‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 71 sur 87 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En récapiluIaDt les modulations des grandes batailles des guerres modernes , le militaire attentif se convaincra facilement que le moyen le plus fréquent » je dirai même Tunique (i) , que les généraux en chef des armées ont employé pour assurer les yicloires, ont été les mouvements de conversion. On débordait un des flancs de Tennemi , et, en menaçant d'intercepter ses communications de retraite et de prendre ses lignes à revers, on le forçait d'abandonner le champ de bataille.

(i) Car» entre cent exemples que je pourrais citer, une exception ne peut pas même être envisagée comme une modification à la règle , mais plutôt comme l'effet d*ttn hasard.

(t) Car il ne faut pas confondre une déroule amenée par les mouvements stratégiques, comme celle de léna,

Les mouvements de conversion ont toujours

été un moyen de victoire, je n'en disconviens pas; mais on ne me contestera pas non plus que celles qu'on remporte à l'aide d'une opération pareille, n'ont jamais fini par la déroute d'une armée et la perte de son matériel : vicissitudes qui sont, ordinairement, la conséquence d'une défaite complète (%). C'est une preuve qu'en débordant son ennemi on peot le forcer à évacuer le champ de bataille , mais que rarement on le désoii^ise au point de lui enlever un grand nombre de prisonniers et une partie

avec une désorganisation à laqodle aueeombe une armée sur le champ de bataille, comme à Austerliti. Si, en 1806, Napoléon nes*étaitpas rendu maître des lignes les plus courtes qui menaient à Berlin , et par conséquent au cœur de la monarchie, jamais les résultats de la journée de léna n'auraient pu être aussi désastreux.

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de son matériel (i). Et pourquoi? parce qu'un général en chef qui se voit tourné sur un des flancs, et qui ne possède plus assez de moyens de résister aux intentions hostiles de son ennemi , préfère une retraite prématurée, mais en bon ordre , au désavantage de laisser son adversaire achever un mouvement qui est Tavant-coureur d*une grande défaite.

Cette retraite se fait en bon ordre, à l'exception de quelques cas fortuits qui sont peu fréquents (s) , parce que toutes les parties de Tordre de bataille étant liées ensemble, se soutiennent réciproquement, et peuvent défendre avec vigueur le terrain qu'elles abandonnent.

Les grandes déroutes, au contraire, sont la conséquence de la rupture du centre (5) ; on en proGte pour séparer les troupes des deux ailes, et on prépare à l'armée adverse une défaite qui dégénère en fuite désordonnée , et plus tard en désorganisation complète.

Ces déroules sont extrêmement rares, par la raison que Tattaque par le centre et la séparation des ailes a toujours été Técueil où venaient se briser les efforts des plus grands capitaines, et la valeur des armées les mieux disciplinées.

Appuyons mon assertion par des exemples ; commençons par rechercher, dans les faits que nous livre l'histoire , la diilérence des résultats matériels qui existe entre les victoires remportées à la suite d'un mouvement de conversion , et celles qui ont été la conséquence de la rupture du centre des lignes de bataille, et finissons par énumérer les grandes diflicultés qu'engendre ce dernier genre d'attaque.

Cette différence s'étant présentée d'une ma-

(1) A moins qu*0D n'ait eu Fimprudencc de combattre sur un champ de bataille , ayant un fleuve à dos, et qu*on se soit ravi tous tes moyens de faire une retraite bien ordonnée , comme Teiemple que nous offre la bataille de Friedland.

(t) L*opiDiàtreté de Napoléon à consen-er le champ de bataille a été la cause de la déroute de Tannée française k Waterloo. Persuadé , comme il devait Tétre, qu*il était trop faible pour résister aux efforts de 50,000 hommes de troupes fraîches, qu'avait amenées Bulow, et qui le tournaient par sa droite, s'il s'était décidé à évacuer la position, jamais les pertes de l'armée française n'auraient pu être aussi grandes.

(s) Je généralise ici le mot de centre; mais le lecteur

nièrc non équivoque aux batailles d*Eckmiihl, de Wagram et d'Âusterlitz, je m'en occuperai exclusivement.

