DE LA COMBINAISON DES TROIS ARMES
Pour constituer une force positive qui puisse produire une action décisive, nous devons adopter pour principe invariable la combinaison des armes. La force de Fartillerie se faisant sentir à de grandes distances , cette arme forme la première gradation des pertes qu'on fait essuyer à son ennemi. L'infanterie, comme arme oflensive et défensive , pouvant soutenir des engagements dans le lointain et la proximité, rassemble en soi tous les moyens d'entamer son adversaire, tandis que la cavalerie, jointe aux deux premières armes , forme le maximum de la force qui détruit.
L'appréciation de la force et de la position de l'ennemi , ainsi que la reconnaissance du terrain qui nous mène à lui, doivent nécessairement précéder chaque engagement. C'est d'après ces données qu'on doit décider de la combinaison et de la formation des armes qu'on engage.
Au moment de l'engagement d'une bataille, les premières lignes de bataille des deux armées étant toujours dans un éloignement qui surpasse la portée du fusil , il ne reste , pour les deux partis combattants, que deux moyens de s'atteindre. Il faut, ou employer l'artillerie ou avancer pour rendre les feux de l'infanterie elBcaces. Le moment de l'engagement n'étant pas le plus propice pour faire de grands mouvements offensifs, dans de pareilles oc<;asions, on fait plutôt avancer de rarlillerie , qui rem-
plit alors deux rôles à la fois» celui de battre l'ennemi en brèche et de défendre les approches des lignes de bataille.
La ligne des feux de Fartillerie se trouve ordinairement interrompue par les distances qu'on Gxe entre les batteries : pour rendre cette ligne de feu contiguê, on remplît ces espaces par des tirailleurs , qui s^avancent soos la protection des différentes sinuosilés du terrain , et rendent par leurs feux ceux de la première ligne , contigus.
Cette ligne des feux de rartillerîe , combinés avec ceux de l'infanterie, forme justement « rideau , sous la protection duquel les armes opèrent leurs mouvements et préparent leurs manœuvres. C'est aussi la rupture de celte ligne de feux qui est le but des premières attaques des adversaires et qui constitue le preoder engagement
Cette rupture ne peut s^opérer que de deux manières :
i"* En paralysant ces féal par d'autres pi» meurtriers et plus puissants;
â^* En prononçant sur un des points ni mouvement offensif qui oblige les batteries et les tirailleurs à se replier.
Mais tandis qu'un des partis cherche k raoïpre la ligne de feu de son adversaire , odni-d tâche d'obvier à des inconvénients pareils, es assignant à son artillerie les positions les plas avantageuses, et aux troupes qui la protègent un emplacement d'où elles puissent défendiv efficacement les batteries mises sous leur protection.
Pour parvenir à son but et vaincre tâoi^ ment toutes ces difficultés, la combinaison des armes, dont le soutien réciproque rend kir action plus efficace et plus sûre, devient indiipensable, et cette combinaison se présente sotf quatre aspects différents ;
1® L'iofanterle avec l'artillerie ;
^ La cavalerie avec l'artillerie;
tV L'infanterie avec la cavalerie;
A^ L'infanterie avec la cavalerie et rartillerie.
Et l'emploi de ces différentes combinaisoDS doit se conformer aux modulations du teiiiii et à l'opportunité des circonstances.
Combinaison de l'infanterie avec l'artilierie. ^*^T rapport aux batailles, Faction de l'iB-
fanlcrie combinée avec celle de Tarlillerie peul se diviser en Irois catégories , qui sont :
i® Les engagemenls des lignes de bataille qui. comprennent eu eux la défense des diOerenls accidents delà position que ces lignes occupent;
2^ Les mouvements otTensifs que rinfanterie prononce dans le dessein de s'emparer d'un poste ou pour former une brèche ;
3® Les combats qu'elle livre en protégeant en général la retraite des troupes.
Dans les engagements de Finfanterie combinés avec rarlillerie, cette dernière commence toujours le combat, car ses projeetiles (ranchissant de grands espaces» elle peut entamer son ennemi même dans un éloignement assez majeur. Les tirailleurs qui s'avancent à une certaine distance en avant de la masse primitive, forment la seconde gradation de l'engagement, et rinfanterie, dont les colonnes sont préparées pour recevoir ou pour opérer le choc, nous donne la dernière cl définitive.
Ces trois difféOBotes gradations successives de l'action de ceS'deux armes combinées , doivent à peu près servir de principe normal à tous les engagements de l'infanterie avec l'artillerie, et renferment justement en elles les deux époques différentes qui doivent caractériser chaque action , et qui sont : la préparatoire, ou celle qui protège le mouvement et facilite le choc , et la définitive qui le décide. L'artillerie et les tirailleurs protégeront et prépareront le choc, tandis que les masses de l'infanterie le décideront.
Mais ce principe, tout général qu'il soit, l>ossèdc cependant ses inversions, par rapport aux formations diverses auxquelles on assujettit la masse agissante, et par rapport aux modulations dont on se sert pour la mettre en action.
L'action de la troupe offensive, qui a souvent la possession de différents objets pour but, repose aussi à son tour sur des règles générales , qui doivent servir de principes qu'il faut appliquer à tous les cas, et qui sont : le choix d'un terrain favorable et une formation qui facilite l'action de chacune des armes. Cette dernière observation surtout repose sur un principe si vrai, et elle est d'une conséquence tellement majeure, que toute formation qui ne serait pas basée sur cette règle , serait vicieuse. Si la disposition des tirailleurs mas-
que les feux de l'artillerie , ou si les batteries empêchent les masses d'infanterie d'entrer en action, il n^en résultera jamais autre chose qu'une défaite.
