‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 76 sur 87 · DE L*EMPLOI DE L'ARTILLERIE DANS LES BATAILLES · texte numérisé non relu

DE L*EMPLOI DE L'ARTILLERIE DANS LES BATAILLES

L'emploi de rartillerie, en rapport avec la question présente, doit élre envisagé sous un autre point de vue que dans les cas ordinaires qui se présentent à la solution du tacticien, et c'est à cause de celte diversité qu'il doit être soumis à plusieurs principes indépendants de ceux dont nous avons déjà parlé dans notre Court de Tactique^ tant que le problème était sans complication.

En jetant un coup d'œil attentif sur un champ de bataille occupé par deux armées combattantes, il est facile de se convaincre des points forts et faibles, de se rendre compte des avantages ou des difficultés topographiques qu*cngendrent les sinuosités du terrain , et de décider du point de la position ennemie où, d'après les principes ci-dessus énoncés, une brèche peut être facile et avantageuse.

Le choix de ce point, et le terrain où nous placerons notre artillerie, appartenant à la partie topographique , sur laquelle nous avons donné nos idées dans le chapitre précédent, il nous reste à nous occuper maintcftaant :

i^ Du rôle des différentes armes, envisagé comme préliminaire de l'action de la réserve ;

2® De la manière la plus avantageuse pour amener le moment décisif.

Dans tout engagement , le principal est de

se former un but , et d'y faire tendre tous les mouvements. Dans le cas présent, l'artillerie^ jouera le rôle principal , et je chercherai à en placer de 80 à î 00 pièces pour faire une trouée sur un point choisi d'avance.

Cette opération étant une conséquence des combinaisons tactiques de la bataille, et non un fait improvisé qui puisse s'accomplir au commencement de la journée , il est juste que le commandant en chef ne perde pas un seul instant son projet de vue, et que tous les mouvements qui précéderont l'acte décisif soient eu concordance avec l'idée primitive.

L'intégrité de la section de terrain d'où dotvent partir les grands coups est, sans contredit, le sine quà non de la réussite du projet; aussi doit-on chercher à la garantir des intentions hostiles des ennemis. Ceci se rapporte à l'action tant individuelle que combinée des trois armes pour Tattaque comme pour la défense des différents accidents de terrain, thèse sur laquelle je crois devoir me dispenser de dire quelque chose ici , lui ayant consacré tant de pages dans mon Exanun raiMonné. Pour résoudre une question pareille, il faudrait récapituler tous les préceptes que j'y ai relatés, et insérer tout un cours de tactique dans un ouvrage qui , comme celui-ci , n'en forme

MÉMOIRE

qu^uD épisode. Aussi pouvons nous aborder franchement la question sur la manière la plus avantageuse d'amener le moment décisif.

L'utilisation d'une masse de 80 à 100 pièces de canon f d'une manière inopinée, et le préliminaire le plus favorable pour l'action des autres armes; car pour résister aux foudres d'une artillerie pareille, il faut la combattre à éléments égaux de force , ce qui devient trèsdifllcilc. L'expérience a prouvé plus d'une fois que si on parvient à prendre de prime-abord une grande prépondérance sur les feux de son adversaire , qu'on en augmente l'intensité au lieu de la diminuer, on Técrase par un si grand nombre de cartouches à balles , d*obus et de boulets , qu'on rempèche d'amener une nouvelle masse d'artillerie pour secourir les troupes qui se trouvent engagées et compromises, on lui faisant perdre* pondant le mouvement et l'occupation de la position, ses artilleurs et ses chevaux.

Pour accrétliler mon assertion, je citerai l'oxiïmple que nous livre la bataille do Borodino. Je la choisis de préférence aux autres, parce que je le tiens d'un témoin oculaire et très-compétent, du maréchal prince de Varsovie , et parce qu*on ne m'accusera pas de vouloir ériger on principe ce qui , aux yeux des autres, paraîtrait une assertion vaniteuse, si j'assurais que c'est l'artillerie russe qui a produit l'ciTet existant. Ici le cas est inverse; c'est, au contraire, colle-ci qui est devenue victime de colle des Français.

Au moment où le vice-roi fut rejeté de la grande redoute, dont il sY'tait emparé, il réduisit le combat contre les troupes commandées par le prince do Varsovie, à une simple canonnade qui, acquérant de l'intensité, commença à le goncT fortement en lui enlevant beaucoup de monde , et inquiéta d'autant plus le maréciial, qu'il remarqua dans le lointain un grand rassombleniont de lrou])es qui présageait un grand coup \)oiiv le moment où Tartillerie française aurait produit l'cifet qu'on en attend ordinairement.

Sur ces entrefaites, le général Barclay vint sur la position occupée par la âO^ division. Le prince de Varsovie l'instruisit de ses appréhensions, des moyens d'y porter remède, et le pria de lui envoyer GO piiH.'es do canon pour [Miuvoir opposer à ses onnoniis des foux éipii-

valents. Le général Barclay , convaiiica de la nécessité de cette mesure, fit avancer 4 batteries (48 pièces) ; mais comme elles n*arriv^ rent que par fraction , elles furent tellement foudroyées par les projectiles ennemis, qa*il fut impossible de placer plus de 12 canons en batterie.

11 est même à présumer que si les 48 pièces étaient arrivées en masse» il aurait été difficile d'en mettre plus de la moitié en position, et par conséquent le prince de VarsoYie n'aurait jamais pu prendre une sorte de prépondérance sur l'artillerie française qu'il taxait à 60 bouches à feu.

