraite des ImttericSi des terrains qui n'embarrassent pas
trop leur mouvement, en cherchant en même temps à les diriger vers les points qai offriront les positions les plus avantageuses.
On désignera l'artillerie de gros calibre poor défendre les approches des lignes de bataille et pour paralyser les mouvements offensifs des ennemis, tandis que l'artillerie à cheval sera, à cause de la vélocité de ses mouvements, désignée pour coopérer aux mouvements de conversion. Soutenue parla cavalerie l^ère, elle de\Ta chercher des positions qui la mettent dans la possibilité de menacer les flancs des masses offensives, et distraire parla leur attention des objets primitifs de leur poursuite et en paralyser la fougue.
On cherchera surtout à défendre avec opiniâtreté les voies qui offrent les commanications les plus faciles , et qui doivent par conséquent servir de lignes de retraite aux troupes. On placera sur chacune d'elles une batterie de gros calibre, tandis que les batteries intermédiaires chercheront à croiser leurs feux avec ceux des principales.
Arrive-t-on à l'entrée d'un bois que les troupes doivent franchir , l'artillerie étant l'arme qui embarrasse le plus dans ces sortes d^occasions, lorsqu'on la fait défiler en masse, on ne mettra en batterie que le nombre de pièces nécessaires pour pouvoir paralyser les mouvements offensifs des ennemis , et qu*on placera sur les points les plus importants.
Gomme le mouvement de l'artillerie i pied est beaucoup plus lent que celui de rartillerie à cheval, et que , dans des occasions pareilles, les troupes qui devront défiler les dernières seront obligées d'accélérer leur mouvement, il est toujours {dus avantageux de faire rétrograder l'artillerie à pied la première, en laissant plutôt à l'artillerie à cheval le soin de couvrir la retraite.
Le moment de la retraite de l'artillerie a cheval, elle-même, est-il arrivé, on lui fait traverser le défilé le plus promptemcnt possible, et pendant ce temps l'artillerie à pied, qui aura achevé son mouvement de rétrogradation, devra garnir les poinLs les plus importants de te nouvelle position, de manière à pouvoir diriger ses feux contre les débouchés du défilé.
Dans ces circonstances, l'infanterie doit être toujours le soutien le plus ferme de l'artillerie; car quoique |es retraites puissent très-bien s'o-
pérer aussi sous la prolecUon de la cavalerie, dans des positions acculées à des défilés, le rôle de cette arme est soumis à de trop grands dangers, pour qu^elle ne le cède momentanément à rinfanterie, dont Taction sur des terrains pareils est plutôt avantageuse que défavorable. Ou ne conservera près des troupes les plus avancées, qui devront traverser le défilé les dernières , qu'autant de pièces qu'on pourra en faire marcher de front sur les différentes voies de communication ; leur devoir sera de lier leurs feux avec ceux des tirailleurs , qui seront chargés de la défense du taillis même , en conserrant sur chaque voie au moins un bataillon jioar la défense des pièces, qu'on fera marcher sur un des côtés de la route.
Si Tarlillerie qui cooi>ère à la retraite des troupes, finit par ne plus pouvoir se maintenir contre un ennemi , ou trop puissant, ou que les localités protègent, et se voit à la veille d'être livrée, il faut chercher du moins à ne lui abandonner qu'un trophée qui ne puisse pas lui servir à l'avenir, en enclouant les canons ou en brisant les affûts.
Lorsqu'il s'agira de mettre l'artillerie en action poui* défendre ou attaquer un village, dans le premier cas, les bouches à feu devront diriger leurs feux contre les masses ennemies qui viendraient pour s'en emparer; car une fois que le mouvement des troupes assaillantes a été pai*alysé, tout ce que l'ennemi pourra faire, c'est de l'incendier. Mais nous avons vu déjà plus haut, qu'après avoir incendié un village , si on ne prononçait pas un mouvement offensif sur les deux fltmcs du poste et si on ne le dépassait pas, les troupes qui le défendent viennent de nouveau se loger derrière les décombres. La prise d'un village ne peut donc jamais se décider par de l'artilleiie seule, mais par l'infanterie qui parvient à s'y loger aussi. L'essentiel, dans ces occasions, est donc de chercher à maintenir l'artillerie placée sur les deux flancs; et tant que celle-ci pourra s'y soutenir, la prise du village ne sera pas décidée. Le combat de Probstheïda nous en offre un exemple bien convainant (i).
