‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 21 sur 29 · EL A · texte numérisé non relu

EL A

S'il passait sur un pont ou regardait le faîte d'une église, il avait le vertige, le regard vague, égaré. il refusait de passer sous la tour Eiffel, craignant qu'elle ne s’effondrât sur lui. En janvier 1922, il a manifesté l'intention de se tuer. Il a pris un couteau, mais n’a pas mis son projet à exécution.

Tout en admettant que ces deux groupes de malades reconnaissent des troubles de l’émotivité tels que ceux décrits par Dupré (1), nous voyons que nous passons insensiblement des symptômes presque purement moteurs à des manifestations d'ordre exclusivement mental. Jamais cette dépression ne s’est accompagnée de délire. Il est vrai que les enfants que nous avons examinés, sont bien jeunes et pour Vinchon (2), presque tous les délires des enfants appartiennent à des héréditaires. Du reste, si nous passons des enfants aux jeunes gens, nous rencontrerons souvent des accidents dépressifs analogues à ceux que nous avons signalés. Du délire ? Très rarement. Nous n’en voulons pour exemple, que deux des malades présentés par H.: Colin (3) à la S.C.M.M. Mlle L. Yvonne, âgée de 28 ans, atteinte en 1920 de l’E.E., eut un tremblement consécutif qui alla en s’exagérant depuis le jour (en janvier 1922) où la malade trouva, en rentrant de son travail, sa mère pendue. C’est une parkinsonienne qui ne présente pas de délire mais est atteinte de dépression psychique. Elle fit en octobre 1922, une tentative de suicide par défénestration. — K. Lucien, 21 ans, après une E.E. survenue

(1) Dupré. Soc. neurol. et Psych. Décembre 1979.

(2) Vinchon. Le délire chez les enfants. Thèse de Paris 19r0-rr. (3) H. Colin. Loc. cit.

en décembre 1919, a un syndrome parkinsonien et de la dépression mélancolique : il a voulu récemment se jeter dans le canal.

Chez ces enfants ayant des phases de dépression en rapport avec une émotivité profondément troublée, nous avons trouvé ce que Henri Claude (1) avait été le premier à observer chez les adultes ayant un syndrome parkinsonien, c'est le « passage rapide chez le même sujet de l'était de dépression à la gaieté et à l’excitation ». En effet, ces périodes de tristesse ne sont jamais isolées dans le tableau clinique. Elles sont même un épiphénomène parmi les différents troubles du caractère. |

Affectivité. — Comment se comporte l'affectivité des enfants ayant été atteints d'E.E. et de quel retentissement les désordres si fréquents de l’émotivité et de la sensibilité, viennent-ils la frapper? Nous . entendons principalement par affectivité, le sentiment de famille, lPamour filial, l'attachement aux personnes chargées de leurs soins ou de leur éducation, en un mot, les tendances sympathiques, parentales et groupales. Nous n'avons pas employé, pour les rechercher, les méthodes complexes, telles que la méthode cinématographique ou la méthode galvanométrique (voir Decroly et Vermeylen. Sémiologie de l’affectivité). Nous nous sommes borné à un questionnaire simple, d'application facile, touchant les tendances égo et exocentriques et nous

inclinons à penser que l’affectivité n’est pas profondé-

. (x) H. Claude. Etat mental dans le syndrome ‘parkinsonien. Paris- Médical. Oct. 1920.

ment troublée chez nos malades. Sans doute, il y a des exceptions. Raymond M. (obs. 8) se montrait indifférent et inaffectif, riant quand on lui parlait de sa brütalité et de ses violences. On nous objectera facilement les colères, les impulsions violentes, les fugues, les vols, les mensonges et les calomnies de nos malades et, nous dira-t-on, en présence de tels symptômes, voilà une affectivité bien paradoxale : comment pouvez-vous l'affirmer?