Pour ce qui regarde le choix de l'artillerie qu'on emploiera pour seconder l'infanterie, on pourra le baser aussi sur un principe normal , qui se rapporte tout à fait à la topographie du point où l'on combat. Si le terrain offre quelques difficultés , il vaudra mieux employer de l'artilliifie à cheval, qui, par sa légèreté et la facilité avec laquelle on peut la faire mouvoir, possède plus de moyens de surmonter ces petits obstacles. Si le terrain, au contraire, est uni, et n'offre aucune difficulté, on pourra se servir de Tartillerie à pied et avec les mêmes avantages.
Un mouvement offensif peut se prononcer de deux manières différentes :
i® En faisant mouvoir toutes le^ troupes qui forment la première ligne de bataille, et en assujettissant successivement le mouvement de la seconde et de la réserve à celui de la première ;
2^ En ne faisant avancer qu'une partie des troupes vers un point dont on veut prendre possession.
Le premier mouvement se partage en mouvement en ligne parallèle et en échelons.
Quoique le principe du premier mouvement paraisse le plus simple, puisqu'on fait avancer les troupes simplement en avant, le terrain , les circonstances et Tcnneinien rendent cependant l'exécution presque impossible. Les sinuosités et des coupures souvent difficiles à franchir, paralysent toujours le mouvement d une ligne étendue, et on aura rarement un avantage assez marqué sur tous les points du champ de bataille , pour pouvoir prononcer partout un mouvement offensif.
Ayant égard aux chances avantageuses et défavorables .auxquelles on est eu butte sur les diffén*nts points, si les circonstances amenaient une fois la possibilité de faire participer toute la masse des troupes au mouvement offensif, on se servira plutôt de celui en échelons , car son exécution est la moins difficile. Ce qui la facilite encore plus, c'est que ce mouvement peut se régler sur trois points différents, qui sont l'un des deux flancs ou le centre, qu'on peut dis^ioser à volonté les distances entre les
EXAMEN RAISO.NNË
échelons ainsi que leur force (i) , qu^on peut placer les réserves de manière à avoir toujours une masse puissante qu^on peut mettre en action et même moduler le mouvement, ainsi que la composition des différentes parties, en se conformant aux dilBcultésdu terrain qu'elles devront parcourir.
D'après le principe normal , Tartillerie et les tirailleurs protégeront le mouvement offensif. Les pièces de la partie avancée formeront justement les batteries primitives , tandis que les adjacentes chercheront à concentrer leurs feux avec les premières. L'artillerie de réserve, placée derrière les échelons du flanc avancé, épiera le moment favorable pour entrer en lice , et si l'ennemi prononce son mouvement rétrograde y elle se portera, par un mouvement de conversion , contre les adversaires, tâchera de se placer de manière à pouvoir faire usage des feux obliques ou d*enfilades, tandis que les troupes qui la secondent, chercheront à profiter de chaque flottement qui se manifestera dans les rangs de l'ennemi.
L'artillerie , sous la protection de laquelle marcheront les échelons, n'étant pas assujettie à un mouvement bien plus accéléré que l'infanterie qui les forme, on y emploiera les batteries de gros calibre et de l'artillerie à pied. Celle, au contraire, qui devra opérer le mouvement de conversion, étant obligée de l'exécuter avec promptitude, devra être de l'artillerie à cheval.
Quoique l'exécution du mouvement en échelons soit plus facile que celui d'une ligne qui se meut parallèlement, on n*est aussi que fort rarement dans le cas de faire usage de ces sortes de manœuvres. Sur toute l'étendue de la ligne, les engagements sont ordinairement d'une nature trop différente , et lorsqu'on se trouve dans l'offensive sur un flanc, on se trouve rejeté sur la défensive sur l'autre et, par conséquent, pour ne pas rompre d'une manière vicieuse la contiguïté de la ligne de bataille, on est obligé de s'astreindre à des combats soutenus par des partis, jusqu'au moment où la défaite d'un des combattants étant décidée , il se trouve obligé de battre en retraite. La poursuite
(i) En preniDt , par exemple , 50 i 60 pas de distance entre les échelons , et en formant chaque échelon d une brigade.
se prononce alors sur tous les points, dans laquelle, comme nous l'avons déjà vu, c'est à la cavalerie et non à Tinfanlerie qu'appartiennent les plus nombreux lauriers.
Lorsqu'un parti d'infanterie est chargé de s'emparer d'un poste ou de former une brèche» et qu'on lui assigne de l'artillerie pour le seconder dans son opération , la formation en une seule masse offensive est toujours la plus avantageuse; car, de cette manière, on dirige vers le point décisif toute la masse des troupes qu'on veut employer. Le nombre des troupes qu'on assigne pour l'exécution doit être proportionné à la force du poste dont il fout s'emparer, ou à celle des troupes qu'on doit combattre, et b formation de la masse offensive , assujettie au nombre d'infanterie et d'artillerie qu^on emploie. Si l'on n'engage qu'une force minime, k laquelle on n'ose pas même accorder beaucoup d'artillerie, pour ne pas perdre l'efficacité dô feux collectifs , il vaut mieux ne pas diviser les pièces, en les laissant toujoiwen masse, et dis> poser l'infanterie de manièréf^ pouvoir opérer le choc sans que son mouvement puisse être gêné par l'artillerie, on à pouvoir la défendre en cas de nécessité. Si, au contraire, Tartillerie est en assez grand nombre, on pourra la partager en parties, tandis que les intervalles qui les sépareront seront remplis par les tirailleurs et serviront aussi de débouchés pour les bataillons assaillants.
