‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 79 sur 87 · CAMPAGNE D'ITALIE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE D'ITALIE

J«t |vas8e maintenant à riibtoire de la plus luêiuorable de toutes le» campagnes des temps nuKierues; d une campagne qui, en moins d'un moÎH« a dé^'idê du destin de la révolution franvaite, et, iHm!kV|uenunent , de celui de Vhumauiti^ en Kun^pe.

N\HW y remarquemns , d'un eiNté , les lumi^n'!« le» plus tVlalantes; de l'autre, l'a- \eu|;lemeul le plus pn^fond : nous y verrons l*iilli<iu(^« im^istible de la hardiesse et de la |u*\ideiice«

t*o que nous n\*siotts crt>ire, sur la foi des hiKtorieus. du passage d\\nnil>al à travers les Mpo!* » se Irtuive rt^alist^ surpassé, sous nos >vu\» par U mart*be de Bonaparte, qui fran- %A\i\ ses elfta\aMtesl»arri^res avec sa cavalerie, '«ou artillerie et w*s Imgages.

\\\\ haut des uuinls. il fond sur ritalîe, la ï«nl\)ugue, y iVlaldit la fortune de la France, el I elt^\e i^ un degrt^ de gloire inconnu. Qui ^uuAi^ depuistlesar.eut autant de droits adiré «^%uuue lui î W'Hi • vùii . vici?

Nmn le rapport pureuuMit militaire, cette rxiw|m|iue !«e distingue par des traits qui ne pe^iuetteul de ra^tHiuiiler i\ aucune autre. On \ ^^tv\ev\e d^x^ uu»u\emeulssi neufs, qu'on peut ou d^sluuv de uouuMUx priuoi|H»s de guerre.

le S uwi \\^ rtxUtMh. liouaparte arriva à

Genève, après avoir recueilli, sur sa roule, les témoignages non équivoques de la confiance qu'avaient inspirée les heureux débats de soi administration. Il eut soin de faire Toir aa peuple, comme aux années, qu'il fallaiiooaquérir la paix, puisque les ennemis de h France s'y refusaient: jamais on ne sut donMr à Tardeur martiale un mobile plus noble, « but plus glorieux.

Nous ne dédaignerons pas de remirqMr que, dès que Bonaparte quitta Paris, toolM les bouches, tontes les papiers, annonoèiert qu'avant la fin du mois Userait dans les plainei de la Lombardie, et peut-être dans Milan. lM Autrichiens affectèrent de sourire en entendai ces prédictions : quelques jours s'fconlèvMt, elles étaient toutes accomplies.

Sylla et César aimaient beaucoup que Pas crût il leur bonheur, à leur foriune : je ne Toii rien dans l'histoire de ces deux hommes exln* ordinaires, qui soit aussi surprenant qae celle série d'événements miraculeux, entasisës daM six ans de la vie du héros de la France. U providence protège l'homme qu^elle a dioU pour l'instrument de ses grands desseins; Il providence a dirigé cette campagne d'Italie, qui, sans cela, demeure inexplicable. Ceci n'est point une phrase de déclamatcur enthos*

siaste : je m'attacherai» par la suite, à le démontrer.

Le 42 mai, Bonaparte se mit en marche de Genève vers Lausanne : c'est là qu'il passa en revue une partie de Tarmée de réserve. Je remarque , comme un article qui ne peut être indifTcrcnt à un militaire qui étudie son métier jusque dans les moindres détails, qu'on envoya de Grenoble une grande quantité de biscuit pour l'armée. Les Français se contentent de cette nourriture, dans Toc^casion : pourquoi ne l'a-t-on jamais essayée dans nos armées allemandes? Le soldat, qui ne peut porter communément de pain que pour trois jours , pourrait se charger de biscuit pour neuf. Au lieu d'un approvisionnement de pain pour six jours , les fourgons pourraient prendre du biscuit pour un mois ou peut-être plus. Quelles nouvelles, quelles étonnantes facultés n*en retirerait pas une armée, pour effectuer des marches, des mouvements, trop souvent entravés par la diiBcuUé des convois, dont le besoin est sans cesse renaissant! Les frais, l'embarras d'une boulangerie de campagne, n'existeraient plus, puisque le biscuit, ayant l'avantage de se conserver, se trouverait tout préparé dans les magasins.

De Lausanne , le général Bonaparte fit avancer aussitôt Tarmée de réserve vers les frontières d'Italie. Les troupes qui avaient quitté Dijon les dernières, formaient l'arrière-garde; et il resta dans cette Tille quelques généraux pour présider à l'organisation des conscrits, à mesure qu'ils y arrivaient, et les envoyer rejoindre l'armée.

Nous laissons cette armée aux pieds des Alpes, pour nous occuper de ce qui n'occupait que trop les Autrichiens à celte époque : leurs opérations dans le pays de Gènes.

Le général Mêlas avait abandonné au général Otto le commandement du corps de Uocus devant Gènes, et, avec le reste des troupes, il se mit en marche sur Yado, afin d'agir de concert avec le général Elsnitz, et de rejeter le général Suchet sur Nice. Celui-ci , par là, se serait vu dans l'impuissance absolue de porter le moindre secours à Gènes ou à Savone. Les Autrichiens avaient déjà ouvert une batterie contre la citadelle de cette dernière place.

Le 26 avril ( 6 floréal ) , les Français abandonnèrent San-Giovanni di Marialto , et se reti-

rèrent jusque derrière Calessano. Alors S brigades autrichiennes trouvèrent la facilité de s'avancer jusque sur le mont Maglia, et de se réunir au corps d'Elsnitz , qui était à San-Giacomo. Le général Gorrup occupa le mont San- Giovanni.

Par l'approche des renforts qu'amenait le général Mêlas, les Français furent contraints de lever en hâte le blocus du château de Finale. Le général Lattermann s'empara de l'excellente position de la Capra Zoppa , après que les Français eurent évacué aussi les ouvrages de Saint-Pantalon.

Le général Gorrup, en débouchant par les défilés de Céva , prenait les Français à revers. En conséquence, ils quittèrent aussi la position de Sette Pani et de Torre di Melaguo, et se retirèrent entre Capo Santo-Spirito et les hauteurs de Zuccarello.

Le général Elsnitz s'avança, alors, en deux colonnes, pour occuper les postes que venait d'abandonner l'ennemi, et se mettre en jonction avec le général Lattermann par Capra Zoppa. En même temps, le général Gorrup, avec une troisième colonne, se porta sur Santo- Bemardo, et rendit extrêmement difficile la retraite des Français, rejetés au delà de Bardinetto.

On ne peut refuser de légitimes éloges à cette habile manœuvre des impériaux. Pour l'observateur, qui ne s'attache qu'à la chose même , afin d'en faire la base de ses jugements, il importerait peu de savoir quel en fut l'auteur; mais on se rappellera que la voix publique en fit honneur au général Zach, chef de l'état-major.

Ces mouTements démontrent l'excellenoe de toute entreprise sur le flanc ou à dos de l'ennemi; de plus, que celui qui est maître de la montagne le sera bientôt de la yallée. Il était absolument impossible que les Français se maintinssent en possession de la rivière de Gênes, tant que les Autrichiens étaient maîtres des montagnes et des places fortes du Piémont, et se servaient de cet immense avantage poor agir offensivement.

C'est d'après cette considération que Bcmaparte^ en 4796 (an iv), n'entreprit sa brillante campagne qu'après Vétre assuré de tout le Piémont. La rivière de Gênes doit être considérée comme une vallée étroite, entre la

HISTOIRE

chaîne de montagnes et la mer Méditerranée; elle est elle-même coupée par des hauteurs. Un terrain aussi circonscrit ne peut fournir en aucune façon à la subsistance d'une armée; il faut donc tirer ses vivres de France , ou par mer. Quand Tennemi y domine, comme les Anglais dans cette guerre, quel danger ne court pas une armée française qui voit Tennemi réunir tous ses efforts contre son flanc gauche, pour l'isoler entièrement. Celte armée est alors dans la position de celle qui , d'après une ligne d'opérations sans base, agirait dans le pays de rennenii^ en partant d'un point unique. Ici, ce point est Nice. Pour de plus amples éclaircissements, je renvoie à mon premier ouvrage, oîi ce sujet est traité avec détail (i).

Si j'avais besoin de faits pour appuyer mon assertion, je ferais remarquer que, malgré l'iiabileté de ses chefs, l'armée française a été coupée dans la nvière de Gènes , et que Masséna , après la défense la plus opiniâtre , a été réduit à se rendre. Ce qui est arrivé depuis, par suite de la bataille de Marengo, sort de la thèse actuelle 9 et n'en peut conséquemment infirmer en rien la vérité.

Près de Gènes , le général Otto s'empara du poste de Rivarello di Sotto , et des deux ouvrages fermés, nommés t due Fralelli. Le général I^ttermann s'avança jusqu'à Borsi et Pietra, et étendit ses avant-postes vers Loano. Le général Elsnitz se porta sur Monte-Nuovo, Giuslenice et Monte-Calvo. En même temps, le général Gorrup fit une attaque sur les avantpostes français à Rocca-Barbena, et les repoussa jus<{u'à Monte-Ligno.

Ces endroits ne se trouvent point sur toutes les cartes; du moins elles n'en offrent qu'une partie. Ainsi , celui qui n'a point dans la tète la théorie de cette manœuvre , ne pourra point s'en faire une idée distincte : au contraire , s'il en a l'esprit , il lui sera très-facile de se la représenter dans tous ses mouvements. Son but fixe et constant était de rejeter les Français sur INice, en tournant continuellement leur flanc gauche. Il fut parfaitement atteint, parce que les Aulrichiens étaient maîtres des places fortes derrière les montagnes, et des principales gorges ou passages.

(i) Esprit du tysirmcde guerre moderne . i" part., srrl. \ et VI.

Les Impériaux mirent tant d*ardeur et de constance dans cette entreprise, qu'ils fermèrent les yeux sur l'orage prêt à fondre sur eax du haut des Alpes. II est vrai que l'armée de réserve pouvait être destinée contre l'Allemagne ou contre le Tyrol ; il est vrai que l'annonce journalière de tous les papiers-nouvelles de Paris, pouvait être considérée comme cherchant à égarer l'opinion plutôt qu'à la diriger; mais enfin , c'était aux Autrichiens à ne rien négliger pour parvenir à la découverte de h vérité.

Ce n'est pas, au reste, que Ton puisse les blâmer d'avoir attaché tant d'importance à h prise de Gènes : cette place seule leur manquait pour pouvoir étendre» sans obstacle, leur flanc gauche jusqu'à la mer, et se mettra à portée de communiquer librement avec les Anglais, soit pour leurs moyens de subsistance , soit pour la combinaison des opérations militaires. Du moment où elle était en leur pouvoir, ils n'avaient plus d'ennemis que sur leur front. Qui se croira donc en droit de reprocher au général Mêlas de n'avoir point renoncé à toute entreprise sur Gênes, pour se porter avec toutes ses forces aux pieds ou sv le sommet des Alpes?

Pouvait- il abandonner une carrière qn'il venait de s'ouvrir avec tant d'éclat , pour aller se jeter dans la position la plus critique. II se voyait, dès lors, entre deux feux. Masséna, réuni de nouveau à Suchet, aurait entrepris à tout instant sur ses derrières, pendant que l'armée de réserve se serait précipitée sur InL Il se trouvait exposé à évacuer toute la Lon* hardie sans coup férir, abandonnant les places du Piémont à leurs propres forces.

Je le répète donc : jusqu'après la bataille de Marengo, il n'y avait rien de perdu poorhs Autrichiens. Avant la fatale et incoinprêkisible convention qui suivit cette journée, m ne peut nier que leur campagne ne fût aiMï glorieuse en lulie qu'elle était blâmable H désastreuse en Allemagne. Tant que le général Zach resU à la tête de Tétat-major, rien k portait à désespérer du succès : du moment que cet excellent officier tomba dans les maini des Français , la fortune abandonna les Impê^ riaux.

Revenons aux opérations. Le général ElsniU poussa jusqu'à Monte-Gaole , et par l'occuni-

DE LA CAMPAGNE DE iSOO.

lion de ce poslc, la position de renneini à Gapo San-Spirito fut cniièrcmenl tournée. En conséquence, les Français Tévacuèrehl-le 3, de grand malin, en toule îiâte. Se trouvant alors rejetés de leur aile gauche sur le chemin de la côte, ils se virent contraints à se relirer sur Alassio.

Quoique le général autrichien ne put détacher que do petits corps à la poursuite des Français jusqu'à Langueglia, parce que ses trois colonnes des montagnes furent considérablement relardées dans leur marche par les mauvais chemins, ils ne continuèrent pas moins leur retraite. Le général Mêlas établit son quartier général à Albenga.

Le % les Français firent, avec 3,000 hommes, une sortie de Gènes sur le point de la CorO' tiata , pendant qu^une violente cannonnade fut entretenue par la place contre les autres divisions du corps de blocus. L'attaque fut des plus chaudes : les régiments de Splény et de Nadasti furent culbutés; mais des renforts successifs ne tardèrent pas à rétablir le combat, et le blocus fut continué avec une nouvelle ardeur.

Le 7, le général Elsnitz, s^vec trois colonnes, attaqua les Français à Mackio dette Piètre. Ceuxci se replièrent, après avoir fait une défense qui leur coûta beaucoup de monde. Le général Elsnitz se hàla aussi de déloger Tennemi de Monte-Grande.

Pendant ce temps, le général Lattermann déboucha de sa position de Bolo, attaqua les Français avec le bataillon de grenadiers de Paar, les débusqua de Capo di Berta , qu'ils occupaient en face de lui , et les contraignit à se replier jusqu a Poggio par Oneille et Port- Maurice.

Le 8 , le général Lattermann prit poste k Poggio , en tirant vers San-Remo.

Le 6 , le général Knesewich avait attaqué les Français au Col-de-Tende, et les avait fait poursui\Te jusqu'à Saorgip, par son avantgarde. Ce succès rendit les Imf^ériaux maîtres d'un poste qui flanquait tous ceux des Français en avant de Nice.