Le maréchal Victor, à la tète du second
(i) Pour donner plus de véracité à ma narration , j'ai cru devoir consulter à ce sujet les meilleures relations que nous possédions, et qui sont : Plotbo, der Krirg tu Dcutsrhland und Franckrcirh in denJahren , 1813
corps d'armée, avait été désigné pour défendre ce village. Comme la possession de Probstheïda était pour le centre de la position ennemie, d'un intérêt majeur, Victor crut devoir s'y maintenir avec résolution et opiniâtreté , et fil les dispositions suivantes : une partie de Tinfanterie française occupa Probstheïda, le reste fut placé derrière. Â droite du village , sur la pente douce où se trouvait le moulin à vent, l'ennemi plaça une forte batterie d'artillerie , dont le flanc gauche s'appuyait aux chemins qui cqpduisaientde Probstheïda à Leipzig, une autre se trouvait sur la gauche de ce poste et dirigeait son feu contre Zuckelhausen. Stotteritz, qui faisait la continuité de la ligne de bataille vers la gauche, était défendu par les troupes du duc de Tarente, dont l'artillerie fut placée en avant; une di vison de cuirassiers était en réserve sur la gauche du village.
Le comte de Wittgenstein voulut prendre Probstheïda d'assaut; il désigna pour cet effet le second corps russe et les 10* et 12* brigades prussiennes.
Les deux brigades prussiennes attaquent le village, et leurs tirailleurs parviennaot jusrqu'aux clayonnages les plus avancés ; mais forcées de se replier, la i^ brigade essuya un feu meurtrier de cartouches à balles, qui lui enleva beaucoup de monde. L'assaut fut recommencé parla 10^ brigade, qui avança encolonnes sous la protection de ses tirailleurs. La 12^ la suivit de près, et ces valeureux soldats parvinrent à s'emparer d'une partie du village; mais Tennemi leur opposant des forces toujours fraicbes qu'il puisait dans les réserves placées derrière, les força de renoncer à leur victoire, quMls avaient achetée au prix de tant de sang ; car toutes les fois que ces deux brigades se voyaient forcées d'abandonner Probstheïda , elles étaient poursuivies dans leur retraite par le feu meurtrier des bouches à feu.
Le comte de Wittgenstein fait enfin avancer le 2« corps d'armée. L'attaque est renouvelée avec la même ardeur , mais d'après les mêmes dispositions et par conséquent avec les mêmes résultats funestes. Enfin, on se voit obligé d'abandonner l'attaque de ce poste, et
und 1814; Obelese^, Relaiion circontUineiéê de la Campagne deimZen Saxe; Fkw, Manuscrii de 1S15', et LiTxow, Bielrage xur Eriegsgeschichieder FM%M§e 1813 ufid 1814.
£1.\M£> RAISONNE
les troupes pruââ«>-russieiuies rêtro^ndent ^çoiu la protectioQ de lean clLàlne:» Je lirai lleurs, et voQt se lier par leur ^ocIh* aus. troupes du comte Je CoUoredo.
Les atLi«{ues de E^b«iheîda nous dêoiootrent d*une uunière évidente, que lorsiju'un % ilio^ est défendu comme celui-ci . et qu'il a des réserves respectables derrière le poste et une artillerie pui^euate sur les flancs. l'infaiH terie la plus brave et la mieux dL^riplinée ne parviendra jamais à s>a rendre mailnK:»e à elle seule. L'artillerie qui défend les vi^^, en prenant les colonnes ascaillantes en leui croisés , peut leur £iire sabir des pertes tellement sensibles. qu*abstractîc»n faite du nombre d'bommes que l'on perd, les masses offensives risquent toujours de penlre leur comfvicité et dVtn^ arfvtées dans leur mouvement. 11 faut donc a« ant tout les soustraire à ce double désavanta^. et. par con^iéquent. chercher à par»- Ivser le feu meurtrier de l'artillerie, à quoi on ne i^r\ ient qu'en op|H>sant un feu tout aussi puissant et aussi bien nourri, ou bien en cherchant à se rendre maître des batteries ennemies.