Si le choc de la première ligne n'a pai réussi, alors c'est à la seconde à réparer ce tort. Pendant que l'infanterie est aux prises, l'artillerie , ne pouvant prendre part à Tengih gement, doit du moins être utilisée pour kl mouvements ultérieurs. La section de droite fait aussitôt un mouvement de conversion ven la droite , et celle de la gauche un autre veff la gauche. Les bataillons de la réserve aocompagnent les deux sections d'artillerie.
Si le choc de l'infanterie a été repoussé i double reprise, les sections d'artillerie de U droite et de la gauche, qui se seront avancées à la portée des cartouches à balles, feront quelques décharges, et les bataillons qui les accoMpagnent , se trouvant par leur position dans les deux flancs des vainqueurs que les chocs et les feux de l'artillerie auront passablement désorganisés, posséderont toutes les chances avantageuses en leur faveur, et leur dernier choc
pourra rarement ne pas être couronné par un succès complet.
Lorsque le terrain empAche de se servir de la cavalerie , ce seront des masses amalgamées d'après ce principe dont on se servira pour attaquer une infanterie qui se propose de recevoir en ligne déployée. Les feux de Tartillerie qui précède les colonnes , et dont les coups de balles sont déjà meurtriers à 600 pas, produisent un ravage tellement grand , même avant que rinfanterie déployée ait pu se servir de ses feux, et par conséquent avant qu'elle ait pu enlever un seul artilleur, que le choc des colonnes ne peut manquer de réussir.
Cette disposition est d'autant plus avantageuse que, dans des occasions pareilles, Tartillerie qui accompagne Tinfanterie assaillante, n'a rien à risquer. Les bataillons déployés n'osent pas aller au-devant d'elle, dans la crainte de rompre leur ligne, et si la cavalerie qui se trouve derrière la seconde ligne s'avance pour attaquer et s'empjqrer des batteries, habituées comme elles doivent l'être de manœuvrer avec les autres armes, il n*y aura rien de plus facile pour elles, que de se soustraire à ce mouvement offensif, en se rapprochant de leur première ligne de bataille principale , tandis que l'infanterie qui marche en colonnes offensives, s'arrête pour former deji colonnes contre la cavalerie et possédera tous les moyens de résister avec avantage.
Mais il ne suffît pas seulement de vaincre, il faut aussi savoir proflter de la victoire, et les feux de l'infanterie ne pouvant poursuivre qu'à de petites portées, c'est à l'artillerie qu'on en abandonnera le soin. La position des différentes parties étant justement la plus avantageuse pour faire usage des feux croisés, elle poursuivra avec ses projectiles l'ennemi rétrogradant, jusqu'au moment où son éloignement rendra leurs effets presque nuls.
Lorsqu'il s'agira de couvrir le mouvement des troupes rétrogradantes, comme il y a deux moyens de l'effectuer, qui sont : la retraite en échiquier et la retraite en échelons, on se conformera aux avantages du terrain pour employer l'une ou Tautre. Dans le premier cas, on cherchera à garnir les points les plus avan-
(I ) J*avertis le lecteur que , si je n*ai pas fait ineiitioo de l'action des tirailleurs, c'en! parce que la combinai-
tageux et on renforcera les batteries de la première ligne qu'on placera, autant que le terrain le permettra , devant les intervalles de la première ligne de l'infanterie.De cette manière» les bataillons conservent la possibilité de pouvoir de temps en temps prononcer, sous la protection de leurs tirailleurs , un mouvement offensif, et coopérer aux résultats que les feux de l'artillerie produisent dansles rangs ennemis.
L'artillerie des flancs, qui cherchera aussi à combiner ses effets avec ceux de la première ligne, devra préalablement choisir des positions qui la mettent à même de prévenir les mouvements de conversion des ennemis et surtout l'interception de la ligne de fetraite des troupes défensives. LVtrtiUerie cherchera donc à manœuvrer dans la direction la |tas rapprochée du point par lequel l'infanterie devra s'écouler, afin de la soustraire tout à fait à la poursuite des ennemis.
Les retraites en échelons s'exécuteront d'après les mêmes règles que les mouvements offensifs faits dans le même principe, ayant soin de commencer le mouvement rétrograde par le flanc qui aura la position la moins avantageuse, pour pouvoir le mettre, aussitôt que possible, hors d'atteinte. Les positions et l'action de l'artillerie ne seront soumises à aucun changement; en un mot, les mouvements offensifs en échelons serviront de dispositfon normale pour les retraites, sauf à y apporter quelques modifications en se conformant aux modulations du terrain (i).
Combinaison de la cavaterie avec l'artillerie.
L'action de la cavalerie, combinée avec celle de l'artillerie, repose sur le but de combattre une force amalgamée d'après le même principe, ou d'en subjuguer une autre dont les proprié» tés défensives seraient supérieures à cellet offensives de la cavalerie.