Le lecteur veut-il un exemple plus conYaincant encore ? je lui citerai celui de Tassant de Varsovie. L'artillerie polonaise avait été ali« lisée presque en totalité dans les redoutes; les pièces couvertes par les parapets y étaient plni à l'abri que celles qui se trouvent en rase campagne. Eh bien! malgré ces remparts, nous trouvâmes la majeure partie des affûts brisés, et par conséquent les pièces m ises bors d*action.

Je crois pouvoir ériger en principe que, pour résister à une artillerie déjà mise en action, il faut en envoyer une masse au moiai d'un tiers de plus; car on peut compter sur h destruction d'un tiers des pièces airivanles avant qu'on les ait mises en position. D*aprèi ce calcul, il faudra 150 pièces pour résister i une batterie de 100 déjà agissante. En perdant le tiers des canons dans les différents mooT^ mcnts qui précéderont le tir, il n'en reslcn juste que ce qu'il faut pour opposer à Tenneai une force équivalente.

Le rassemblement des 100 pièces étant A acte prémédité depuis le commencnnentdc l'engagement , peut être mis facilement à eiécution ; mais l'ennemi qui n'aura pas pris sa précautions d'avance 9 n'aura pas toujours Ib fin du combat 130 pièces à sa disposition pM pouvoir les utiliser en masse et sur le méflK point. Et, si même il les avait» je suis prêta soutenir que l'occupation d'une position d^ battue par 100 bouches à feu ne lui réusiii* pas toujours; je dirai même très-raremeat, pourvu que les 100 pièces fassent leur devoir.

L'initiative et l'intensité des feux sont dooc les choses primitive et principale , et une ibis qu'on a su s'en rendre maître, il faut ticber de les conserver l'une et l'autre.

Voyons maintenant quels sont les moyens les plos faciles et les plos avantageux pour remplir ces conditions.

Les mouvements paralysant les feux de Tariillerie, y faisant naître un moment d'inaction, et offrant à Tennemi les moyens de se reconnaître et de se refaire, nous chercherons à nous soustraire à ces inconvénients en mettant à SOO toises le maximum de la distance à laquelle Tartillerie de réserve prendra sa première position.

Ce que j'érige en principe n'est pas une exigence outrée. Je Tai vu exécuter par l'artillerie russe à Tassant de Varsovie , et par conséquent ce n'est pas de ma part un abus de mots, mais un effet de mon expérience. Je n*ai aucun intérêt d'abuser le lecteur ; qu'il n'oublie pas que ce n'est pas pour flatter Tamour-propre de la nation russe , mais en faveur de la science que j'écris.

Mais aussi qu'est-ce que cette artillerie aurait à craindre en s'approchanl à une distance aussi minime? Rien, car elle arrive en grande masse sur un point où peut-être l'ennemi ne peut pas même lui en opposer la dixième partie, de manière qu'elle prend de prime-abord ime prépondérance si prononcée que, du moins au commencement de l'action , à peine un boulet viendra la frapper.

Nous venons de voir de même que le moyen le plus sûr de paralyser les feux de l'ennemi , et de lui ravir la fiaiculté d'en opposer d'équivalents , étant celui de Taccabler par une infinité de projectiles, nous adopterons pour principe : qu'au moment où les pièces seront ôtées des avants-trains , on commencera le feu par demi-batterie (i), afin de pouvoir lancer à l'ennemi un nombre assez grand de projectiles pour paralyser le mouvement de l'artillerie qui viendrait & son secours.

Nous augmenterons ensuite ces feux , en portant leur vivacité à son maximum, et en nous rapprochant du dénuement nous réduirons à 450 l'espace des 200 toises dont nous venons de parler, en avançant par demi-batterie (i).

A cette distance , les feux de notre artillerie

(i) Une batterie , en Russie , a 8 pièces. (i) J'avertis le lecteur que, dans le cas présent, en parlant de demi-batterie, j'envisage toute la somme

augmentant d'intensité, et, par conséquent, de vigueur, deviendront nécessairement foudroyants; car l'infinité de projectiles que nous lancerons ne pourra pas manquer de désorganiser les masses contre lesquelles nous les dirigerons. N'oublions pas que la position qu'occupe notre ennemi n'est coupée par aucun accident de terrain qui puisse le soustraire à nos regards, et que, pour peu que nos artil* leurs sachent pointer, pas un c«upne doit être perdu.

La diminution des feux de l'ennemi, la vacillation de ses troupes, ou mieux encore leur mouvement rétrograde , serviront de preuve évidente qu'il aura succombé sous nos coups ^ et de signal pour prononcer le mouvement offensif, afin de le désorganiser. C'est par cette raison que nous ne ferons aucune supputation pour la durée de la canonnade , et je ne hasarderai pas de dire qu'elle continuera pendant une demi-heure, pendant une heure ou deux; non. On la prolongera autant qu'il tera nicU' taire pour pulvériser t artillerie ennemie, et pour mutiler ses bataillons au point de les forcer à la retraite.

Tout doit être mis en œuvre pour y parvenir : qu'on sacrifie le dernier artilleur et le dernier canon, et qu'on n'en ait pas seulement la bonne intention, mais qu'on l'essaie effectivement. J'invite aussi franchement à porter de si grands sacrifices, parce que je suis intimement convaincu que l'artillerie ne perdra ni son dernier homme ni une seule pièce. Je crois avoir démontré, d'une manière irrécusable, que l'initiative des feux la garantissait de ces malheurs. Mais il me faut cette volonté d'airain telle que le prince de Varsovie l'a déployée sous les murs de cette capitale, car elle décide de beaucoup dans les batailles. L'ascendant de l'arme termine ce que l'audace de l'homme a commencé, comme je vais le prouver tout à l'heure.