I^ général Lattermann occupa alors la fiosition de Ci ma di Battina. Le général Elsnitz reçut Tordre d'avancer par Dolce-Acqtia sur la Uoja , et d'y former le centime avec son corps, tandis que le général Gorrup, réuni au général Knesewich, formait Taile droite à Breglio. 1^

général Mêlas transféra son quartier -général à Bordighera, et détacha quelques partis vers Nice : en même temps, des frégates anglaises parurent devant ce port.

Le général Mêlas fit retrancher la position de la Roja : elle était extrêmement importante « en ce qu'elle fermait aux Français Taccès de la rivière de Gênes. Les généraux autrichiens mirent dans Toccupation de cette position une activité digne d'éloges. Les généraux Knesewich et Gorrup occupaient le Col de Brois et Sospello, et firent des démonstrations dans la vallée de Saint-Martin. Le fort de Vintimille était encore au pouvoir des Français.

Le 13 mai, Masséna fit , avec toute la garnison de Gênes, une attaque générale sur le corps du général Hohenzollern : le combat dura sept heures. Enfin , après les plus grands efforts , les Français regagnèrent la ville.

Le général Mêlas, dans sa position sur la Roja, voyait avec peine les Français à Vintimille. 11 donna ordre au général Lattermann d'en tenter Tassaut. Quand 1^ dispositions en furent faites, les Français, hors d'état de te* nir, se rendirent au nombre de 6 olBciers et iOO hommes.

C'est ainsi que tout prospérait pour les Autrichiens, bien éloignés , sans doute, de prévoir les malheurs suspendus sur leurs têtes.

La faiblesse du général Suchet, et le peu d'utilité d'une position avancée, que l'on ne pouvait d'ailleurs plus maintenir, le déterminèrent à se retirer derrière le Var , qui faisait autrefois la frontière de France dans cette partie. Le général Gorrup, qui le suivait pas à pas, entra bientôt dans Nice. «

Le général Mêlas ne discontinua cependant point de faire travailler aux retranchements de la Roja, pour en tirer avantage en cas de retraite; mais il se porta sur le Var avec toutes ses troupes, et détacha les généraux Knesewich et Gorrup par le Col-de-Tende, pour renforcer le général Kaim, en Piémont.

Bientôt, alarmé lui-même par le bruit du passage des iVlpes par les Français, il abandonna au général Elanits le commandement du corps sur le Var, et se dirigea, en perapnne, vers le Piémont.

Je Tai dit : la conduite des Autrichiens en Italie ne peut être blâmée; je crois, néanmoins, qu'ils auraient pu faire mieux encore, puisqu'ils

riO

par ratlilude défensive des Autrichiens^ les Français redevinrent eux-mêmes les assaillants. En vain nrallégucra-t-on que la retraite de Provence eût été diflicile; ce cdlé de la France est totalement dépourvu de places fortes. Mais on perdit un temps précieux; et du moment où Mêlas se vit contraint de |>asser les montagnes pour aller au-<levant de Tannée de Uonaparle, il ne fut plus {)ossible de songer à aucune entreprise. Cependant nous voyons les Autrichiens, alfaiblis par les grands détachements qu'ils avaient envoyés en IMémont, s^opiniâtrer en(*ore à ce passage du Yar. Le moment favorable n'existait plus |K)ureux.

ïji i2G mai y le général Elsnitz attaqua de nouveau la tête de pont; il resta plusieurs heures devant les ouvrages; des vaisseaux anglais joignirent leur feu a celui de rartilleric autrichienne, mais le tout en vain : les Français se maintinrent dans leur poste, et tuèrent beaucoup de monde à l'ennemi. On ne conçoit guère pourquoi les Autrichiens ne cherchèrent pas à se frayer un passage en remontant le Var ; ils tournaient la position des Français, et les forçaient à abandonner les bords du fleuve, de peur de se voir acculés à la mer.

Mais, le 20, les Français, considérablement renforcés par le général Saint-llilaire, attaquèrent et emportèrent Nice. Les Autrichiens y laissèrent des prisonniers, des munitions, du canon. Leur retraite se Gt partie par le (iolde-Tende, partie vers le territoire génois, le long de la Méditerranée : cette retraite était excentrique, et, conséipiemment, faite dans les Trais principes.

En elfet, en poursuivant les Autrichiens, les Français se trouvaient bientôt avoir sur leur flanc gauche la colonne qui s'était retirée dans les montagnes , par le (jol-de-Tende. En s^avançant sur la côte jusqu'à Oneille, ils s'exposaient à se voir pris à dos et couih\s de Nice. Cette division des Autrichiens en deux corps les protégeait donc incomparablement mieux que s'ils se fussent repliés en un seul, en ctV toyant la mer. Cet exemple, entre mille, démontre encore ici l'exellence des retraites excentriques et partielles (i).

Mais les Français ne pouvaient-ils pas également se partager en deux corps , et suivre cha-

(0 Système dcgurrre moderne , i" part., sect. ^iii.

que colonne impériale? oui, sans doate; mais celui que Ton aurait détaché contre le Col-de- Tende aurait dû nécessairement être plus fort; l'autre restait inactif, ou du moins ne faisait que des progrès insigni liants pour la délivrance de Gènes, objet capital à cette époque.

Les Autrichiens ne se retirèrent pas plus loin que la Uoja , où ils reprirent une position retranchée qu'ils avaient occupée précédemment. Les Français ne tardèrent point à les en déloger, par une attaque des plus vives, qui eut lieu le â juin. En un instant, furent emportés des ouvrages qui avaient coûté beaucoup de temps et de peine à construire.

J'en fais la remarque expresse, parce que dans cette guerre comme dans les précédentes , et spécialement dans celle de sept ans, les Autricbiens ont toujours paru compter inOnimcnt sur les redoutes , les fossés , les palissades, dont cent fois, néanmoins, ils ont été débusqués par les Français et les Prussiens. Cela ne surprendra point le militaire qui réfléchira qu'il est peu de cas où l'on ne puisse tourner un ouvrage. Les retranchements ne sont véritablement d'une nécessité absolue que dans des gorges étroites, comme le Col-de-Tende , la Bocchelta, etc.; de même «meure, lors(]ue l'on se trouve concentré sur un seul point, et sans base, par une force Irès-suiMTÎeure , comme Frédéric le Grand près de Schweidnilx, «lans son camp de Bungehvilz. Dans ce dernier cas, un camp retranché est une forteresse dans laquelle on se hâte de se jeter. Mais, en général, je maintiens hardiment que les ouvrages n*tranchés conviennent beaucoup moins au système de guerre moderne (|u'à celui de nos dcvanciei-s. La cause en est évidente : l'esprit de ce nouveau svstèmc consiste dans la mobiiité, et les retranchements sont un obstacle au mouvement.

Apn'S avoir éloigné les x\utrichiens de la Uoja , il était de la plus haute importance [tour les Français de s'emparer du C4»l-dc-Tende. Us l'attaquèrent, en effet, par le Col-de-Sabion et celui de la Boara ; une démonstration sur le front concourut au succès. On voit que les Autrichiens s'étaient laissés tourner par Pigna et Dolce-Acqua; c'est ce qui est encore plus à redouter dans la guerre de montagnes que dans celle de plaine. En vain se Ite-t-on sur les hauteurs et les escarpements : Folard observe ju-

HISTOIRE

dicieuscment qu'un homme] \ie\ii passer où a passé une chèvre , et qu'un corps peut passer où a passé un homme. Nous en trouvons dans Tanliquité de grands exemples (i). D'ailleurs, il n'existe point de carte assez parfaite pour vous donner une connaissance exacte de tous les défilés, de tous les sentiers par lesquels on peut venir à vous. 11 faut absolument reconnaître soi-même la chaîne des montagnes; il faut, de plus, s'alHder des gens du pays qui puissent servir de guides et d'éclaireurs.

Je regarde donc la manœuvre des Français pour tourner le Col-de-Tende , comme un modèle à suivre en pareil cas, et la conduite imprévoyante des Autrichiens, au contraire, comme un exemple^à éviter.

Maîtres du Col-de-Tende, qui couvrait les derrières de leur armée ; les Français devaient avoir pour objet principal de se porter le plus rapidement possible sur Gènes, réduite aux abois. C'esl ce qu'ils firent efFeclivement ; nous voyons leur quartier général transféré , le 3 juin , de San-Ueino à Port-Maurice.

La famine , longtemps soufferte dans toutes ces horreurs, contraignit enfin Masséna à rendre Gènes, le 4. Quelques jours plus tard, les Autrichiens , alarmés par les progrès de l'armée du premier consul , eussent été obligés de lever le blocus. 11 est à remarquer, en effet, que presqu'au même instant qu'ils entraient dans Gènes , ils évacuaient Vinlimille et Savone, qui furent immédiatement occupés par les Français.

Le général Otto marcha en toute hûte vers Voghera, avec le corps qui avait servi au blocus. II y essuya un échec assez grave; ntais ceci appartient aux opérations de Tannée de réserve, sur lesquelles il ne convient pas d'anticiper.

La possession de Gènes était , sans doute , d'une extrême importance; mais on ne conçoit pas pourquoi les Autrichiens n'en confièrent point la garde aux Anglais, qui la sollicitaient instamment. La jalousie peut seule expliquer cette conduite ; c'est le vice radical et destructeur de toute coalition. Assurément , l'Angle-

{?,) Le plus mémorable est celui des Thermopyles , Vi\i\ 480 avaul l'ère vulgaire. Léuuidas, avec ses Spartiates, croyait , dans cet étroit passajçe, pouvoir braver tous les eflbrls de Tannée de Xenès. Un pâtre indiqua

terre, dirigée dans toutes ses démarches par un esprit d'ambition insatiable , aurait cherché tous les moyens d'abuser de cet avantage; mais les Autrichiens ne devaient négliger aucuns de ceux qui pouvaient contribuer à leur salut. Les troupes qu'ils laissèrent dans Gènes auraient renforcé Mêlas , ou se seraient opposées au général Suchet.

Les opérations dans la Ligurie pouvant être considérées comme terminées ici , nous passerons au récit de la courte , mais mer\'eilleuse campagne de Tarmée de Bonaparte , que nous avons laissée au pied des Alpes.

Le IG mai, elle commença rexécution du vaste plan du consul. C'est ce jourqueravantgarde passa le Saint-Bernard. Cette montagne présentait, tant par sa hauteur et son énorme masse, que par les neiges dont elle est couverte, un obstacle presque insurmontable. Le génie du chef, l'ardeur des soldats , cette inimaginable activité qui n'appartient qu'aux Français, triomphèrent de tout. L^hisloire ne dédaignera pas de conserver les plus légers détails de ce passage, qui fera oublier celoi d'Annibal. Il n'est qu'un mot à dire pour en faire sentir l'énorme différence : le héros ca^ thaginois n'avait point d'artillerie. Voici les moyens qu'employa Bonaparte pour le transport de la sienne.

On creusa des arbres en forme d*auge; lei canons et les obusiers y étaient introduits: 100 hommes, attelés à un cable, passèreol ainsi les arbres et les pièces en deux jours. Oi fit également usage d'un autre expédient; c'étaient des traîneaux à rouleaux qui avaieik été construits à Auxonne : les afTûts élaienl portés par pièces détachées , excepté ceux dci canons de 4, que 10 hommes portaient sur m brancard. On fut obligé de décharger les caîi^ sons, et de diviser les munitions par caisaei, dont on chargea des hommes ou des mulets.

Le 16 pareillement, la division Chahm passa le petit Saint-Bernard : son avanl-garfc parut tout à coup devant Aoste. La ganiisoi autrichienne se rangea sur les hauteurs et avant de cette ville. Un bataillon français ta

aux Perses un sentier du munt Anopée, par lequel • pouvait tourner les Grecs : Léonidas, enveloppé , s'îbinorlalisa par des prodiges de valeur, mais Xeruip^ nétra dans la Phocide. (Note du TraducUwr')

ordro de la prendre à dos; elle n'attendit pas ce mouvement, se replia dans la ville, et voulut opposer quelque résistance sur le pont. Les Français la chargèrent à la baïonnette , et la culbutèrent.

L*armée continua à passer le SaintrBemard , les 17, 18, 19 et 20 mai. Le général Berthier se trouvait déjà, le 18, sur le territoire italien. Le même jour, le général Lannes arriva devant Chatillou, à la nuit tombante; il trouva Tenncmi sur toutes les hauteurs environnantes. Voyant que le général Mallet ne pourrait arriver à temps pour tourner les Autrichiens, il se décida , sans délai , à une brusque attaque. Elle fut exécutée par les grenadiers de la 22* demi-brigarde et 100 hussards du ^ régiment: Tcnnemi fut chassé de Chatillon , avec perte de 2 pièces de canon; on lui fit 300 prisonniers. Le général Lannes, et bientôt après le général Berthier, investirent l'important fort de Bard.

Bonaparte, qui dirigeait toutes ces opérations, et formait Tarmée à mesure qu'elle arrivait au pied des monts,*se trouvait, le 18, à Martinach, dans le Valais.

Le 22, Tavant-garde française rencontra un corps autrichien qui défendait la gorge deSaint- Marlin : elle l'enfonça, et le dissipa.

Le 25 , le général Lannes se présenta devant Ivrée, que les Autrichiens firent mine de défendre; mais les Français emportèrent par escalade la ville et la citadelle.

Semblable à un torrent, l'armée du premier consul se précipitait dans Tétroite vallée d'Aosle, et se dirigeait vers les plaines du Piémont. Les Impériaux, qui longtemps avaient refusé de croire a cette audacieuse entreprise, qui n'en parlaient môme qu'avec dédain, frappés d'effroi , fuyaient de toutes parts.

Le général Monccy passa le Saint-Gothard avec 20,000 hommes; une autre colonne se porta versSuze. Ces grands mouvements étaient concentriques, et présentent un développement si imposant, que je n'hésite pas à les mettre encore au-dessus de l'invasion de la Bohème par Frédéric le Grand, en 1757; invasion réputée pour un prodige dans l'histoire des guerres modernes.

