HISTORIQUE
C'est Boudin qui soulève, dans la première moitié du xIx° siècle (1846), un débat sur cette question. Dans son Traité des fièvres intermillentes, a dans un article publié dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale, et intitulé Influence des localités marécageuses sur la fréquence et la marche de la phlisie, il nie la coexistence possible de la fièvre paludéenne et de la tuberculose, et soutient que ces deux affections se confèrent une immunité réciproque.
Il fut suivi dans cette voie par beaucoup d'auteurs, qui, comme lui, fondaient leur opinion sur le peu de cas de tuberculose observés dans les pays à malaria. Barth, Hahn, Tribe, Nepple, Chassinat, Mitcheer, Broussais, se rangèrent à SOn avis.
De Brun, en 1888, soutint encore cette opinion, Laveran, lui-même, observa peu de paludéens durant son séjour à l'hôpital de Constantine.
Mais les idées de Boudin rencontrèrent de nombreux adversaires.
Olivier, Lefèvre, Vigouroux, Laure, Schnep, Boyron, Bézoguet, Potain, Hanot, G. Sée, Grancher et Hutinel, etc., furent les principaux.
Gillot a montré la progression de la tuberculose en Algérie. Il est certain qu'à mesure que le contact entre Européens et indigènes devient plus tendu, la tuberculose envahit parallèlement ces derniers, par eux-mêmes peu exposés à la contagion.
Pour nous, nous estimons que la coexistence du paludisme et de la tuberculose est un fait banal. Nous l'avons constaté très fréquemment à l'hôpital. Nous n'avons pas de statistique personnelle à ce sujet, mais à l'appui de notre opinion, nous citerons une statistique de M. le professeur Crespin, qui a trouvé dans son service 72 fois le paludisme dans les antécédents de 100 tuberculeux.
Mais il n'est pas étonnant que dans un pays palustre où paludéens et tuberculeux abondent, deux affections existent chez le même individu, cette coexistence ne prouve pas, à priori, que ces deux affections soient favorables au développement l’une de l'autre.
Il y a tant de tuberculeux et tant de paludéens en pays palustre, que les deux affections peuvent coïncider assez souvent, sans qu'on en puisse rien conclure au point de vue de l’action réciproque des deux maladies.
Cette conclusion, nous l’apportons, en prouvant par nos observations que le paludisme est un facteur étiologique important de tuberculose et que les deux affections peuvent s'associer, c'est-à-dire évoluer simultanément.