‹ Considérations sur les rapports de l'épilepsie latente avec l'alcoolismeChapitre 52 sur 58 · Communiquée par M. Delmas, chef de clinique · texte numérisé non relu

Communiquée par M. Delmas, chef de clinique

l # ART NE! & x A À A Hi LEIE feu A LES RAPPORTS DE L'ÉPILEPSIE LATENTE AVEC L ALCOOLISME

crises dans les asiles — Les paroxysmes réapparaissent dès la sortie ; avec les excès alcooliques. — Nouvel inteñnement, disparition nouvelle

des crises : l'épilepsie redevient latente. AE

Le B... Joseph, journalier, âgé de 62 ans, entre le 14 avril 1908 dans le service de la clinique. C’est son dixième internement.

Antécédents héréditaires. — Le père, marchand de chaussures, est. É 4 mort à 66 ans, mais on ne sait pas de quoi : il était en Algérie à cette | époque. Il n'a jamais eu de maladie. {l aurait été sobre. | RES “à La mère est morte à 72 ans après cinq jours de maladie; le malade ne peut donner le nom de la maladie. Pas d’affections nerveuses dans la famille. : EVE

Un frère est mort à 33 ans de pneumonie ou de tuberculose aiguë. Ê C'était un buveur. “os NA Une sœur est morte à 32 ans de tuberculose pulmonaire. Le malade , a un fils bien portant et un autre héméralope et FO sa,

Antécédents personnels. — Le B... est né a Paris, à terme. Il a commencé à parler et à marcher à là âge ordinaire. Pendant l'enfance on ne lui connaît aucune maladie Jamais il n’a uriné au lit. Pas de convul-

7 sions. Il va en classe jusqu'à 15 ans. Il est un peu coléreux mais jamais il n’a de crises de nerfs. | / 4 - À 15 ans, il entre comme CÉRENE dans une maison de banque. Il y travaille régulièrement jusqu’à 18 ans et s'engage comme soldat. ee Il fait ses deux premières années de service à Grenoble et obtient L. rapidement les deux galons de caporal ; il est assez sobre à cette D. époque. En Il sert ensuite quatre années en Algérie où il est envoyé pour com- 3 battre une insurrection. Il devient sergent-major. Il reste sobre pen- 4 dant assez longtemps et ce n’est que vers la fin de son séjour en Afri- À que qu’il arrive à boire. Il à alors 24 ans. C’est surtout l'absinthe qu'il prend ; il en consomme une assez grande quantité, deux à trois par jour. I lui est même arrivé, dit-il, d'acheter avec deux camarades wn l litre d'absinthe et d'aller le boire à trois auprès d’une source. { 4 La dernière année de service se passe À Strasbourg (1870) et c’est au k cours de celle-ci qu'éclate la guerre. Le B... prend part au siège de cette place; prisonnier de guerre, il est envoyé en captivité au fond de la Silésie où il reste dix mois.

Pendant tout ce temps il ne contracte aucune maladie, ni vérole, ni blennorhagie. [l a seulement souffert du froid.

Revenu en France, il a alors 26 ans, il travaille dans son ancienne maison de banque ; mais un an après son retour d'Allemagne il fait une crise de rhumatisme articulaire aigu qui le tient au lit pendant deux mois. Son cœur a été touché puisqu'il a pris de la digitale. Depuis cette époque il n’éprouve ni douleur articulaire, ni trouble cardiaque.

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11 travaille régulièrement dans sa maison de banque et cela pendant huit années.

À 27 ans il se marie (1873). Il a un premier enfant en 1875 qui est Lis bien portant, sobre et bon travailleur. Puis un second fils en 1885 qui devient adénoïdien, (grosses amygdales et angines à Ho

tition) et se fait réformer après un an pour héméralopie.

Rentré dans la vie civile il garda ses anciennes habitudes de boisson, Il avoue, boire un litre et demi de vin par jour et deux absinthes, et des excès massifs de temps en temps les jours de fête. Il est ivre de temps en temps.

11 devient à 33 ans buveur d'habitude et présente à cette époque tous les signes de l'alcoolisme chronique : crampes dans les mollets, pituites, sommeil peuplé de rèves pathognomoniques, céphalées fréquentes.

Première crise d'épilepsie à 33 ans. — Un beau soir, il est chez lui occupé à lire son journal, il sent tout à coup des bourdonnements et comme des bruits de voix frapper son oreille et presque en même temps il tombe. 11 se réveille au bout d’un certain temps et il est complètement amnésique de ce qui s’est passé. Il avait présenté, lui'a-t-on dit, des mouvements convulsifs et un peu de salivation. Il ne s’est pas mordu la langue, il n’a pas uriné sous lui.

Deuxième crise d'épilepsie. — Huit jours après, dans la rue, devant une glace au moment où il venait de s’y apercevoir, il est pris d’une crise toute semblable à là première. Mais une fois revenu à lui, il présente une véritable amnésie à caractère rétrograde portant sur tous les faits passés : il ne se rappelle plus son adresse, et bien qu’à deux pas de chez lui, il est incapable de se retrouver. Connu par un agent comme habitant dons la rue, il est conduit de concierge en concierge jusqu'à ce qu'il soit reconnu par celui chez qui il habitait. Tout était dissipé après quelques heures.

Répétition des crises. — Dans la suite il eut des crises se répétant tantôt tout les huit jours, tantôt à trois semaines, un mois d'’intervalle. Après la plupart des paroxysmes il était pendant plusieurs heures ou même durant plusieurs jours dans un véritable état d’excitation maniaque avec cris, gesticulation, colère, menaces, rarement violences, dit-il, insomnie. :

Premier internement. — Quelques mois après la première crise, à la suite de démarches de sa femme et de l'intervention de ses patrons chez qui il avait eu des crises, il est placé à Bicêtre. Il n’y reste que deux mois, n’a aucune attaque et sort bientôt en liberté (1877).