Cependant le fort de Bard opposait une résistance plus longue qu'on ne l'avait imaginé. La partie inférieure et les ponts-levis étaient

déjà emportés, que le haut tenait encore ; il y avait une double enceinte fortifiée. La gorge que ce château est destiné à couvrir, est successivement resserrée. L'artillerie française ne pouvait être conduite à l'armée, qu'en passant à 50 toises du fort, et sous le feux de deux batteries. On profitait, pour cela, de l'obscurité de la nuit : les roues des affûts et des caissons étaient garnies de paille; on c^ avait couvert le chemin. Les soldats s'offrirent à s'atteler aux pièces et chariots : ils rencontrèrent un obstacle d'une autre nature, c'était uae rivière qui baigne la principale tour delà forteresse; il fallut se frayer un passage détourné dans un roc escarpé. Les Autrichiens faisaient pleuvoir une grôle de grenades et de pots-à-feu.

Une attaque vigoureuse, exécutée par un piquet de grenadiers, et le feu de 2 pièces habilement placées pour battre en brèche, contraignirent enfin le commandant à capituler, le 1*"' juin. Cette conquête, de peu de valeur en apparence, était néanmoins d'un grand prix pour la communication de l'armée avec la Suisse, par le val d'Aoste.

Le 26 mai, Bonaparte entra dans Ivrée.

Toutes les divisions de l'armée française furent, de ce jour, rassemblées dans la plaine , et il est à remarquer que ce fut aussi le même que le général Mêlas arriva de Nice à Turin.

Après le court récit de ce mémorable passage, qu'il me soit permis de soumettre aux militaires qui me liront , quelques réflexions que je crois dignes de les occuper.

Le plan et l'exécution feront éternellement la gloire de la nation française, et du chef qu'elle s'est donné. La première idée fut d'attaquer les Impériaux d'un côté , où ils imaginaient n'avoir rien à craindre, ce qui était déjà beaucoup ; mais les conséquences qu*en tirait d'avance un génie à qui rien n'échappe , allaient encore plus loin. Bonaparte savait qu'en franchissant les Alpes, il allait tourner l'armée autrichienne et la mettre dans la position la plus critique , pendant qu'elle s'obstinait au blocus de Gênes et à de stériles opérations dans le comté de Nice. Le cabinet de Vienne n'ayant point senti de quelle importance était la Suisse, ou ayant négligé de la faire attaquer à la fois du côté de l'AUemagne et de celui de l'Italie , c'était à la France à se servir de l'immense avantage que lui donnait la position saillante

HISTOIRE

de celte contrée : or, c^est ce qu^elle a fait avec tant d'habileté, avec lant de succès.

Je ne suis point du nombre de ceux qui ont avancé que l'armée française , perdant une bataille en Piémont, s'exposait à une ruine totale. N ^avait-elle point occupé tous les passages des montagnes, et ne pouvait-elle s'en servir pour faire sa retraite , en supposant même qu'elle fût forcée d'abandonner une partie de son artillerie?

Le gain de cette bataille, au contraire, lui livrait son ennemi. Les colonnes françaises agissaient concentriquement. Tune par la vallée de Suze, l'autre par le val d'Aoste, toutes deux contre le Piémont. Celle qui arrivait par le Saint-Gothard menaçait Milan. Toutes les mesures, en un mot, étaient si bjen prises, que dans l'hypothèse où l'on ne pourrait arracher l'Italie aux Autrichiens, on se trouvait, du moins , à portée d'entreprendre de grandes choses en Tyrol. Cette entreprise était suggérée par les principes les moins contestables de l'art de la guerre.

Mais j*entends qu'on me demande de toutes parts : les Autrichiens ne pouvaient-ils donc s'opposer au passage des Alpes? Je ne m'occupe point ici des esprits routiniers qui avaient déclaré ces énormes masses infranchissables (si j'ose m'exprimcr ainsi ). J'observerai encore une fois qu'une montagne qui arrêtera quelques voyageurs intimidés, ne sera point un obstacle pour une année qui déploie une volonté bien déterminée, soutenue d'etforts bien plus efficaces. Essayons -donc de trouver pai* quels moyens il eut été praticable de mettre les Français dans Timpossibililé d'accomplir leurs audacieux projets.

Je conviens que les Impériaux ne pouvaient se permettre de perdre de vue le corps avec lequel Masséna occupait Gènes, ni celui que commandait le général Suchct ; car, que servait-il de déjouer les manœuvres <]c l'armée de Bonaparte, si Ton restait en danger de se voir pris à dos par celle de Gènes? 11 faut convenir, cependant, que la ligne des forteresses du Piémont couvrait l'armée de Mêlas , [Mandant qu'elle se portait au-devant de celle du premier consul.

Mais les Autrichiens étaient-ils assez nombreux pour tenir tète des deux cotés? J'ose croire

(i) Je me suis fait uue loi , comme je Tai annoocé

l'aflUrmer. Avaient-ils le temps de prendre leurs précautions, depuis l'instant où ils furent instruits de ce qui se préparait contre eux? Assurément. Tous les journaux, tous les avis, toutes les relations qui arrivaient de France , s'accordaient pour annoncer cette grande expédition, c C'était un motif pour n'y point croire > disent les généraux autrichiens, et ceux qui tentent d'excuser Pinconcevable apathie de la cour impériale. Pourquoi donc? Élait-co la première fois que les divers gouvernements de France avaient publié leurs plans de campagne dans les papiers publics , ou , du moins , avaient laissé parler leurs gazettiers en toute liberté? L'armée de réserve se formait à Dijon, qoc {".eux même qu'elle devait écraser, se livraient à de vaines railleries, ou s'amusaient à répandre de misérables caricatures. Fatal a▼eugl^ ment! En supposant que Bonaparte ne songeât point à descendre en Piémont , ne pouvait-fl pas attaquer le Tyrol , envahir le sud de ^All^ magne, et porter la terreur jusque dans le seio de l'Autriche?

L'Angleterre , de son côlé, contribua de tovl son {louvoir à épaissir le bandeau sur les yen de son imprudente alliée. l!nif|uement occiipéK de leurs intérêts , sacrifiant sans pudeur ceu des nations assez aveugles pour lier leur cause à la leur, les Anglais ne voient dans toute TEorope que leur ile. Dans leur orgueilleux sys* tème , c'est de cette petite ile que le contineiA doit recevoir l'ordre d'entrer en gucire ou de conclure la paix, selon qu'il importe à sa ln^ bare politique. Le cabinet de Vienne dirigé pv le ministère le plus inepte , ouïe ylushonteuKment vendu à celui de Saint-James, prodiguaX l'or et le sang en pure perle. Les succès de l'armée austro-russe avaient fini par blesss l'arrogance britannique: elle jugea qu'il falU des revers pour ramener l'empereur au seatîment de sa faiblesse, pour le faire rentrer sooi sa dépendance. C^est ainsi que, dans son délire. l'Angleterre préparait les triomphes et la graideur de la France ; jc'est ainsi qu'elle s'est aitiré l'indignation et la haine de tous les peuples du globe. Parce qu'un bras de mer les séf^n du reste de l'humanité , ces insulaires crderi pouvoir se dispenser d'être hommes, et se tentent d'être Anglais (i).

dans mon avant-propos , d'élaguer tout ce qui n'a piil

Après avoir reproché à TAutriche 8on aveuglement ou soD împérilie , je sens que Ton est en droit d'exiger que je m'explique sur les moyens qu'il lui convenait de prendre, pour détourner Forage prêt à fondre sur elle.

Dès les premiers jours de mai , sa résolution devait élre invariablement prise ; il ne fallait pas, dans cette terrible crise , flotter entre deux extrêmes. lUen n'est plus pernicieux que les demi-mesures, à la guerre comme en politique; les partis décidés , violents même en apparence, sont toujours préférables. Que de gêné* Faux , d'hommes d*état, de particuliers même, ont du leur infortune à leur indécision , à la mollesse de leur conduile! J'ai déjà prouvé, par des exemples, la vérité de cette assertion; je continuerai à le faire dans le récit et Texamcn des événements subséquents.

Je reviens à la position des Autrichiens , dans le Piémonl et la Lombardie. Ils avaient à choisir, selon moi, entre deux partis directement opposés.

• Le premier consistait à marcher au-devant des Français, avec toutes les forces dont on pouvait rigoureusement se passer dans le pays de Gênes. Mais jusqu'où fallait-il s'avancer? Im plus loin possible, c'est-à-dire, ne point se contenter d'occuper les vallées et même le sommet des montagnes , mais les franchir rapidement , en se faisant suivre de la plus petite quantité possible d'artillerie légère.

C'était en Suisse, alors, que Tavant-garde autrichienne rencontrait l'avant- garde française. 11 en résultait le double avantage de donner une grande idée de sa hardiesse, et d'avoir alfairé à un ennemi qui était à peine rassemble. Était-on battu, l'on avait une retraite assurée parles défilés, et en se repliant, on trouvait des renforts avec lesquels on recommençait continuellement de nouvelles attaques. Les Français, même en les supposant vainqueurs , se trouvaient considérablement retardés, et les Autrichiens gagnaient du temps à proportion pour la prise de Gênes. Cette ville tombée , le grand accroissement de leurs forces les mettait en état d'agir avec bien plus d^efBcacité encore.

un rapport immédiat avec le sujet de cet ouvrage; mais j*ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt , dans les circonstances actuelles, de faire voir combien l'opinion des étrangers éclairés, relativement à Angleterre, se

Il est cependant à considérer que diverses colonnes françaises se présentaient sur plusieurs points d'une position demi-circulaire. Le corps autrichien qui se portait sur le Saint-Bernard se trouvait exposé a être pris à dos par le corps ennemi qui cherchait à passer par Suze, tandis que celui du Saint-Gothard menaçait de couper toute communication avec les pays héréditaires. La prudence exigeait donc qu'à chacune de ces colonnes, il en fut opposé une capable, sinon de l'arrêter, du moins de retarder sensiblement sa marche. Une immense cavalerie toute fraîche attendait les Français dans les plaines du Piémont.

Mais loin de se trouver en mesure d'exécuter le plan que je viens de tracer , les Impériaux étaient tellement en retard, qu'ils ne purent seulement arriver à temps pour occuper, retrancher et défendre les vallées d'Aoste , de Suze , et toutes celles où la nature leur offrait d'inappréciables ressources.

Il me reste maintenant à rendre compte du second projet, que j'ai annoncé comme totalement opposé à celui que je viens de décrire. J'éprouve quelque timidité en produisant mes idées. Je n'ignore pas qu'elles contrarient la routine, et qu'elles seront trouvées paradoxales par les esprits qui ne se permettent pas de penser autrement que leui*s devanciers.

Dans cette nouvelle hypothèse, nulle opposition directe à l'invasion des Français par les Alpes pennines. Les Autrichiens continuaient à opérer tranquillement dans la Ligurie , et à presser la reddition de Gênes : ils avaient, ce|)endant, attention d'envoyer une force respectable à Mantoue.

Que Ton ne dise point qu'ils étaient sans base, et , conséquemment , dans l'oubli d'un des premiers principes militaires. Quoique séparés du centre de la monarchie autrichienne, ne trouvaient-ils pas cette base dans les places fortes du Piémont, telles que Yoghera, Tortone, Alexandrie , Acqui , Asti , Turin, Albe, Cherasco , Céva , Goni ? Toute la partie de Tltalie, au sud du Pô, n'était-elle pointa leur disposition pour leurs approvisionnements?

Je considère donc les Impériaux dans le pays

rapproche de la ndtre. La dernière phrase ro*a para remarquable |iar son énergie et sa concision ; je Fai rendue littéralement.

{yoU du TraducUur.)

HISTOIRE

de Gènes, comme formant réellement par euxmêmes un état de guerre , une colonie mililaire indépendante, portant en elle-même tous les moyens de sa propre conservation etdesa durée.

Quant au gouvernement Impérial, à Timitation des Français , il fallait qu'il s'occupât, avec toute la célérité possible, de la formation d*une armée de réserve ; il fallait que cette armée , rassemblée sous Manloue , opérât sa jonction avec la Ligurie. A la télé d'une force aussi redoutable, le général Mêlas entreprenait une puissante diversion ; il pénétrait en Provence.

Une colonne se portait par Vence, Grasse, Fayence , et avançait, autant que possible , jusqu'à la Durance. L'autre marchait sur Toulon , en côtoyant la mer, et de concert avec la flotte anglaise. Elle était couverte sur le flanc , et dos à dos, par le corps qui occupait le nord de la Provence, dans le cas où Ton se serait vu forcé à la retraite. Mais il fallait, pour cela, que les Français fissent agir une force proportionnée ; et alors quelle puissante diversion ! quel retard, ou même ({uel changement apporté aux entreprises de l'année de réserve et de celle d'Allemagne ! Gènes tombée , les Impériaux opérant à couvert et sous l'appui des places fortes du Piémont, avaient-ils beaucoup à redouter d'être entamés de ce côté? Nous vciTons plus basqu'ils étaient même en situation d'agir oifensivement.

Ce n'est pas, néanmoins, que je prétende absolument blâmer le général Mêlas d'avoir marché contre l'armée de réserve; mais je soutiens qu'il fallait le faire plus tôt, si toutefois on ne prenait le parti opposé, tel que je viens de le décrire. Il ne faut pas oublier que si Masséna avait eu des vivres pour cinq jours de plus, les Autrichiens auraient été contraints de lever le blocus ; et voilà quel eut été reU'et désastreux de l'imprévoyance, de l'irrésolution et des demi-mesures : on avait Gênes à dos, les Français en avant et sur le flanc gauche.

En refusant de marcher au-devant de l'armée de Bonaparte, il est incontestable que le

(i; Qiu'lf|iios |iors'>imes éclair<^cs auraient élc d'avis que je siipii ri masse tout rarlicleqiie l'on va lire; elles étaient choquées du ton railleur qu'y a pris Tauleur, pour discutrr des points d'une si grande importance. J'ai cru, néanmoins, que celle discussion ne serait passans intérêt pour les militaires qui i'onl une élude approfondie de leur état; mais j'ai pensé au^':i qu'il était sufli-

général autrichien attirail sur lui Tanimadversion de l'Europe entière. La cour de Vienne l'aurait probablement regardé comme un traître, jusqu'à ce que son plan se fût développé, et que le succès l'eût justifié.

