‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 80 sur 87 · AOA · texte numérisé non relu

AOA

HISTOIRE

chienne des pays hérédilaircs^ et de rompre la eoininiiuicalion du corps placé sous Parme avec celui du pays génois et du Piémont. Loin de ni'alarmer de ces événement.^, je n'y vois rien que de Irès-avantageux pour les Aulrichiens.

En elTel, Tarmée qu'ils avaient dans la Ligurie et le Piémont, pouvait subsister par ellemême; c'est-à-dire , elle était en possession de forteresses garnies de magasins. Si ces magasins n'existaient pas, c'était la faute des généraux ; mais on ne peut faire entrer dans un raisonnement de tels excès d'impéritie.

Comment supposer donc que Tarmée française aurait passé le Pô à Plaisance , et se serait jetée sans places ni magasins entre le corps autrichien de Parme et celui du pays de Gènes, c'est-à-dire, se mettre entre deux feux, s'exposer à être a (famée et à se rendi^e?

Les Autrichiens pouvaient être à Parme le l^** juin; le 5, ils détachaient un corps vers Mantoue,queje suppose munie d*une garnison convenable et d*un gros magasin. Or, le 3 , les Français n'avaient pas encore passé le Pô. Voici donc deux corps qui les menacent à la fois, celui de Manloue à Test , celui de Panne au sud : j'en forme facilement un Iraisième à l'ouest.

On se rappelle que Gènes se rendit le 4 juin ; en laissant occuper cette place par les Anglais, on avait à sa disposition toutes les troupes qui avaient servi au blocus. Quelqu' ineptes que soient les généraux anglais , quelque peu disciplinés que soient leurs soldats, il n'y avait point à craindre de voir le général Suchet entreprendre de reconquérir Gènes, qu'il était hors du pouvoir des Français de bloquer par mer. (iCtte ville couvrait le flanc gauche et même les derrières de Tarmée autrichienne.

Ce corps du blocus pouvait recevoir certaines destinations, calculées sur les opérations ultérieures des Français; il les inquiétait sur leur base, en s«^ portant sur Casai. S'ils assiégeaient Turin, il était à portée de dégager cette place : il se trouvait continuellement sur le flanc droit de l'armée de réserve, qui se voyait alors également cernée à l'ouest, étant à peu près au centre d'une imsition concave de trois corps ennemis.

Si les Français voulaient pénétrer dans la péninsule, ou seulement investir Mantoue, indépendamment du corps campé sous cette forteresse, relui de Parmr menaçait absolument

leur flanc droit. Toutes ces dispositions ne contrarient en aucune façon le principe solennel que j'établis en tonte circonstance : c C*est » toujours obliquement, et jamais de front, > qu'il faut s'opposer à Fennemî. i

Une position défensive n est pas bonne uniquement parce qu'elle est forte par cHiS4néme, mais encore, et surtout, parce que de ce point on peut, en moins de marches que Pennerai, déjouer tous ses plans par des diversions. Je ne connais point d'autres bonnes positions défensives; c'est le premier principe de la castramétation. 11 ne s'agit pas ici des postes, considérés sous le point de vue de la tactique et dans un combat; je parle stratégîquement, c'est-à-dire , des positions que Ton ne prétend point défendre contre une attaque de vive force. Je ne m'informe donc point si le camp sous Panne aurait été plus ou moins fort de front ou de flanc; je ne veux point y attendre l'ennemi , mais c'est de là que je veux entreprendre quelque chose contre lui.

Je le répète, toutes ces dispositions pouvaient être faites dans les premiers jours de juin, et je ne puis croire qu'elles n^eussent causé quelqu'emban*as aux généraux français, dont je révère d'ailleurs les grandes lumières.

lis se seraient probablement décidés à une attaque des principales forteresses du Piémont; mais, alors, quelle entreprise ! D^oii auraientils tiré leurs moyens de subsistance ? Agissant en rase campagne contre un ennemi qui se couvrait à volonté de places fortes, il eût falh très-probablement se décider à la retraite, en supposant toutefois que les Impériaux ne se fussent pas écartés du ]>lan que je viens de tracer. Cette retraite était loin d*étre impraticable, comme des gens peu instruits le croiraient sur l'apparence; elle était même facile, précisément par les causes qui en feraient juger tout autrement par le vulgaire. Les Alpes assuraient le passage de l'armée française, puisqu'on ne peut supposer qu\>»lle se fut dessaisie des principaux défilés. L'artillerie seule api)ortait un obstacle d'où pouvait naître des rettinls très-préjudiciables; mais il vaut mieui se voir réduit à enterrer quelques pièces , qu'à se rendre avec armes et bagages.

Los Français, d'ailleurs, dans la guerre de la révolution, ont donné un exemple que Ton ne saurait trop suivre; ils ont considérable-

DE LA CAMPAGNE DE iSOO.

menl diminué le nombre des transports et des équipages, qui sont le plus grand fléau des principales armées de FEurope. G^est dans une retraite, que Ton sent l'extrême importance des motifs qui ont déterminé les Français à simpliGer celle partie.

Mais les Autrichiens , dira-t-on , n'auraientils pu faire le plus grand tort h leurs ennemis, en les poursuivant et les harcelant dans leur rclrailc?

J'observerai , à ce sujel, que les Autrichiens, et, en général, les peuples modernes, entendent médiocrement l'art des poursuites; ils y mettent aussi peu de vigueur que dans les sorties de places assiégées. On se contente de détacher sur les pas de l'ennemi quelques hussanls , quelques chasseurs ; on le canonne de loin cl sans effet; il n'abandonne que ce qu'il ne peut emmener, et ne fait qu'une perte légère, lorsque tout présageait sa ruine totale.

Les Français et les Prussiens, qui oAt fait la campagne de Champagne, en i79S, et qui se rappellent parfaitement de quelle manière s'opéra la retraite de ces derniers, ne peuvent aujourd'hui trop révéler l'extrême impéritie avec laquelle fut dirigée la |>oursuite, par ce général DmouRiEz, qui osa se proclamer insolemment vainqueur à la face de l'Europe, et voulut placer ses Mémoires à côté des Commentaires de CévSar.

Je viens de tracer, dans plusieurs hypothèses, les divers plans qui , selon moi , auraient été les plus propres à rendre vaine l'invasion des Français en Italie. Mais pour considérer les choses dans leur réalité, il faut se reporter à l'époque où l'armée autrichienne marcha sur Turin , et nous examinerons ce qu'il y avait à faire en partant de ce ])oint.

Il est nécessaire, pour plus de clarté, de reprendre les événements dont j'ai interrompu le récit.

Pendant que Tavant-garde française était à (ihivassoje général Mural jeta un pont sur la Sessia, passa celle rivière, s'avança vers Novare, et poussa jusqu'à la rive droite du Tésin.

Ijo pont sur la Sessia était près de Verceil; le 50 mai , Bonaparte entra dans celte ville : des transports «le joie éclatèrent à sa vue.

La nuit précédente, legénéral l^annes avait passé la Doria-Ballea , et marchait sur Verceil, par Crescenlino et Trino.

Cette marche de l'avant-garde prouvait, que l'on était suffisamment avancé vers le Milanais, pour se dispenser de masquer davantage le mouvement que l'on faisait pour y pénétrer. Dès lors, on peut se demander ce qui retenait l'armée autrichienne sous Turin, puisqu'elle n'avait plus de corps à observer.