IV^ considérations cî-dess^us énoncées, on l^eut facilement déduire les K^es d'après lesquelles Tartillerie doit coopérer à Tatlaqued'un village, qui serait défendu par des batteries puissantes. iVest en rain . comme nous venons de le voir, queTinfanterie seule s'efforcerait de s'emparer d*un village, si elle nVtait pas soutenue par une artillerie au moins équivalente à celle des ennemis. Le principal, dans un cas pareil, est donc de chercher à démonter les batteries qui défendent le poste, et n*engager Tinfanterie qu'au moment où on serait parvenu à leur imposer silence. On emploiera les feux les plus efficaces, qui sont les feux obliques , dVulilades ou croisses, et lorsqu'ils auront produit le résultat désiré , ce sera le moment où rinfanteric, formée en colonnes offensives, ira, sous la protection de ses tirailleurs, donner Tassant au village. C'est du moins le moyen le moins destructeur pour s'en rendre maître.
Si, au contraire, l'emploi des différentes armes devient insuffisant pour s'en emparer, ot si sa |N>sition ne permet pas mémo de le tourner, il no reste plus alors qu'un seul moyen, et c'est celui de rinrondior. On y jettera «lonc queUpies obus , et on rherdiera li prononcer le mouvement offensif au moment de la rétrogra-
dation de Tennemi; car non-seulement les troupes qui défendent le TÎUage intérieurement, mais aussi FartlUerie qui se trouve sur les flancs, sont obligées, dans un moment pareil . à prendre une position , sinon trës-éloignée, du moins rétrograde ,' pour que l'incendie du village ne fasse pas sauter quelques caissons de munitions ou d^avant-trains.
Au reste, ces sortes de moyens ne doirent être employés que lorsqu'ils deviennent Tonique remède au mal; car, de cette manière, on se prive aussi d*un poste dont la poasessioD peut nous être d'une grande utilité, si nous renons à nous en rendre maîtres.
A-t-on un fleuve à franchir ou à en défendre le passage. Tartillerie, dans des occasions pareilles, y jouera le rôle principal; car, pour pouvoir le faire avec une sorte de probabilité de succès, Tartillerie devra protéger les travaux de ses pontonniers, ou paralyser ceux des ennemis. La force des batteries et Tintenslté de leurs feux, peuvent seules faciliter cessortcs d\^pérations: mais avant tout, il faut connalliv les vrais points de passage et ne pas se laisser induire en erreur par de fausses attaques. Nous avons déjà vu dans Tartîcle précédent, la position qu'on doit faire prendre à Tartillerie dau ces sortes d'occasions en arrière ou près des fleuves.
Ce n'est qu'en surpassant la force des fen des ennemis, qu'on parvientà accorder aux pontonniers les moyens de frayer un passage. Une fois que Tartillerie est placée, position qui csl soumise, comme nous Ta vous vu, à plusieurs règles qu'il ne faut jamais enfreindre, jusqu'au moment où le pont soit achevé, tout dépend de Tartillerie , dont le rôle devient d'autant plus difficile à remplir, qu'elle se trouve sur une rive opposée«et ne |>eut, par conséquent,» manœuvrer iK)ur prendre Tennemi en flanc et faire usage des feux d'enfilades, ni même augmenter à loisir la forcx' de ses batteries, à caose de l'étroite circonsiTiplion de la sphère actife dans laquelle on peut les placer. Tout le feu de l'artillerie devant se concenli*er sur un point i et justement sur celui où on doit construire les |)onts, on ne peut nieliro en action qu'une certaine quantité de lioiiches à feu dont le nombre est en proportion de Téloignonient du terrain sur lecpiel on place les batteries, du point sur le<|uel elles doivent concentrer leurs feui.
Quelquefois des tles bien boisées, qui servent de rideau aux tirailleurs, peuvent rendre aussi des services signalés. En se glissant dans les broussailles, les voltigeurs [>euvent, par des coups bien ajustés, coopérer avec Tartillerie placée sur le rivage, et en enlevant à celle des ennemis ses servants, la forcer par là ausilence. Ces îles aident aussi à cacher les bateaux et tous les préparatifs du passage, et peuvent servir aussi de point de liaison aux |K)nts qu'on se propose de jeter sur le fleuve.
Le 2 juillet 1796, Tarmée de Sambre-et- Meuse, en franchissant le Rhin à Neuwied, fait embarquer 9 compagnies de grenadiers derrière nie de Weissenthum et les jette sur la rive droite. L*ennemi avait voulu arrêter le débarquement en établissant une forte batterie ; mais le général Jourdan en fait opposer une autre de U pièces, qui protège le passage.
