SECOND CAS
M. B***, âgé de 48 ans, d’un tempérament lymphatique, jouissait d’une assez bonne santé , troublée quelquefois par un peu de difficulté dans les digestions et quelques crises hémorrhoïdales légères, avec perte d’un peu de sang. Cet état ne lui ayant jamais donné d’inquiétudes sérieuses, il se contentait d’un traitement médical , du régime, et sa santé redevenait satisfaisante. En 1856, à la suite d’une de ces crises, il aperçut à l’orifice anal, outre le bourrelet hémorrhoïdal existant depuis longtemps, un appendice blanc, peu développé et ne lui occasionnant pas de douleur. Il ne jugea pas alors à propos de consulter son médecin ; mais peu à peu cet appendice devenant plus apparent, il se fit examiner par M. le docteur Pouget, qui lui conseilla de consulter M. le docteur Alphonse Amussat.
Ce chirurgien, appelé au mois de décembre 1857, constate l’existence d’un bourrelet hémorrhoïdal assez développé et d’un polype de forme cylindrique, de la grosseur d’une forte plume à écrire , de deux centimètres de long, implanté sur la muqueuse rectale, au-dessus des vaisseaux hémorrhoïdaux , et faisant saillie à l’extérieur lorsque le malade fait des efforts de défécation. Ce polype, d’une consistance très-ferme, est blanc et indolore. Il est convenu qu’on en débarrassera le malade par la cautérisation circulaire.
Le 16 décembre 1857, en présence de M. Pouget, M. B*** se place sur son lit comme pour l’opération des hémorrhoïdes, après avoir rendu un lavement et en continuant les efforts de défécation. M. Amussat saisit la base de ce polype avec une pince porte-caustique, et en cautérise circulairement la base. Les vaisseaux hémorrhoïdaux placés au
dessous, saignant facilement, sont cautérisés directement avec un bâton de caustique Filhos et un peu de pâte de chlorure de zinc.
Le 22, le polype et l’escarre se détachent laissant une plaie vermeille de bon aspect ; M. B*** commence à manger et à se lever. A dater de ce jour on augmente l’alimentation, et le malade a plusieurs garde-robes avec quelques gouttes de sang.
Peu à peu la plaie se cicatrise, M. B*** reprend son genre de vie habituel, et au commencement de février 1858 il est guéri. Depuis lors, il a joui d’une bonne santé, et rien chez lui ne fait craindre une récidive.
Ces deux cas sont intéressants comme exemples de polypes du rectum chez les adultes, et dignes aussi d’attention, au point de vue des résultats que l’on peut attendre de la cautérisation, s’il existe des raisons de préférer cette méthode à la ligature ou à l’écrasement linéaire.
Journal de médecine et de chirurgie pratiques. — 1869, p. 306. — Art. 5668.
cvreux , A. Hbhisset, împ. 170.