A la première, Napoléon ayant abandonné aux maréchaux Bessières et Oudinot la poursuite de l'ennemi au delà de l'iser, se hâta de revenir, avec le reste de ses troupes, au secours de Davoust, qui venait de s'engager avec l'archiduc Charles. L'avant-garde de Tannée, formée de WurtembergeoiSy attaqua les Autrichiens près de Puchhaasen , et s'empara de ce poste. Les Français se mettent en ordre de bataille devant ce village, et avancent vers la Laber, dans la direction de Schierling. Le maréchal Lannes cherche à, gagner du terrain yen sa droite, fait franchir la Laber à 10 régiments de cuirassiers, et s'avance par Schierling dam la plaine d'Eckmiihl.

L'archiduc vit bien qu'il lui serait difficile de résister aux forces réunies des ennemis, et que l'opiniâtreté de conserver le champ de bataille l'entraînerait dans de grands malheurs. Le maréchal Lannes pouvait facilement rejeter Tannée autrichienne sur Abbach , et la couper, plus tard, de Ratisbonne, en gagnant du terrain et en manœuvrant par sa droite.

Le généralissime ordonne la retraite qui se fait dans la direction de Lœkepoint, et prend position, sur la rive gauche du Pfeterbach, à Falmesing et Weichenloé. Le mouvement rétrograde s'effectua dans le plus grand ordre et sans autre perte qu'en tués et blessés (4).

A la bataille de Wagram, Tarchiduc, ayant repoussé les tentatives de Napoléon contre le centre de ses lignes, dirigea toute son attentioa sur sa gauche , où les troupes françaises s'étaient concentrées pour l'attaquer.

ne doit pas oublier que, sous le rapport de Tordre à bataille, le centre, ainsi que les lignes, a aoo flatf droit et son flanc gauche et occupe un grand espace et terrain. En désignant le centre , cela s^entend qu'on M réduit pas la question au seul point qui partage ki lignes de bataille en deux parties égales. Sous le nfport mathématique, il occupe juste le tiers de Icor développement.

(â) a la suite de cette bataille, Tarchiduc Ait obUl^ il est vrai, de livrer à somcnnemi ses commuoicatitfi directes avec Vienne , et de chercher à atteindre la <*pitale par un mouvement de conversion d'une trèigrandc étendue ; mais en parler ici , ce serait vonW' confondre les choses , et prendre de la stratégie poordc la tactique.

11 résista longtemps aux chocs réitérés de ses ennemis, mais succombant à la tnnsième attaque du corps de Davoust , il se convainquit que toute résistance devenait inutile et pernicieuse. L'armée autrichienne ayant été tournée par la gauche , le généralissime Gt sa retraite vers le Bisamberg , sans que le moindre désordre s'y manifestât.

A AusterlitZf au contraire, Napoléon ayant percé le centre des lignes de bataille , sépara les deux ailes, les battit successivement, et Gt essuyeraux alliés une perte immense (i). Vingt mille prisonniers et le tiers de rartilierie tombèrent au pouvoir des vainqueurs-, et la désorganisation des armées fut telle, que les souverains se hâtèrent, l'un de conclure la paix, l'autre de ramener les débris de ses bataillons en Russie.

Mais, puisque la différence des résultats matériels est si grande , pourquoi ne préfère-i-on pas une attaque à l'autre? parce que les mouvements de conversion réussissent ordinairement, et que les attaques sur le centre échouent presque toujours.

Prenons de nouveau l'histoire pour guide, citons quelques exemples de tentatives contre le centre, suivons bien les mouvements des armées combattantes; voyons pourquoi Tune a réussi, tandis que les autres ont échoué, et concluons ce que, à forces égales, et lorsque les dispositions de la grande tactique sont exemptes de fautes, on a pu espérer de ce genre d'attaque.

A la bataille d'Austerlitz , l'attaque sur le centre des alliés a réussi complètement. Napoléon s'empara des hauteurs de Pratzen, sépara les deux ailes, obligea l'une à rétrograder, et détruisit à peu près l'autre. C'est une vérité incontestable ; mais recherchons pourquoi ce fait est devenu une vérité.

