II. — Donzelot
I1 s’agit de deux malades atteints de pouls lent permanent avec dissociation auriculo-ventriculaire complète, Le premier est un homme de 76 ans ; le second cas concerne une femme de 63 ans.
< Nos deux observations sont tellëèment superposables « que nous ne ferons qu’une description des phénomènes
> < que nous avons pu constater.
« Le malade étendu sur son lit répond tranquille- « ment aux questions qu’on lui pose ; dans les doigts « qui palpent la radiale, le pouls se fait attendre, maïs «il revient régulièrement ample et largement frappé, < de 20 à 30 fois par minute. Soudain, l'attente se pro- « longe : 3”, 5”, 8” s’écoulent sans que l’onde artérielle < réapparaisse. Le malade cesse de parler, sa tête s’in- « cline, paupières closes ou mi-closes. Le tégument tout « entier prend une pâleur cadavérique. Vers la 20° ou « 30° seconde, la face est envahie par de petites trému- « lations ou secousses convulsives de courte durée. A « partir de ce moment, l’aspect est celui de la mort appa- « rente. Tout à coup, alors que l’on peut légitimement « penser que tout est fini, la radiale s’anime sous forme < d'ondes faibles et précipitées au nombre de 100, 111, « 120 à la minute. Presque aussitôt, le malade pousse < une série de courts gémissements tandis que sa figure « se recolore et prend l’aspect d’un masque douloureux. < Enfin les yeux s'ouvrent, le regard reste un instant « étonné, maïs cet état se dissipe avec une surprenante « rapidité et en quelques secondes le malade est de nou- « veau à même de répondre aux questions.
« Si une rémission doit se produire dans les acci- « dents, Ja tachycardie se calme très vite, le pouls
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< retombe aux environs de 20 à la minute et le malade devient parfois somnolent. Mais, dans les phases ul-
times de l’état de mal, les crises se succèdent avec « une telle rapidité qu’elles sont presque subintrantes.
« Dès lors le pouls traduit un véritable affolement du
« centre automatique : tachycardie régulière, tachycar- « die irrégulière et disparition complète du pouls se suc- « cèdent de la façon la plus capricieuse jusqu’au mo- <ment où survient la syncope terminale. L'arrêt ven- < triculaire succède-t-il en pareil cas directement à la < phase de tachycardie ? N’est-il pas plutôt précédé d’une « phase de tachysystolie et de fibrillations ventriculaires umpossibles à déceler au seul examen du pouls ?
« D’une part un rapprochement s’impose entre les « phénomènes d’affolement du centre ventriculaire que « nous avons constatés et ceux qu’on observe expéri- < mentalement après ligature d’une coronaire ; or, dans < cette expérience, l’arrêt ventriculaire est toujours précédé de fibrillation.
«< D'autre part, dans les observations de bradycardie « également avec dissociation, Kerr et Bender, Galla- « vardin et Bérard ont pu enregistrer à l’occasion de < syncopes des épisodes de tachysystolie et de fibrilla- «tion ventriculaire. Il est donc permis de penser que
« des phénomènes analogues ont pu se produire chez
« nos deux malades. Quelle que soit du reste la valeur « de cette hypothèse, un fait persiste que nous voulons «retenir : c’est l’affolement du centre ventriculaire pen- «< dant toute cette période terminale. Cet affolement «cadre mal avec la conception aujourd’hui classique « qui veut faire de la bradycardie avec dissociation un « syndrome commandé par un trouble plus ou moins « profond de la conduction auriculo-ventriculaire ; il
« s'explique par contre aisément si l’on admet que ce « syndrome est sous la dépendance d’une altération de « l’automatisme septal, comme nous l'avons soutenu « dans des travaux récents. »
Il est regrettable, comme l’auteur le fait d’ailleurs remarquer, que l’enregistrement électrocardiographique de ces crises n’ait pu être fait. En l’absence de tracés démonstratifs, l’existence d’une fibrillation ventriculaire chez ces deux malades rèste cependant non seulement très vraisemblable, mais probable.