A l'assaut de Varsovie, notre grande batterie du centre, composée de 120 pièces àe canon, avait été mise depuis quelque temps en action, et avait diminué les feux des ennemis. Cest dans ce moment que le comte ToH, croyant à

des pièces qui se trouveront en position, c'est-à-dire, qu*on avancera par 60 pièces.

MÊMOOIE

d«ft fortifr:aUub^, d^iaDdsi au nomrbal k pftnuÈMfju 40: yrtbdn U réMfnr«d«s gre&aidkTS <rt d>iivovi!fr b» troupusr^ à l'ï^MuL L« prûboe refuMi oiffffrrjdaEil d'accéd«r ii U pro(iMtio& de v>n clief d^UUffi^jor, car il M!: f.iOEi%aJDquilqQC: ^ iiolr<; iriïlkrÎH «^Uil parvenue a pnriidre de J'ap^cffudacit vur ies feui eiiueuiU, elle ue ies a%ail pas paralysés U>utà fait, «t eoroya au fxinlrairc m;s aides de caaip [lour eii (aire redoublfT La vivacité.

Notre grande batterie se trouvait alors toat au plus à t'Vi l/>fses des fortiijcatioDs; Tordre du niaréfrlial avant été transmis, la canonoade devint, â la lettre, terrassante, et, dans l'espace d*une derni-heiire «ju'iflle dura encore, je puis tMurf^r le U^:U:ur que Tactiou de rartillerie ennemie fut prffvjue annulée , et que pas un MruI bataillon n*osa 6e montrer |K»ur venir au sei;'iurs den re^loutrfs.

l/s Hilence â (leu près total des batteries |KilonaiM*s ftffrvit de signal â Fassaul, le maréf;bal Tordonna , et le lecteur en connaît le résultat.

Si l'action ft^est pasiïée comme je l'ai décrite, fii notre artillffrie a rempli le» devoirs que je lui ini|Kj8e , reunemi n'y aura pas résisté , vu rim|Kissibilité de diminuer, encore moins d*annuler nos feux. Il suffit qu'elle se M>it rendue maltresM* de Tinitialive |Kiur liouleverscr tous les projets des adversaires; elle leur ravirait les moyens de remédier au mal, en opfiosant un nombre é^piivalent de picV'es , parce que celles-ci seraient pulvérisées avant d'entrer en action.

Pour donner plus de véracité à mon tableau, et prouver que ce que je présage à l'ennemi n'est pas une simple fiction , mais un résultat jKMÎtif de l'engagement, je vais récapituler les difrénints accidents de l'action des deux |>artis.

L'une a 80 jusqu'à iOO pièces de canon en batterie qui , à une distance de SOO à i r>() toises, par conséciucnt dans un espace où l'infanterie ni la (*avalerie ne résistent pas longtemps aux feux de rartillerie, lancent une infinité de cartmirlies a balles , d'obus et de boulets , tandis cpie l'autre arrive avec une troupe qui ne peut

(i) N'oubliou» lias que rartillerie niiicmie arrive de la riServr.

lui livrer àt tcai <pi

Mén grand espaoe 4

tiles de son ennemi i ,

avant d'entrer enlace,

mes et de cberaax: |«rfti: cm mel de

abord an grand ncfabre àt )âfloe»bfBs

vice. Ce n'est ni la bongie vnèouié Ae «

â leurs ennemis, enoort ucûifi k- ctim^^ pas

le faire qui naiiqoerakBt an iLB^i^ff^ mî.

vanLs; mais Timpcttsiklliié 6t |uu %^eam JMfa a

la position, panlyscrut XK4re àt^*

Le feu de Teniiemi est imusàsemA , le a acquis le maximum de simi bataillons succombent mvs le froâifa jectiles qui , à chaque lèvent des centaines dlioaiiBe». et tellement les rangs, que le mOiuîre qm a sisté à ces scènes de carnage , «t cbement qu'une heure d'an suffit pour mettre plus d'une division kôfs A coml^at , et pour nettoyer on grand csfiaee et terrain , en produisant sor le reste vn cfel moral très-nuisible.

Les bataillons contre lesquels la masse d*a^ tillerie aura été utilisée, ne peovenl phs se maintenir, le contact tactique des lignes al rompu jusqu'au moment oii des titMipes fiaiches viendront rétablir l'équilibre en picnil I>osition sur le point mis en échec ; mais k devoir du général en chef sera justcmcnlA proGter de ce moment opportun on I* devenu impuissant, s'offre a ses coaps, poursuivre le succès obtenu.

Quittons pour un moment nos batteries cl leurs serviteurs pour aborder la seconde pv* tie de la question , et discalons la néoeâilé absolue de préparer les troupes qui devnsl achever ce que l'artillerie aura commenoé.

L'opération en général appartient néoeMÎrcment au troisième moment de la balailk« page 391 (s), k celui du dénoùment, qn n'arrive que vers la fin de la journée, ci ptf conséquent dans une époque où les Inwpa des lignes sont épuisées de fatigue. Ce acnft donc une absurdité, et le meilleur mojcna^ devant d'un échec, que d'employer poorb choc décisif des troupes qui auraient sonleM un combat meurtrier pendant des heures ci-

(i) Examen raisonné ^ etc.

tières. Pour éviter cet ÎDConvénient, nous apprêterons une masse de troupes fraîches sur le point où le mouvement offensif devra se prononcer. C'est la réserve qui nous la fournira, et le commandant en chef fera relever d'avance la portion des troupes des lignes de bataille par celles qu'il aura désignées pour porter le grand coup.

Quant à leur action, nous Tenvisagerons sous deux rapports essentiels :

4® Sous le rapport du choix de l'arme qu*on emploiera pour le choc ;

2^ Sous celui de Tordre do bataille dans lequel la troupe sera formée.