C'est ainsi que le grand Torennc fut poursuivi par les clameurs de ses ennemis , lorsqu'il évacua l'Alsace et se retira en Lorraine. Mais il les réduisit bientôt au silence, et les força même à l'admiration, en rentrant victorieux dans cette province ; et Ton reconnut alors que c'était pour la conquérir plus sûrement» qu'il l'avait abandonnée aux Impériaux.

Reprenons le récit des événements.

La garnison autrichienne sortie dMvrée,et portée , par des renforts venus de Turin , jusqu'à 5,000 fantassins et 4,000 hommes de troupes à cheval, s'était postée derrière la Chiusella, sur les hauteurs de Romano. Le général Lannes reçut Tordre de forcer le passage de la Chiusella; il se présenta le âC mai sur le bord de cette rivière.

La 6" demi-brigade d'infanterie légère faisait la tète de la colonne, et commença l'attaque. Moitié passa sur un pont, moitié en marchant dans Teau, sous un feu épouvantable de ni* traille et de mousqueteric. Les Autrichiens lâchèrent pied: 2 régiments, qui formaient la deuxième ligne, paraissaient vouloir tenir, mais un autre corps français vint appuyer h 6^ demi-brigade, et on arriva en présence d'un corps de cavalerie fort nombreux , qui était en troisième ligne.

Cette cavalerie chargea trois fois les deo demi-brigades, mais les Français repoussèrent chacune de ces charges, et se trouvèrent bientôt maîtres du champ de bataille.

Comme il est dit dans le rapport fait sur cette action, ainsi que dans nombre d^aulrcs, que des charges de cavalerie ontctérepoussêcs par la force de la baïonnette seule , je crois de voir présenter ici quelques réflexions sur celte arme, et en même temps sur les attaque de h cavalerie contre l'infanterie (i).

sant de donner aux lecteurs français la somme des idées de l'écrivain allemand. Peu d'entre eux auniol trouvé du cliarmeà ses plaisanteries, par exemple, loifrqu'il dit i|uc la baïonnette ne conviendrait qu'à des marionnettes, que c c «t une brocheà atouriiet{Ler(hn Spicss), que rinfanteric ainsi armée ressemble à m troupede baladins {Pickcl-Heringcn), (îfoleduTrai)

La baïonncllc est l^arme favorile des irou- })cs modernes; on lui allribiie des effets élonnaoLs, c'est à elle que Ton a recours dans loulcs les occasions périlleuses : combien donc ne sera-Uon pas surpris de m Vu lendre déclarer que je la regarde à peu près comme inutile , plulùl comme un ornement que comme une défense? ('.emparez attentivement la pique à la baïonnetlc, et vous serez bientôt convaincu (le rénurme supériorité de la première. L'invenleiir de la baïonnette n'était sûrement point mécanicien; il n'entendait rien à la théorie de rimpulsion et à Tanatomic du corps humain: ce sont cependant deux connaissances indispensables à tout militaire, qui prétend introduire une nouvelle arme, soit offensive, soit défensive.

Relisez ce qu on dit sur la baïonnette Fol ard et Lloyd , (|uc je regarde comme les deux écrivains qui ont le plus approfondi Tart militaire dans tous ses détails. Tous deux redemandent la pique, pour rendre à Tinfanterie sa force et sa dignité.

Toutes les fois donc que je lis dans une relation ({ue la cavalerie a été repoussée par la baïonnette , je me dis que cette cavalerie n*a point fait une charge réelle, et qu'elle s^est contentée d'une simple démonstration. On part au galop à une certaine distance, on modère rimpétuosilé de la course, en approchant de la ligne d'infanterie; celle-ci fait sa décharge, presque toujours d'un effet médiocre, et aussitôt la cavalerie, croyant avoir assez fait en essuyant ce feu, tourne bride, et va se reformer hors de la portée du mousquet.

Mais il arrive quelquefois que la charge se fait avec une ferme résolution de vaincre, et conséquemment avec un déploiement total de forces; loin de ralentir l'ardeur des chevaux, on les lance avec toute la rapidité dont ils sont susceptibles, et je ne crois pas qu'il y ait alors d'infanterie qui puisse tenir, armée, du moins, comme elle Test de nos jours.

La cavalerie aurait beaucoup plus à redouter du feu de chasseurs exercés au tir de la carabine, sans baïonnette. Si chacun d'eux abattait son homme, et cela est possible, le premier rang serait détruit avant de joindre les fantassins; mais ceux-ci, à la vérité, pourraient se trouver enveloppés et sabrés par le second.

Que faire donc, |iour sauver rinfanterieT Il se présente deux moyens : le premier est de la former sur deux rangs; Fun d'arquebusiers exercés. Vautre de soldats armés de piques, le second rang en cîchiquier derrière le premier. Je ne demande pas que l'on se louche du coude ; au contraire, je veux que chaque homme ait les monvemcnls aussi libres que possible, comme l'avait le légionnaire romain. 11 faut s'attacher bien plus à la portée de la carabine ou arquebuse , qu'à la grosseur du calibre. Je proposerais même de se servir de chevrotines, si les blessures qu'elles font n'étaient trop légères, et ne laissaient encore au cavalier et au cheval la faculté d'agir. C'est aussi le défaut de la baïonnette, peu redoutable, particulièrement pour le cheval. L'homme le plus vigoureux ne peut la faire pénétrer que de trois pouces environ , et dans une charge de cavalerie, le coup de la baïonnette est sans impulsion; le fantassin ne fait que présenter la pointe, et c'est l'ennemi qui s'enferre.

Le second moyen que j'ai annoncé pour le salut de l'infanterie , serait de ne la laisser jamais marcher sans un corps à cheval qui la soutint: alors, la pique devient moins nécessaire, on peut nourrir davantage son feu, ce qui rentre absolument dans l'esprit de laguerre moderne.

Dans cette hypothèse, on rend illusoire celte vieille maxime : qu'avec de la cavalerie on a bientôt dissipé des tirailleurs.

Vous avez l'avantage extrême de réunir l'arme à feu et l'arme blanche; voilà leur véritable alliance, celle qu'ont voulue tous les grands théoriciens. C'est à tort qu'on l'a cherchée dans une seule et même espèce de troupes : le feu est le propre de l'infanterie, comme le sabre est celui de la cavalerie; combines ces deux moyens, vous obtenez un ensemble formidable.

Je trouverais même une économie dans cette réunion constante des deux armes; j'ôterais au fantassin sa baïonnette, et au cavalier son mousqueton.

Que l'on daigne, en effet, faire réflexion que là où la cavalerie ne peut agir, l'arme blanche devient inutile, et qu'il faut se borner au feu de la mousquelerie.

D'après ces considérations, il doit {Uiraftre étonnant de voir l'avant-garde, commandée

HISTOIRE

parle général Lannes, marcher sans cavalerie . En faisant abstraction de la valeur extrême des Français, valeur qui a fait face à loui, et que. je ne puis trop admirer, ce manque de cavalerie me paraît une faute grave.

On pourrait alléguer que, dans une guerre de montagnes, la cavalerie parait peu nécessaire : mais on savait qu'à la descente des monts on trouverait des vallées, et, dans le fait, si la cavalerie autrichienne eût fait son devoir, Tavant-garde française se serait vue cx|>osée à un échec des plus graves. Au reste, elle triompha , et son succès n'en est que plus brillant ; mais je n'en ai pas moins du faire observer ce f|ue la prudence et les principes auraient exigé de ses chefs.

Quant aux Autrichiens, ayant été battus dans ce combat de la Chiusella, qui peut les excuser de l'avoir livré? Espéraient-ils mettre une digue à la fureur du torrent qui se précipitait sur eux? Il éUit dt^à trop Ui-d : je ne puis voir ici (pi'une de ces demi-mesures que j'ai bl;\mées en toute rencontre , et dont le résultat est toujours la défaite et la confusion. Il est quelquefois aussi funeste de se trop presser, f|ue de laisser échapper une occasion favorable.

Ce n'était i>oint dans ces gorges étroites «pi'il fallait s'op|K>ser aux Français ; il suffisait lie jeter de fortes garnisons dans tous les châteaux susceptibles de tenir, et d'attendre Tenueuii en plaine ouverte , où Timmense supériorité eu cavalerie olfrait les plus heureuses chu nées.

Cette allaire de la Chiusella, quoique de ptMi i\v «•oiiséiiuence , est loin d'être dépour- \ue(rintênH pour uu homme de métier. En général , toutes les actiiuis de cette campagne d'Iliilie ont |»lus de physionomie que celles «rMleinagne.

IViid.iul t|ue le général I ^umes avec l'a van t- M^ude Vavauvait \ers le Pu et Chivasso, la di- \ iniMU du général Turreau attaqua les Autri- I hirui A Su<e. Le ûû mai, se livra un combat rOiOmiuirul \if; les Français tournèrent enfin W tuit Viiul Nicolas, obligèi-ent l'ennemi à ib.uuliiiiuei le village de i;ravière, emportèivtii d'.»>iMul louiez leH positions, et le fort la IhMti^'ite v,ipUul«i le nu^me soir. La perte des \oU^h\ou^ ï\\ï considérable; elle consisUiten wVuis^W. I»MK> prÎMmiiiers, et une grande

quantité de munitions de guerre et de bonehe.

Les Français durent leur avantage h la manœuvre habile qu'ils exécutèrent pour tourner le flanc des Autrichiens ; et voilà une nouvelle preuve de la faiblesse de toute position retranchée, dont le front seul est inaccessible.

La colonne du général Turreau qui , venant de Savoie par le Mont-Cenis , s'ouvrait une route vers Turin à travers le val deSuze, avait une destination des mieux calculées.

Elle était en conjonction avec les autres colonnes, et, comme elles, agissait d'un point de la circonférence vers le centre.

Prenons Turin pour le centre : alors il est évident que, de cette place aux montagnes, fl ne restait aux Autrichiens aucune position à prendre dans le val d'Aoste, contre la colonne du Saint-Bernard , qui était la principale; car, dans toutes celles qu'elles auraient pu choisir, ils se seraient vus pris à dos par la colonne qui descendait du Mont-Cenis, par Suze. Mus j'examine et j'analyse ce plan d'invasion, plus il m'est démontré que c'était un chef-d'œuvre de l'art et du génie.

L'invasion s'opéra sur quatre colonnes.

Celle du Mont- Genis formait l'aile droite: son objet stratégique était Turin.

Celle du grand Saint-Bernard paraissait aussi avoir Turin pour objet stratégique : je dis paraissait y parce que ce pouvait être an autre point encore caché dans la pensée de l'homme qui dirigeait tous ces grands mouvements.

La troisième colonne qui descendait du Sîmplon par Domo-d'Ossola, et la quatrième da Saint-Gothard parla vallée de Levantinaet de Bellinzone, avaient toutes deux Milan poor objet stratégique.

Toutes étaient basées sur la Suisse et la Si* voie; toutes présentaient un angle objectif (i) de plus de 90 degrés, mesuré des deux extrémités de la base, c'est-à-dire, de Briançon at Saint-Gothard.

Après le combat de la Chiusella , les Antrichiens se replièrent sur Turin. Ils passèreaC rOreo, rompirent tous les ponts, et brûlèrent toutes les barques. Faute de cavalerie, la Français ne purent les harceler dans leur re-

(i) Esprit du systèttu de çwrre moderne^ l'^parLi sect. u.

iraile* les Autrichiens se persuadèrent que c'était une suite de la perte qu'ils leur avaient fait essuyer dans la dernière action.

Le général Lannes continua de s'avancer sur Chivasso, le long de la Doria, qui tombe dans le Vu près de Crescentino etVérue, après avoir traversé le val d'Aoste.

11 arriva le 28 mai à Chivasso : il y trouva un grand nombre de barques sur le Pô; elles étaient chargées de riz et de froment.

Dès le 26» avait commencé à se développer une des plus belles manœuvres de guerre qui se soient jamais faites.

Le gros de la colonne du val d'Aoste, au lieu de suivre Tavant-garde, qui ne s'était avancée jusqu'à Chivasso que pour attirer Tattention des Autrichiens, se porta obliquement sur sa gauche ou vers l'est; mouvement qui fut entièrement masqué par Pavant-garde. Les Impériaux, qui s'imaginaient que toute la colonne française se dirigeait sur Turin, l'y attendaient tranquillement.

Le générai Murât se porta d'ivrée sur Verceil par Saut-la ; il culbuta sur la Sessia un corps de i ,000 hommes de cavalerie. Les Auirichiens avaient brûlé le pont; les Français le rétablirent. L'avant-garde, restée seule, se forma eu avant de Chivasso.

Pour achever de fasciner les yeux des Impériaux, obstinés à garder Turin, le premier consul passa cette avant-garde en revue; il annonça que la cavalerie française allait être rassemblée, et qu'elle attaquerait la cavalerie autrichienne, pour lui ravir la prétention de sa supériorité en manœuvres et en bravoure.

Au reste, l'enthousiasme des troupes françaises était à son comble. La 28* demi-brigade reçut, comme la plus digne récompense de deux ans de combats et de souffrances dans les montagnes , l'honneur de marcher à la lèle de Tavant-garde. Deux autres corps refusèrent l'argent qui leur revenait pour le transport de l'artillerie par-dessus les Alpes, et se plaignirent de n'avoir point eu part aux actions qui venaient d'avoir lieu.

Le 28 mai, le prince de Rohan, qui, avec sa légion et du canon, gardait l'importante position de Varallo, sur la Sessia, fut forcé dans ses retranchements par la légion italienne du général Lecchi.

Le 50, Bonaparte transféra son quartier général de Chivasso à Verceil.

Chez les Grecs et les Romains , le quartier général était dans le camp même qu'occupait l'année; il était rare que l'on mit plus d'une armée en campagne , ou qu'on la partageât en plusieurs corps. Mais dans les temps modernes, cette subdivision de la force principale en diverses branches, semblable à celle d'un pays en villes et villages, fait que l'on peut considérer le quartier général, comme étant, peur l'armée, ce qu'est la capitale pour l'État.