Le 3 juin, le général Lannes entra dans Pavie avec l'avant-garde : il y trouva des magasins considérables de munitions de bouche et de guerre, et de plus, 500 pièces de canon avec leurs affûts et leurs trains.

Il est à observer que l'avant-garde française ne cessa point de faire la colonne la plus rapprochée de l'ennemi , ce qui était absolument conforme à la saine théorie des marches.

Ce fut le 2 juin, que le premier consul fit son entrée dans Milan ; il fit immédiatement investir le château. Sa présence produisit une impression d'autant plus grande, qu'il y avait h peine quelques jours que l'on commençait à croire au passage des Alpes par les Français, passage déclaré impraticable et chimérique par les routiniers, les ignorants et les envieux.

Avant l'entrée de Bonaparte dans le Milanais, les Autrichiens avaient rassemblé un corps considérable de cavalerie et d'artillerie sur le bord du Tésin. Les Français passèrent néanmoins cette rivière. Le général Monnier, après un combat fort vif, s'empara du village de Turligo, où les Impériaux s'étaient retirés; ils y laissèrent 500 morts et 200 prisonniers.

Le général Lecchi se poria sur Cassano, et le général Duhesme sur f^odi. Ces deux positions furent incontestablement prisessur î'Adda, pour tenir en respect les corps autrichiens qui auraient voulu entreprendre quelque chose du côté de Mantoue.

L'avant - garde était à Pavie, Bonaparte à Milan , et le général Turreau entre Turin et Suze, pour observer les Impériaux qui occupaient cet te région: il eut à soutenir plusieurs affaires assez chaudes.

Telle était la position de l'armée française, le 5 juin.

En même temps, avaient commencé les opérations de la colonne que le général Moncey amenait de l'armée du Rhin. Il arriva par la Suisse, passa le Saint-Gothard, et pénétra dans le Milanais par le nord.

Vue réflexion se prt'sente naturellement, en

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voyant fondre de toute part les troupes françaises dans ritalie : elles arrivaient sans magasins , il fallait en conquérir, ou s'exposer à toutes les horreurs de la famine. Les généraux français avaient apparemment compté sur les ressources que leur ofiirirait le pays ennemi , et Tévcnement justifia leur espoir.

Mais comment ne pas s'étonner, en obser« vaut que les Autrichiens avaient établi leurs magasins dans des places ouvertes? Yaine- ' ment alléguera-t-on qu'ils ne pouvaient prévoir que les Français franchiraient les Alpes; il faut tout prévoir a la guerre, et, d'ailleurs^ rien ne saurait excuser une contravention aussi formelle aux principes fondamentaux de Part militaire.

Par cet exemple seul , \vi& antagonistes des places fortifiées se verront forcés de convenir qu'elles sont d'une utilité inappréciable pour l'établissement des magasins. Si les Impériaux avaient songé à placer les leurs dans les nombreuses forteresses dont ils étaient en possession , les Français , assurément , ne s'en seraient point emparés. Il eût fallu qu'ils assiégeassent ces forteresses , et il suffisait que la première lint seulement huit jours. Je renvoie ici mes lecteurs à ce que j'ai déjà dit sur celte matière dans mon premier ouvrage (i). La citadelle de Milan aurait pu servir de dépôt, sans son extrême petitesse ; c'est ce qui prouve encore aux ennemis des grandes places , qu'il est des circonstances où elles sont d'un secours indisl>ensable. Après la faute d'avoir mis leurs magasins dans des villes ouvertes , il en est une, non moins grave, à reprocher aux Autrichiens : c'est de ne les avoir point brûlés, plutôt que de les laisser tomber au pouvoir de leurs ennemis.

D'ailleurs, ils savaient que ces magasins n'étaient pas à l'abri d'une invasion opérée par le Sainl-Gothard et le Simplon ; en supposant môme qu'ils n'aient pas su prévoir que la colonne du val d'Aoste se porterait aussi sur le Milanais: il fallait donc envoyer dans ce duché un corps resiiectablc , au lieu de retenir, en pure porte, des trou|K»s aux environs de Turin. Une élude réfléchie des di lieront es guerres où ont été engagés les Autrichiens, fait voir qu'il

(I) Esprit du syslcmc de guerre moderne, i" part., scct. r*.

a toujours manqué h leurs généraux un des talents les plus précieux ; c'est celai de faire une distribution convenable de leurs troupes. Dam la mémorable guerre de sept ans, ils ont constamment tenu leurs forces trop concentrées. Frédéric le Grand se serait quelquefois trouvé dans des positions extrêmement critiques^ s*ils avaient su faire des détachementsà propos ; mais le maréchal Daun, au milieu des plus formidables armées, ne se croyait jamais suffisamment entouré.

Dans les guerres qu'ils ont soutenues depuis cette époque, les Impériaux se sont opiniâtres à la formation d'un mur de troupes, partout trop faible pour l'attaque et la défensive. L'invention de ce fatal système de la guerre de cordon, appartenait au général Lasey , le même auquel l'Autriche peut reprocher d^avoirénervé ses armées, qu'il dépouilla de leur principale force, c'est-à-dire, de l'infanterie légère.

Cependant, le général Moncey, qui venait de passer le Saint-Gothard, était, le 5 juin, à Yarese, dans le Milanais. Le corps du général Béthencourt, était. arrivé par le Simplon, et se trouvait, à la même époque, à Valenza.

Pour assurer la communication a vecla France^ la division Cbabran demeurant dans le val d'Aoste. La citadelle d'Ivrée fut mise en étatde défense ; et le général Turrcau , renforcé d'une division de l'armée de réserve, se tenait coUe Suze et lUvoli, pour observer les Aulrichieitt campés sous Turin.

Le plan du consul Bonaparte se trounit alors sullisamment développé. Le Milanais était déjà presqu'entièrement envahi, et toute oonh munication directe avec l'Autriche, interceptée. Jusque-là, l'immobilité des Autrichiens peut rigoureusement s'excuser par les règles de la prudence , qui leur conseillait d'attendre que l'ennemi se fût prononcé, avant de conœrler les mesures à lui opposer. Mais Milan, une fois au pouvoir des Français, qu'avait à faire le général Mêlas? Deux partis s'offraient à lui , i ce qu'il me semble.

Le premier était audacieux , téméraire mêflw, et sa singularité |iouvait en assurer le succès: il consistait à faire piécisément ce que faisait Bonaparte.

G'est-à-dire, de même que Bonaparte faisait une diversion en Italie , en faire une en France; passer sur le corps du général Turreau, et»

DE L4 Campagne de isoo.

scmMablc à Scipion^ aller tomber sur rAfrique, pendant qu'Annibal était en Italie.

U est infiniment peu de généraux qui aient entendu ou qui entendent la théorie des diversions , parce que les esprits vulgaires sont effrayés de tout ce qui s'écarte de la ligne cornmu ne.

U parait , d*abord , assez hasardé de la part des Français, d'avoir retiré leur avant-garde de Chivasso. Tant qu'elle y resta, elle servait à observer les Autrichiens, qui se trouvaient alors pressés entre deux corps ^ dans une position concave.

Mais, en portant cette avant-garde sur Verccil et Pavie, la communication avec le val d'Aoste et le Saint-Bernard était interrompue. La division Chabran, en s'engageant trop avant dans celte vallée, pouvait s'y trouver accablée par la majeure partie des forces autrichiennes.

Au lieu de détacher le général Otto sur Alexandrie, où il se fit battre, il fallait le réunir au corps d'armée principal, tomber en force sur le général Turreau, et le contraindre à une retraite précipitée.