Pour le premier cas , il s'agit de savoir si c'est avec de Tinfanterie, avec de la cavalerie, bien avec les deux armes combinées qu'on devra poursuivre son succès.

En se représentant l'état de désorganisation des troupes qui ont été victimes de l'effet destructeur de noire artillerie, la réponse la plus simple serait de dire : Jetez une grande masse de cavalerie dans la trouée, et achevez de mettre tout en déroute.

Rien de plus naturel que de le supposer; voyons cependant si l'exécution est aussi frcile que le principe parait vrai. Recherchons ai , par un moyen pareil , on ne s'expose pas à quelque autre danger; si on remplit complètement toutes les conditions du problème, et en mettant les différentes chances en balance, décidons à quoi un général en chef doit se résoudre dans une occurrence pareille.

Ne perdons pas de vue que, pour tirer proGt de l'avantage obtenu par l'artillerie, il faut employer une grande masse de troupes ; car s'engager avec quelques bataillons et quelques escadrons dans un mouvement offensif qui doit décider d'une grande bataille, ce serait remettre volontairement en question une chose à demi décidée. J'ai dit plus haut que la masse désignée pour porter ce qu'on appelle le coup de collier, devra être préparée d'avance; si nous employons de l'infanterie, il n'y aura qu'à rechanger les bataillons fatigués par d'autres tirés de la réserve, les ranger dans l'ordre le plus propre pour le mouvement et pour le choc, et les faire avancer au moment où l'artillerie aura fini son rôle.

Le grand avantage de cette mutation, c'est qu'elle ne 'porte aucune atteinte à l'ordre de

bataille, mais au contraire le renforce en rdevant l'infanterie fatiguée par une autre plus fraîche. On reste fidèle aux règles de la grande tactique , qui ne permettent pas d'intercaler dans les lignes de grandes masses de cavalerie , et on acquiert non-seulement la faculté de porter un grand coup, mais aussi celle de s'opposer aux tentatives de désespoir que l'ennemi voudrait faire pour échapper au malheur qui menace son armée.

Si, au contraire, nous nous décidions en fiiveur de la cavalerie, il y aurait plusieurs préliminaires à observer dont nous allons nous occuper, et qui nous indiqueraient jusqu'à quel point le choix de cette arme est acceptable pour la formation de notre masse oflfensiv^e.

Dans cette hypothèse, il sera indispensable de faire réth)grader l'infanterie qui occupe le terrain, vis-à-vis du point où la brèche se fait, d'y placer une grande masse de cavalerie et de faire à l'ordre de bataille une mutation condamnée par les lois de la science militaire.

Les raisons qui ont porté les grands tacticiens à prononcer l'anathème sur l'intercalation de la cavalerie dans le centre des lignes de bataille, sont assez péremptoires pour qu'on soit d'un avis contraire. Premièrement, c'est une arme qui ne livre pas de feux et qui interrompt la contiguïté de ceux de la première ligne ; secondement , elle est purement offensive ; elle va chercher au loin ses lauriers et n'est pas susceptible de défendre une position, à moins que ce ne soit contre la même arme, de manière que, engagée dans quelque grand mouvement, elle abandonne son poste, ou bien en succombant sous l'attaque de son ennemi , elle laisse dans les deux cas un vide pernicieux, qui peut devenir le préliminaire d'une défaite.

linons l'histoire pour guide , et nous nous convaincrons facilement que, depuis que la tactique a été perfectionnée, les annales mili* taires ne nous livrent pas un seul exemple d'une grande masse de cavalerie formant le centre des lignes de bataille.

Si le lecteur m'objecte que dans un moment pareil à celui que nous discutons, il ne s'agit plus de feux, mais d'un simple mouvement offensif, prononcé avec vigueur, je lui répon-

jamais LOterpi^ier les •:iia&e£ luiremHnL ni>ir

ka ne le som. : parce rue lytu» oiârpreuuiiui poiUTÙt ^tre âvanuijease.

Cae (inoâiiiénùiia '.riss-tinraranie ior ^ ^elle j'âUix^fai riut^oiifla iu itmâ^stir . : «&£ que la ipiesiioa. 'iaiiâ la nature. a'*f>t pas simple , maû compliquée. Elle iaiz ie parrairer «sa deux parties . «ioaL T'ine •lompr^otin u ùasat' ganisatioQ 'iédiiiliTe ie Tennemi 'çu ièffimi cette porvioa «ie temin où la hhiche jura eu» faite; Laïuiiâ qiie U âeccmie cniLen ie r>j«:ciirpatîoa de Ll ptxiitica ùamiiMmëe ec des rnoor ▼eme&li odrexiâi& allêrieuRk.

Cette aecoDile partie de problème oe se rèsoodra probabtcmeat que par le^ feux «ie Tartillerie, et peut-être même par ceux ie Tlulaitierie; et, poor éire condëqiieiit . il ae tk^it pas abandonner à Tûabli locua des inmi'ieats 'pii peuTent influer sur ilheoreu.<e L^âoe de Tentreprise. Une attaque de caTilerie ue •:éi::derait qu'une fraction du but , et, pour TaL teindre complètement , il faudra que rinfauierie joit aussi mise en action , car c'est Tanne qui occupe et défend le mieux les positions.

D*un autre côté, gardons-nous bien de tomber dans l'eiagération , et n'oublions pas qae« si nous sommes parvenus , par Tintention de nos feux y à préparer une brècbe, ce n'est qu^uue trouée faite sur un point des Ugnes de bataille , et non une armée désorganisée et en fuite.