Le principal, pour cette combinaison, est de choisir une plaine ouverte, d'où l'on puisse observer tous les mouvements de l'ennemi et pouvoir prévenir et paralyser son action. L'artillerie à cheval et la cavalerie légère, comme armes préparatoires sous la protection desquelles on
son de leur actioo avec celle de riofiiiitcrie da ligae, a déjà été déTcloppée dans la vt* section du u* chapitre.
opérera la disposition des escadrons dans Tordre de bataille, ouvriront le combat. Chacune des deux armes, en combatlant dans le sens de sa propre lactique, préparera les mouvements ofTensifs, et protégera les manœuvres de la masse primitive de la cavalerie.
Dans le premier cas, les deux partis combattant sous les auspices de la même combinaison d'armes , et par conséquent , à forces intrinsèques égales, posséderont les mêmes chances de succès: l'utilisation des armes et les mouvements qu'on leur fera faire, devront donc seuls décider du succès en faveur de l'un ou de l'autre parti.
Ces sortes de combats sont ordinairement très-dilRciles à diriger; car, d'après les règles des positions de la cavalerie, comme on ne doit pas choisir de terrain tjrop accidenté, et la nature ne nous en offrant pas dont toutes lescoul)urcs, qui doivent masquer les mouvements de cette arme, ne soient que de peu de conséquence, on se voit obligé d'en prendre un, plutôt plat et ouvert, que hérissé de difficultés. Un terrain pareil n'offrant aucune ressource pour soustraire les mouvements à la vue de l'ennemi , ce n'est qu^une série de manœuvres bien conduites et bien adaptées à la circonstance et à la position de l'ennemi, qui peuvent décider du succès.
La bonté des manœuvres doit tendre préalablement à tenir, avec les escadrons et l'artillerie à cheval des lignes de bataille , l'ennemi en échec, le fatiguer par des attaques simulées, l'obliger à mettre sa réserve en action, et tomber avec une masse fraîche et imposante sur le point entamé.
Ce raisonnement nous prouve que dans des engagaments pareils, comme dans tous ceux qu'on est dans le cas de soutenir, la réserve y joue un rôle très-important, cl dans les combats de cavalerie contre la même arme , un plus éminent encore, à cause du peu d'avantage que nous office le terrain, et régalilé de chances que la combinaison des armes accorde aux deux partis.
liCS obus, comme nous l'avons déjà vu plus haut, étant les projectiles que la cavalerie redoute plus, c'est dans les combats de cette arme romliiuée avec rartillerie, qu'il est utile de rassembler les obusiers en batteries. Cette sorte de projectiles possédant la propriété de battre
en brèche les escadrons, et d'effaroucher les chevaux, pour mieux parvenir à ce but, il est indispensable de faire usage d'une force collective; car le partage des obusiers dans les différentes batteries, en ne produisant que des effets partiels, leur ravit une grande partie de leur elBcacité.
Pour ne pas être dans le cas de rassembler pendant le combat une masse respectable d'obusiers, opération très-difficile, à cause du grand développement de terrain sur lequel les différentes batteries sont placées, on fera bien d'en faire l'organisation avant rengagement, et on assignera leur position dans la réserve. Laformation des batteries d'obusiers une fois ach^ vée, on procédera à la disposition des troupes dans Tordre de bataille, en se conformant aux principes déjà discutés sur les positions des armes, et sur ceux que je viens d'énoncer.
Pour pouvoir mieux expliquer le mécanisme de l'action de la cavalerie combinée avec l'ar^ tillerie, il faudrait peut-être offrir plusieurs exemples, et leur application au terrain ; mais, d'un autre côté, ces exemples n'étant applicables qu'au terrain dont on aurait fait le choix, sans que les mêmes mouvements puissent toujours être adaptés à d'autres champs de bataille, je préfère en généraliser les principes.
Le rôle de l'artillerie consiste en général i s'opposer au feu de celle de l'ennemi, el de prévenir sa destruction sur tous les points. Celui de la cavalerie, par rapport à l'artillerie, consiste à la bien défendre contre les agressions de l'ennemi, et à ne pas précipiter son action, pour ne pas ravir à l'artillerie l'activité de h sienne. Pourvu que les batteries occupent une position avantageuse, les effets de leur action, quoique lents, n'en sont pas pour cela inutiles. Tout sera en règle, si même Tartillerie prépare lentement, pourvu que la cavalerie achève avec célérité et vigueur.
Dans les combats que nous basons sur la combinaison de l'action de la cavalerie avfC celle de Fartillerie , les engagements de ces deux armes sont ordinairement altemalifii, et souvent soutenus par la cavalerie, sans que l'artillerie la suive toujours dans son mouvement. Chacune d'elles doit préalablement diriger son attention sur les effets que leur action produit, pour pouvoir, ou réparer le mal d'un échec, ou pour compléter le succès ob-
SOI
tenu. L*arlillcrie cherchera à paralyser les feax de la même arme ou le mouvement de la cavalerie , tandis que celle-ci protégera la retraite des vaincus, défendra Tartillerie, et tombera sur les batteries des adversaires , au moment où elle les apercevra dénuées de défense, ou engagées dans quelques mouvements difliciles. Lorsque la cavalerie sera obligée de s'engager pour subjuger une force prépondérante, le secours des feux de Tartillerie lui devient indispensable; car ce sont eux justement qui accordent à la cavalerie la force impulsive suffisante pour surmonter ces entraves. Pendant que la cavalerie fait ses dispositions pour rengagement et s'avance vers Tennemi, Tarlillerie apprêtera les moments du choc.