Dans celte nouvelle hypothèse, la position sous Turin, loin d'être blâmable, devenait d'une haiile importance; elle menaçait totalement le flanc des Français. Lorsqu'on veut défendre une ligne , on la protège aussi efficacement d'une des extrémités, que du centre.

A mesure que les troupes qui avaient servi au blocus de Gènes, arrivaient sous Turin, elles relevaient celles qui se dirigeaient sur la France, pour opérer la diversion, objet de tous les mouvements que je trace ici.

Je prie mes lecteurs de ne point me condamner par un jugement précipité , de ne point me reprocher de violer moi-même le grand principe de la base d'opérations : je prétends prouver, au contraire, que loin de mettre, par l'observation de ce principe, des entraves aux opérations des armées modernes, je leur facilite les moyens d'exécuter des entreprises supérieures à celles que n'oseraient seulement concevoir les antagonistes de mon système.

Je pense qu'il eût été imprudent de commencer trop tôt la grande opération dont il s'agit. J'aurais attendu, non-seulement que les Français eussent occupé Milan et Parie, mais même qu'ils eussent passé le P6, c'est-à-dire»

que je n'aurais fait aucun mouvement avant le 6 ou 8 juin.

Le général Otto, après l'échec qu'il reçut , devait se retirer sous Alexandrie. Les Français venaient-ils l'y attaquer de nouveau, il se repliait sur Acqui: par cette retraite excentrique, il partageait l'attention de l'ennemi; il l'attirait au sud vers Gènes, tandis qu'au nord , et dans la partie de Turin , se préparaient les coups décisifs.

Le corps chargé d'observer la division française dans le val d'Aoste, devait, ce me semble, occuper Chivasso, et celui qui couvrait les derrières de l'armée agissant en France, ne pas s'écarter de Turin. La totalité des forces du général Mêlas lui permettait de faire face partout où le besoin l'exigeait. Mais il faut , pour première supposition, admettre que l'armée autrichienne tirait ses subsistances des magasins formés dans les forteresses du Piémont. C'est ici une condition sine quâ non; et, pour ne pas me répéter, je renvoie à ce que j'ai dit plus haut sur cet important article.

On pouvait prendre pour base d'opérations, Coni, Savigliano, Saluées, Pignerol, Turin el Suze. Cette base , quand on se rapprochait des objets d'opérations, était, à la vérité, assez étroite; mais l'ennemi se trouvait dans le même cas, par l'effet des montagnes qui ne laissaient pour agir que des vallées de peu d'étendue.

En pénétrant sur le territoire français , les Autrichiens ne rencontraient point de troupes qu'on pût leur opposer, du moins dans les premiers moments. Deux points se présentaient à eux , Genève et Grenoble. Une de leurs colonnes se formait sous Pignerol; l'autre marchait de Turin vers Suze.

Avant de suivre le progrès ultérieur de ces colonnes, je dois faire remarquer qu'il existe, dans ces montagnes, des chemins ou sentiers frayés, beaucoup plus praticables que l'on ne se l'imagine communément. Ces chemins sont encore des vestiges de la grandeur et de la puissance des Romains ; on ne les trouve pas dans la partie où n'ont point passé ces conquérants. Les chemins, ouverts nouvellement à travers le Saint-Bernard et le Simplon , seront aussi d'étemels monuments de la grandeur de Bonaparte et des Français.

La colonne de Pignerol se dirigeait par

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la vallée du pays Chiusou el le Monl-Gcnèvre, sur Briançoii, qu'il fallail occuper brusquement. Celle coloQDC couvrait le liane gauche de Taulre ; une division se portait sur Embrun , el s'emparait de celte place.

Quant à la colonne de Suze, après avoir battu le général Turreau (ce qui nëtait point difficile, vu la grande supériorité de forces ) , elle pénétrait en Savoie par le Mont-Cenis : elle se divisait alors en deux branches ; Tune se portait sur Grenoble par Sainl-Jean-de-Maurienne ot Bourg-d'Oyssans; l'autre sur Genève, par Annecy ou Cliambéry.

Arrivées à ces différents points» les colonnes autrichiennes concertaient leurs opérations ultérieures. Je remarque encore que cette parlie de la frontière de France se trouvait dégarnie de troupes, afin que Ton ne m'accuse point de calculer trop légèrement.

On m'objectera, peut-éti'e, que les progrès de l'armée de Bonaparte, en Italie, pouvaient contraindre les Autrichiens à revenir sur leurs pas; mais, n'élail-il pas également possible, probable même, que les Français, au lieu de s'engager dans la Lombardie, se seraient jetés sur leur droite pour se rapprocher de l'ennemi? Les forteresses du Piémont leur présentaient un obstacle insurmontable dans les circonstances. Le temps s'écoulait, el leur plan d'invasion se trouvait par cela seul déjoué et grande partie.

Des événements d'une haute importance pouvaient même avoir lieu. Si les Impériaux avaient pénétré jusqu'à Genève, qu'arrivait-il? La Suisse était, pour ainsi dire, livrée à ellemême; il est donc à présumer qu'elle serait tombée en leur pouvoir. L*armée du général Moreau, tous les jours aux prises avec un ennemi nombreux, et déjà alFaiblie par le gros détachement du général Moncey, ne pouvait céder l'Allemagne à Kray, pour venir défendre la Suisse. C'eùl élé, d'ailleurs, se mettre entre deux feux. La colonne autrichienne, arrivée à Genève , travaillait à se mettre en conjonction avec le corps du prince de Reuss dans le Tyrol. 1^1 seconde armée de réserve, qui se forma depuis à Dijon, n'existait ])as enrore. Bonaparte pouvait donc craindre de voir les Autrichiens conquérir la Suisse derrière lui.

Je regarde, en conséquence, la colonne de Genève conmie infiniment plus importante que

celle de Grenoble. Celle-ci n'est même là que pour couvrir le flanc gauche de la première. Je montre aux Français trois têtes de colonnes, à Briançon, à Grenoble, à Genève. Ces trois colonnes marchent stratégiquemcnt vers les objets de leur destination, en raison inverse de leur importance.

Celles de Briançon et de Grenoble ne peuvent manquer d'attirer toutes les forces disponibles des Français; celle de Genève ne sera point inquiétée. Peut-être le général Turreau se serait-il jeté sur Gi'enoble, plutôt que sur Genève ; la conquête de la Suisse n*en devenait que plus facile.

La colonne |iartie de Suze avait plus de 40 lieues à faire pour gagner Genève; celle marche devait être extrêmement rapide. La cavalerie restait presque toute en Italie; l'artillerie suivait au moyen de doubles attelages, ainsi que le peu de charrois indispensables; et, de cette manière, on pouvait au bout de six jours, paraître devant Genève.

Celle ville recevait une forte garnison, quand même on eut pénétré dans rinlérieur de b Suisse. On laissait aussi un détachement à Cliambéi7, pour persuader aux Français que c'était la tête d'une colonne qui voulait se porter sur Lyon.

Si la division Chabran, sur le bruit de b marche de l'ennemi, se fût {Mirtée du val d'Aoste en Suisse, un des corps aulrichîcas restés en observation, la suivait à la trace. Ainsi* un renfort français amenait un renfort autrichien.

11 est évident que si Bonaparte eût détacbé lui-même de l'Italie vers la Suisse, il se Irwvait immédiatement jeté dans la guerre déCensive. Dès , que pour s'opposer à une diversion en flanc et à dos ( et c est ainsi que se fait lonle diversion) , on détache directement vers k point menacé, on s*aifaiblit dans celui que Toi occupe, ce qui amène nécessairement un système défcnsif, toujours très-dangereux.