Les Autrichiens avaient détaché un corps en face de Chivasso , dans la crainte que Tennemi n'entreprit en cet endroit le passage du Pô. Mais c'était trop mal présumer de l'habileté reconnue des généraux français,, que de leur supposer le dessein de passer ce fleuve, et de se' porter sur Asti, c'est-à-dire, de s'exposer à être enveloppés entre deux corps d'armée. Pourquoi donc les Impériaux vinrent-ils se placer vis-à-vis de Chivasso ? Parce qu'il semble passé en principe chez eux de s'opposer toujours de front à l'ennemi ; principe essentiellement vicieux , calculé sur une fausse apparence , et non sur la nature des choses.

Voici comme ils raisonnèrent: c Une colonne » française descend par le val d'Aoste, donc

> il faut aller au-devant d'elle : cette colonne I se porte à l'est vers Milan, donc il faut se

> porter à l'est vers Alexandrie ».

Les Français eux-mêmes n'auraient pu leur suggérer de conclusions plus funestes. Si les opérations des Impériaux dans la Ligurie méritent des éloges, on ne peut, en revanche, trop blâmer tout ce qu'ils firent depuis.

Ce n'était pas sur Turin qu'ils auraient dû se diriger, pour revenir ensuite à l'est, comme ils furent contraints de le faire pour couvrir la péninsule de l'Italie. 11 fallait prendre immédiatement cette direction , et ne point s'arrêter sous Alexandrie qui est trop à l'ouest; Tortone et Voghera sont dans le même cas. Parme est le point qui me semble indiqué par tous les motifs réunis : quelques militaires proposei*aient Plaisance , mais je ne saurais être de leur avis.

Ils m'objecteront que c'est à Plaisance même que les Français ont passé le Pé , et que , oonséquemment, c*estle point qu'il fallait occuper, pour les empêcher de couper l'armée autri-

HISTOIRE

chaîne de montagnes et la mer Méditerranée; elle est elle-même coupée par des hauteurs. Un terrain aussi circonscrit ne peut fournir en aucune façon à la subsistance d'une armée; il faut donc tirer ses vivres de France , ou par mer. Quand Tenncmi y domine, comme les Anglais dans cette guerre, quel danger ne court pas une armée française qui voit Tcnnemi réunir tous ses efforts contre son flanc gauche, pour risoler entièrement. Celte armée est alors dans la position de celle qui , d'après une ligne d'opérations sans base, agirait dans le pays de rennemi, en partant d'un point unique. Ici, ce point est Nice. Pour de plus amples éclaircissements, je renvoie à mon premier ouvrage , où ce sujet est traité avec détail (i).

Si j'avais besoin de faits pour appuyer mon assertion, je ferais remarquer que, malgré l'habileté de ses chefs , Tarmée française a été coupée dans la rivière de Gènes , et que Masséna , après la défense la plus opiniâtre, a été réduit à se rendre. Ce qui est arrivé depuis, par suite de la bataille de Marengo, sort de la thèse actuelle» et n'en peut conséquemment infirmer en rien la vérité.

Près de Gènes , le général Otto s'empara du poste de Rivarello di Sotto , et des deux ouvrages fermés, nommés i due Fraielli. Le général Ijattermann s'avança jusqu'à Borsi et Pietra, et étendit ses avant-postes vers Loano. Le général Elsnitz se porta sur Monte-Nuovo, Giusteuice et Monte-Calvo. En même temps, le général Gorrup fit une attaque sur les avantpostes français à Rocca-Barbena, et les repoussa jusqu'à Monle-Ligno.

Ces endroits ne se trouvent point sur toutes les cartes; du moins elles n en offrent qu'une partie. Ainsi , celui qui n'a point dans la tête la théorie de cette manœuvre , ne pourra point s'en faire une idée distincte : au contraire , s'il en a L'esprit , il lui sera très-facile de se la représenter dans tous ses mouvements. Son but fixe et constant était de rejeter les Français sur Nice, en tournant continuellement leur flanc gauche. Il fut parfaitement atteint, parce que les Autrichiens étaient maîtres des places fortes derrière les montagnes, et <les principales gorges ou passages.

(i) Esprit du système de guerre moderne , i" pari., sert. V et VI.

Les impériaux mirent tant d^ardear et de constance dans cette entreprise, qu'ils fermèrent les yeux sur l'orage prêt à fondre sur eai du haut des Alpes. Il est vrai que Tannée de réserve pouvait être destinée contre l'Allemagne ou contre le Tyrol ; 11 est vrai que l'annonce journalière de tous les papiers-nouvelles de Paris, pouvait être considérée comme cherchant à égarer l'opinion plutôt qu'à la diriger; mais enfin , c'était aux Autrichiens à ne rien négliger pour parvenir à la découverte de la vérité.

Ce n'est pas, au reste, que Ton puisse les blâmer d'avoir attaché tant d'importance à li prise de Gênes : cette place seule leur manquait pour pouvoir étendre , sans obstacle, leur flanc gauche jusqu'à la mer, et se mettre à portée de communiquer librement avec les Anglais, soit pour leurs moyens de sabsistance , soit pour la combinaison des opérations militaires. Du moment où elle était en leur pouvoir, ils n'avaient plus d'ennemis que sur leur front. Qui se croira donc en droit de reprocher au général Mêlas de n'avoir point renoncé à toute entreprise sur Gênes, pour se porter avec toutes ses forces aux pieds ou sor le sommet des Alpes?

Pouvait -il abandonner une carrière qu'il venait de s'ouvrir avec tant d'éclat, pour aller se jeter dans la position la plus critique. II se voyait, dès lors, entre deux feux. Massëu, réuni de nouveau à Suchet, aurait entrepris à tout instant sur ses derrières, pendant qoe l'armée de réserve se serait précipitée sur loi Il se trouvait exposé à évacuer toute la Lom» hardie sans coup férir, abandonnant les places du Piémont à leurs propres forces.

Je le répète donc : jusqu'après la bataille de Marengo, il n'y avait rien de perdu povles Autrichiens. Avant la fatale et încoin|iiAeisible convention qui suivit celle journée, eti ne peut nier que leur campagne ne fût aussi glorieuse en Italie qu'elle était bllmaUe c( désastreuse en Allemagne. Tant que le gêné* rai Zach resta à la tête de l'état-major, rien ne portait à désespérer du succès : du moment que cet excellent officier tomba dans les mains des Français , la fortune abandonna les Imp^ riaux.

Revenons aux opérations. Le général EIsniU poussa jusqu'à Monte-€aole , et par roccopi-

lion de ce posle, la posilion de rennemi à Gapo San-Spirito fui entièrement tournée. En conséquence, les Français révacucreiit'le 3* de grand matin, en toute hâte. Se trouvant alors rejetés de leur aile gauche sur le chemin de la côte, ils se virent contraints à se retirer sur Alassio.

Quoique le général autrichien ne pût détacher que de petits corps à la poursuite des Français jusqu'à Langueglia, parce que ses trois colonnes des montagnes furent considérablement relardées dans leur marche par les mauvais chemins, ils ne continuèrent pas moins leur retraite. Le général Mêlas établit son quartier général à Albenga.

Le !2, les Français firent, avec 3,000 hommes, une sortie de Cônes sur le point de la CorO' nata , pendant qu'une violente cannonnade fut entretenue par la place contre les autres divisions du corps de blocus. L'attaque fut des plus chaudes : les régiments de Splény et de Nadasti furent culbutés; mais des renforts successifs ne tardèrent pas à rétablir le combat, et le b'ocus fut continué avec une nouvelle ardeur.

Le 7, le général Elsnitz, s^vec trois colonnes, attaqua les Français à Mackio deile Piètre. Ceuxci se replièrent , après avoir fait une défense qui leur coula beaucoup de monde. Le général Elsnitz se hâta aussi de déloger Tennemi de Monte-Crande.

Pendant ce temps, le général Lattermann déboucha de sa position de Bolo, attaqua les Français avec le bataillon de grenadiers de Paar, les débusqua de Capo di Berta , qu'ils occupaient en face de lui , et les contraignit à se replier jusqu'à Poggio par Oneille et Port- Maurice.

Le 8 , le général Lattermann prit poste à Poggio , en tirant vers San-Remo.

Le 6, le général Knesewich avait attaqué les Français au Col-de-Tende, et les avait fait poursuivre jusqu'à Saorgip, par son avantgarde. Ce succès rendit les Impériaux maîtres d'un poste qui flanquait tous ceux des Français en avant de Nice.

Le général Latlerniann occupa alors la |»osîtion de Cima di Battina. Le général Elsnitz reçut Tordre d'avancer par Dolce-Acqua sur la Roja, et d'y former le centre avec son corps, taudis que le général Gorrup, réuni au général Knesewich , formait Taile droite à Breglio. I^e

général Mêlas transféra son quartier 'général k Bordighera, et détacha quelques partis vers Nice : en même temps, des frégates anglaises parurent devant ce port.

Le général Mêlas fit retrancher la position de la Roja : elle était exlrémement importante, en ce qu'elle fermait aux Français Taccès de la rivière de Gênes. Les généraux autrichiens mirent dans Toccupation de cette position une activité digne d'éloges. Les généraux Knesewich et Gorrup occupaient le Col de Brois et Sospello, et firent des démonstrations dans la vallée de Saint-Martin. Le fort de Vintimille était encore au pouvoir des Français.

Le 13 mai, Masséna fit, avec toute la garnison de Gènes, une attaque générale sur le corps du général Hohenzollern : le combat dura sept heures. Enfin , après les plus grands efforts « les Français regagnèrent la ville.

Le général Mêlas, dans sa position sur la Roja , voyait avec peine les Français à Vintimille. 11 donna ordre au général Lattermann d'en lentar Tassant. Quand Iw. dispositions en furent faites, les Français, hors d'état de tenir, se rendirent au nombre de 6 olBciers et 100 hommes.

C'est ainsi que tout prospérait pour les Autrichiens, bien éloignés , sans doute, de prévoir les malheurs suspendus sur leurs tètes.

La faiblesse du général Suchet, et le peu d'utilité d'une position avancée, que Ton ne pouvait d'ailleurs plus maintenir, le déterminèrent à se retirer derrière le Var , qui faisait autrefois la frontière de France dans cette partie. Le général Gorrup, qui le suivait pas à pas, entra bientôt dans Nice. »

Le général Mêlas ne discontinua cependant point de faire travailler aux retranchements de la Roja , pour en tirer avantage en cas de retraite; mais il se porta sur le Var avec toutes ses Croupes, et détacha les généraux Knesewich et Gorrup par le Col-de-Tende, pour renforcer le général Kaim, en Piémont.

Bientôt, alarmé lui-même par le bruit du passage des Alpes par les Français, il abandonna au général Elsoits le commandement du corps sur le Var, et se dirigea, en personne, vers le Piémont.

Je Tai dit : la conduite des Autrichiens en Italie ne peut être blâmée; je crois, néanmoins, qu'ils auraient pu faire mieux encore, puisqu'ils

HISTOIRE

avaient les moyens de couper toute Tannée française 9 au lieu de laisser à Suchel une retraite ouverte sur la Provence. Je m'explique :

U fallait, pour atteindre cet objet, que la principale fonM^des Impériaux se portât sur Albenga, et s'emparât de cette position. Suchet, qui occupait Savone , partageait alors le sort de Masséna, et, comme lui, se trouvait totalement séparé de la France.

Outre Albenga, il aurait fallu s'emparer aussi d*Oneille, ce qui eût été opéré par un détacliement de la même colonne, qui se serait séparée d'elle à Garessio.

Toute celle opération se dirigeait de Céva , qui lui servait de base. De Coni , on procédait à l'attaque du Col-de-Tende , ainsi qu'elle a eu lieu plus tard. Celte colonne se portait rapidc»ment sur Nice, alors sans défense, garnissait le Var, et menaçait la Provence. Elle devait élre assez forte pour être en état de couvrir d'une manière sure les corps qui occupaient Albenga, Oneille, etc.

Que l'on remarque combien la marche stratégique des Autrichiens facilitait tous ces mouvements. Les places fortes de Piémont étaient autant de bases. Coni et Céva , particulièrement, étaient les points desquels devaient s'élever toutes les lignes dirigées sur Nice, Albenga, Oneille, Final, Noli et Savone. Toute entreprise sur Gènes et les conirées adjacentes se basaient sur Acqui, Alexandrie, Voghera et Tortone (i). La grande supériorité de forces des Autrichiens leur permettait d'opérer de tous ces côtés à la fois.

J'ai eu plus d'une fois occasion d'avancer qu'il élait rarement nécessaire , tant dans les opérations de slratégic que dans celles de tactique, de se parlageren ydus de trois colonnes ou divisions principales. Cependant, je semble moi-même dévier ici de ce principe, puisque je dirige une colonne sur Nice, une autre sur Oneille, la troisième sur Albenga, Final et Noli, la quatrième sur Savone , et la cinquième enfin sur Gênes. Les deux dernières, à la vérité, ne sont destinées qu^à de fausses attaques, pour tenir l'ennemi en échec.

D'ailleurs , je trouve ici le lieu de placer quelques réflexions, qui ne seront pas sans

(0 Exprit du système de guerre modcrnv^ i'« |)arl., sect. M ri III.

prix pour ceux qui étudient la guerre en grand.

D'abord , une colonne peut se subdiviser en d'autres plus petites, sans cesser d'être une, relativement au but principal. Autrement, il faudrait donc considérer comme formant une colonne à part, les patrouilles d'éclaireurs jetées sur les flancs pendant la marche. Je ne regarderai donc que comme un seul corps, tout ce qui se dirige vers un seul point.

Il est très-aisé de se représenter l'effet qu'eût immanquablement produit rexécution du plan que je viens d'indiquer, c'est-à-dire, Touvcrture de la campagne par la prise de Nice. Elle élait aussitôt suivie du passage da Var et d'une invasion en Provence. Les moindres progrès qu'eussent faits les Autrichiens dans cet le partie, ne pouvaient manquer d'opérer une puissante diversion. Elle pouvait aller jusqu'à attirer sur ce point une grande partie de l'armée de réserve, qui se disposait dès lors au passage des Alpes.

'Mais ces considérations Sur ce qui pouvait se faire et n'a point été fait, ne prouvent nullement que ces opérations fussent mauvaises, mais qu'il y a plusieurs manières d'atteindre le même but : j'ai déjà dit que la campagne des Autrichiens, dans le pays de Gênes , méritait des éloges.