Un second débarquement de plusieurs compagnies d'infanterie, d'un escadron de chasseurs à cheval et de 9 pièces d'artillerie légère, s'opère avec la même facilité. Du côté de Saint- Sébastien aussi , malgré le feu d'une redoute placée en avant de Bendorf, Jourdan jette 400 grenadiers qui atteignent la rive droite , et pendant que les troupes françaises , tout en détournant Fattention de Tennemi du vrai point de passage à Neuwicd, disséminaient leurs forces, le commandant Tirlet s'occupait de la eonslruction du pont. 11 rétablit sur le bras du Rhin compris entre Tile de Neuwîed et la rive droite, et l'ayant achevé , le reste des troupes traversa le fleuve.
Nous pouvons donc recevoir pour principe normal et invariable , que dans les passages des fleuves , c'est la force de Tartillerie qui décide du succès, et pour ne pas les acheter à trop grand prix , il faut chercher à paralyser le feu des ennemis. C'est ainsi qu'au mois d'octobre I8i2, après la prise de Polotsk,le maréchal Saint-Cyr garnit d'artillerie plusieurs points de la rive gauche de la Duna , pour s'opposer à la construction des ponts; mais la nôtre, plus nombreuse et mieux placée, obligea bientôt celle des Français à suspendre ses feux.
Lesannalesdes guerres nous offrent beaucoup' de passages, qui auraient certainement pu être très-difliciles à opérer; mais les fortiGcations de campagne ayant aplani lam^eure partie des dîflicultés, oonme l'exemple que nous offre le
passage de l'armée française en 1809 au delà du Danube , nous ne pouvons plus les mettre dans la catégorie de ceux où le manque d'apprêts rend l'expédition aussi difficile que dangereuse , et que des considérations pareilles font ordinairement échouer.
Mais un passage opéré sans apprêts antérieurs et exécuté par l'unique force des armes, digne de servir de modèle, est l'exemple que nous offre l'armée française en franchissant l'Âdige et l'Alpon vis-à-vis de Ronco et d'Arcole.
Après la défaite des divisions Augereau el Masséna , à Colognola , le général en chef de l'armée française, obligé de se replier sous les murs de Vérone, n'eut pas plus tôt atteint cette place, qu'il conçut le projet d'aller repasser ce fleuve à Ronco, en descendant par la rive droite de l'Adige, de tomber par Villanova ou San- Bonifacio, sur les derrières d'Alvinzi et lui enlever ses parcs de munitions, ses dépôts de vivres et sa seule communication.
Les divisions Augereau et Masséna repassèrent l'Adige dans la nuit du 13 novembre, et se dirigèrent sur Ronco. I^ général Kilmaine fut laissé dans Vérone avec 3,000 hommes , el la division Vaubois dans la position de Corona. Les divisions françaises ayant atteint leur point de destination, on fit jeter un pont sur l'Adige, et la division Augereau y passa en se dirigeant sur Arcole, tandis que celle de Masséna défila sur Porcil.
La digue qui mène de Ronco à Arcole est coupée près de ce village par l'Alpon, ruisseau marécageux et impraticable presque partout. Les Autrichiens avaient sur ce point de gros détachements qu'Alvinzi y avait envoyés, tant pour surveiller ce point que celui d'Albaredo, le pont d'Arcole et la rive gauche de l'Alpon, qu'on avait garnie de canons. Le brigadier Brigido, qui était chargé de sa défense, avertit Alvinzi de l'approche de l'ennemi, et Provera fut dirigé avec 6 bataillons et le régimenl de Spleny sur Bionde et Porcil , tandis que 14 bitaillons et 23 escadrons, sous les onlm du gé> néral Mitroswky, marchèrent sur San-Boiiifocio et Arcole.
Le 15 novembre, Augereau et Masséna 8*avancèrent, le premier vers Arcole, le second vers Porcil. Les approches du pont d'Arede étaient garnies d'artillerie , et le village hiimème occupé par de l'infanterie. La colonne
d*Augercau essuya une vive résistance, et ne put jamais déboucher. Les généraux qui se trouvaient avec cette division, pénétrés de l'importance du passage, se portent eux-mêmes en avant, et plusieurs, comme Lannes, Verdier, Bon et Verne, victimes de leur généreux dévoûment, sont aussitôt mis hors de combat, sans cependant pouvoir réussir dans leur projet. Augereau lui-même se précipite à la tête du pont ; mais tous ses efforts sont vains, le feu meurtrier des ennemis accablait les pelotons de la tête de la colonne, toutes les fois quils venaient à portée.