S*agit-il d'une charge de cavalerie pour laquelle les circonstances Tobligent de prendre l'artillerie à cheval pour compagne , les deux armes combinées s'engageront de la manière suivante : parvenue à une distance, supposons de 1,000 pas de l'ennemi, pendant que la cavalerie déploie , l'artillerie à cheval parcourt au galop l'espace de 200 pas en avant , et fait feu jusqu'au moment où la cavalerie l'a rejointe. Pendant que les batteries répètent cette manœuvre, la cavalerie légère voltige sur les flancs des ennemis; et, au moment où les effets de l'une et de l'autre ont été suffisants pour rendre la réussite de la charge de la cavalerie non douteuse , alors celle-ci devance son artillerie à cheval, qui ne songera, dans ce moment , qu'à se placer de manière à faciliter le mouvement offensif des escadrons assaillants, en doublant les pièces par deux ou par quatre. Pendant que ceux-là exécutent le choc , la réserve et l'artillerie vont prendre la position que le terrain rendra la plus avantageuse , pour pouvoir ensuite protéger les escadrons rétrogradants, ou pour poursuivre les ennemis battus, tandis que la masse qui a exécuté la charge se réorganise de nouveau , et s'avance pour prendre possession du terrain qu'elle vient de conquérir.
Comme, après une charge, même heureuse, les escadrons assaillants sont soumis à un certain désordre, il est juste que ce ne soit plus à travers cotte masse, plus ou moins informe, que la réserve et l'artillerie prononcent leur mouvement offensif. 11 leur faut donc un terrain libre, et qui soit propice aux manœuvres que
la circonstance exigera. Pendant que le choc de la cavalerie s'exécute, le chef qui commande la réserve mènera les deux armes qui la composent hors de la mêlée, et, pour ne pas être interrompu dans ses dispositions , choisira justement le moment où l'ennemi sera occupé à mettre ses troupes en action, et à parer le choc de la cavalerie assaillante.
Toutes les manœuvres, exécutées par la cavalerie combinée avec l'artillerie achevai, sont inGniment plus épineuses que lorsqu'on y fait agir de l'infanterie, car les éléments de l'action des deux premières armes étant une vélocité à toute épreuve , la vivacité avec laquelle tout doit s'exécuter nous ravit quelquefois le moment de réflexion indispensable pour mûrir le projet. Comme un combat ne peut jimais finir par la même manœuvre par laquelle il a commencé, et le dénoùment n'étant que le produit de plusieurs mouvements , diversions et chocs, les différentes combinaisons étant obligées de se succéder avec la même vitesse avec laquelle elles sont exécutées, il est indispensable que le général qui commande une masse de cavalerie combinée avec de l'artillerie, possède un coup d'œil sûr , «ne imagination ar^ dente, et un esprit riche m moyens d'attaque et de préservation.
Comme exemple d'un combat soutenu par la cavalerie combinée avec de l'artillerie, digne d'attirer l'attention des militaires , je vais citer celui de Liebertwolkovitz.
Afin de s'assurer de la force et de la position de Tennemi , le comte de Wittgenstein reçut l'ordre de faire le 2 -14 octobi^e une reconnaissance forcée. Les Français venaient d'abandonner Grœbem et Gossa, et s'étant repliés vers Leipzig, avaient fait occuper Mark-Kleeberg et Wachau avec leur infanterie» et fait placer leur cavalerie près de Liebertwolkovitx.
L'attaque fut ordonnée en deux colonnes ; la première, composée des troupes légères du comte de Pahlen et de la cavalerie de réserve du général Rœder, devait avancer par Grœbem et Gossa ; l'infanterie faisait la queue de la colonne. La seconde, composée du 4® corps autrichien, commandé par le général Klenau, devait se diriger vers Liebertwolkovitz. La ii® division d'infanterie russe reçut l'ordre d'occuper Grœbem; la 4**, Gossa; le régiment de cosaques d'Ilovaisky xii* devait avancer vers
Mark-KIeeberg; le régiment des hussards de Grodno devait prendre position devant \Vachau , tandis que le régiment de landwehr de Silésic lui servirait de réserve.
I^ général comte de Pahlen engagea le combat en faisant avancer une batterie d'artillerie à cheval, et flt faire un feu meurtrier sur les masses de cavalerie ennemie. Sa cavalerie marchait dans Tordre suivant : Les régiments de hussards de Soum et de Louben étaient en tête , après eux venaient le régiment des cuirassiers de la Prusse Orientale et les uhlans de Silésie ; ensuite venaient les cuirassiers de Brandebourg et de Silésie. Les uhlans de Tschougouef et le régiment de cosaques de Grecof reçurent l'ordre de se porter de Slœrmthal dans le flanc droit des ennemis.
La cavalerie française , sous le commandement du roi de Naples , forte de 8,000 chevaux, se forma en une colonne profonde; elle se trouvait sous la protection d*une artillerie nombreuse, qu'on plaça sur les hauteurs derrière Wachau, dont le feu meurtrier, en prenant les alliés en flanc, paralysait leur mouvement offensif. Persuadé que l'ennemi recevait le combat dans la plaine entre Liebertwolkovitz et Gossa , le comte de Pahlen résolut de tomber sur son flanc gauche, et rassembla la majeure partie de ses régiments (3 régiments de cuirassiers, i régiment de dragons et i régiment de uhlans) sur son flanc droit.