Règle générale : à toute diversion , opposes une diversion , faite sur un autre poinL Votre ennemi a du se dégarnir pour faire la sieMC; il vous a indiqué le côté où il faut le finpper.

On voit que les Français avaient été contraints de diminuer leurs forces en Savoie et en Suisse, pour l'exécution de leur grande entreprise d'Italie : les Impériaux auraient donc

dû savoir que c'était daDS ces deux contrées qu'il fallait i)orler leurs coups.

Bonaparte, de son côlé, et dans mon hypothèse actuelle , était beaucoup trop pénétrant et trop habile pour courir en Suisse sur les pas des Autrichiens. Il tombait sur les corps qu'ils avaient laissés en Piémont, et tentait, à tout prix, d'enlever quelques-unes des places fortes de cette principauté; mais il restait toujours au général Mêlas l'avantage du temps : il n'avait point de sièges à faire, ni d^armée à combattre.

Bonaparte se trouvait donc véritablement dans une position très -critique, comparativement à Mêlas , abstraction faite de génie et de talents; car, alors, il n'y a plus de parité entre eux : mais, dans le plan que je trace et exécute ici , j'examine les faits sous un point de vue général; je considère les choses et non les hommes.

S'il m'était permis de chercher dans le caractère connu du premier consul, et dans plusieurs circonstances de sa vie militaire, des inductions sur le parti qu'il eût pris en ce moment, je dirais qu*il n'est pas douteux que ce n'eut été le plus hardi et le plus brillant. Il se fùtjetédansla Lombardie, et, delà, serait descendu comme un torrent dans la péninsule de l'Italie, où il trouvait toutes les ressources qui pouvaient remplacer celles qu'il perdait, en s'éloignant des frontières de France. 11 était isolé, mais il subsistait par lui-même; et les Français , renouvelant sans cesse leurs efforts pour rouvrir les communications avec lui par la rivière de Gènes , bientôt la grande armée de Mélasse trouvait elle-même cernée et coupée sur tous les points.

Supposons, cependant, à la tête de l'armée impériale , un général aussi entreprenant que Bonaparte : que fera-t-il, pour ne point se laisser honteusement envelopper? Il marchera toujours en avant , et gardera l'offensive sur la frontière française.

Dans tous ces mouvements, la célérité décide de tout , et les vivres sont ordinairement le plus grand obstacle à cette célérité si précieuse. Une armée a communément son approvisionnement de pain pour neuf jours, c'est-à-dire, que le soldat en porte pour trois, et les charriots de munitions poyr six. Si l'on introduisait l'usage du biscuit.

on pourrait en mener avec soi pour deux mois. Au reste, en ne leur supposant des vivres que pour neuf jours, les Autrichiens pouvaient, dans cet espace de temps, arriver jusqu'à Genève; ils y trouvaient un dépôt de subsistances, formé pour l'iirmêe de réserve. Genève est fortifié, mais la garnison en était faible , et la place pouvait être emportée par escalade. L'essentiel était de brusquer ce coup autant que possible, et de profiter du premier moment de surprise.

U y avait néanmoins un cas où cette tentative n'4iffrait point d'espoir de succès; c'est celui où le général Turreau se serait jeté dans Genève. II ne fallait donc rien négliger, pendant la poursuite, pour le détourner de ce dessein. Un des meilleurs moyens était de manœuvrer de façon , à lui faire croire que l'on voulait se diriger vers le territoire français proprement dit, soit sur Grenoble, soit sur Lyon.

G'estde Chambéry que Ton pouvait, par une démonstration adroite, donner au général Turreau de l'inquiétude pour cette intéressante ville de Lyon.

S'il ne se laissait point éblouir par ces faux mouvements, et qu'on ne pût l'empêcher de se jeter dans Genève et de défendre cette place , la conquête de la Savoie n'en était pas moins assurée , conquête qui mettait les Impériaux à portée d'agir selon l'occurrence, en Suisse ou en France.

Je suppose, au reste, comme je l'ai déjà indiqué, que le gouvernement autrichien aurait assez vivement senti l'importance d'un concours unanime d'opérations, pour rassembler, en toute hâte, un gros corps d*armée sous Mantoue. Ge corps, selon le besoin, venait disputer aux Français la conquête du Milanais, on occupait l'entrée de la péninsule pour les y enfermer.

H est temps de terminer cette digression : j*aime à croire, néanmoins, qu'elle ne paraîtra point déplacée aux militaires qui ne se contentent point de savoir ce qui a été fait , mais qui veulent encore examiner et découvrir ce que l'on aurait pu faire. Telle a été mon intention personnelle , lorsque j'ai pris la plume.

J'ai laissé l'armée de Bonaparte à Mflan, Pavie et autres positions en Lombardie, pendant que des divisions françaises occupaient le val d' Aoste et celui de Suze.

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Les Autrichiens étaient sous Turin, et le mois de juin ne faisait que de commencer.

Le corps du général Duhesme investit Pizzighilone sur TAdda , et Crème fut occupée par le général Loison.

Le G juin, le général Lanncs passa le Pô avec Pavant-garde, et s'établit dans la célèbre position de Slradella. Ce mouvement était dMne haute importance, et il fut couvert par le voisinage de Pavie.

Il ne parait pas que les Autrichiens cherchèrent à s'opposer à ce passage du fleuve ; mais ils attaquèrent, après, le général Lannes à Stradella, et furent repoussés avec perte de 200 morts et 300 prisonniers. Ces Autrichiens étaient les avant-postes de l'armée du général Otto, qui arrivait de Gènes.

Les Français s'applaudirent d'avoir, par le passage du Pô et leur position de Slradella, coupé entièrement toute communication entre les Impériaux du Piémont et ceu\ du pays de Gènes. Cela était exactement vrai ; car si Mêlas commettait la faute de marcher au sud en s'éloignant de Turin , dans Tespoir de se remettre en rapport avec Mantoue et les pays héréditaires, les Français pouvaient toujours le suivre le long de la rive méridionale du Pô, et le forcer d'en venir à une bataille.

Le premier consul raisonnait juste , parce quMl connaissait à fond Tennemi auquel il avait affaire; car il n'est pas moins certain, comme je l'ai avancé plus haut, que les Impériaux possédaient, dans le Piémont et la Ligurie, tous les éléments d'une force indépendante. Une retraite sur Alexandrie était, selon les termes d'un rapport français, tout ce que Mêlas pouvait faire de pis. 11 l'a faite, cependant, cette imprudente retraite : nous l'analyvSerons plus bas.

I^s Autrichiens avaient jeté une garnison de 1*500 hommes dans le château de Milan, et 1,000 dans Pizzighilone. Ils approvisionnaient Mantoue en toute hAte.

Le général Moncey était arrivé , le 7 , de la partie du Saint-Gothard à Milan.

Le général I^ison se porta d'Orcinovi sur Brescia. Le général autrichien Laudon, qui occupait cette ville, y fut surpris, et se sauva presque seul. \Ai général Lecchi s*empara de la flottille qu'avait formée IViinenii sur le lac

Majeur, traversa PAdda, poussa jusqu'à Bergame, et prit A pièces de canon.