Iji manque de vivres nécessita la reddition de la citadelle de Savone, après un invcstiss^ ment de quinze jours, pendant que Gènes continuait à se défendre : cette reddition eut lits le 1 5 mai.

Dans la nuit du i8 au 19, 8 bataiUou français passèrent le Var. Une moitié se porta sur l'aile gauche des Autrichiens, aGn de l'observer; l'autre attaqua le centre, mais smi succès. Les Français se replièrent jusqu^a Var : leur retraite fut protégée par la tels A pont et par Partillerie placée sur la rive droite du fleuve.

Il est surprenant que les Impériaux, imaédiatement après la prise de Nice , niaient ptf tenté le passage du Var de vive force. Les Français, à cette époque, n'avaient pas encore reçu de renforts. Les Impériaux pouvaient pénétrer en Provence, y vivre aux dépens de leur ennemi; dissiper les débris du faible corps quecommandait le général Suchet , cl répandic l'alarme dans toute cette partie. II fallait pn^ filer du premier moment; car bientôt , rassoréi

par i'atlitude défensive des Autrichiens, les Fran^'ais redevinrent eux-mêmes les assaillants. En vain m 'alléguera- t-on que la retraite de Provence eùl été difficile; ce côté de la France est tolalement dépourvu de places fortes. Mais on perdit un temps précieux; et du moment où Mêlas se vit contraint de passer les montagnes pour aller au-devant de Tarmée de Bonaparte, il ne fut plus possible de songer à aucune entreprise. Cependant nous voyons les Autrichiens, aUaiblis par les grands détachements qu'ils avaient envoyés en Piémont , s'opiniAtrer encore à ce passage du Yar. Le moment favorable n'existait plus pour eux.

Le !20 mai, le général Elsnitz attaqua de uouvcau la tête de pont; il resta plusieurs heures devant les ouvrages; des vaisseaux anglais joignirent leur feu à celui de Tartillerie autrichienne, mais le tout en vain : les Français se maintinrent dans leur |>oste, et tuèrent beauco!ip de monde à l'ennemi. On ne conçoit guùre pourquoi les Autrichiens ne cherchèrent pus à se frayer un passage en remontant le Var ; ils tournaient la position des Français, et les forçaient à abandonner les bords du fleuve, de peur de se voir acculés à la mer.

Mais, le !2i), les Français, considérablement renforces par le général Saint-llilaire, attaquèrent et emportèrent Nice. Les Autrichiens y laissèrent des prisonniers, des munitions, du canon. Leur retraite se Gt partie par le Colde-Tende, partie vers le territoire génois, le long de la Méditerranée : cette retraite était excentrique, et, conséiiuemment, faite dans les vrais principes.

En etfet, en poursuivant les Autrichiens, les Français se trouvaient bientôt avoir sur leur flanc gauche la colonne qui s'était retirée dans les montagnes, par le Col-de-Tende. En s'avançanl sur la cote jusqu'à Oneille, ils s^exfK)saient à se voir pris à dos et coupés de Nice. Celte division des Autrichiens en deux corps les protégeait donc incomparablement mieux que s'ils se fussent repliés en un seul, en côtoyant la mer. Cet exemple, entre mille, démontre encore ici Texellence des retraites excentriques et partielles (i).

Mais les Français ne pouvaient-ils pas également se partager en deux corps , et suivre cha-

(1/ Syiième de guerre moderne, i" part., secl. mu.

que colonne impériale? oui, sans doute; mais celui que Ton aurait détaché contre le Col-de- Tende aurait dû nécessairement être plus fort; Tautre restait inactif, ou du moins ne faisait que des progrès insignifiants pour la délivrance de Gènes, objet capital à cette époque.

Les Autrichiens ne se retirèrent pas plus loin que la Roja, où ils reprirent une position retranchée quMls avaient occupée précédemment. Les Français ne tardèrent point à les en déloger, par une attaque des plus vives, qui eut lieu le S juin. En un instant, furent emportés des ouvrages qui avaient coûté beaucoup de temps et de peine à construire.

J'en fais la remarque expresse, parce que dans cette guerre comme dans les précédentes , et spécialement dans celle de sept ans, les Autrichiens ont toujours paru compter infiniment sur les redoutes , les fossés , les palissades , dont cent fois, néanmoins, ils ont été débusqués par les Français et les Prussiens. Cela ne surprendra point le militaire qui réfléchira qu'il est peu de cas où l'on ne puisse tourner un ouvrage. Les retranchements ne sont véritablement d'une nécessité absolue que dans des gorges étroites, comme le Col-de-Tende, la BocchetSa, etc.; de même ("ncore, lorsque l'on se trouve concentré sur un seul point, et sans base, par une force très-supcTieure , comme Frédéric le Grand près de Schweidnitz, dans son camp de Bungehvilz. Dans ce dernier cas, un camp retranché est une forteresse dans laquelle on se hâte de se jeter. Mais, en général , je maintiens hardiment que les ouvrages retranchés conviennent beaucoup moins au système de guerre moderne qu'à celui de nos devanciers. La cause en est évidente : l'esprit de ce nouveau système consiste dans la mohilité, et les retranchements sont un obstacle au mouvement.

Après avoir éloigné les xVutrirhiens de la Roja , il était de la plus haute importance pour les Français de s'emparer du Col-de-Tende. Us l'attaquèrent , en effet, par le Col-de-Sabion et celui de la Eoara ; une démonstration sur le front concourut au saooka. On voit que les Autrichiens s'étaient laissés tourner par Pigna et Dolce-Acqua; c^est ce qui est encore plus à redouter dans la guerre de montagnes que dans celle de plaine. En vain se ite-t-on sur les hauteur» et les eticarpemcnts : Folard observe Ju-

HISTOIRE

dicieuscment qu'un homme] peut passer où a passé une chèvre, et qu'un corps peut passer où a passé un homme. Nous en trouvons dans l'anliquîté de grands exemples (i). D'ailleurs, il n'existe point de carte assez parfaite pour vous donner une connaissance exacte de tous les défilés , de tous les sentiers par lesquels on peut venir à vous. Il faut absolument reconnaître soi-même la chaîne des montagnes; il faut, de plus, s'afBder des gens du pays qui puissent servir de guides et dY»claireurs.

Je regarde donc la manœuvre des Français pour tourner le Col-de-Tende , comme un modèle à suivre en pareil cas, et la conduite imprévoyante des Autrichiens, au contraire, comme un exemptera éviter.

Maîtres du Col-de-Tende, qui couvrait les derrières de leur armée ; les Français devaient avoir pour objet principal de se porter le plus rapidement possible sur Gènes, réduile aux abois. C'est ce qu'ils firent effectivement ; nous voyons leur quartier général transféré , le 3 juin , de San-Remo à Port-Maurice.

La famine^ longtemps soufferte dans toutes ces horreurs, contraignit enfin Masséna à rendre Gènes, le i. Quelques jours plus tard, les Autrichiens, alarmés par les progrès de l'armée du premier consul , eussent été obligés de lever le blocus. Il est à remarquer, en effet, que presqu'au même instant qu'ils entraient dans Gènes, ils évacuaient Viutimille et Savone, qui furent immédiatement occupés par les Français.

Le général Otto marcha en toute hûte vers Voghera , avec le corps qui avait servi au blocus. Il y essuya un échec assez grave; mais ceci appartient aux opérations de l'armée de réserve, sur lesquelles il ne convient pas d^anticiper.

La possession de Gènes était, sans doute, d'une extrême importance ; mais on ne conçoit pas poun|uoi les Autrichiens n'en confièrent point la garde aux Anglais, qui la sollicitaient instamment. La jalousie peut seule expliquer cette conduite ; c'est le vice radical et destructeur de toute coalition. ^Vssurément , l'Angle-

{a) Le plus mémorable est cehii des Tlicniiopyles , Tan 480 inanl rère vnlfjaire. Léoiiidas, avec ses Spartiates, croyait , dans cet élroit passage, pouvoir braver tous ies efforts de l'armée de Xerxès. In pâtre indiqua

terre, dirigée dans toutes ses démarches par un esprit d'ambition insatiable, aurait cherché tous les moyens d'abuser de cet avantage; mais les Autrichiens ne devaient négliger aucuns de ceux qui pouvaient contribuer à leur salut. Les troupes qu'ils laissèrent dans Gènes auraient renforcé Mêlas , ou se seraient opposées au général Suchet.

Les opérations dans la Ligurie pouvant être considérées comme terminées ici , nous passerons au récit de la courte , mais merveilleuse campagne de Tarmée de Bonaparte, que nous avons laissée au pied des Alpes.

Le 46 mai, elle commença rcxécutionda vaste plan du consul, (i'est ce jour que ravantgarde passa le Saint-Bernard. Cette montagne présentait, tant par sa hauteur et son énorme masse, que par les neiges dont elle est couverte, un obstacle presque insurmontable. Le génie du chef, Tardeur des soldats , cette inimaginable activité qui n'appartient quaux Français, triomphèrent de tout. L'hîsloire ne dédaignera pas de conserver les plus légers détails de ce passage, qui fera oublier celui d'Annibal. Il n'est qu'un mot à dire pour eo faire sentir l'énorme différence : le héros ca^ thaginois n'avait point d'artillerie. Voici les moyens qu'employa Bonaparte pour le transport de la sienne.

On creusa des arbres en forme d*auge; les canons et les obusiers y étaient introduits: 100 hommes, attelés à un cable, passèrent ainsi les arbres et les pièces en deux jours. On fit également usage d'im autre expédient; c'étaient des traîneaux à rouleaux qui avaient été construits à Auxonne : les affûts étaient portés par pièces détachées, excepté ceux des canons de i, que 10 hommes portaient sur ua brancard. On fut obligé de décharger les caissons, et de diviser les munitions par caisses, dont on chargea des hommes ou des mulets.

Le 16 pareillement, la division Cbabro passa le petit Saint-Bernard : son avant-garde parut tout à coup devant Aoste. La garnison autrii-hienne se rangea sur les hauteurs en avant de cette ville. Un bataillon français eut

aux Perses un sentier du munt Anopée , par lequel m pouvait tourner les Grecs : Lconidas, enveloppé , s*îB' inorlalis» par des prodiges de \alcur, mais Xenèa pénétra dans la Phocide. ( Note du Tradmetet^]

ordro de la prendre à dos; elle n'attendit pas ce inouvemenl , se replia dans la ville, et voulut opposer quelque résistance sur le pont. Les Français la chargèrent à la baïonnette, et la culbutèrent.

L armée continua à passer le Saint-Bernard, les 17, 18, 19 et 20 mai. Le général Berthier se trouvait déjà, le 18, sur le territoire italien. Le même jour, le général Lannes arriva devant Cbatillon, à la nuit tombante; il trouva l'ennemi sur toutes les hauteurs environnantes. Voyant que le général Mallet ne pourrait arriver à temp6 pour tourner les Autrichiens, il se décida, sans délai, à une brusque attaque. Elle fut exécutée par les grenadiers de la 22* demi-brigarde et 100 hussards du ^ régiment: Tcnnemi fut chassé de Cbatillon, avec perte de 2 pièces de canon ; on lui fit 500 prisonniers. Le général Lannes, et bientôt après le général Berthier, investirent Timportant fort de Bard.

Bonaparte, qui dirigeait toutes ces opérations, et formait Tarmée à mesure qu'elle arrivait au pied des monte,- se trouvait, le 18, à Martinach, dans le Valais.

Le 22, lavant-garde française rencontra an corps autrichien qui défendait la gorge deSaint- Marlin : elle Tenfonça, et le dissipa.

Le 25 , le général Lannes se pr^enta devant Ivrée, que les Autrichiens firent mine de défendre; mais les Français emportèrent par escalade la ville et la citadelle.

Semblable à un torrent, l'armée du preuiier consul se précipitait dans Télroite vallée d*Aosle, et se dirigeait vers les plaines du Piémont. Les Impériaux, qui longtemps avaient refusé de croire à cette audacieuse entreprise, cjui n'en parlaient même qu'avec dédain, frappés d'effroi , fuyaient de toutes parts.

Le général Moncey passa le Saint-Gothard avec 20,000 hommes; une autre colonne se porta versSuze. Ces grands mouvements étaient concentriques, et présentent un développement si imposant, que je n'hésite pas à les mettre encore au-dessus de l'invasion de la Bohème par Frédéric le Grand, en 1757; invasion réputée pour un prodige dans l'histoire des guerres modernes.

Cependant le fort de Bard opposait une résistance plus longue qu'on ne l'avait imaginé. La partie inférieure et les ponts-levis étaient

déjà emportés, que le haat tenait encore ; il y avait une double enceinte fortifiée. La gorge que ce château est destiné à couvrir, est successivement resserrée. L'artillerie française ne pouvait être conduite à l'armée, qu'en passant à 50 toises du fort, et sous le feux de deux batteries. On profitait, pour cela, de l'obscurité de la nuit : les roues des affûts et des caissons étaient garnies de paille; on c^ avait couvert le chemin. Les soldats s'offrirent à s'atteler aux pièces et chariots : ils rencontrèrent un obstacle d'une autre nature, c'était uae rivière qui baigne la principale tour delà forteresse; il fallut se frayer un passage détourné dans un roc escarpé. Les Autrichiens faisaient pleuvoir une grêle de grenades et de pots-à-feu.

Une attaque vigoureuse, exécutée par un piquet de grenadiers, et le feu de 2 pièces habilement placées pour battre en brèche, contraignirent enfin le commandant à capituler, le 1*"' juin. Cette conquête, de peu de valeur en apparence, était néanmoins d'un grand prix pour la communication de l'armée avec la Suisse, par le val d'Aoste.

Le 26 mai, Bonaparte entra dans Ivrée.

Toutes les divisions de l'armée française furent, de ce jour, rassemblées dans la plaine , et il est à remarquer que ce fut aussi le même que le général Mêlas arriva de Nice à Turin.

Après le court récit de ce mémorable passage , qu'il me soit permis de soumettre aux militaires qui me liront , quelques réflexions que je crois dignes de les occuper.