Les hauteurs de Pratzen formaient le centre des lignes des alliés, c'était la clef du champ de bataille (i) , c'est aussi le point qu'on devait occuper avec la majorité des forces , dans la persuasion qu'aussi longtemps que cette portion

(i) Je me tais encore sur les raisons qui ont contribué il la réussite de cette attaque, car le moment d'en parler n'est pas encore Tenu. Je ne m'occupe maintenant que de relever la diiïérence des résultats matériels qui eiistent entre les deux grands genres d'attaque.

de terrain resterait intacte, on pourrait éviter une défaite et prévenir l'abandon de la position. Cette conséquence dérive de la configuration du terrain, principe influent des victoires, et de la supposition qu'on rangerait les troupes dans l'ordre le plus analogue aux avantages topographiques, comme cela se pratique ordinairement.

Si les hauteurs de Pratzen avaient été bien défendues, et que Napoléon y eût essuyé un échec (s), il aurait, apparemment, tenté un mouvement de conversion en attaquant la droite des alliés, car leur gauche était, par sa position, à l'abri d'une défaite.

Mais par cette même raison que, sous le rapport topographique , la droite était le point le plus faible, la gauche la position la plus forte; et, que, sous le rapport tactique, le centre était la partie la plus importante , les alliés devaient placer la majorité de leurs forces entre Pratzen et Dworoschna , ayant leurs réserves derrière Blasovitz.

Qu'apercevons-nous, au contraire? l'armée alliée fut partagée en six colonnes, dont ti*ois se dirigèrent vers la gauche, entre Fellnitz et le château de Sokolnitz ; tandis que les trois autres furent, en grande partie, engagées sur la droite vers Dworoschna, pendant que la quatrième (comte Kollowralh) occupait Pontovitz.

On peut dire que le centre avait été totalement dégarni, caries alliés eurent l'imprudence de croire à une victoire en attaquant par leur gauche. Illusion fatale, qui fut la cause de leur défaite. Aussi, qu'arriva-t-il? Au moment où Soult marcha contre les hauteurs de Pratzen, il n'y trouva presque personne pour les défendre , et s'empara, sans coup-férir et presque sans perte , de la clef du champ de bataille. Jamais position de cette importance ne fut vendue à si bon prix.

On tenta plus tard de la reprendre ^ mais tous les efforts des troupes alliées sous Kamenskoï, Rottermund et Jurczek furent vains; Soult s*y trouvait déjà avec son infanterie et son canon , et ne céda plus sa conquête.

(t) Je crois avoir démontré d'une manière non équivoque, dans mon Cour$ de laciiqw (pag. 277 et sai?.\ toute l'importance des hauteurs de Pratien.

(s) Je doute même qu'il eût tenté celte attaque, ti les hauteurs aTaieot été bien garnies.

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Après ce premier succès, les maréchaux Bernadotte et Soult gagnèrent du terrain dans la direction de Blasovitz et KrzenoYitz et forcèrent la droite, qui avait trouvé dans les corps de Lannes et de Murât des ennemis formidables, d^abandonner précipitamment sa position entre Dworoscbna et Krug.

Le flanc droit du prince Bagration étant assez rapproché des troupes qui combattaient à Blasovitz et Krzenovitz opéra, quoiqu'avec perte, sa retraite sur Krzenovitz; mais il en fui autrement de la gauche. S'étant engagée du côté de Fellnitz, elle se trouva trop avancée pour suivre le mouvement rétrograde du centre, fut coupée, et devint la victime principale des efforts de Tarmée française. Nous ne parlerons pas de son sort déplorable, qui n'est que trop connu.

A la journée d'Aspern, l'archiduc Charles avait resserré le champ de bataille de son ennemi en se rapprochant de la Lobau. Napoléon voulut à peu près , au début de rengagement , se débarrasser d'un voisin aussi importun, en faisant une brèche dans le centre des lignes autrichiennes.

Il fait avancer 12 régiments de cuirassiers, qui déploient entre Aspem et Essiing, et qui se jettent à bride abattue sur les corps de HohenzoUem et de Bellegarde. Deux régiments de cavalerie (Klénau et Vinocnt), appartenant à ces deux corj)S, sont mis en fuite; mais Tinfanterie fait bonne contenance. Formée en colonne de bataillon, elle résiste aux chocs réitérés de la cavalerie française, et, par des feux bien dirigés, parvient à y faire naître du désordre. Le trouble se propage dans cette masse devenue informe; Tinfanlerie autrichienne en proflte, Taltaque à la baïonnette, et parvient à la faire plier. Les régiments Klénau et Vincent, qui s'étaient réorganisés, se mettent à la poursuite des cuirassiers rétrogradants, augmentent, par leur charge, le désordre qui s'y était manifesté, et finissent par les rejeter sur leur propre infanterie , qu'ils entraînent dans leur fuite.

