PREMIER CAS
Mme D***, âgée de 45 ans, habitant le département de la Charente, d’une forte constitution et d’un tempérament bilieux, a joui jusqu’à 40 ans d’une bonne santé. A cette époque , elle éprouva des malaises , puis des douleurs dans la région sacrée et vers l’utérus, qui, loin de diminuer, allèrent en augmentant, et lui inspirèrent des craintes assez
sérieuses pour la décider à venir se faire traiter à Paris. Plusieurs cautérisations et un traitement médical bien suivi, amenèrent la guérison d’un engorgement avec ulcération du col de l’utérus. Rassurée sous ce rapport, elle ne voulut pas retourner chez elle avant de s’être fait enlever un polype du rectum, dont elle avait reconnu l’existence quinze ans auparavant à la suite d’une couche. Cette tumeur très-petite d’abord , avait graduellement et lentement augmenté de volume, elle sortait après chaque garde-robe, et toutes les fois qu’elle rendait un lavement.
M. le docteur Àlph. Amussat ayant examiné la malade, constata qu’il existait un polype charnu bien pédiculé , du volume d’une grosse cerise.
Le 11 octobre 1854, Mmc R***, après avoir rendu un lavement, se plaça à genoux sur le bord d’un fauteuil et continua à faire des efforts d’expulsion. Le polype se montrant au dehors de l’anus, fut fixé avec un ténaculum et maintenu par un aide. M. Amussat saisit le pédicule de la tumeur avec une pince à rainures remplies d’une pâte faite avec du caustique calcio-potassique et de l’alcool, et laissa l’instrument appliqué pendant quatre minutes. La pince enlevée, la portion cautérisée du pédicule fut lavée longtemps et avec soin, afin d’enlever les particules du caustique qui pouvaient rester à sa surface, et bien enduite d’huile, ensuite la tumeur fut replacée dans le rectum.
Le 12, la malade eut une garde-robe assez abondante suivie d’un peu de cuisson.
Le 16, notre confrère ayant examiné la malade après qu’elle eut rendu un lavement, ne vit aucune tumeur sortir de l’anus et le doigt indicateur introduit dans le rectum n’y rencontra aucun corps étranger.
Une semaine après , la malade repartit pour la province et depuis cette époque, M. Amussat en a reçu des nouvelles excellentes.