‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 22 sur 29 · LA PENSÉE · texte numérisé non relu

LA PENSÉE

« Lorsque de ma fenêtre gaie et ensoleillée

J'ai vu passer un oiseau par son vol courbé

« Va, lui ai-je dit, vers Celui que j'ai laissé, Emporte dans ton bec la fleur chère et aimée. Cause-lui tout bas lorsque descend la brume, Alors que sur la terre le rayon de lune Eclaire doucement de sa belle clarté

Le sommet des côteaux et l’humble champ de blé. Dis-lui qu'à ce moment vers lui s'envole

Ma Pensée qui sans cesse vole, vole

Vers la Maison où repose très calmement

Celui que j'aime d’un amour tendre, pur et ardent De la chanson de mon cœur, c'est le résumé

Ma tendresse sans borne un soir me l’a dictée. »

Voici une lettre adressée à la même personne.

« Monsieur,

« Au moment de partir, je vous dis adieu. Du fond du cœur je vous crie : « Monsieur, je vous aime de tout mon amour » et je mourrais si Vous, vous ne m'aimez pas. Avant de partir, je voudrais vous parler, vous dire toute ma douleur de vous perdre, car c’est vous perdre que de vous quitter. Et

Ne vaudrait-il pas mieux N'aimer personne Pour n'avoir pas ensuite La douleur de perdre ceux qu’on aime.

« En vous écrivant, je pleure de chagrin profond et je vous supplie au nom de tout ce que vous avez de plus cher au monde, de me répondre par Mile Angla, car je crois que c’est elle qui vous remettra ma lettre. Si je ne vous vois pas avant de m'en aller, je serais la plus malheureuse des femmes. Ayez pitié de celle qui vous aime et qui vous supplie humblemnt de lui donner une toute petite part de votre cœur, le 1/12 de votre cœur me suffirait, pour le moment, du moins.

« Une petite malade qui vous aime de toute son âme.

« Pardonnez cette lettre, c'est un désir de malade, il faut le pardonner et surtout ne point vous en moquer. Ne le dites à personne, ne la montrez pas, et

aimez-moi. « CHARLOTTE. »

« Deux mots me suffiront.

« Ayez pitié ! »

Ce poème et cette lettre, nous montrent que, à côté de l'érotisme, il y a place pour une affectivité, à tout le moins conservée, exaltée d’une manière morbide. Dans ses rapports avec sa famille, la malade montre effectivement, la conservation de l'affectivité.

Ces documents nous permettent aussi d'apprécier l’état intellectuel de la malade. Nous y joignons ce poème écrit récemment, c’est-à-dire bien après l'E.E.

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