DU PARTAGE DE L*ARTILLERE DANS LES UGNES DE BATAILLE
Je partagerai remploi de Tartilleric d'une année, rassemblée sur un champ de bataille, prête à livrer un combat à outrance , en deux rôles :
i<> De défendre Tabord des linges , en s'opposant à toutes les tentatives que Tennemi ferait pour rompre le contact tactique entre les masses qui les forment;
S^ De mutiler les lignes de bataille de Tadversaire, au point d'y préparer une brèche vers laquelle on prononce son mouvement offensif.
Ces deux cas serviront de principe , non à Taction partielle de Tartillerie, comme défense d'un village , d'un mamelon , cic.^ maïs à son action, envisagée comme conséquence des grandes combinaisons tactiques d'une bataille. C*est sur cet emploi que je baserai le partage que je me propose d*en faire dans les lignes, les positions que je lui assignerai, et la manière dont je l'emploierai, en traitant cet emploi sous le rapport de la grandeur des batteries , du but et du moment le plus opportun pour l'action décisive.
Je ferai abstraction de tous les cas où il ne s'agira que de quelques coups de canon isolés, mais je m'occuperai des moyens d'exposer l'ennemi à un de ces revers qui le terrasse et enchaîne la victoire. Aussi ne parlcrai-jc que de
l'amalgame des grandes masses » car elles seuks peuvent amener les résultats que je discoti dans le présent ouvrage.
J'en fixerai le partage de manière à ce que ces masses soient :
i° En rapport avec l'ordre de bataille» en général ;
2^ Avec le grand but qu'on se propose d'afcteindre.
Ce dernier cas ne pouvant s effectaer que par des troupes fraîches , et vers la fin du cobbat, se rapporte exclusivement à la réserve. C'est donc entre les lignes de bataille et la rései*vc que doit se faire le partage de la masse totale des pièces, ayant égard tant à leur nombre qu'à leur calibre.
J'avais dit, dans mon Cours de tactique (page 275), que le rôle de l'artillerie de ré* serve était de secourir les points des lignes de bataille que l'ennemi aurait mis en danger, de suivre les deux autres armes dans leurs mouvements otTensifs, et renforcer leur choc.
Le lecteur se convaincra que maintenant j'accorde à l'action , et surtout aux effets de l'artillerie de réserve , une plus grande latitude. Comme elle recèlera les vrais élémenls qui rempliront notre but, son partage subira quelque changement.
La vélocité avec laquelle elle se portera
sur le point où sa présence deviendra nécessaire, ne sera plus, pour le cas désigné, la chose principale ; car la rupture d*an des points des lignes ennemies n^est pas une chose inopinée ou impromptue , mais le fruit des combinaisons tactiques de la journée. Aussi , aurons-nous plutôt égard à son nombre et & son calibre.
Une batterie de 80 jusqu'à iOO bouches à feu est presque indispensable pour préparer une brèche qui puisse interrompre le contact lactique enlre les masses. Les pièces des lignes de bataille ayant leur devoir à remplir, se trouvent ordinairement disséminées sur différents points, et leur position isolée leur ravit tous les moyens de satisfaire aux exigences du nouveau rôle. C'est la réserve qui , pour cela, nous prêtera son appui , et nous la composerons de manière à posséder les éléments, indispensables pour notre but.
Nous fixerons au tiers de la masse présente, la dotation des bouches à feu que nous accorderons à la réserve. Mais nous y ajouterons rengagement d'en donner les 4/9* toutes les foit que le nombre total des pièces rassemblées sur le champ de bataille surpassera 200.
Je fonde ce calcul sur les grandes nécessités que la réserve aura à remplir, et dont j'aurai l'occasion de parler lorsque nous parviendrons à l'action de l'artillerie.
Quant au calibre, je crois que, pour le mettre plus en rapport avec les grands résultats que nous voulons recueillir, nous donnerons la préférence aux canons de 12. Le rôle de ceux qui appartiennent aux lignes de bataille étant purement défensif, et n'ayant pas la même importance sur tous les points, nous permet de ne leur donner des pièces de position qu'avec économie.
Une fois que le point où on se propose de faire la brèche aura été choisi, toute l'attention du chef devra être absorbée par les mouvements qui en seront les préliminaires el qui devront en apprêter la réussite. Celle-ci reposera en grande partie sur l'initiative que l'artillerie prendra sur le point désigné; aussi adjoindrons-nous aux lignes de bataille une certaine quantité de canons de gros calibre que nous utiliserons sur le point décisif, afin que les feux de l'ennemi n'y prennent pas, avant l'arrivée des pièces de la réserve, une sorte de prépondérance, qui, dans tous les cas, serait funeste.
Au reste , pour ne pas anticiper sur tous ces développements, je finirai par énoncer un axiome général pour le partage de l'artillerie qui prescrira que , tout en accordant à la réserve le tiers et même les. 4/9* du nombre total des bouches à feu , on donnera la préférence aux pièces de gros calibre.
MÉMOIRE