Celte désorganisation y cette fuite, buts de nos désirs, peuvent avoir lieu une fois que nous séparerons les deux ailes et que nous les rejetterons dans des directions excentriques; mais il faut , pour cela, commencer par se rendre maître du terrain neutralisé et s*y maintenir, et plus tard, marcher en avant, pour rompre tout h fait le conlact entre les flancs, comme Soult Ta fait à Auslcrlilz.

La simple occupation des hauteurs de Pratzen a-t-elic été le principe des grands résultats que nous offre celte bataille? Je ne balance pas un inslant pour répondre négativement. IjCS désastres ont été amenés par les mouvements des maréchaux Itemadotle et Soult vers Blasovitzet Virzcnovitz. Si, au contraire, leurs troupes étaient restées stationnées à Girzikovitz cl Pralzen , quoique les alliés eussent été obligés d'abandonner le champ de bataille.

iriamiee: fl. est rsienL-He

ion», iont FI jaLanao»

•le i r^ur. xne Je croire qoe T tuLenr inactxf de h ééfiûle de mm mïmét d ■ âa-i r!en poor reaciiier aa maL Je wêm Vm ie M tjxer •fuBe ïniiiilriyiice pareille^ cl,p»> soatiê -fa contraire, TMeice ^aejesupfOK:

A ripprocfae da aoaMBl oà les Iniâpofa îi^nies le baLiiHe, ftwhtfitf i par nos prajntijes . deviendrool vacilhiites , rcnneai fai urancer sa lûme poor soutenir le point ■»oacé. n s'agira dooc : 1* De eomlnttre ia troupes 'lui Tiendront aasceouis de lapoôlMi itta^pue. et â" «ne fi» qa*eUes seront n» eues, de prcnlre piwnf whin do temin brifei par notre artillerie.

înCerrogcoDs les préceptes de la grande ta^ tique, et voyons qodle est dans on naneil pareil la chance la plos avantageuse? CcÉl, sans contredit , celle de tomber à oorps pcrii sur les troopes déjà mntîiccs poor les rejdtf sur celles qui arrivent de la réserve, et A propa^jrer la confusion dans les nnesooiiBe dans les autres. La désorganîsalion des piemières ne peut mieux sViEectaer qne par WB charge vigonreose de cavalerie, et je m^ tfcide. Tout dépendra de FntOisation dn aiment, et c'est ici qne Toeil dn chef ne snnE être asseï rapide pour le reconnaître; qo*l fasse avancer ansstldt une masse de cavahrii qui tombera sur les bataillons désorganiaélél les rejettera sur ceux qui viendront les i^ courir.

Quant h la tâche tout aussi importants dte cu|ier la position abandonnée et d^séparer kl ailes, en poursuivant ce mouvement offenaft nous rimposerons i l'infanterie soutenne pV rartillerie.

Dès que la brèche sera préparée, la nuM destinée pour le choc sera donc compoifc de trois armes, d'infanterie , de cavalerie 4 d'artillerie; et nous allons nous occupera l'ordre de bataille dans lequel elles seroil rangées.

Je proposerai de former Tinfanterie en colonnes par bataillon, sur le centre et es

trois lignes , en les plaçant k distance de déploicmenl Tun de rautre, c*esl-à-dire, à 250 pas. La cavalerie composée de cuirassiers, parce qu'il ne s'agit pas d'escarmoucher, mais de rompre et désorganiser, sera en colonne d^escadron par petite masse de trois escadrons, que nous placerons derrière les intervalles de la seconde ligne. La réserve d'infanterie se placera sur les flancs derrière la cavalerie. L^artillerie restera dans la position qu'elle occupera pendant le combat.

Le dessin qui suit exposera mieux cette formation (i) et mon idée.

J'ai voulu donner à ces troupes une formation conforme à leur rôle, c'est pourquoi je les ai rangées dans un ordre de bataille qui possède tous les éléments de l'indépendance, afin qu'il réponde à tous les cas et obvie à tous les inconvénients. Je veux avoir, en un mot , une masse à l'instar de celle des maréchaux Bemadotte et Lannes à Austerlitz, mais rangée difl'éremment et pour cause (s).

Mes troisièmes lignes d'infanterie et de cavalerie formeront ma réserve , qui complétera le succès ou réparera un désastre.

J^ai préféré placer mes i6 bataillons de réserve derrière les flancs de la masse attaquante, pour pouvoir en protéger les ailes dans le cas où l'ennemi voudrait paralyser son

Infanterie, B^carâlerie.

(t) Le général Mathieu DuoDas, dans son Précis des Mnemenls militaires , nous dit que Napoléon porta la plus forte masse de sa caTalerie entre Pralien et Blasovitz, qu'il la Gt soutenir par 4 divisions d'infanterie des maréchaux Bemadotte et Lannes, le tout rangé dans Tordre suivant : Finfanterie sur deui lignes, dont la première en bataille, la seconde en colonne par bataillon ; la caralerie légère en a?ant du front, protégée par rartUlerie; la grosse cafalerie

mouvement ofl^ensif, en manœuvrant contre la droite ou contre la gaucbe. De cette manière, je me réserve la faculté de porter une masse respectable d'infanterie sur le point menacé et d'avoir dans les deux directions assez d'éléments offensifs pour m'opposer à toutes les tentatives de mon ennemi.

Cette réserve de i 6 bataillons, placée derrière les flancs, m'offre aussi la possibilité de la faire avancer simultanément avec les escadrons de la cavalerie, si la nécessité Texige, pour couvrir son mouvement offensif, en me servant de cette réserve comme d'un échelon avancé qui sera un soutien ou un secours.