Le général Murât passa le Pô à Nocerra, emporta Plaisance de vive force, et (il beaucoup de prisonniers. Le 6 juin , au point du jour, parut un corps autrichien , qui voulait occuper le château de Plaisance. Le général Mural l'enveloppa, et le contraignit en cnlier à mettre bas les armes.

Les Français trouvèrent dans Plaisance Ions les magasins de l'armée impériale. Les généraux de celle-ci avaient pensé quMls élaieDt sufllsamment couverts par le Pô; cl, d'ailleurs, ils n'avaient jamais voulu croire à rînvasion annoncée avec tant de bruit par les Français. Qu'ils ont cruellement payé cel excès d'imprévoyance et d'entêtement!

liC général Murât intercepta un courrier que Mêlas expédiait à Vienne; il recueillit de ses dépèches quelques lumières qui uc furent point sans utilité.

Le général Duhesme occupa Crémone , et y trouva aussi des magasins considérables. On voit que les Autrichiens les avaient réunis dans le Milanais comme au cœur dePItalie supérieure. La rapidité avec laquelle Tannée française passa le Pô, tient véritablement da prodige.

Ce fut le 9 juin, que le général Otto rencontra les Français; il essuya l'échec le pla« sanglant. Il perdit i à 5,000 hommes en lues et prisonniers : son ]>rojet, en accourant à marches forcées, était de rétablir la communication avec Plaisance.

Il est à remarquer que les Autrichiens ne donnèrent aucune relation de ce combat; il eut fallu avouer des fautes presque inexcusables , et il semble qu'ils avaient déjà le pressentiment des désastres au-devanl desquels ils s'avançaient eux-mêmes.

Pourquoi, en effet, le général Otto livrà-l-il ce funeste combat? Ne savait-il pas qu'il avait affaire à un ennemi qu'un premier échec ne pouvait intimider, puisque toute Tannée de réserve était à portée de tomber sur lui? Voulait-il s'opposer aupassage du Pô? Mais ce fleuve était passé par les Français. Il arriva trop Uni; il devait éviter tout engagement.

Il ne fallait pas, cependant, qu'il rcslâldans sapositicm. Retourner sur ses pas vers Gènes, eût été un acte de démence, puisqu'il n*auraît

pas larde à so trouver resserré entre le corps du général Suchel et l'armée de réserve , qui aurait à tout momenl entamé son arrière-garde.

11 pouvait marcher sur sa gauche, pour se réunir à Mêlas, que je place à cette époque sous Turin. Mais je i>ense qu'il en serait résulté une trop grande concentration de forces : on en fail un usage bien mieux entendu^ en les développant si ralégiquementf c'est-à-dire, en les disposant sur deux ou trois points déterminés par Tari. D'ailleurs, Mêlas devait être assez fort par lui-même, pour agir efOcicacement, sans la jonction du général Otto.

Que devait donc faire ce dernier? Je n'bésile pas à avancer qu'il devait marcher sur sa droite. L'essentiel était de faire ce mouvement à une telle distance de l'ennemi, que celui-ci ne pût le prévenir ou le contrarier. 11 lui dérobait, au moins, la marche de la première nuit, et continuait avec toute la céleri té possible.

L'objet stratégique de sa marche devait, d'abord, être Parme. Mais, pour y parvenir, il faisait un détour; il se dirigeait, par exemple, sur Bobbio; il longeait la chaîne nord-est de TApcnnin, passant les rivières presqu'à leur source. Parvenu au Taro, il se portait alors directement sur Panne avec la tête de ses colonnes. Était-il attaqué? il se retirait dans l'Apennin. Des bois et des montagnes sont toujours favorables, en cas de retraite. Les Français étaient, sans doute, assez entreprenants pour l'y harceler : il descendait pour lors, dans la partie orientale de la rivière de Gênes, puis sur Lucques, et ainsi de suite, afin de ne pas se voir enfermé dans cette riviève. Il n'y avait nul inconvénient à abandonner Gênes à ses propres forces.

Dans le cas où le général Otto n'aurait pu atteindre Parme , et où les Français se seraient toujours portés sur le front de sa marche, la prudence lui indiquait un autre objet stratégique, situé plus à l'est et au sud, comme Reggio et Modène, ou même Bologne. J'admets que les Français se fussent perpétuellement jetés sur son chemin, chose très-possible, puisqu'ils suivaient la corde, tandis que le général Otto avait l'arc à décrire, alors, celui-ci s'enfonçait dans la péninsule de l'Italie, et se réunissait aux Napolitains.

C'est ce qui arriva effectivement, lorsqu'il fut totalement coupé de Mantoue, après avoir

fait de vains effbrts pour dépasser lé flanc gauche de l'armée française.

Tout dépendait, pour le général Otto, d'arriver à Parme avant les Français; il passait immédiatement le Pô à Bersello, puis marchait à Sabionetla et Bozolo , où il passait l'Oglio.

11 remontait la rivière Chiesa jusqu'à Ponte- Marco , gagnait Brescia , et suivait. Dès qu'il avait passé l'Oglio, il pouvait tirer ses subsistances de Mantoue. Je ne les fais monter si haut, et si près des Alpes, que pour menacer plus eiBcacement la communication des Français.

En supposant même que le général Otto n'eût pu parvenir qu'à Reggio, il se dirigeait de là sur Guastalla, passait le Pô à San-Benedetto, et gagnait Mantoue. Après s'y être reposé un jour de la marche forcée qu'il venait de faire, il suivait la route que je viens de tracer.

Je dirais plus : j'admets que les Français se fussent montrés à Reggio avant lui, 0 ne devait pas moins tenter le passage du Pô beaucoup plus bas , eût-il fallu descendre jusqu'à Ferrare. De là , il ne pouvait manquer d'atteindre Mantoue; il y opérait sa jonction avec le général Wukassowich, et se voyait les moyens d'entreprendre une puissante diversion.

Je sais parfaitement que les généraux français étaient trop éclairés pour ne pas pénétrer ce plan , et trop habiles pour n'y point apporter tous les obstacles imaginables ; mais je n'ai pas moins jugé qu'il était utile de faire voir à ceux qui étudient l'art, combien de ressources il offre dans les positions qui semblent le plus désespérées.

Il est intéressant de savoir ce que devenait Mêlas dans cette grande crise : nous allons nous occuper de lui.

On s'étonne de le voir, le 21 juin , évacuer la ville de Turin. Une colonne de l'armée de réserve, qui venait de Seltimo, y entra aussitôt.

Les Impériaux laissèrent 2 à 5,000 hommes dans la citadelle de Turin. Ils se retirèrent sur Moncalier, et prirent le chemin d'Asti. .

Conséqueroment , ils passèrent le Pô, et s'établirent sur la rive droite de ce fleuve. Hélait impossible de faire plus mal.

Asti est situé sur le Tanaro, qui coule de là vers Alexandrie. Les Autrichiens se dirigeaient donc sur cette place; c'était précisément tout ce que les Français pouvaient désirer.

HISTOIRE

On voit Mêlas prendre, à la fois, plusieui'S résolutions dictées par ce même esprit de vertige. II évacue Pignerol, Hivoli, en un mot, U)as les postes qui pouvaient couvrir ses derrières : il se détache volontairement de sa base.

Le général Turreau , ne trouvant plus rien alors devant lui , se réunit à la division Chabran, qui déboucha du val d'Aoste. Il fut aussitôt expédié de la grosse artillerie de Briançon, pour le siège de la citadelle de Turin.