Un échec pareil engagea Bonaparte à envoyer la brigade du général Guyeux vers Albaredo, avec Tordre d'y passer l'Adige au bac, afin de tourner Arcole , tandis que lui-même il essaya encore une fois un assaut sur le pont. L'ennemi venait de renforcer son artillerie et ses troupes, et opposa une résistance plus opiniâtre encore, tandis que les Français se trouvaient dans l'impossibilité de lui opposer des batteries équivalentes, à cause du terrain marécageux de la rive droite de l'Alpon, qui ne permettait pas l'emplacement des bouches à feu.
Dans ce nouvel assaut, le général Vignolles fut blessé , et Muiron , aide de camp du général en chef, resta parmi les morts. Cet essai fut le dernier de la journée du 15, et il fallut se retirer, et attendre le résultat de l'attaque de la brigade Guyeux. Les Français revinrent sur la rive droite de l'Adige, tandis que les 12® et 75" demi-brigades furent laissées en observation sur la rive gauche.
Le iC novembre, Bonaparte renouvelle le combat : il fait repasser l'Adige aux divisions, qui rencontrent Tarmée autrichienne en marche dePorcil etd'Arcole, pour attaquer le pont de Ronco. La cavalerie autrichienne se porta sur Arcole , tandis qu'une autre divison fut dirigée vers Albaredo, pour y défendre le passage de l'Adige. Masséna repousse encore une fois les ennemis vers Porcil , et Augereau les rejette sur Arcole; mais la même scène recommence sur le pont, et les mêmes diilicuUés les y attendent. Ils font des pertes considérables, sans pouvoir parvenir à avancer.
Enfin» Bonaparte se résout à faire jeter un pont de fascines au delà de TAlpon , vers son embouchure. L'ennemi le prévint dans cet endroit ausM, et un feu meurtrier d*artillerie dé-
concerta tous les projets. Pendant qa^on se disputait le passage de l'Alpon à Arcole et vers son embouchure, Alvinzi avait fait filer son centre de Bonifacio par la rive droite de PAlpon vers Arcole ; mais heureusement pour les Français , Bonaparte fut prévenu de ce mouvement, et fit avancer 4 pièces d'artillerie légère dont le feu arrêta l'ennemi.
La nuit survint, et on en était au même point que la veille; Bonaparte retira ses troupes, et les plaça dans la même position sur les deux rives de l'Adige. Cette nuit fut employée à Dure les préparatifs nécessaires pour jeter un pont vers l'embouchure de l'Alpon.
Le 17, les Français reviennent pour la troisième fois à la charge; mais au moment où ib voulaient franchir le pont de TAdige, un des bateaux s'enfonça. Les Autrichiens, en même temps , s'avançaient pour attaquer la brigade chargée de la défense du pont, qui se trouvait sur la rive gauche, lorsque l'artillerie française, placée sur la rive droite , fit un feu si meurtrier, en les prenant d'écharpe, quelle parvînt à les arrêter.
Pendant ce temps , le pont fut réparé, et ks troupes françaises le franchirent. Cette fois-d, Masséna ne se porta qu'avec une partie de sa division vers Porcil , tandis que l'autre resU entre ce dernier endroit et Arcole.
La 32® demi-brigade fut embusquée dans II bois, à droite de la digue. La 4B« légère fit placée en bataille près du pont de PAdige; h' général Robert, avec la 75®, prit position' ai centre devant Arcole. La division Augereao fut désignée à franchir PAlpon vers son embouchure.
Le général Robert, qui avait attaqué les Inpériaux près du pont d* Arcole , fut bientôt r^ jeté , et forcé de se réfugier derrière la divisios Augereau, tandis que quelques pelotons s'étaient repliés sur l'Adige. Les Autrichiens sW gagcnt alors dans une poursuite désordonnée, et assaillis à leur tour par les troupes de Hai* séna, ils sont mis en déroute et rejetés dans le marais. Ils perdirent, dans cette attaque, 3 à 5,000 prisonniers.