Quant au nombre des troupes qui formeront la masse attaquante, il pourra augmenter ou diminuer d'après la grandeur de la brèche. Les 32 bataillons et les 27 escadrons ne sont ici qu'un exemple et non une règle sans exception. Un général en chef a-t-il une plus grande masse de cuirassiers à sa disposition , rien ne lui ravit la faculté de les utiliser, en augmentant la profondeur des colonnes de la cavalerie.

I>ès que les troupes destinées pour le choc se mettront en mouvement pour occuper la position désignée, je proposerai de faire avancer la cavalerie en tète des bataillons qui relèveront ceux des lignes de bataille : attaquant la première, il est juste que la cavalerie prenne sa position d'avance. L'engagement des bataillons n'étant qu'une conséquence de celui des cuirassiers, il est juste que ceux-ci soient déjà sur place, pour ne pas laisser échapper le mouvement opportun.

A l'instant du choc, cette cavalerie s'avancera à travers les intervalles des bataillons, et pendant que les escadrons de la première ligne chargeront , les suivantes formeront la réserve et se placeront derrière la première ligne d'infanterie. La seconde ligne de la cavalerie se mettra en mouvement dès que la première en

formée sur plusieurs lignes en arrière de rinfonterle. Le grand défaut de la formation de la première ligne en bataille est le même qa*k Wagram , sur quoi f ai déjà exprimé mon sentiment. Je ne trouve même aocane nécessité d*assajétir cette inlanterie k un désavaiH tage aussi palpable, car si le cas se présentait qu*il fallût avoir en première ligne des bataillons rangés eo bataille , je les fais déployer par les deui flancs, et une minute suffit pour le &ire.

stw

MÉMOIRE

viendra aux mains, et la Iroisièmo qui formera la dcrnilTc réserve , s'il n'y en a pas d'autres qui la suivent) ne sera mise en action que selon la nécessité, et sera employée ou pour achever la désorganisation de Tenncmi , ou pour rallier les escadrons attaquants, dans le cas d'échec.

L'artillerie qui , jusqu'au moment de cette action, aura rempli le rôle primitif, doublera les pièces sur les points où la cavalerie devra pénétrer, et pendant que celle-ci renverse tout ce qu'elle rencontre, l'infanterie avec son canon prend possession du terrain qu'on veut occuper, et manœuvre pour séparer les deux flancs des lignes de balaille.

Ce mouvement offensif ayant lieu pendant que les adversaires déjà désorganisés par notre artillerie sont écrasés par noire cavalerie, doit nécessairement réussir; il n*y a qu'à récapituler tous les antécédents pour se persuader que l'ennemi ne pourra pas résister à la coïncidence de tant d'éléments destructeurs.

Il suffît que la cavalerie fasse son devoir, et qu'elle chargera fond pour que la réussite ne soit pas douteuse, et que le but général soit atteint; car il ne faut pas oublier qu'à la suite de cette attaque , nous en faisons une autre avec une masse d'infanterie toute fraîche, secondée par une inébranlable artillerie , qui ne peut avoir épuisé ni ses forces physiques, ni ses gargousses.

C'est ainsi que, d'un côté, nous aurons une masse capable d'exécuter un choc, et d'offrir une ligne de feux, si la nécessité Texige, et que de l'autre nous resterons fidèle aux principes de la grande tactique qui impose à la cavalerie le devoir de compléter les engagements que l'infanterie ou la cavalerie auront décidés, et de rallier les escadrons battus sous la protection de l'infanterie.

Pour ne paraître cependant ni arbitraire, ni exagéré dans lexercice de mon opinion , encore moins infidèle aux principes de la science, arrêtons-nous un moment et discutons les chances qui peuvent s'offrir à l'action des différentes armes.

Au moment de porter notre jugement sur les succès de notre cavalerie , nous établirons les deux alternatives suivantes :

1^ Ou les cuirassiers ne peuvent, dans aucun cas et sous aucune condition, remporter de victoire sur l'infanterie ; mais alors ils de-

viennent inutiles, et il faut les abolir, car ne faisant aucun service en dehors des batailla, c'est une arme dont on pourra très-bien « passer; ou bien,

9f^ Après avoir suivi altenlivement les ci^ constances qui ont précédé leur mooTemcBt offensif, nous pouvons le considérer comae ayant réussi complètement.

il nous serait impossible d^aocepter le piemier cas dans toute son extension, car sib cavalerie n'est pas en étal de vaincre une îafanterie encore intacte, et qui s^est apprêtée ï soutenir le choc, il n'en est pas ainsi loraqui le moment de la charge a été bien amené. Pour s'en convaincre, il n'y aurait qu^à récapituler les hauts faits de l'immortel Seidlilz; ceux-ll nous offriraient plus d'un triomphe éclatant que la cavalerie a remporté sur rinfanterie.

Quant à la seconde hypothèse, rappelo!»

nous que deux conditions essentielles contribuent au succès que la cavalerie peut obtenir sur l'infanterie : le terrain et Topportunité di moment.

Je ne crois pas être en défaut sur le compto du terrain, persuadé comme je le suis d'en avoir choisi un propice , puisque je n*ai pu même accepté les cas (chapitre III) oùlcpoial que nous battons avec nos projectiles soitpa^ semé de villages, d'enclos et de bouquets de bois.

Pour le moment, il me serait impoesibb d'en offrir de plus opportun, puisque c'est celui ou l'infanterie ennemie, battue par aoi projectiles, ne peut plus se maintenir sur a position , qu'elle doit commencer son mouf^ ment rétrograde, ou qu'elle attend avec anxiéK d'être relevée par des troupes fraîches.

Que les tacticiens les plus sévères me jugefll dans ces deux cas, je comparais volontiers devant leur tribunal, et je suis persuadé d'avance d'être absous.