Puisque les Autrichiens avaient, d^abord, montré tant d^opiniàtreté à conserver leur position sous cette ville , je n'aurais point voulu qu^ilss*en éloignassent au moment où devenait inexécutable le plan de diversion que j'ai tracé plus haut. 11 me semble quil était temps d'en concevoir un autre, adapté aux circonstances, et dont pouvait encore résulter le salut de Tarméc impériale.

Dès qu'une partie de l'armée française eut passé le Po , c'est-à-dire, vers le 10 ou 1 1 juin, les Autrichiens devaient tomber, avec la grande majorité de leurs forces, sur le général Turreau et la division Chabran.

Il était essentiel de rejeter le général Tur- Heau derrière Suzc , et la division Chabran au delà <rivrée.

IjCS Autrichiens, campés sous Turin, avaient tous leurs mouvements parfaitement libres, de|)uis que Tavant-garde française avait quitté (Ihivasso, pour se porter à l'est , vers Pavie , et ensuite au delà du Pô; parce déplacement, elle avait cesM* d'observer son ennemi, et de le tenir en échec.

Après s'être déharassés du général TurvvMiy d'une part, et s'être remis, de l'autre, en poss(*s.Mi()n du val <rAoste, les Autrichiens pouvaient aussi se dirigera Test. Il leur sufiihuil de laisser quelques troupes en observation df^vaiit Turin , ou même , de jeter dans cette place une garnison rcspctable.

Mh lors, les généraux dePEmpereurne devaient plus avoir qu'une pensée : c'était de descendre rapidement la rive gauche ou septentrionale du Pô, et de venir se poster à dos de Parmée française.

Leur manhe était tracée par Ghivasso, Ver-

' ceil . N«»varre et Milan. Pendant qu'elle s'exé-

rntiiit, le général Otto s'étendait toujours vers

In partie «irientale, comme nous l'avons vu

plus haut. L'armée française se voyait par là menacée sur ses deux flancs à la fois.

Il ne s*agit point ici de prendre de ces positions où l'on ne veut qu'attendre Pattaque de l'ennemi; il fallait attaquer soi-même, et le plus vivement possible ; il fallait entreprendre hardiment de rejeter les Français eux-mêmes sur la défensive. Ils cherchaient à couper les communications des Autrichiens ; ceux-ci devaient donc chercher à couper la leur. C'est un principe général et reconnu: dès que Pennemi manœuvre contre vos communications, manoeuvrez aussitôt contre les siennes. 11 est évident que vous ne pouvez lui faire un mal plus sensible, qu'en vous portant où il n*est pas.

Bonaparte, me dira-t-on, ne pou vait-il point aller, avec toutes ses forces, au-devant de Hélas? N'était-il point présumablequ*il le battrait, selon sa coutume? Certes, les chances n'élaieol point pour le général autrichien , mais celui-ci n'avait-il pas la liberté d'éviter une action générale? La Lombardie est un pays fort coupé, surtout en se rapprochant des montagnes; avec quelques talents. Mêlas pouvait réduire le choc des deux années à une chaîne d'affaires de postes; et ce n'est point là une bataille.

Les Autrichiens étaient , sinon supérieurs, du moins égaux en nombre aux Français; de plus, ils avaient une base de places fortes: leurs ennemis étaient privés de cet immense avantage.

Mêlas était dans une position à se promettre les plus heureux résultats, s*il avait su teroiNh riser. Que devenaient les Français, une fois leurs magasins épuisés? Ils ne pouvaient espé* rer de rien tirer de l'autre côte des montagnes, dont les Autrichiens devaient sans cesse tendre à se rapprocher.

Je ne vois point pour eux de position pins favorable que celle de Novarre , où je place h force principale, en faisant directement front à Milan. Je pousse de là un corps vers Gallerato; celui-ci détache surCome» et ainsi de suite. 11 est essentiel que, pendant ce temps, le général Otto se tienne au sud ou à Pest, dans les environs de Monza, et que Mêlas suive directement les Français, dis qu'ils ont pédétré jusqu'à Milan.

Les Autrichiens étaient appuyés dans ces opérations sur une base suffisante , car on pouvait, sous le rapport stratégique, les considérer

DE LA CAMPAGNE DE iSOO.

comme formant une armée piémontaise. Cette base reposait sur Turin ^ Asti, Alexandrie, Valence, Torlone et Voghera. Le triangle d'opérations des Autrichiens était un triangle obtusangle, dont Fangle objectif (i) était de plus de 90 degrés. De Tortone à Turin , la base n*était point convexe; c'était une ligne droite : quant aux Français, je ne leur vois pointdc base.

Il est d'autant plus à s'étonner que les Impériaux n'aient point embrassé ce parti, el niaient même fait aucune démonstration de ce genre, qu'il ne s'agissait que de marcher droit devant eux, selon leur antique usage.

Loin de là, ils abandonnèrent volontairement leurs places fortes, qu'ils auraient pu vendre si cher à l'ennemi. Ils marchèrent sur Alexandrie , et par là donnèrent une base aux Français, qui se hâtèrent d'occuper Turin et les autres forteresses à leur convenance. L'histoire offre peu d'exemples de fautes aussi graves que celles de Mêlas en cette terrible crise. Je ne puis m'empècher d'observer encore, que c'est ici la lutte delà médiocrité contre le génie.

Les Autrichiens étaient donc arrivés jusqu'à Alexandrie, comme je viens de le dire. Le 9 juin, après le combat de Montebello ou Casteggio, où le général Otto fut battu, l'armée française se mit en marche, pour passer la Scrivia. L'avant-garde, sous les ordres du général Gardanne, rencontra un corps ennemi qui défendait les approches de la Bormida, et trois ponls jetés sur cette rivière, dans les environs d'Alexandrie. Les Autrichiens furent culbutés, et abandonnèrent 2 pièces de canon.

Cependant Mêlas avait été considérablement renforcé, le i l , par les corps de lladdick el de Kaim. Apn\s le passa j,e de la Scrivia par les F>ançais, passage qui ne fut point disputé, Mêlas rassembla toutes ses forces derrière la Bormida.

liC 15 juin, il passale Tanaro, et campa, en avant d'Alexandrie, entre le Tanaro et la Bormida.

Le même jour, la division Chabran, stationnée jusqu'alors dans le val d'Aoste, et présentement réunie à la grande armée, côtoya le Pô jusqu'en face de Valence, pour s'opposer à ce que les Autrichiens passassent le fleuve. Ce

(i ) Esprit dû système de guerre moderne , i** part . , sect. V.

passage aurait été singulièrement dangereux pour les Français , qui se voyaient exposés à perdre leurs communications, si leur ennemi parvenait à s'établir sur la rive septentrionale.

Le général Mêlas commença ses opérations soqs Alexandrie, en se laissant enfermer entre la Bormida et le Pô. Il lui restait, à la vérité, une retraite par Alexandrie, mais elle pouvait devenir d'une difficulté extrême. La division Chabran, en passant le Pô, prenait Mêlas à dos ; et l'armée de Bonaparle , arrivée sur la Bormida , jetait son aile gauche sur le flanc droit des Autrichiens, et passait le Tanaro. Par cette manœuvre , l'armée impériale se trouvait totalement investie. *

Le général Mêlas sentit, enfin, la position désespérée où l'avait jeté une suite fatale de fausses mesures et de vues étroites : il prit la louable résolution d'en sortir par un coup d'éclat, et la bataille fut résolue.

Le 14 juin (25 prairial), au point du jour, l'armée autrichienne passa la Bormida sur trob ponts. Elles se forma sur trois lignes : en arrière de l'aile droite, et, pour la couvrir, fut placée une réserve , chargée de veiller sur le chemin de Novi , où le général Suchet s'était fait voir.