L'ennemi prit l'initiative des mouvements , et attaqua la cavalerie des alliés. Les chocs se succédaient presque sans interruption. Les escadrons repoussés se repliaient sous la protection de leurs réserves, s'y reformaient et revenaient de nouveau à la charge. L'artillerie à cheval russo-prussienne se signalait par un feu meurtrier et par sa coopération aux attaques de la cavalerie.
F/équilibre dos forces physiques n'étant pas en faveur des alliés, et une partie de leur cavalerie du flanc droit ayant été désignée pour tourner le flanc gauche des ennemis, leur première ligne de bataille succomba momentanémont aux attaques réitérées de la cavalerie française. Heureusement, les régiments du flanc droit, à force de manœuvres el d'eiforts, parvinrent à mettre l'aile gauche dos ennemis en danger; avantage d'autant plus grand, qu'A paralysa leurs mouvements offensifs. Fja cava-
lerie française, qui venaU de combattre en U> gne, se vit obligée de former des ooloones poar assurer son flanc.
Dans ce moment on vit paraître le corps du comte Klenau, qui arrivait de Thrana. La cavalerie alliée du flaoc droit 8*apprèta alors i tomber sur l'aile gauche des ennemis. Le comle Klenau fil avancer son artillerie dans la direction dans laquelle la cavalerie devait faire soa attaque, et fit un feu meurtrier. La cavalerie alliée saisit ce moment, et tombe à bride abai> tue sur les ennemis, en cemant leur flanc gauche; les Français sont mis en déroate et abandonnent le champ de bataille.
La retraite étant devenue indispensable, le roi de Naples fit avancer l'infaDterie qui oocopail Wachau, et plaça une nombreuse artilterie sur les hauteurs entre liebertwolkoYÎIz et Wachau ; et c'est sous la protection de ces deu armes réunies qu'il parvint à se soustraire k tous les désavantages d'une retraite opérée aooi les yeux des ennemis.
En rappelant à notre mémoire les principo généraux que j'avais énoncés, ainsi que lei dilTérents mouvements que le comle de Pahki fit faire à ses troupes au combat de Liebertwolkovitz, nous verrons, en dernier résultat, que l'artillerie et la cavalerie légère enlanèrent le combat, les lignes de bataille se formèrent sous la protection de leur action combinée. Celle des escadrons des lignes de balailk était tantôt alternative , tantôt combinée aiec le feu de Tartillerie ; ce que l'une conunençail, l'autre Tachevait, et le combat ne s'est dédaré qu'au moment où l'on mit la réserve en actioi et en faveur de celui qui sut le mieux rutiliaer. Le comte de Pahlen s'y est couvert de gloire.
Obligé d'abandonner le champ de bataillct le roi de Naples aussi, comme militaire prévoyant , fit avancer aussitôt de l'infanterie el de rartillerie, les deux ennemies les plus le^ ribles de la cavalerie. C'est sous leur proleotion qu'il opéra le mouvement rétrograde, et voilà poun|uoi il parvint à l'exécuter avec onbe et sans grandes pertes.
Combinaison de Vinfanierie avec la cavaierii*
La différence qui existe entre les mouvement» de ces deux armes est tellement grande, qu'elle ne rend leur secours réciproque bien inline
que dans la défensive. La cavalerie , en profitanl de sa vélocité , peut voler au secours d'une infanterie que Fennemi commencerait à raaliraiter; mais comment Tinfanterie , qui ne peut s^avancer que d'un pas peu rapide , s'y prendrait-elle pour secourir une cavalerie qui serait allée cueillir des lauriers sur un point éloigné de la position qu'elle occupe ? Le seul moyen d*y remédier serait d'enjoindre à la cavalerie de revenir sur ses pas, se ranger sous la protection de l'arme qui est destinée pour la seconder.
Mais c'est aussi le seul cas où ces deux armes peuvent perdre les prérogatives qui résultent de leur combinaison , et dans lequel la lenteur du mouvement de l'infanterie lui ravit les moyens de suivre la cavalerie dans ses engagements. Pour tous les autres cas, un combat engagé sous la protection de ces deux armes combinées peut être soutenu avec avantage et succès.
Les troupes légères des deux armes débandées devant le front des lignes formeront les rideaux nécessaires, sous lesquels les masses entreprendront leurs manœuvres et leurs mouvements offensifs. Pourvu que chaque arme remplisse le devoir qui lui est prescrit par sa nature, le succès répondra à l'attente et aux résultats qu'on est en droit d'en exiger.
Supposant que l'ennemi possède même quelques pièces de canon à sa disposition, cette force lui donnera, il est vrai, plusieurs prérogatives; mais s'il est pardonnable à un militaire de ne pas pouvoir toujours asservir les circonstances , il est inexcusable de s'en laisser subjuguer. Manque-l-on de moyens physiques, c'est alors le moment d'y suppléer par la ruse.
Si nous ne pouvons pas riposter à notre ennemi par la combinaison des mêmes armes, cherchons alors à obvier à cette pénurie par l'emploi que nous ferons de nos troupes légères. Il est tout simple que l'ennemi, qui a de l'artillerie à sa disposition , n'ira pas en prodiguer les coups contre des hommes isolés. Qui employa jamais le canon pour ne tuer qu'un homme? Au reste, tant mieux s*il le faisait* Sans nous faire essuyer de grandes pertes, il finirait par épuiser ses cartouches ,*el rétablirait l'équilibre de moyenç.