Le malade oublie ses bonnes résolutions et recommence à boire et à la fin de l’année de nouvelles erises le forcent à $e faire de nouveau

| mois d nes ‘il n’a ln de phénomènes Goutte et : ésf remis

douze ans à

pagnant exceptionnellement d’ excitation consécutive. Comme ces atta

vis-à-vis d'autres personnes.

en liberté. : ta RL DES MQAN Après cette époque, Le B.., reste jusqu'en 1890, c’est-à-dire pendant

à la vie libre. Il travaille aux magasins du Printemps et il

arrive, prétend-t-il, à ne plus boire que modérément. Pendant tout ce : laps de temps il a encore des crises mais peu fréquentes s’ accompa ;

ques sont survenues alors qu'il était chez a il n'a Len eu d'ennui pour son travail. | | Lt Parallélisme de l alcoolisation et del Pépiibpste. =LEn 1890 il s est remis à boire davantage ; les crises deviennent plus fréquentes. Il én survient. deux au cours dé son travail; en outre il présente des phénomènes | d'excitation d’une façon habituelle: il a de l’insomnie, se met en colère, Sur se montre violent ‘ènvers sa femme et ses enfants 4 fait du - scandale dans la maison. î

Son attitude est surtout en rapport avec des idées de persécution à à l'égard de sa femme qui voudrait le faire internier, poussée par les con= seils de sa sœur. 1 n'aurait JPA eu #2 autres idées jé ROUTE

Troisième internement, 1890. — A la suite de ces crises el de cet état mental le malade est de nouveau PUR, Il en sort bientôt nr

guéri.

Six internements de 1890 à 1908. — De 1890 à 1908, Li a passé la # plupart de son temps à l” asile où il est entré pendant cette période à six reprises . ce

Ces séjours varient de un à deux ans et la durée de ces sorties est ? CE Ds peu près la même, Ces internements sont en relation avec des attaques ! d'épilepsie dont la cause est évidemment lalcoolisme invétéré du malade. È

1908, internement actuer. — NH venait de sortir de Villejuif où ilavait % été interné (neuf internements) sur la demande de son fils. Il s'employa comme vendeur de cartes postales, mais il avait du mal à gagner sa vie.

Il essaya de rentrer dans les asiles, vint demander à M. Legrain de le reprendre dans son service de Ville-Evrard et enfin réussit à se faire admettre à Sainte-Anne sur un certificat obtenu à la Salpétrière (45 avril 1908).

Pendant tout le temps qui s'est écoulé entre le 10 février 1908 et sa dernière entrée, le malade à eu deux crises: La première s’est produite le 46 mars 1908. Comme il était sur le palier d’un entresol, il à été pris d’un vertige pense-t-il, et est tombé dans l'escalier tout d’un coup et sans qu'il se souvienne d'avoir trébuché. IF s'est blessé au dessus de

l’arcade sourcilière droite ainsi qu'en témoigne encore une cicatrice récente, et en même temps il s’est luxé l'épaule droite. 11 avait perdu connaissance, et il n’est revenu à lui que lorsque des agents appelés l'ont remis sur pied. On l’a conduit dans une pharmacie où il à été pansé et laissé en liberté.

Le 144 avril 1908, il a une nouvelle crise dans la rue; brusquement,

avec une aura très courte consistant en quelques bourdonnements d'oreilles, il est tombé par terre sans connaissance, puis est revenu à lui au milieu d’un rassemblement et en présence d’un agent qui l’a conduit à l’Hôtel-Dieu où il a fait un séjour de sept jours dans un service de médecine. Il à été remis en liberté.

L... buvait, avoue-t-il, au moins deux litres de vin rougé et deux absinthes par semaine et il faisait parfois des. excès et comme il gagnait très peu, il faisait d’abord la part du vin et de l'alcool à ingérer et il lui restait très peu pour se nourir, de sorte que ses excès d'alcool allaient de pair avec une alimentation tout à fait insuffisante.

Ces derniers temps il avoue des cauchemars nocturnes, des maux de tête, des crampes dans les mains.

28 avril 1908. — Dans le service le malade a encore des cauchemars, des visions d'animaux imaginaires, des fourmillements dans les mains et des crampes.

Ce qui est remarquable chez ce malade c'est qu'il n'a jamais eu de crises dans les asiles et il dit /ui-même que dès qu'il cesse de boire, n'a plus de crises. Chaque fois qu’il a été rendu à la liberté, il à recommencé à boire et a présenté aussitôt de nouvelles attaques.

Depuis sa première crise jusqu'aux dernières, elles se sont toutes présentées avec les mêmes caractères : aura très courte (bourdonnements d'oreille et bruits indistincts de voix) perte de connaissance, chute, mouvements convulsifs, jamais de morsure de la langue, jamais de miction ; après la crise grande fatigue, mal de tête, sommeil. Pas d'accident psychique consécutif à part l'excitation maniaque, pas d'équivalents de la crise comitiale (automatisme, fugues, impulsions . diverses).

Dans les suites des crises, on note tantôt, une sorte d'ictus amnésique, tantôt de l’excitation maniaque ou de la dépression avec abattement, tristesse, découragement, crainte anxieuse de l'avenir, le tout durant trois ou quatre Jours.

Pas d’idées de suicide, sauf tout récemment, et sous l'influence de la misère, mais non des crises.

Juillet 1908. — Le malade est encore actuellement dans le service, il n’a pas eu de crises depuis son internement puisqu'il est soumis au régime de Pabstinence.

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