(f) L'attaque a-t-cllc été faite dans cet ordre? Napoléon a-t-il pu se rendre coupable d*une faute aussi grave? Je suis prêt à en douter. Quoi! 8 bataillons déployés eo première ligne, soutenus par 13 autres sur les flancs; et c^est avec ce front mince, incapable de franchir un espace de 200 toisses, sans flotte-

A la suite de ce succès, l'archiduc fit Tassant d'Aspem , dont le général Vacquant se rendit maître, et où il se maintint pendant toute la durée de l'action. Nous savons de quelle importance la possession de ce village a été pour rheureuse issue de la journée.

A Wagram , Napoléon y fit précéder Tattaque sur le flanc gauche de Tannée autrichienne par une autre sur le centre. A cet eOet, il renforça Masséna par le corps de Macdonald, par la cavalerie de Nansouty et les gardes à cheval, et leur adjoignit 100 pièces de canon.

Lauriston établit sa grande batterie contre les troupes qui défendaient Aderklaa. Le fieo devenant très-meurtrier, le prince LîchtensteÎD fit reculer sa droite en pivotant sur sa gauche, tandis que les troupes françaises, destinées pour le choc décisif, se mirent en mouvement. Quant à la formation de la masse oiTensive^ je répéterai ici ce que le général Jomini nous en dit dans la Vie ffolitique et militaire de Net poUon (tome m, page â7â).

c Le feu gagnait vivement au delà de Neosiedel ; c'était pour moi le gage de la victoire. Je fais dire aussitôt à Masséna de reprendre ToiTensive, et je dispose tout pour frapper le grand coup.

> A la faveur de ces attaques, et du dëroAment de nos canonniers, Eugène a terminé son mouvement. Je forme aussitôt une masse redoutable , dont Macdonald prend la tête : 8 bataillons sont déployés, 13 antres se forment en colonnes serrées sur les deox ailes; derrière eux marcheront Wrède et Serras; la cavalerie légère et les cuirassîerft de Nansouty viendront couvrir les flancs; Durette les secondera à gauche , et Pachtod à droite, entre Aderklaa et Wagram; Ma^ mont et les Saxons soutiendront Tannée d'Italie un peu à droite de Wagram (i). i Quant aux succès de celte tentative, ils ont été nuls , puisque Tattaque a été reiioussée.

Je ferai parier ici le général Valenlini , témoin oculaire de ces faits ; il nous en a donné I la description dans son ouvrage sur la camp»*

ment, sans désorganisation et tout à Tait impropre

pour le choc, qu^il se proposait de frapper le giaa^ ; coup! Quelle illusion , ou plutôt quelle erreur! J*aiiM

mieux ne pas y croire, que de couvrir du rooindie j blâme une' dis|>osition de haute tactique de ce graid

homme.

gne de 4809 ( page SOO), et a ea la complaisance de me raconter ce fait, lors de mon séjour à Berlin en i 832.

c Le maréchal Macdonald s'avança sous la

> protection d'un feu meurtrier , contre le flanc » droit des grenadiers et la gauche de KoUo-

> wrathy avec une colonne d'attaque composée

> d'infanterie et de cavalerie. Nous avons vu

> plus haut que les grenadiers étaient formés

> en une seule ligne. Le prince Lichtenstein

> vit bien qu'un front si mince ne résisterait » pas à la colonne profonde des ennemis, et re-

> tira sa droite vers Siissenbrun. Il échappa 1 ainsi au choc de ses adversaires, et les exposa 1 au feu croisé de son artillerie et de celle du » troisième corps d'armée.