L'essentiel, dans des cas pareils, sera donc de disposer ses troupes de mamière à ce que l'artillerie ne puisse découvrir devant elle que
des troupes en débandade, contre lesquelles l'effet de ses feux d'artillerie ne serait que peu meurtrier. Les masses d'infanterie et de cavalerie , couvertes par les accidents du terrain et les troupes légères, manœuvreront sous la protection de ces abris, de manière à pouvoir éviter autant que possible la direction des trajectoires, et, par conséquent, se soustrairont du moins à une partie des projectiles des ennemis.
L'artillerie étant justement l'arme qui assurera la prépondérance des adversaires, c'est sur elle aussi qu'on dirigera les regards, et la cavalerie cherchera à s'en emparer pour égaliser les chances. Nous avons déjà vu par quel procédé et par quelle manœuvre, la cavalerie peut s'emparer d'une batterie.
Sommes-nous dans le cas de prononcer un mouvement offensif avec une des deux armes; privés d'artillerie, le choc sera peut-être plus douteux ; mais il est loin d'être inexécutable. L'infanterie, forméoap colonnes par bataillons» disposée d'après les mmtages du terrain qu'dle devra parcourir, fera éclairer son mouvement par des tirailleurs habiles, qui chercheront à nettoyer l'espace qu'il faudra franchir pour en venir aux mains. Si le terrain le permet, cette masse d'infanterie sera suivie par quelques escadrons de cavalerie, dont le devoir sera d'épier la disposition des ennemis, et s'ils se proposent de recevoir les assaillants formés dans l'ordre mince , de tomber sur eux et paralyser entièrement leurs moyens de défense.
Si la circonstance nous prescrit de procéder au choc avec une masse de cavalerie, l'infanterie ne pouvant la suivre dans son mouvement» nous chercherons du moins à prévenir les suites funestes d'un échec malheureux et d'une débandade désavantageuse, en offrant, par' notre infanterie , qu'on fera manceuvrer dan le sens et la direction de l'attaque de la cavalerie, une égide protectrice sous laquelle cette arme ira se reformer et voler i de nouveaux lauriers.
Au reste, il est, je crois, trèe-rare qii*Qiie masse un peu forte d'infanterie et de cavalerie soit engagée sans qu^on la soutienne par de l'artillerie. Pour ce qui regarde son engagement dans le courant d'une bataille, comme' on a toujours de l'artillerie i sa disposition, ce serait même commettre une grande faute que de ne pas faire coopérer en quelque sorte Pac-
lion de rarlilicric avec celle des deux armes. En nous conformant à celte hypothèse, Faction combinée de rinfanterie et de la cavalerie ne pourrait avoir lieu, le 'plus souvent, que dans des occasions qui n'exigeront qu'une force insignifiante, dont Faction se réduirait aux engagements d'avant-postes, de patrouilles et de grand'gardes. Les reconnaissances mêmes qui auraient quelque but un peu important et la possibilité de rencontrer un ennemi puissant , ne doivent se faire que sous les auspices des trois armes, et à moins que ce ne soit une recherche qui appartienne au domaine des patrouilles, toutes les fois qu'on voudra reconnaître les avantages du terrain , la position que Fennemi occupe, ou bien les forces dont il peut faire usage , on combinera les trois armes. Ce n*est que de celte manière qu'ion pourra subjuguer les diiïérentes chances du combat et surmonter les diflicultés que le terrain, Fennemi et les circonstances opposent si souvent à Faction des différentes armes.
Combinaison de l'infanterie ^ la cavalerie
et l'artillerie.
La combinaison des trois armes est le maximum de la force tactique. Elle renferme en elle tous les éléments nécessaires pour satisfaire à tous les cas, pour prévenir tous les accidents, pour remédier à tous les maux et remporter tous les avantages. La base de celle combinaison, comme toutes les probabilités de sa réussite, reposent sur Fordonnance, Féducation , la disposition et le courage des troupes, ainsi que sur un certain équilibre do forces physiques. En adoptant, el avec justice, les quatre premières vertus, non-seulement comme probables, mais comme inhérentes à F institution des trois armes (i) , et le cinquième cas comme gage du discernement du chef, qui ëvite le combat, s'il est persuadé de combattre une force triple de celle dont il peut disposer, nous surmonterons toutes les diflicultés que ces considérations matérielles pouiraient nous opposer, et nous marcherons d'un pas plus hardi dans nos discussions scientifiques.
(i) Car, Mns cette supposition, il serait môme difficile 4le se soustraire à toutes les objections qu'il serait possible d'énicllre.
La combinaison des trois armes est le foyer où se concentrent tous les rayons qui composent la force de chaque arme individuellement et celle de leur liaison deux à deux ; tandis que nous trouvons dans la force et les propriétés inhérentes à la nature de chacune d'elles, pourvu qu'on eu fasse usage avec discernement et justesse , des éléments suffisants pour soustraire leur action combinée à ces échecs dangereux que nous devons envisager comme les avant-coureurs des défaites.
