PÉRIODICITÉ DES ATTAQUES
La pathogénie de l’épilepsie ainsi comprise peut expliquer la fréquence plus ou moins grande des manifestations comitiales. Quelquefois les crises sont périodiques et reviennent à peu près à la même époque tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, mais le plus souvent elles apparaissent d’une facon tout à fait irrégulière.
Les premières crises se rencontrent d’après les auteurs de 14 à 18 ans (Lasègue), mais en étudiant soigneusement les antécédents de ces malades on trouve dès les premiers moments de
‘leur vie des accidents (convulsions, incontinence nocturne, 6161} que l’on rattache aujourd’hui à l’épilepsie. L’histoire de beaucoup de malades répond au type suivant : convulsions à l'époque de la dentition, convulsions à l’occasion d’une rougeole ou de toute autre maladie aiguë; disparition des accès pendant quelques années ; vers l'âge de 10 ou 15 ans les crises reparaissent, puis se répètent à intervalle variable. Et ces considérations ont beaucoup fait pour établir la notion d’épilepsie syndrome, survenant chez des sujets apportant dès la naissance un organisme spécial, au lieu de la notion, épilepsie maladie, apparaissant à un certain âge de la vie.
Cette prédisposition est mise en jeu pär l'infection, l’intoxication, de sorte que la fréquence d'apparition des syndromes convulsifs est liée à la courbe de la toxi-infection.
C'est pourquoi certains malades ont des crises fréquentes, d’autres n’ont que des crises rares, d’autres enfin pourront n’en présenter jamais dans l'existence : ce seront ceux dont les organes d’élimination fonctionnent bien, ce seront ceux qui auront un régime sévère, ce seront ceux qui se mettront à l'abri de toutes les infections et de toutes les intoxications, etc.
Nous savons également que l’intoxication n’est pas toujours suffisante pour éveiller la prédisposition. Dans certains cas il faut une cause adjuvante occasionnelle comme par exemple un réflexe : une piqûre d'aiguille, une excitation cutanée. On a comparé depuis longtemps, et avec raison, l'attaque épileptique à la décharge de la bouteille de Leyde.
On comprendra facilement qu'il existe des cas où l’aptitude convulsive n’a jamais eu l’occasion de se manifester faute d’éléments précités. « Car de même que certains corps en solution peuvent être mis en évidence par des réactifs appropriés, de même la dégénérescence peut être complètement latente et ne se manifester que si certaines conditions spéciales l'y invitent ». (Joffroy).
Cliniquement on connait beaucoup de cas d’épilepsie à manifestations très rares ou même à manifestation unique et il est utile d’insister sur l’intérêt de ces faits lorsque la cause du
Gelma : 4
qe.
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traité de maladies nerveuses de Rosenthal :
na «Une jeune fille de 24 ans, dont on ne donne pas les antécé- | dents héréditaires ni personnels, est prise au bout de quatre mois de mariage et après chaque rapprochement de douleurs
vives dans le ventre auxquelles s'ajoutent bientôt des crampes avec perte de connaissance. Pendant les semaines suivantes : cette femme s'étant abstenue de coît, jouit d’une santé parfaite.
Ayant cru pouvoir s’y livrer de nouveau, elle est reprise de ses
accidents épileptiques qui, depuis, réviennent spontanément
sous l’influence du coït, d’abord à l’époque de ses règles seule-
ment, et ensuite en deltors même des époques (de cinq à six fois
par jour). La malade ne se décide à réclamer les soins du méde-
cin qu'après s’être séparée de son mari. À l'examen, on trouve à la partie antérieure et inférieure du vestibule du vagin, au
niveau des débris de la membrane hymen et de la muqueuse ! contiguë; un point très sensible ; on provoque une attaque d’épi- 2 lepsie chaque fois que l’on presse sur ce point et en le touchant même légèrement avec le nitrate d'argent ; si l’on prolonge l'examen l'attaque dure beaucoup plus longtemps. L'utérus est a normal, partout insensible à la pression. Aucun symptôme ... d’hystérie. Les attaques ne disparurent qu'après l'excision des parties sensibles. Elles ont cessé depuis deux ans au moment de la publication de Fobservation » (1).
Cette observation de Féré est typique : il s’agit d’un malade qui a comme antécédents des troubles nerveux survenus chez sa mère pendant sa grossesse. Lui-même présente un bégaiment congénital. Traumatisme à 16 ans : il recoit sur la tête un coup de barre de fer et trois mois après surviennent des crises d’épilepsie. Un jour on lui fait une prise de sang à l’aide de l'aiguille de Henocque « il pâlit immédiatement, son regard devient fixe puis 1l rougit et regarde d’un air étonné. Il raconte qu'il a senti quelque chose qui est sorti du point piqué et est remonté rapide-
1. Rosénthal, Maladies du système nerveux, traduit par Lübanski, Paris, 1887, p. 535.
paroxysme est évidente. Témoin cette observation empruntée au
ment le long du bras jusqu'à la tête et qu il a perdu connaissance » (1).
Dans ces deux faits c’est une action réflexe qui a réveillé l’aptitude convulsive latente. Nous verrons plus tard d’autres obser-
vations où c’est l’intoxication qui met en jeu la prédisposition
qui ne s'était jamais manifestée auparavant.
Les auteurs ont étudié sous le nom d’épuleptiques tard/is deu malades dont les manifestations comitiales apparaissaient long-
temps après la puberté : vers 25 ans, 30 ans, etc. Pour certains
(Lüth) l’épilepsie tardive est uosologiquement différente de l’épilepsie dite essentielle, et si pour eux cette notion est nouvelle c'est qu'ils ne tiennent pas compte des auteurs qui ne voient aucune différence entre l’épilepsie apparaissant pour la
première fois à la puberté et celle qui se manifeste plus tard. Depuis longtemps d’ailleurs on a publié des cas où le syndrome survient tardivement (Maisonneuve, Calmeil, Poilroux, Portal). Certains notent simplement à quel âge l’épilepsie peut apparaitre plus rarement : 24 ans pour Leuret, 30 ans pour Beau, Herpin, Rosenthal, 40 ans pour Delasiauve. Ces auteurs ne font en réalité aucune différence entre l’épilepsie vulgaire et l’épilepsie tardive.
Plus récemment on voit apparaître des mémoires et des thèses qui s'occupent spécialement de cetté question. Delanef (2) publie un certain nombre d'observations d’épilepsie tardive. Maupaté (3) dans un mémoire à la Société médico-psychologique écrit :
«1° L’épilepsie débute rarement après 30 ans et seulement dans une proportion de 15 à 20 0/0 des cas d’épilepsie. ,
2% L’épilepsie tardive ne se manifeste pas en dehors d’une prédisposition héréditaire, quelquefois directe ou congesüve, ou convulsive, souvent névropathique, toujours dégénérative.