Augereau, de son côté, était parvenu i jeter un pont sur l'Alpon , et en commença le passage sous le feu des Impériaux. Pendant ce temps, par ordre du générai en chef, le lieutenant Hercule avait franchi PAdige à la lé(e
de 25 guides, et fil sonner la charge par plusieurs trompeltes. (le slratagème réussit parfaitement, car il causa un peu d'hésitation dans les troupes autrichiennes, dont Augereau profila pour les attaquer. Le choc fut sérieux, et eul un plein succès. La garnison de Porlo- Legnano arriva sur ces enlrcfailes, et débouchant sur San-Gregorio , menaça de prendre les Impériaux à revers, et décida ainsi leur retraite. Le général M asséna se porta de Porcil sur San-Bonifacio, et se lia ensuite, par sa droite, avec la division Augereau. Après le combat, l'armée française prit position sur la rive gauche deTAlpon, la gauche prèsd*Arcole, la droile à San-Gregorio.
Ce passage, tenté à triples reprises, sans apprêts antérieurs et par la seule force des armes, servira, sans contredit, d'exemple bien instructif pour des cas pareils, et nous démontre jusqu'à l'évidence, que le feu de l'artillerie est justement le vrai moteur qui peut nous assurer la victoire, toutes les fois que le passage ayant été démasqué , on voudra l'exécuter à force armée. Les journées du 15 et du 16 ne furent tellement funestes pour les Français , que parce que, ne pouvant réduire Tartillerie ennemie au silence , ils furent obligés de forcer le passage du pont avec des colonnes, qu ils livraient impunément au feu meurtrier des batteries autrichiennes. L'issue même du combat du 17 Boas prouve que Bonaparte avait déjà désespéré de franchir le fleuve. Son mouvement ayant été démasqué, et ne pouvant, à cause des localités, contrebalancer le feu des ennemis, il fut même obligé d'abandonner le passage vis-à-vis d'Arcole, et d'en établir un autre vers l'embouchure de l'Alpon, où les Impériaux avaient négligé de prendre les mêmes précautions pour la défense.
Par rapport à l'action de l'artillerie qu'on attache aux avant-gardes, cette action peut se rattacher aux règles dont nous venons de faire mention en discutant sur l'action de l'artillerie dans les combats et batailles. Le service de l'artillerie dans les avant-gardes est le même que celui des autres engagements , et doit se soumettre aux mêmes principes, sauf à les modifier, comme on le fait dans tous les cas, et les adapter au terrain où l'avant-garde s'engage. Comme cette portion de l'armée qu*on fait avancer vers l'ennemi est plutôt un détache-
ment de surveillance , qui doit éclairer tous les mouvements de l'armée et prévenir toutes les surprises , qu'une troupe à laquelle on impose la lâche de remporter des victoires, le rôle de l'artillerie doit céder de son importance à ceux de l'infanterie et de la cavalerie, qui sont les deux armes qui font ordinairement le service des avant-postes, des patrouilles et des reconnaissances.
Quoique l'artillerie partage ordinaireniefit aussi les travaux des troupes employées aux avant-postes , aux patrouilles et aux reconnaissances, ce n'est guère que dans le troisième cas où son action devient importante, à cause de la masse de troupes et de bouches à feu qu'on est dans le cas d'employer.
Dans le service des patrouilles, au contraire, il faut user de beaucoup de précautions; car même les grandes patrouilles, n'étant ordinairement composées que de 200 à S50 hommes, les pièces qu'on leur confle sont souvent en danger d'être prises par Tennemi.
L'artillerie qu'on place aux avant-postes pour défendre les approches qui mènent à la position de l'avant-garde y ne risque ordinairement pas autant , car les avant-postes étant toujours dans la proximité de la masse principale des troupes, et étant soutenus par les grand'gardes, elle ne peut pas se trouver dans des cas aussi épineux que dans le service des patrouilles, qui sont obligées quelquefois de parcourir de grandes distances, et dans un certain éloignement de l'avant-garde.
De tout ce que nous venons dire sur l'action de l'artillerie, nous pouvons déduire, sans vouloir cependant approfondir toutes les subdivisions qui peuvent en résulter, les conséquences principales suivantes :
i ® Comme la vraie force de lartillerie consiste dans ses feux, il faut lui accorder une position avantageuse et adaptée aux circonstances;
2' L'artillerie ne pouvant jamais se battre seule, puisqu'elle n'est pas en état de se défendre elle-même , il faut absolument qu'elle soit secondée par Tune des deux armes du» son action, et qu'elle sache bien manœuvrer avec les deux ;
Z^ De ne jamais oublier que, dans l'action de l'artillerie, ce n'est pas le nombre de coups qui décide du succès, mais la justessQ du tir.