Le plan et l'exécution feront éternellement la gloire de la nation française, et du chef qu'elle s'est donné. La première idée fut d'attaquer les Impériaux d'un côté , où ils imaginaient n'avoir rien à craindre, ce qui était déjà beaucoup ; mais les conséquences qu'en tirait d'avance un génie à qui rien n'échappe , allaient encore plus loin. Bonaparte savait qu'en franchissant les Alpes, il allait tourner l'armée autrichienne et la mettre dans la position la plus critique , pendant qu'elle s'obstinait au blocus de Gênes et à de stériles opérations dans le comté de Nice. Le cabinet de Vienne n'ayant point senti de quelle importance était la Suisse, ou ayant négligé de la faire attaquer à la fois du côté de l'Allemagne et de celui de l'Italie , c'était à la France à se servir de l'immense avantage que lui donnait la position saillante

HISTOIRE

de celte contrée : or, c^est ce qu^cUe a fait avec tant d'habileté, avec tant de succès.

Je ne suis point du nombre de ceux qui ont avancé que l'armée française , perdant une bataille en Piémont , s'exposait à une ruine totale. N^avait-ellc point occupé tous les passages des montagnes, et ne pouvait-elle s'en servir pour faire sa rctniile , en supposant même qu'elle fût forcée d'abandonner une partie de son artillerie?

Le gain de cette bataille , au contraire , lui livrait son ennemi. Les colonnes françaises agissaient concenlriquement, Tune par la vallée de Suze, l'autre par le val d'Aoste, toutes deux contre le Piémont. Celle qui arrivait par le Saint-Gothard menaçait Milan. Toutes les mesures, en un mot, étaient si hicn prises, que dans l'hypothèse ou l'on ne pourrait arracher l'Italie aux Autrichiens, on se trouvait, du moins , à portée d'entreprendre de grandes choses en Tyrol. Cette entreprise était suggérée par les principes les moins contestables de l'art de la guerre.

Mais j'entends qu'on me demande de toutes parts : les Autrichiens ne pouvaieni-ils donc s'opposer au passage des Alpes? Je ne m'occupe point ici des esprits routiniers qui avaient déclaré ces énormes masses infranchmabies (si j'ose m'exprimer ainsi ) . J'observerai encore une fois qu'une montagne qui arrêtera quelques voyageurs intimidés, ne sera point un obstacle pour une armée qui déploie une volonté bien déterminée, soutenue d'etforts bien plus efficaces. Essayons -donc de trouver pai* quels moyens il eût été praticable de mettre les Français dans l'impossibilité d'accomplir leurs audacieux projets.

Je conviens que les Impériaux ne pouvaient se permettre de perdre de vue le corps avec lequel Masséna occupait Gènes, ni celui que commandait le général Suchet; car, que servait-il de déjouer les manœuvres <]c l'armée do lk>naparte, si Ton restait en danger de se voir pris à dos par celle de Gènes? H faut convenir, cependant, que la ligne des forteresses du Piémont couvrait l'armée de Mêlas , pendant (qu'elle se portait au-devant de celle du jiremier consul.

Mais les Autrichiens étaient-ils assez nombreux pour tenir tête des deux cotés? J'ose croire

Tafllrmer. Avaient-ils le temps de prendre leurs précautions , depuis l'instant où ils furent instruits de ce qui se préparait contre eux? Assurément. Tous les journaux, tous les avis, toutes les relations qui arrivaient de France , s^accordaient pour annoncer cette grande expédition, c C'était un motif pour n'y point croire • disent les généraux autrichiens, et ceux qui tentent d'excuser Tînconcevable apathie de la cour impériale. Pourquoi donc? Était-co la première fois que les divers gouvernements de France avaient publié leurs plans de campagne dans les papiers publics, ou, du moins, avaient laissé parler leurs gazet tiers en toute liberté? L'armée de réserve se formait à Dijon, que ceux même qu'elle devait écraser, se livraient à de vaines railleries, ou s^amusaienlà répandre de misérables caricatures. Fatal aveuglement! En supposant que Bonaparte ne songeât point à descendre en Piémont , ne pouvait-il pas attaquer le Tyrol , envahir le sud de l'Aile» magne, et porter la terreur jusque dans le sein de rAutriche?

L'Angleterre , de son côté, contribua de tout son pouvoir «à épaissir le bandeau sur les yeui de son imprudente alliée. Uniquement occupés de leurs intérêts, sacrifiant sans pudeur cein des nations assez aveugles pour lier leur cause à la leur, les Anglais ne voient dans toute TEorope que leur ilc. Dans leur orgueilleux système , c'est de cette petite lie que le continent doit recevoir l'ordre d'entrer en guerre ou de conclure la paix, selon qu'il importe à sa barbare politique. Le cabinet de Vienne dirigé par le ministère le plus inepte, ouïe ylushonteusement vendu à celui de Saint-James, prodiguait l'or et le sang en pure perle. Les succès de l'armée austro-russe avaient fini par blesser Tarrogance britannique; elle jugea qu'il fallait des revers pour ramener l'empereur au sentiment de sa faiblesse , pour le faire rentrer sons sa dépendance. C*est ainsi que, dans son délire, l'Angleterre préparait les triomphes et la grandeur de la France ; .c'est ainsi qu^elle s'est attiré r indignation et la haine de tous les peuples du globe. Parce qu'un bras de mer les sëpait ^ du reste de Thumanité , ces insulaires craiwBt pouvoir se dispenser d'être hommes, et tentent d'être Anglais (i).

(0 Je me suis fait une loi, comme je Tai annoncé dans mon avant-propos , d'élaguer tout ce qoi s'a poM

Après avoir reproché à TAutriche son aveuglement ou son impériiie , je sens que Ton est en droit d'exiger que je m'explique sur les moyens qu'il lui convenait de prendre, pour détourner Torage prêt à fondre sur elle.

Dès les premiers jours de mai , sa résolution devait èlrc invariablement prise; il ne fallait pas, dans cette lerhble crise , flolter enlre deux extrêmes. Rien n'est plus pernicieux que les demi-mesures, à la guerre comme en politique; les partis décidés , violents même en apparence , sont toujours préférables. Que de généraux , d'hommes d'état, de particuliers même, ont du leur infortune à leur indécision, à la mollesse de leur conduite! J'ai déjà prouvé, par des exemples, la vérilé de celle assertion; je continuerai à le faire dans le récit et Texamen des événements subséquents.

Je reviens à la position des Autrichiens , dans le Piémont et la Lombardie. Ils avaient à choisir, selon moi, entre deux partis directement opposés.

■ 1^ premier consistait à marcher au-devant des Français, avec toutes les forces dont on pouvait rigoureusement se passer dans le pays de Gênes. Mais juS({u'oii fallait-il s^avancer? Ijc plus loin possible, c'est-à-dire, ne point se contenter d'occuper les vallées et même le sommet des montagnes, mais les franchir rapidement , en se faisant suivre de la plus petite quantité possible d'artillerie légère.

C'était en Suisse, alors, que Tavant-garde autrichienne rencontrait l'avant- garde française. 11 en résultait le double avantage de donner une grande idée de sa hardiesse, et d'avoir all'airé à un ennemi qui était à peine rassemblé. Était-on battu. Ton avait une retraite assurée parles déGlés, et en se repliant, on trouvait des renforis avec lesquels on recommençait continuellement de nouvelles attaques. Les Français, même en les supposant vainqueurs, se trouvaient considérablement retardés, et les Autrichiens gagnaient du temps à pro{>ortion pour la prise de Gênes. Cette ville tombée , le grand accroissement de leurs forces les mettait en état d'agir avec bien plus d'efScacité encore.

un rapport immédiat avec le sujet de cet ouvrage; mais j*ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt, dans les cirroDSlances actuelles, de faire voir combien ropioion des étrangers éclairés, relativement à Angleterre, se

11 est cependant à considérer que diverses colonnes françaises se présentaient sur plusieurs points d'une position demi-circulaire. Le corps autrichien qui se portait sur le Saint-Bernard se trouvait exposé a être pris à dos par le corps ennemi qui cherchait à passer par Suze, tandis que celui du Saint-Gothard menaçait de couper toute communication avec les pays héréditaires. La prudence exigeait donc qu'à chacune de ces colonnes, il en fut opposé une capable, sinon de l'arrêter, du moins de retarder sensiblement sa marche. Une immense cavar lerie toute fraîche attendait les Français dans les plaines du Piémont.

Mais loin de se trouver en mesure d'exécuter le plan que je viens de tracer , les Impériaux étaient tellement en retard, qu'ils ne purent seulement arrivera temps pour occuper, retrancher et défendre les vallées d'Aoste , de Suze , et toutes celles où la nature leur offrait d'inappréciaMes ressources.

Il me reste maintenant à rendre compte du second projet, que j'ai annoncé comme totalement opposé à celui que je viens de décrire. J'éprouve quelque timidité en produisant mes idées. Je n'ignore pas qu'elles contrarient la routine, et qu'elles seront trouvées paradoxales par les esprits qui ne se permettent pas de penser autrement que leurs devanciers.

Dans cette nouvelle hypothèse, nulle opposition directe à l'invasion des Français par les Alpes pennines. Les Autrichiens continuaient à opérer tranquillement dans la Ligurie , et à presser la reddition de Gênes : ils avaient, cependant, attention d'envoyer une force respectable à Mantoue.

Que l'on ne dise point qu'ils étaient sans base, et , conséquemment , dans l'oubli d'un des premiers principes militaires. Quoique séparés du centre de la monarchie autrichienne, ne trouvaient-ils pas cette base dans les places fortes du Piémont, telles que Voghera, Tor* tone, Alexandrie , Acqui , Asti , Turin, Albe, Cherasco , Géva , Goni ? Toute la partie de Tltalie, au sud du Pô, n'était-elle point à leur disposition pour leurs approvisionnements?

Je considère donc les Impériaux dans le pays

rapproche de la odtre. La dernière phrase m'a para remarquable {lar son énergie et sa concision ; je l'ai rendue littéralement.

{Note du Traducteur.)

HISTOIRE

de Gènes, comme formant réellement par euxmêmes un état de guerre , une colonie militaire indépendante, portant en elle-même tous les moyens de sa propre conservation etdesadurée. Quant au gouvernement Impérial, à Timilalion des Français , il fallait qu'il s'occupât, avec toute la célérité possible, de la formation d'une armée de réserve ; il fallait que cette armée , rassemblée sous Manloue , o|)érât sa jonction avec la Ligurie. A la télé d'une force aussi redoutable, le général Mêlas entreprenait une puissante diversion ; il pénétrait en Provence. Une colonne se portail par Vencc, Grasse, Fayence , et avançait, autant que possible, jusqu'à la Durance. L'autre marchait sur Toulon , en côtoyant la mer, et de concert avec la flotte anglaise. Klle était couverte sur le flanc , et dos à dos, |)ar le corps qui occupait le nord de la Provence, dans le cas où l'on se serait vu forcé à la retraite. Mais il fallait, pour cela, que les Fran^Mis fissent agir une force proportionnée ; et alors quelle puissante diversion ! quel retard, ou même quel changement apporté aux entreprises de l'armée de réserve et de celle d'Allemagne ! Gênes tombée , les Impériaux opérant à couvert et sous l'appui des places fortes du Piémont, avaient-ils beaucoup à redouter d'être entamés de ce côté? Nous verrons plus bas qu'ils étaient même en situation d'agir ofi'ensivement.

Ce n'est pas, néanmoins, que je prétende absolument blâmer le général Mêlas d'avoir marché contre l'armée de réserve; mais je soutiens qu'il fallait le faire plus tôt, si toutefois on ne prenait le parti opposé , tel que je viens de le décrire. Il ne faut pas oublier que si Masséna avait eu des vivres pour cinq jours de plus, les Autrichiens auraient été contraints de lever le blocus ; et voilà quel eut été rellcl désastreux de l'imprévoyance, de l'irrésolution et des demi-mesures : on avait Gênes à dos, les Français en avant et sur le flanc gauche.

En refusant de marcher au-devant de l'armée de Honaparle , il est incontestable que le

(\j (iiiclipirs personnes ^clair(^cs auraient été (i'a\is qiii'jç siippriinnssc tout l'article que l'on va lire; elles riaieii! rhoquécs «In ton railleur qif) a pris l'auteur, |tour «lisculer «les points d'une si grande inq)ortance. J*ai «ru, néanmoins, «pje cette dlM-us^ion ne serait passans int«^n*l pour les militaires (|ui îont luie étude approfon- «li«' de leur él;it; mais j'ai pensé au-si qu il était suffi-

général autrichien attirail sur lui Tanimadversion de l'Europe entière. La cour de Vienne l'aurait probablement regardé comme un traître, jusqu'à ce que son plan se fût développé, et que le succès l'eût justifié.

G'est ainsi que le grand Turenne fut poursuivi par les clameurs de ses ennemis , lorsqu'il évacua l'Alsace et se retira en Lorraine. Mais il les réduisit bientôt au silence, et les força même à l'admiration, en rentrant victorieux dans cette province; et Ton reconnut alors que c'était pour la conquérir plus sûrement, qu'il l'avait abandonnée aux Impériaux.

Reprenons le récit des événements.

La garnison autrichienne sortie d'lvrée,e( portée , par des renforts venus de Turin , josqu'à 5,000 fantassins et 4,000 hommes de troupes à cheval, s'était postée derrière la Chiusella, sur les hauteurs de Romano. Le général Lannes reçut l'ordre de forcer le passage de la Chiusella; il se présenta le 26 mai sur le bord de cette rivière.

La 6® demi-brigade d'infanterie légère faisait la tête de la colonne, et commença l'attaque. Moitié passa sur un pont, moitié en marchant dans l'eau, sous un feu épouvantable de mitraille et de roousqueterie. Les AutrichieDS lâchèrent pied: 2 régiments, qui formaient la deuxième ligne, paraissaient vouloir tenir, mais un autre corps français vint appuyer b 6^ demi-brigade, et on arriva en présence d'un corps de cavalerie fort nombreux, qui était en troisième ligne.

Cette cavalerie chargea trois fois les deux demi-brigades, mais les Français repoussèrent chacune de ces charges, et se trouvèrent bientôt maîtres du champ de bataille.