La première ligne, commandée parlecomte de Haddick, attaqua l'avant-garde française près de Marengo. La seconde et la troisième défilèrent très-judicieusement sur Fregarolo et Sale.

Le général Victor soutint l'avant-garde avec sa division. Son centre occupa le village de Marengo; sa gauche vint s'appuyer à la Bormida. A la droite de Marengo, était le général Lannes. Le tout était formé de deux lignes d'infanterie, dont les ailes étaient couvertes par de gros corps de cavalerie.

Les seconde et troisième lignes des Impériaux , qui défilaient de droite et de gauche derrière la première, par des mardiesde flanc, menaçaient de tourner le général Victor sor ses deux ailes, pendant qu'il avait à soutenir de front le feu terrible d'une artillerie de 100 pièces de U. Il était instant de lui donner du secours. Le général Berthier fait avancer la cavalerie de réserve et le corps du général Desaix. Bonaparte se montre au milieu du fea ; les deux armées sont à la portée du mousquet. Les Impériaux sont supérieurs en artillerie; les

HISTOIRE

FraDçais mî forment et se déploient sous une grêle de mitraille.

Cep^rridâiil la colonne de droite des Aulricfaieci') lori;;eail la Bormida; celle de gauchi' se jfortail Mir Laslel-Ceriolu. Deui cenls hommes d'une bri{^adede cavalerie française furent commandé*» \9fmT ob^er\er la promière; le reste boutint l'aile gauche. L'avanl-garde, sous le général (jardaune, fut obligée à un mouvement rélrrigrade. Cet officier l'exécuta, en refusant sa droite, i>eudant qu'il appuyait sa gauche à la Ikirmida.

Il |>arait qu'il vint se porter en potence en avant de Marengo, menaçant le flanc de la colonne autrichienne, qui se portait à l'attaque de ce posti*. Celle colonne fut arrêtée quel- €|ues instants |iar la mouMiueteric du général Lannes; mais elle rey ut du renfort, et continua à s'avancer.

lAi général Kellermann soutenait Tailc gauche avec sa brigade de cavalerie. 11 se lit quelques charges, mais elles ne furent que partielles. Le centre des Autrichiens avait pénétré juM|uc dans Marcngo.

ÏÀi général Lannes, posté à la droite de ce village, se vit promptement attaqué. Son infanterie repoussa la cavalerie autrichienne.

Marengo étant pris, le général Victor crut devoir donner Tordre de se replier surla réserve. Le général Lannes se trouva , dans ce moment, entouré et pressé par une force inOniment supérieure, l'ne brigade de dragons, commandée par le général (^hampeaux, tomba vivement sur les Autrichiens, et le dégagea, lionaparte se porta lui-même ù la division du général lannes, pour ralentir la retraite, et rétablir le combat, juscpfà ce que la réserve du général l)esai\ fut arrivée. Les Fran^rais, se retirant en échiquier, défendaient le terrain pied à pied.

Une nombreuse cavalerie autrichienne, traînant avec elle plusieurs batteries d*artillerie légère, voulut, en se déployant dans la plaine de Saint-Julien, tourner Taile droitcdcs Français. Les grenadiers de la garde consulaire s'avancèrent pour soutenir cette aile; ils essuyèrent et repoussèrent trois charges consécutives de la cavalerie ennemie. La division Mounier arriva presque aussitôt à l'aile droite. Deux demi-brigades furent dirigées vers Ceriolo. Dans ce village, était postée de l'infanterie

autrichienne, destinée à couvrir le flanc ganohe de la cavalerie. Le« deux demi-brigades, obli£r(''€rs de déGler devant celle cavalerie, en furent attaquées, mais elles gardèrent leurs rangs, marchèrent à Caslel-Ceriolo, et remportèrent de vive force- Pendant ce temps, le centre derannéefraih çaise à Marengo, et Faile gauche, commençaient à plier. La cavalerie autrichienne de l'aile gauche se porta au galop sur la droite, ce qui augmenta le désordre dans la retraite de la ligne française.

Alors toute la ligne des Autrichiens s^avaoçi. précédée d'un feu effroyable d^arlillerie de gros calibre. Les Français se virent contrainb d'évacuer le village de Ceriolo. Us s'en retirèrent, néanmoins, avec ordre, soutinrent intrépidement des charges de cavalerie, et ppdèrent, autant que possible» leur ensemUr avec le reste de la ligne, l^cs chemins étaient couverts de blessés et d^ëgarés. La bataille semblait perdue pour la France.

La résene, sous le général Desaix, ëtiil formée sur deux lignes, dans la plaine et près le village de Saint-Julien. Son aile droite était appuyée d'une batterie de iâ canons, et si gauche par la cavalerie du général Kellermann. Sur le front, étaient réparties 8 pièces d^artillerie légère, et, sur les ailes, â bataillons en colonne serrée, d'après les principes de Folard. Le premier consul parcourait les rangs, et rétablissait Tordre. On laissa approcher les Autrichiens à la portée du fusil; onlesaccuôilit avec un feu terrible, auquel ils répondirent non moins vivement. Il était environ 4 heures après midi.

Le général Dcsaix, à la tète de la 9^ denùbrigadc légère, avança sur Tenncmi , la haîonnette basse. La division Boudct lit le même mouvement à Tailc droite : toute la ligne se porta sur les Autrichiens, au pas de charge. < Ce fut dans ce moment que le général Desaii fut atteint d'une balle, et tomba mort.

Bientôt Finfanlerie autrichienne commençi à plier, et Tartilleric à tirer en retraite ; taxà^ dès que la seconde ligne eut reçu la première^ toutes deux semblèrent vouloir tenir ferme, et même reprendi*e rolfcnsifiniais, à l'instant, le général Kellermann fit une charge rapide avec 800 chevaux, enfonça tout ce qui se pr^ senta devant lui, et enveloppa C,000 hommes

41 ft

qui mirent bas les armes. Parmi eux se irouvaienl le général Zacb, chef de rélal-major, le général Sainl-Julien , et une foule d'officiers supérieurs.

Unotroisièmçligned'infanterie autrichienne, soutenue de cavalerie et d*artillcrie, couvrait la retraite. Le général Lannes se porta sur elle avec la division Boudet el la garde consulaire. Le général Marmont» avec une batterie, appuya raltacpie. Les Autrichiens furent poussés en désordre sur les ponts de la Bormida : l'obscurité protégea leur fuite.

Voilà les principales circonstances, les faits les plus remarquables de cette journée à jamais fameuse. Le sort de la France, celui de TEurope, j'oserais dire les destins de Thumanité, y étaient attachés.

J'ai extrait des divers rapports français et autrichiens la relation que l'on vient de lire. J'ai suivi, pour parvenir à la vérité, la marche judicieuse tracée par le général Lloyd. Les deux partis se sont reproché des fautes mutuelles. Les Autrichiens, irrités ou confus de leur défaite, n'ont rien négligé pour en rejeter Tunique cause sur un hasard aveugle, qui a déjoué toutes leurs conceptions les plus sages, pour faire triompher un ennemi dont la marche n'avait point été calculée sur les principes ordinaires. Dans ses conseils, comme dans ses camps, TAutriche avait décidé que Bonaparte; n« . passerait point les Alpes ; quand il les eut franchies, elle décida qu'il trouverait son tombeau dans l'Italie; lorsqu'elle eut succombé sous son génie et ses armes, elle décida encore qu'il n'aurait point dû vaincre.