» Les colonnes françaises s'avancèrent cepen-

I dant jusqu'aux lignes autrichiennes, qu'elles » espéraient rompre dans le point de jonction

> des grenadiers avec les troupes de KoUo wrath;

> mais elles furent assaillies par un feu meur-

> trier que les Impériaux ménagèrent jusqu'à » la distance de cent pas, et échouèrent ainsi

> dans leur tentative.

1 La cavalerie française ne fut pas plus heu-

> rense dans ses mouvements offensifs ; car l'în- » fanterie autrichieniié avait appris, & Âspem,

> l'art de résister à ses attaques.

» Après ces échecs , les troupes françaises se

> replièrent derrière leur artillerie , qui rédui-

> sit son action à une simple canonnade. » Un dernier exemple, que je présenterai au

lecteur, sera celui de la bataille de Borodino.

II s'offre même dans un sens plus étendu , car l'attaque que Napoléon dirigea contre le centre de position des Russes, a été faite sur tout P

(i) Le géuéral Pelet, dans sa relation de la bataille de la Moskova (Spectateur militaire^ tom.Tiii, p. 105), désigne, comme étant noire gauche, remphcemeiit de la division Vorontiof, ce qui n*est pas juste. Il a oublié apparemment que, depuis le matin, Touczkof occupait Outitsa avec les divisions Kooovnitzin et Strogouof, et qu*au moment où Boggohufwudt et Osiermann furent appelés vers la gauche , la droite ne s'étendit pas à plus de 100 toises au delà de Gorki. En prenant maintenant le compas, et en mesurant les distances sur le plan , il sera aisé de se convaincre quV vant le déplacement des corps , le centre était là où se trouvait la division du général Paskévitch, et plus tard, entre les redans et la grande redoute.

(i) Actuellement maréchal et prince de Varsovie.

(z) Le prince do Varsovie a bien voulu me commu-

pace qu'occupait cette partie de Tordre de bataille (i),c*est-&-dire, depuis les redans élevés au sud de Séménovskoïé , défendus par les divisions Vorontzof et Névérofskoï, jusqu^à la grande redoute au nord de ce village, ou se trouvait le général Paskévitcb (s) avec la 26* division.

Goropans et Desaix attaquèrent les redans; Priant et Glaparède Séménovskoïé; Morand, la grande redoute. Les premiers sont enlevés et repris par les Russes ; le village résiste aux efforts des adversaires; la grande redoute succombe sous l'attaque de Morand. Mais le général Paskévitcb, ayant rallié ses troupes, les partage en deux parties, prend, en personne, le commandement de la droite, donne celui de la gaucbe au colonel Savoîny, se jette sur les deux flancs de la division Morand , qui avait pris position des deux côtés de Touvrage, oblige son ennemi à rétrograder, et s'en rend de nouveau maître.

En suivant avec attention les différents mouvements de cette bataille , nous verrons que rengagement le plus opiniâtre , de presque la totalité des forces agissantes des deux années, a eu lieu sur un espace de 4,000 toises, c'està-dire, depuis le redan gaucbe jusqu'à la grande redoute; les Russes venant & temps au secours des points pris ou menacés, parvenaient à les reprendre ou à les conserver. Les Français firent de vains efforts pour percer nos lignes, et si même vers la fin de la bataille, ils s'emparèrent de Séménovskoïé, des redans et de la grande redoute, les Russes n*y perdirent que quelques pouces de terrain; mais le grand malbeur, la rupture du centre, a été prévenu (i).

niquer son avis sur Tensemble de Tattaque de Morand : Si les Français, mVt-il dit, avaient conmiencé par diriger 40 à SO pièces de canon contre mes régiments, qui ne pouvaient leur en opposer que 13 à 15, s'ib eussent cherché à nous entamer par leurs projectiles , et que Morand eût fait son attaque à la suite de ee premier succès, il est probable que ma division , qui n*était soutenue par aucune autre troupe , eût succoinlié sous le poids de ce double effort.

Une partie du centre étant rompu , le viee-rol , qui avait encore deui divisions (Girard et Broussicr), aurait poussé vers Knioskovo, et, soutenu par le corps de Junot , qu*on aurait pu employer dans cette direction , il aurait flni par séparer les ailes. Aussi, y a-t-il du vrai dans ce que nous dit le général Pelet dans la relation déjà mentionnée : • Morand atteint le pied de la re-

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