Comme armes offensives, l'infanterie et la cavalerie possèdent de grandes prérogatives, et les éléments de leur force sont augmentés par les moyens destructeurs de Fartillerie. Dans la défensive, Finfanterie sert d'égide protectrice aux deux autres armes. LacaTalerie se reforme sous sa protection , l'artillerie, sons ses auspices, n'interrompt pas ses feux. L'infanterie se trouve-t-elle prise au dépourvu par la cavalerie ennemie, notre cavalerie vole à son secours et remédie au mal. L'artillerie ennemie a-t-elle pris nos masses pour but, et ses effets deviennent-ils sensibles, nos batteries s'avancent et cherchent , par un feu plus nourri, à ralentir et même à suspendre celui des ennemis. Les modulations du combat nous ontelles apprêté le moment de prononcer un naonvement offensif, dont un choc doit être b suite, nous possédons plusieurs combinaisons différentes pour les exécuter. Elles seront adaptées au terrain , à Fennemi qu'on se propose de combattre, et à la proximité de h sphère dans laquelle on doit agir, et nous prononçons alors notre mouvement offensif d'apris une des manières suivantes :
i® Avec de Finfanterie;
2® Avec de la cavalerie ;
3® Avec de Finfanterie et de Fartillerie;
4® Avec de la cavalerie et de l'artillerie;
5® Avec de la cavalerie et de Finfanterie; ou bien
6^ Avec de Finfanterie, de la cavalerie et de Fartillerie.
11 n'y a pas de doute que ces six cas, dillerant par leur composition, doivent différer aussi par leur emploi et leurs résultats. Le principal sera toujours que la combinaison corresponde au terrain , son action au moment et s Fennemi qu*on veut combattre , et que cbaqn^ arme prenne une pari active dans la licke
qu'on lui réserve , el n'entrave pas, par une marche tâtonnante ou une action craintive et lente, ni les combinaisons antécéden tes , ni les résultats qu'on en attend.
Sous le rapport de la réciprocité de leur soutien , Faction des trois armes peut être comparée à une machine de mécanique , qui ne peut se mouvoir avec régularité et dans le sens de son principe, que tant que tous les rouages remplissent leur devoir et répondent au but qu'on a désigné à chacun d'eux. Qu'une des parties qui composent ce tout, quelquefois si compliqué, soit infidèle à son devoir, son action devient nulle; que les trois armes ne se sontiennent pas réciproquement, comme la nature et leurs propriétés l'exigent, elles perdront leur force inhérente, et on marchera à grands pas au-devant d'une défaite.
Nous avons déjà vu qu'on se trouvait rarement dans le cas de prononcer un mouvement offensif sur toute une ligne de bataille; par conséquent, les engagements de deux partis ennemis » qui ont un choc pour résultat, ne sont ordinairement que partiels, et peuvent être facilement ramenés aux six combinaisons dont je viens de donner l'énuméralion.
Nous connaissons déjà , par nos discussions précédentes, la formation des armes, le moment et la manière de procéder à l'engagement pour les cinq premiers cas, il ne nous reste donc qu'à considérer l'action du sixième.
L'ensemble d'une action générale appartient exclusivement à la combinaison des trois armées, et c'est aussi celle que nous voyons ordinairement figurer sur les champs de bataille; mais ce n'est pas le cas par rapport aux mouvements partiels dont un choc est Iç résultat. Les diiTéreâtes combinaisons devant correspondre au terrain , il est aisé de se convaincre que celle des trois armes, par sa complication, pourra rarement être mise offensivement et simultanément en action. Aussi, dans tous les exemples que nous oiïrent les batailles modernes, nous voyons rarement une masse, à l'instar de celle que Napoléon fit agir à la bataille d'AuSr terlitz, composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, employée pour le méiiié choc.
Comprenant en elle tous les éléments de la force tactique, son efficacité ne saurait être mise en doute, et si le terrain et les différentes allures des trois armes le permettaient tou-
jours, certes, cette combinaison ne pourrait avoir que d'heureux résultats. Offrant à elle seule toutes les modulations des différentes combinaisons, elle peut aussi satisfaire à tous les cas.
Mais supposant que le cas ait lieu, voyons la disposition dont on devra se servir. Nous venons de voir que tontes les fois qu'on engage de l'artillerie, le cas présuppose une nécessité d'efforts destructeurs, et, par conséquent, il faut donner un libre cours à ses feux. Dans tous les cas où on se servira de cette combinaison, les batteries devanceront donc les deux autres armes. Mais l'emplacement de l'infanterie et de la cavalerie derrière les batteries sera adapté, je ne dirai plus au terrain, car il faut supposer que, si on engage une masse composée des trois armes, les accidents du terrain favorisent leur action , mais à la drconstance et à l'ennemi qu'on se propose de combattre en ramenant la disposition des troupes aux princt^ies que j'ai déjà discutés.
L'action offensive et défensive des troupes, d'après les différentes combinaisons et les principes que je viens d'émettre , forme justement les modulations dont se composent les batailles , dont je me réserve d'offrir de courtes dissertations dans le chapitre suivant, et qui contiendront les moments les plus intéressants, et surtout ceux qui ont le plus influé sur l'issue de ces luttes sanglantes.
SECTION III
C0!<ICLLSI0N.
Après avoir fini ma dissertation sur les propriétés des trois armes différentes, sur leur emploi dans les batailles et leurs rapports eÉtre elles, il serait peut-être agréable au lecteur que je rassemblasse maintenant dans un cadre étroit, mais qui répondit pleinement au but, tous les principes qui forment les éléments des batailles, et dont la majeure partie est basée sur ces mêmes princi|)es, qui ont été le sujet de mes discussions ; mais le nombre immense de règles, de conséquences et de considérations primitives et secondaires qui devraient y entrer, en rendent la réussite presque impossible; car les principes de l'art militaire paraissenf sanctionner l'invariabilité de ces règles , et
1 Oie
■:r:r'ecxi-ii