Mais pour plus de conviction encore, disestons maintenant la chance la plus désavanligeuse; supposons que la première et même li seconde ligne de la cavalerie sont repouaeta- L'ennemi, en poursuivant les vaincus, arrive, mais en débandade , sur notre centre. La de^ nière réserve delà cavalerie, la troisième ligne, avance ; ce sont 0 escadrons en ordre qui chap geront un noyau informe. Ce combat aura quelque probabilité de succès en leur faveur. O

pendant, pour être tout à fait inexorable dans ma discussion envers moi-même, et épuiser toutes les alternatives qui peuvent avoir lieu, supposons que cette troisième ligne aussi a succombé et fuit avec les deux premières : dans ce cas, il faudra songer :

i^ A soustraire notre infanterie à Tinconvénient périlleux d'être entraînée par les escadrons dans leur fuite;

2® A opposer à Tennemi un front capable de résister à son mouvement offensif.

Comme celte débandade aura lieu sur un espace d'à peu près 800 toises , il n'est pas à pré- ' sumer qu'il se présente de grands noyaux de cavaliers devant cbaqué bataillon posté Tun de Tautre à distance de déploiement. Ces bataillons, que nous formerons pour ce moment critique , en colonne contre la cavalerie , d'après les principes que j'ai énoncés dans mon Cours de Tactiqtie (p. 179) , prêts à recevoir les vaincus et les vainqueurs, étant les masses qui résistent le mieux aux charges de la cavalerie , n'auront qu'à présenter leurs baïonnettes aux chevaux des siens pour les arrêter dans leur élan. C'est une formation qui ne succombe pas aux attaques de la cavalerie, lors même que celle-ci fait son possible pour rompre les bataillons : comment ne serait-elle pas suflBsante pour arrêter le simple élan des cavaliers rétrogradants {i) ?

1^ lecteur m'objectera peut-être que l'infanterie échappe à la défaite par ses feux, et que la nôtre ne pouvant pas s'en servir contre les siens, sera privée de son plus ferme appui. A cela je répondrai : que le carré succombe à la charge lorsque les cavaliers s'introduisent dans l'intérieur et prennent les fantassins à dos. Dans les carrés qui n'ont que trois hommes de profondeur, la fusillade est indispensable pour que l'ennemi n'y pénètre pas; mais que le lecteur me dise quel moyen on pourrait prendre pour entrer dans l'intérieur d'une colonne , où le seul vide qui y existe est occupé par le chef de bataillon et son aide de camp?

c En un mot (s), la colonne employée comme > moyen défensif contre la cavalerie, telle que » je l'ai désignée , est à mes yeux semblable à

(i) Je crois avoir^démontrô d*une manière irréfragable (Examen raMonn^, pages 181 k 185), tous les ayantages de la colooDe contre la caTalerie. Aussi sois-je

> un ouvrage de fortification qu'on n'enlève

> qu*au moment oh son chef se rend; car sa

> défaite n'est décidée que lorsqu'elle devient

> tout entière prisonnière, ou bien quand le

> dernier homme est tombé sous le feu de Par-

> tillerie ou le sabre de l'ennemi. >

Comme il n'y a à craindre ici ni sabre, ni canon , le sort de notre infanterie ne sera pas très-alarmanl , d'autant plus que nos fuyards, loin de vouloir tomber sur leurs propres bataillons, ne chercheront qu'à se replier par les intervalles qui sont, ne l'oublions pas , de iOO toises. En dernier résumé, quel sera le résultat le plus fatal? c'est que les choses reviendront au même point où elles Font été avant l'engagement; la question restera indécise, il est vrai, mais aucun désastre ne s'ensuivra , et par conséquent on pourra tenter une seconde fois ce qui aura mal réussi la première.

Quant à la faculté d'opposer de la résistance à l'ennemi qui voudrait poursuivre son succès, nous la trouverons à coup sur dans les 32 bataillons qui formeront notre masse offensive , et dans l'artillerie qui reprendra son action du moment où notre cavalerie sera écoulée. L'expérience est là pour prouver que lorsqu'une masse imposante d'infanterie avec de l'artillerie s'est emparée d'une position, et qu'elle n'a pas été mutilée par les projectiles ennemis , il suffit que les chefs ne fassent pas de disposition contraire à leurs propriétés et à leur action pour que ces deux armes se maintiennent dans leur poste en dépit de l'adver^ saire le mieux aguerri, à moins qu'il ne soit double en force.

Qu'on se figure maintenant ce que la troupe que je mets en action est en état de produire lorsqu'elle occupera une position aussi avantageuse que celle qui rompt la contiguïté des lignes , et d'où les armes combinées dirigeront leur action sur des parties séparées et hors d'espoir de contact.

Tout ce que je viens de dire sur les effets de l'artillerie , la manière d'après laquelle je propose de la faire agir, et les résultats qui en dérivent, ne sont qu'un tableau fidèle de Tac-

pcrsuadé qu*une inbnterie formée d*après ma proposition , n*aura rien k craindre de la cavalerie. (i) Examen raiionMé, etc., page 183.

ssa

MÉMOIRE

lion terrassante de cette arme et de nos bataillons à Tassaut de Varsovie. En comparant cependant cette bataille à l'engagement tel que je viens de le décrire , je pense bien que toutes les cbances seront en ma faveur ; car à la première, notre artillerie n'a pas complété la désorganisation des troupes ennemies à cause du terrain que celles-ci occupaient, et notre infanterie y a remplie une lâche bien plus difficile que celle que nous lui imposons maintenant, car nous sommes loin de lui faire escalader 72 redoutes.

