‹ Considérations sur les rapports de l'épilepsie latente avec l'alcoolismeChapitre 54 sur 58 · Séance du 26 novembre 1900, Gelma · texte numérisé non relu

Séance du 26 novembre 1900, Gelma

Le problème est facilement solutionné par l’alcoolique chronique dont les crises surviennent en dehors des excès de bois-

sons. Il est évident que ces cas rentrent dans l Ada essentielle dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Mais en est-il de même pour l'individu qui se met volontairement dans le cas d'avoir une attaque ?

La loi est formelle à cet égard. Elle ne punit pas l’alcoolisme. Sans doute elle réprime l'ivresse et ne la considère pas comme une excuse, mais elle n’atteint pas le plus coupable, l’alcoolique chronique et le tient pour irresponsable quand il commet un acte délictueux ou criminel sous l'influence d'idées délirantes d’origine toxique.

Il en est de même pour l’épileptique alcoolique et les actes qu'il commet au cours d’un vertige, d’un délire post-épileptique, ne peuvent lui être imputés. Il est en effet dans l’état de démence prévu par la loi.

Bien que ces malades soient des êtres anti-sociaux par excellence et qu’ils puissent se mettre volontairement dans l'état de nuire, la législation actuelle ne permet aucunement de se défendre contre eux. Arrêtés après un crime, ils sont déclarés irresponsables et internés.

A l'asile on les soumet à un régime rigoureux, mais bientôt les idées délirantes disparaissent. [ls demandent à sortir, fatiguent les autorités de réclamations et de plaintes en séquestration arbitraire, promettent à leurs parents l’abstinence la plus complète et finalement obtiennent la liberté qu'on ne peut leur refuser (1).

Un séjour, toujours trop court, n’a pas guéri ces alcooliques de leurs habitudes de boissons, de sorte que leur liberté est un danger permanent pour la collectivité.

En réalité, les médecins des services d’alcooliques, conscients de leurs devoirs, gardent le plus longtemps possible ces malades à l'asile. [ls violent pour ainsi dire chaque jour la loi, « cette.

1. De la séquestration des alcooliques, Soc. méd. psych., 1872. Triboulet, Mathieu, Mignot, /oco citato, p: 370.

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A NE de MNT LE

séquestration étant injustifiable légalement. ) (Legrain). Voici.

une observation instructive que nous avons recueillie dans lé service de M. Legrain. Ua)

Observation 37 (personnelle, résumée). — Alcoolisme et épilepsie .

2er Vertige épileptique : meurtre, non-lieu. — Internement. — Nouveau paroxysme à l'asile sous F influence de l'alcool. — Sortie.

Gr us. 30 ans, entre dans le service de M. Legrain, à l'asile de

Ville- or le 25 février 1907.

C'est un buveur incorrigible et un épileptique qui a des attaques |

complètes avec chute et perte de connaissance dès qu'il fait le moindre

Le

excès de boissons. Il présente sur son visage des cicatrices multiples, | ne:

pathognomoniques, sa langue est crevassée de morsures.

IL est assez intelligent et aurait fait un excellent ouvrier s’il ne pas-

sait pas tout son temps au cabaret. Il boit du vin et de l’absinthe.

Voici dans quelles circonstances il entre dans le service. Un jour

qu'il avait bu plus que de coutume, il se promène rue des Halles et un revolver à la main, il menace tout à coup une dame qu’il ne connaît pas. Celle-ci se jette sur lui pour le désarmer mais le malade réussit à décharger son arme sur cette malheureuse femme qui meurt sur le

coup. Arrêté, il est conduit à la Santé et se réveille le lendemain matin,

ignorant où il se trouve, ne se souvenant aucunement du drame de la veille.

Sur rapport médical, une ordonnance de non-lieu est rendue et H... vient à l’asile de Ville-Evrard. Dans le service, le malade interrogé dès son arrivée, ne se rappelle de rien; il n’a jamais été rue des Halles, il ne connaît pas cette histoire. Il sait seulement qu’il à bu, i/ ignore le reste.

Il ne présente aucune idée délirante. On l’envoie sur sa demande au travail à l’intérieur de l'asile. Un jour il parvient à tromper la surveil-

lance et prend clandestinement quelques verres de vin. On le ramène

ivre dans le service et on le couche. Tout à coup, il se lève, se met en devoir de tout briser autour de lui, donne des coups de pieds terribles dans les tables de nuit du dortoir et manque de blesser un malade qui se trouvait près de lui.

Le lendemain, H... ne se souvenait plus de rien. C’était encore vraisemblablement un vertige épileptique.

Le malade resta quelques mois à l'asile et sortit en liberté sur ses instances pressantes auprès de l'autorité administrative.

Quelques mois après, H... fut rencontré à plusieurs reprises dans les environs de l'asile dans un état d'ivresse complète. De nouveaux aceidents médico-légaux sont à prévoir.

L'étude de l'épilepsie alcoolique est donc liéé à la question si importante de l’internement des buveurs, de la création d’une législation spéciale pour ces malades puisque la loi de 1838 est muette à leur égard. s

Au point de vue de la capacité civile, l'épileptique alcoolique ne peut être interdit, alors même qu’un accident aurait nécessité à un moment dônné l’internement, car l’article 489 dit : «le majeur qui est dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fureur, doit être interdit, même lorsque cet état présente des intervalles lucides ». La loi exige donc un état habituel, que l’on ne retrouve pas chez le prédisposé qui a une attaque lors d’un excès de boissons.

Il convient de remarquer, à ce sujet, combien la législation française est différente de la législation allemande (1900) qui autorise l’interdicton et l’internement des buveurs jusqu’à la guérison complète de leurs funestes habitudes (1). |

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