Les Français, autorisés, du moins par le succès, à prononcer, ont attribué la défaite de leur ennemi à son extrême imprévoyance, à la lenteur de ses mouvements, à l'incertitude de ses résolut ions. Us ont, au reste, rendu une justice éclatante à sa valeur, et par cet aveu, honorable pour les uns et les autres , les Français font voir quels sont leurs titres à la gloire, puisqu'ils ont triomphé des Autrichiens, distingués par une opiniâtre résistance de IGheures.

C'est dans le rapport même du général Mêlas, que nous pourrons apercevoir les fautes principales qui ont amené la fatale catastrophe dont nous le voyons frappé en cet instant.

t Le 15 juin, dit ce rapport officiel , tojile » Tannée impériale passa le Tanaro » .

Ce passage était on ne saurait plus mal vu : il est toujours dangereux d*avoir à dos une rivière coasidérable , quand on livre une bataille en avant de cette rivière. Les Autrichiens poo^ vaient remonter le Tanaro jusqu'aux environs d'Asti, pour déterminer les Français à s'éloigner du Pô. Celte manœuvre réussissant, ils revenaient sur leurs pas, et passaient le Pô, car il s'agissait avant tout de s'établir sur la rive septentrionale de ce fleuve; il était possible alors qu'ils pénétrassent jusqu'à Pavie et à Milan, et qu'ils y recouvrassent leurs magasins. Les Français, à la vérité, avaient un corps sur cette même rive, el auraient disputé le passage; mais les Autrichiens avaient une grande supériorité de nombre, et, en donnant de l'inquiétude sur un point , passaient sur un autre.

Ce fut par un semblable passage du Pô, que le maréchal de Maillebois se tira d'une position critique, en 1746.

c L'armée impériale, continue le rapport,

> vint camper en avant d'Alexandrie , entre la

> Bormida et le Tanaro. >

C'est-à-dire, que l'armée impériale vint se faire étroitement investir. Ce camp, sous Alexandrie, offre quelque ressemblance avec la position de Conlades à la bataille de Minden, en 1759. Un camp, en avant d'une forteresse, ne vaut jamais un camp derrière cette place.

Après cette faute capitale, il ne me reste plus à faire qu'une observation, que je crois également d'une haute importance.

Que Ton jette les yeux sur la carte , on s'étonnera que les Autrichiens n'aient point détaché un corps au delà de la Bormida , entre celte rivière et la Scrivia , sur le flanc gauche des Français. Pendant ce temps, il eût fallu attaquer vivement de front; l'ennemi se trouvait tourné , et rejeté sur le Pô.

Mais les généraux de l'Empereur n'avaient fait, pour ainsi dire, aucune des disposilûins qui devaient leur assurer la victoire, ou rendre, du moins, leur défaite moins désastreuse : a|Nrès un an de succès brillants, ils se virent réduits, en un jour, à recevoir la loi qu'il plataaTimqueur de leur imposer.

\je lendemain de la terrible et décisive journée de Marengo , Mêlas fit demander aux avantpostes français la permission d'envoyer le I général Skal auprès du premier consul. La

HISTOIRE

convcDtion fut conclue el signée dans la même nuit.

Je me conlenterai d'en rapporler les principaux articles : On convint d'un armistice, jusqu'à la réponse de la cour de Vienne.

L'armée impériale s'engagea à se retirer derrière la ligne qui, lors du traité de Gampo- Formio , avait été assignée pour frontière à la république Cisalpine. Ferrare restait seule aux Autrichiens sur la rive droite du Pô.

L'armée française se réserva le pays situé entre la Chiesa , TOglio et le Pô.

L'espace compris entre le Mincio et la Chiesa ne devait être occupé par aucune des deux armées.

Les forteresses de Tortone , Alexandrie , Milan, Turin, Pizzighitone, Arona, Plaisance, Coni, Céva, Savone, le fort Urbain et la ville deCénes, devaient être au pouvoir des Français avant le 25 juin.

Telle était la substance de cette célèbre convention de Marengo, par laquelle les Autrichiens terminèrent une campagne, où ils perdirent plus qu'ils n'avaient gagné dans la précédente.

Toute cette campagne est une suite de prodiges; elle offre dans son ensemble le résultat de causes inconnues , j'oserai même dire surnaturelles. Où trouver ailleurs l'exemple d'une expédition militaire, dans laquelle fut ponctuellement exécuté tout ce qui avait été résolu dans le cabinet? La célérité avec laquelle furent opérées de si grandes choses, tient vraiment du merveilleux. Les opérations du premier consul commencèrent le 18 mai; elles étaient terminées le 15 juin.

Bonaparte avait annoncé, dès Thiver, qu'il arracherait Tltalie à un ennemi, dont la corruption et rimpiritie du directoire avaient préparé les succès. Il fit tout ce qu'il avait promis, il le fit en moins de temps qu'il ne semblait donné à un homme de le faire. Ce qui eût été ostentation chez tout autre, n'était chez lui que le résultat du sentiment de ses forces, et de l'immense ascendant de son génie sur celui de ses adversaires.

On ne peut trop faire remarquer, pour Tinstruction des chefs et des peuples, combien il est imprudent et funeste de dédaigner les me-

naces d'un ennemi puissant, parce quMl veut employer des voies inconnues. L'homme médiocre regarde comme chimérique ce que l'homme supérieur regaitle comme un moyen assuré de triompher.

Malheur à tout empire gouverné par ces êtres dégradés , en qui se rassemblent à la fois l'arrogance et la faiblesse ! Ils bravent leur ennemi, l'insultent, l'irritent; il parait, et ils tombent à ses pieds. L'histoire ancienne nous offre de mémorables exemples: Darius, enorgueilli de ses immenses richesses, de ses innombrables troupes , faisant de vains efforts pour résister au jeune Alexandre, qu'il avait méprisé , tombant sous ses coups avec son vaste empire; Carthage, dominatrice des mers, qoi croyait faire trembler Rome, et que Rome anéantit.

Je pourrais multiplier les citations : je passe rapidement à l'histoire moderne. Harold,r^ tranché derrière l'Océan , bravait Guillaume le Conquérant : Guillaume passe la mer, défait et tue Harold, et règne à sa place. L'empereur Ferdinand II affectait un insensé mépris pour Gustave- Adolphe, qu'il voyait séparé de loi par la Baltique et de vastes contrées : GustafC traverse cette mer, tombe sur l'Allemagne, donne partout la loi, et aurait été la dicter i Ferdinand consterné, jusque dans Vienne, sam le coup imprévu qui termina ses jours.

A ces faits, dignes d'occuper fréquemmeit le souvenir de l'homme d'état ei du ^errier, vient naturellement se joindre l'histoire de h campagne que nous terminons ici. Je ne pub m'en retracer les merveilleuses circonstances, sans me sentir ramené à une réflexion que j*ai déjà essayé d'exprimer. La superstition ni Tenthousiasme n'égarent ma plume: mais il m'eA impossible d'airêter ma pensée sur un telcoacours d'événements extraordinaires, sans ne persuader qu'il est des époques marquées pir une providence impénétrable, pour opérer de grands changements sur la terre. Cette pagne miraculeuse , que je nommerai la pagne de Marengo, me semble devoir être miit au rang de ces immortelles époques.

Nous allons repasser en Allemagne» pootf compléter l'histoire de la guerre de la révohtion.

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