C^mme il est dit dans le rapport fait sot cette action , ainsi que dans nombre d'autres, que des charges de cavalerie ont été repoussée par la force de la baïonnette seule , je crois de voir présenter ici quelques réflexions sur celte arn)e, et en même temps sur les attaque de h cavalerie contre l'infanterie (i).

sant de donner aui lecteurs français la somme tin idées de IVrrivain allemand. Peu d'entre eux aorsicit trouva du charme à ses plaisanteries, par exemple, kl»qu'il dit <|uc la baïonnette ne conviendrait qu'i es marionnettes, que c c4 une brochée alourtiei{LtTtk» Spicfs), que rînfanlerie ainsi armée ressemble à otf troupe de baladins {Pickel-neringcn), (Note du Titi)

La baïonncLlc esl rarme favorile des troupcs luodenies ; on lui allrîbiie des effets éton- DanLs, c'est à elle que Ton a recours dans loulcs les occasions périlleuses : combien donc ne scra-l-on pas surpris de mViilendre déclarer que je la regarde à yien près comme inutile , plulol comme un ornement que comme une défense? (iOmparcz attentivement la pique à la baïonnette, et vous serez bientôt convaincu (le rénorme supériorité de la première. L'invcn* leur (le la baïonnette n'était sûrement point mécanicien; il n'entendait rien à la ibéorie de rinipulsion et à Tanalomie du corps humain: ce sont cependant deux connaissances indispensables à tout militaire, qui prétend introduire une nouvelle arme, soit offensive, soit défensive.

Relisez ce qu on dit sur la baïonnette Folard et Lloyd, (|uc je regarde comme les deux écrivains qui ont le plus approfondi Fart militaire dans tous ses détails. Tous deux redemandent la pique, pour rendre à Tinfanterie sa force et sa dignité.

Toutes les fois donc que je lis dans une relation (^ue la cavalerie a été repoussëe par la baïonnette , je me dis que cette cavalerie n'a point fait une charge réelle, et qu'elle s'est contentée d'une simple démonstration. On part au galop à une certaine distance, on modère rimpétuosité de la course, en approchant de la ligne d'infanterie; celle-ci fait sa décharge, presque toujours d'un effet médiocre, et aussitôt la cavalerie, croyant avoir assez fait en essuyant ce feu, tourne bride, et va se reformer hors de la portée du mousquet.

Mais il arrive quelquefois que la charge se fait avec une ferme résolution de vaincre, et conséquemment avec un déploiement total de forces; loin de ralentir l'ardeur des chevaux, on les lance avec toute la rapidité dont ils sont susceptibles, et je ne crois pas qu'il y ait alors d'infanterie qui puisse tenir, armée, du moins, comme elle Test de nos jours.

La cavalerie aurait beaucoup plus à redouter du feu de chasseurs exercés au tir de la carabine, sans baïonnette. Si chacun d'eux abattait son homme, et cela est possible, le premier rang serait détruit avant de joindre les fantassins; mais ceux-ci, à la vérité, pourraient se trouver enveloppés et sabrés par le second.

Que faire donc, |iour sauver rinfanterieî Il se présente deux moyens : le premier est de la former sur deux rangs; l'un d'arquebusiers exercés, l'antre de soldats armés de piques, le second rang en cK^hiquier derrière le premier. Je ne demande pas que l'on se touche du coude; au contraire, je veux que chaque homme ait les mouvements aussi libres que possible, comme l'avait le légionnaire romain. 11 faut s'attacher bien plus à la portée de la carabine ou arquebuse, qu'à la grosseur du calibre. Je proposerais même de se servir de chevrotines, si les blessures qu'elles font n'étaient trop légères, et ne laissaient encore au cavalier et au cheval la faculté d'agir. C'est aussi le défaut de la baïonnette, peu redoutable, particulièrement pour le cheval. L'homme le plus vigoureux ne peut la faire pénétrer que de trois pouces environ, et dans une charge de cavalerie , le coup de la baïonnette est sans impulsion; le fantassin ne lait que présenter la pointe, et c'est l'ennemi qui s'enferre.

Le second moyen que j'ai annoncé pour le salut de l'infanterie , serait de ne la laisser jamais marcher sans un corps à cheval qui la soutint: alors, la pique devient moins nécessaire, on peut nourrir davantage son feu, ce qui rentre absolument dans l'esprit de laguerre moderne.

Dans cette hypothèse, on rend illusoire cette vieille maxime : qu'avec de la cavalerie on a bientôt dissipé des tirailleurs.

Vous avez l'avantage extrême de réunir l'arme à feu et l'arme blanche; voilà leur véritable alliance, celle qu'ont voulue tous les grands théoriciens. C'est à tort qu'on l'a cherchée dans une seule et même espèce de troupes : le feu est le propre de l'infanterie, comme le sabre est celui de la cavalerie; combines ces deux moyens, vous obtenez un ensemble formidable.

Je trouverais même une économie dans cette réunion constante des deux armes; j'ôterais au fantassin sa baïonnette, et au cavalier son mousqueton.

<jue l'on daigne, en effet, faire réflexion que là où la cavalerie ne peut agir, l'arme blanche devient inutile, et qu'il fant se borner au feu de la moosqueterie.

D'après ces considérations, il doit paraître

étonnant de voir l'avant-garde, commandée

HISTOIRE

par le général Lan nés, marcher sans caYaleric. En faisant abslraclion de la valeur exlréme des Français, valeur qui a fait face à tout, et que je ne puis trop admirer, ce manque de cavalerie me parait une faute grave.

On pourrait alléguer que, dans une guerre de montagnes , la cavalerie parait peu nécessaire : mais on savait qu'à la descente des monts on trouverait des vallées, et, dans le fait, si la cavalerie autrichienne eut fait son devoir, Tavant-garde française se serait vue exposée à un échec des plus graves. Au reste, elle triompha, et son succès n'en est que plus brillant; mais je n'en ai pas moins dû faire obsei*ver ce ({ue la prudence et les principes auraient exigé de ses chefs.

Quant aux Autrichiens, ayant été battus dans ce combat de la Chiusella, qui peut les excuser de l'avoir livré? Espéraient-ils mettre une digue à la fureur du torrent qui se précipitait sur eux? H était déjà trop lard : je ne puis voir ici qu'une de ces demi-mesures que j'ai blâmées en toute rencontre , et dont le résultat est toujours la défaite et la confusion. Il est quelquefois aussi funeste de se trop presser, que de laisser échapper une occasion favorable.

Ce n'était point dans ces gorges étroites qu'il fallait s'opfioser aux Français ; il suffisait de jeter de fortes garnisons dans tous les châteaux susceptibles de tenir, et d'attendre l'ennemi en plaine ouverte , où Timmcnse supériorité en cavalerie offrait les plus heureuses chances.

Cette affaire de la Chiusella , quoique de ]>eu de conséquence , est loin d'être dépourvue d'intérêt pour un homme de métier. En général , toutes les actions de cette campagne d'Italie ont plus de physionomie que celles d'Allemagne.

Pendant que le général Lannesavec Tavantgarde s'avançait vers le Va et Chivasso , la division du général Turreau attaqua les Autrichiens à Suze. Le :2:2 mai, se livra un combat extrêmement vif; les Français tournèrent enfin le fort Saint-Nicolas, obligèrent l'ennemi à abandonner le village de Cravière, em|>ortèrent d'assaut toutes les positions, et le fort la Hrunette capitula le même soir. La perte des Autrichiens fut considérable; elle consistait en 500 morts, 1,500 prisonniers, et une grande

quantité de munitions de guerre et debonche.

Les Français durent leur avantage à la manœuvre habile qu'ils exécutèrent pour tourner le fianc des Autrichiens; et voilà une nouvelle preuve de la faiblesse de toute position retranchée, dont le front seul est inaccessible.

La colonne du général Turreau qui , venant de Savoie par le Mont-Cenîs , s'ouvrait une route vers Turin à travers le val de Suze, avait une destination des mieux calculées.

Elle était en conjonction avec les autrescolounes, et, comme elles, agissait d*un {wint de la circonférence vers le centre.

Prenons Turin pour le centre : alors il est évident que, de cette place aux montagnes , il ne restait aux Autrichiens aucune |M>sition à prendre dans le val d'Aosle, contre la colonne du Saint-Bernard , qui était la principale; car, dans toutes celles qu'elles auraient pu choisir, ils se seraient vus pris à dos par la colonne qui descendait du Mont-Cenis, par Suze. Mus j'examine et j'analyse ce plan d^invasion, plus il m'est démontré que c^était un chef-d'œuvre de l'art et du génie.

L'invasion s'opéra sur quatre colonnes.

Celle du Mont-Cenis formait Taile droite: son objet stratégique était Turin.

Celle du grand Saint-Bernard paraissait aussi avoir Turin pour objet stratégique : je disparaissait^ parce que ce pouvait être an autre point encoro caché dans la pensée de l'homme qui dirigeait tous ces grands mouvements.

La troisième colonne qui descendait dnSimpion par Domo-d'Ossola, et la quatrième do Saint-Gothard par la vallée de Levantina et de Bellinzone, avaient toutes deux Milan pour objet stratégique.

Toutes étaient basées sur la Suisse et la Sa* voie; toutes présentaient un angle objectif (fl) de plus de 90 degrés, mesuré des deux eitrémités de la base, c'est-à-dire, de Briançon ai Saint-Gothard.

Après le combat de la Chiusella , les Aolrîchiens se replièrent sur Turin. Ils paasèreMI rOrco, rompirent tous les ponts, et brùHredl toutes les barques. Faute de cavalerie, kl Français ne purent les harceler dans knrre-

(i)£fpril du «yffhne de guerre Moémw, i^pvit

sect. u.

traite f ics Autrichiens se persuadèrent qne c'était une suite de la perte qu'ils leur avaient fait essuyer dans la dernière action.

Le général Lannes continua des^avancersur Chivasso, le long de la Doria, qui tombe dans le Po près de Crescentino etVérue, après avoir traversé le val d'Aoste.

11 arriva le 28 mai à Chivasso : il y trouva un grand nombre de barques sur le Pô; elles étaient chargées de riz et de froment.

Dès le 20 9 avait commencé à se développer une des plus belles manœuvres de guerre qui se soient jamais faites.

Le gros de la colonne du val d'Aoste , au lieu de suivre ravant^garde^ qui ne s'était avancée jusqu'à Chivasso que pour attirer Tattcntion des Autrichiens» se porta obliquement sur sa gauche envers lest; mouvement qui fut entièrement masqué par Tavant-garde. Les Impériaux, qui s'imaginaient que toute la colonne française se dirigeait sur Turin , l'y attcndaieul tranquillement.

Le général Murât se porta d'Ivrée sur Verceil par Sant-Ia ; il culbuta sur la Sessia un corps de 1 ,000 hommes de cavalerie. Les Autrichiens avaient brûlé le pont; les Français le rétablirent. L'avant-garde , restée seule, se forma eu avant de Chivasso.

Pour achever de fasciner les yeux des Impériaux, obstinés à garder Turin , le premier consul passa cette avant-garde en revue; il annonça que la cavalerie française allait être rassemblée, et qu'elle attaquerait la cavalerie autrichienne, pour lui ravir la prétention de sa supériorité en manœuvres et en bravoure.

Au reste, l'enthousiasme des troupes françaises était à son comble. La 28^ demi-brigade reçut, comme la plus digne récompense de deux ans de combats et de souffrances dans les montagnes, l'honneur de marcher à la tête de l'avant-garde. Deux autres corps refusèrent l'argent qui leur revenait pour le transport de l'artillerie par-dessus les Alpes, et se plaignirent de n'avoir point eu part aux actions qui venaient d'avoir lieu.

Le 28 mai, le prince de Rohan, qui, avec sa légion et du canon, gardait l'importante position de Varallo, sur la Sessia, fut forcé dans ses retranchements par la légion italienne du général Lecchi.

Le 30, Bonaparte transféra son quartier général de Chivasso à Verceil.

Chez les Grecs et les Romains , le quartier général était dans le camp même qu'occupait l'année; il était rare que l'on mit plus d'une armée en campagne, ou qu'on la partageât en plusieurs corps. Mais dans les temps modernes, cette subdivision de la force principale en diverses branches, semblable à celle d'un pays en villes et villages, fait que l'on peut considérer le quartier général, comme étant, peur l'armée, ce qu'est la capitale pour l'État.

Les Autrichiens avaient détaché un corps en face de Chivasso , dans la crainte que Tennemi n'entreprit en cet endroit le passage du Pô. Mais c'était trop mal présumer de liiabileté reconnue des généraux français,, que de leur supposer le dessein de passer ce fleuve, et de se' porter sur Asti, c'est-à-dire, de s'exposer à être enveloppés entre deux corps d'armée. Pourquoi donc les Impériaux vinrent^ls se placer vis-à-vis de Chivasso ? Parce qu'il semble passé en principe chez eux de s'opposer toujours de front à l'ennemi; principe essentiellement vicieux , calculé sur une fausse apparence , et non sur la nature des choses.

Voici comme ils raisonnèrent: c Une colonne » française descend par le val d'Aoste, donc I il faut aller au-^levant d'elle : cette colonne I se porte à l'est vers Milan, donc il faut se » porter à l'est vers Alexandrie >.

Les Français eux-mêmes n'auraient pu leur suggérer de conclusions plus funestes. Si les opérations des Impériaux dans la Ligurie méritent des éloges, on ne peut, en revanche, trop blâmer tout ce qu'ils firent depuis.

Ce n'était pas sur Turin qu'ils auraient dû se diriger, pour revenir ensuite à Test, comme ils furent contraints de le faire pour couvrir la péninsule de l'Italie. 11 fallait prendre immédiatement cette direction , et ne point s'arrêter sous Alexandrie qui est trop à l'ouest; Tortone et Voghera sont dans le même cas. Parme est le point qui me semble indiqué par tous les motib réunis : quelques militaires proposeraient Plaisance , mais je ne saurais être de leur

avis.

Ils m'objecteront que c'est à Plaisance même que les Français ont passé le I^ , et que, conséquemment, c'est le point qu'il fallait occuper, pour les empêcher de couper l'année autri-

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