Je ne veux pas poser la plume sans ajouter à ma discussion quelques mois encore , qui serviront de réplique à ce que mes censeurs pourraient dire du tableau que je fais de rengagement des trois armes et des résultais auxquels je crois être en droit de m*atlendre.

Peut-être me contesteront-ils les succès dont je viens de parler, en objectant qu'on a employé plus d'une fois des batteries de 80 à 100 pièces de canon, sans en retirer les mêmes résultats.

A cela je répondrai que la différence qui existe entre ce qui a été et ce que je présage, git dans l'action même de l'artillerie et le combat qui s'en est suivi. Si des défaites partielles, ou même des désastres qui ont été autrefois les résultats des tentatives de rupture du centre des lignes de bataille , nous devons en rechercher la cause dans la manière dont on s*y prenait pour atteindre le but.

On canonnait un peu, comme à Wagram, où on ne canonnait pas du tout, comme à Aspem, et on lançait l'infanterie ou la cavalerie à l'attaque. Aussi qu'arrivait-il? L^ennemi n'étant pas assez ébranlé par rarlilleric, se trouvait en état de résister à la force impulsive de son ennemi, comme il le fit à Wagram; ou bien n*ayant pas du tout été entamé , et n*ayant à combattre qu'une arme dont les éléments offensifs sont plus faibles que ceux défensifs qu'il lui oppose, comme à Aspem, il parvient à se maintenir partout. En un mot, le défenseur combattait autrefois à éléments égaux et quelquefois prépondérants , et restait par conséquent vainqueur, parce que le centre étant le point le plus rapproché de la position des troupes présentes à Taction , est le plus tôt et le mieux secouru , et devient par cela même le plus fort de l'ordre de bataille.

Je suis loin de vonloir changer la nalnre de rartilleric et lui accorder de plus grandes pro* priétés qu'elle n'en possède. Je répète ce que j'ai dit depuis tant d'années , c'est une arme préparatoire. Qu'il me soit permis cependant de consigner encore une fois ici ce que j'a dit dans le deuxième chapitre : que pour résoudre le problème. Il faut savoir quelles sont ks conditions de cette action préparatoire; que peut-on en attendre ou en exiger? Quel est son minimum et quelle peut en être l'apogée!

N'oublions pas que je commence à SOO .toises, là ou apparemment l'action de l'artillerie des exemples passés finissait, et qne cette seule différence doit en amener une i» mense dans les résultats. Que le lecteur se rappelle aussi que je fais durer la canonnade jusqu'à ce que l'artillerie ennemie soit polvérisée , et que ses bataillons soient réduits ï chercher leur salut dans une prompte retraite. A un succès aussi décisif, si j'ajoute l'aclioD de la masse offensive , je crois être en droit de compter sur de trèsrgrands résultats.

Si nous interrogeons l'histoire , nous ▼e^ rons qu'à Wagram, à Lutzen, l'artillerie, quoique égale en nombre à celle que je nets en action, n'a pas été employée de la même manière, et que les autres armes ont agi différemment.

A la première bataille , Laurîston mit 100 pièces en batterie contre les troupes qui occupaient Aderklaa et qui trouvèrent dans ce poste un abri avantageux pour échapper aox coups destructeurs de l'artillerie française. Suivant le récit que nous en fait le génénl Valentini dans son ouvrage sur la campape £fe i809 (|Mige 499), l'action de cette anse n'a commencé qu'à la demi-portée do bouki de canon , par C4)nséquent , si je ne suppofe pas le triple de la distance à laquelle je (Âace mes batteries , je puis compter au moins sur le double.

Au lieu d'avancer, cette artillerie resta sUtionnaire, et l'attaque subséquente a eu lies avant que les bataillons impériaux aient p être entamées; car les troupes françaises destinées pour le choc devinrent eUcs-ménies victimes de rartillerie ennemie, ce qui prouve que la canonnade n'a été ni d'assez longue durée , ni assez meurtrière. Enfin , cette attaque, au lieu d'être faite par la cavalerie»

cl plus tard par Finfanterie , qui doivent se porter vers le même but , a été exécutée au contraire, sur plusieurs points différents , et dans quel ordre ? Je crois en avoir dit assez dans le premier chapitre pour devoir en parler encore.

A la bataille de Lutzen aussi , les 80 pièces françaises furent dirigées contre des villages (Kaja, Rahna et Gros-Gœrschen), et après Faction de Tarlillerie , Napoléon s^est contenté d'occuper ces trois points, et y borna ses conquêtes, tandis que les alliés opérèrent tranquillement leur retraite , en se pliant derrière les villages de Hohenlohe, Klein-Gœrschen et Muschvitz. Aucune attaque subséquente n'a eu lieu contre les troupes mêmes ,

et par conséquent, en mettant plus d'éléments destructifs en action , je puis compter sur des résultats plus positifs.

Je n'ai pas voulu passer sous silence la comparaison que je viens d'établir entre les faits de batailles antérieures et le système que je développe dans cet ouvrage. C'est en faisant remarquer au lecteur la grande différence entre les moyens dont on s'est servi et ceux que j'adopte pour principe, qu'il pourra se convaincre que si autrefois aussi on a mis de 80 à 100 bouches à feu en action, sans en retirer les mêmes résultats, c'est qu'entre les moyens qu'on a employés et ceux que je propose , tout a été dissemblable » excepté le nombre des pièces.

FIN nu MEMOIRE SUR L ARTILLERIE.

HISTOIRE

DE

n ALIII16SI IT n ITAIII;

Far H. DÉ BCIiOtir,

OFFICIER PRUSSIEN, AUTEUR DE l'eSPRIT DU STSTÉHB DB OUBRRB HODERIIB;

TRADUIT DE l'aLLEHAND PAR GH.-L. SEYELINGES.

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