Il y a loin, dans le milieu familial ou scolaire, de l'attitude de nos malades, à celle des enfants et des jeunes gens qu'on a décrits sous le nom de fous moraux. En admettant que les perturbations de leurs instincts les entraînent dans leurs réactions aussi loin les uns que les autres, — et nous verrons au chapitre du diagnostic comment nous entendons distinguer nos malades des pervers, — le fou moral se signale dans la sphère affective, par l'atrophie des sentiments altruistes. Les larmes, les prières des siens, les remontrances, les punitions, laissent cet individu fermé, glacé, imperturbable, quand elles ne l’incitent pas à redoubler de malignité. Rien ne le trouble ni ne l’émeut, ou bien la réaction s'opère à rebours de ce que l’on avait espéré. La thèse de Heuyer contient des exemples de ces « imbéciles moraux » et nous-mêmes avons eu récemment l’occasion d'observer, à l'Admission, dans le service du Dr. H. Colin, deux malades que leur indifférence morale rend bien distinctes de la catégorie d’enfants que nous avons en vue. L'une est une jeune fille de 17 ans, V. Fernande, Marie, entrée à l'asile Sainte-

Anne le 4 juillet 1922, pour « débilité mentale, perversions instinctives, mythomanie calomnieuse, anesthésie affective, haine familiale spontanée. Injures. Scènes de scandale envers sa mère. Tente de la diffamer. Agressivité caractéristique. Se vante de vices divers (mentir, nocer et nuire). Assurance morbide. Discute contre nous avec hauteur. Paraît très peu intimidable » (Dr. de Clérambault). Elle avait depuis quelque temps, l’idée de tuer ou de défigurer sa mère : « Tu peux dire, lui dit-elle, que si tu as passé de bons moments, c'est fini ; il faut que je te fasse souffrir. Je ne te tuerai pas sur le coup, je te tuerai de façon à te faire souffrir. Je te défigurerai pour te laisser un souvenir de moi ». Elle a frappé sa grand'mère. Confrontée avec sa mère, la toisant, la calomniant et l’insultant. — L'autre est un garçon de 16 ans, A. René, entré le 26 janvier 1923 à l’asile Sainte-Anne pour « folie morale ». Nous avons été frappé en l’interrogeant par son insensibilité, son calme chargé de réticence. Sa haine familiale éclate en « révoltes préméditées ». Il a menacé les siens. Il a brutalisé sa sœur. Il semble indifférent à nos conseils, à nos remontrances. Son visage impassible ne traduit aucune émotivité. Ces individus ne connaissent pas le regret. Ils ne connaissent que la récidive. Tout autrement, se présentent les enfants que nous avons observés. Essayons de dégager l'affectivité des symptômes morbides qui la rendent à priori difficilement admissible. Ces enfants n'ont jamais accepté l’internement sans chagrin ni sans larmes. Souvent, ils réclament leurs parents et leurs visites les remplissent

d'une joie à laquelle nous les avons vus souvent s’abandonner. Le malade de MM. Roubinovitch, Barük et ‘Bariéty (1) lit avec contentement les lettres qu'il reçoit de son frère. Dès qu'on lui parle du chagrin que ses écarts de conduite causent à sa famille, il se met à pleurer. L'état d'hypersensibilité douloureuse et parfois anxieuse dans lequel nous avons vu plusieurs de ces enfants, le sentiment d'ennui qu'ils se plaignent d'éprouver, leur donne un besoin d'apaisement et de consolation qui contribue pour une large part, pensonsnous, à la conservation de l’affectivité. Enfin bien que la tendance aux caresses que nous avons signalée, ne paraisse pas en général traduire l'expression d'un sentiment affectueux et tendre, elle n'est pas purement automatique et, à tout prendre, elle montre que le geste d'embrasser loin d'être oublié par ces malades, redouble parfois de fréquence et d'intensité.

D'autre part, l’inaffectivité s'accompagne souvent — l'examen des pervers nous l'enseigne — de malignité Nous ne croyons pas non plus chez nos malades à une malignité foncière comparable à celle des pervers. Il a été signalé des cas d'amélioration sinon de guérison. Une certaine périodicité des actes morbides n'a pas passé inaperçue. Certaines observations (2) nous font assister à des sortes d'éclipses, de durée variable, dans les troubles du caractère, les enfants se repentant alors de leurs fautes. — Charlotte B. (obs. 7) est sensible aux reproches, elle promet « de s’amender », mais le con-

(1) Roubinovitch, Barük, Bariéty. Loc. cit.

(2) Briand et Reboul-Lachaux. Loc. cit. (Obs. 1 et xx).

trôle de ses actes lui échappe : elle recommence aussitôt à être turbulente. — D. Fernand (obs. 11). P. Laurent (obs. 5) ont conscience du caractère. impulsif de leurs gestes violents. Ils déclarent les regretter, mais ne pouvoir s'empêcher de les commettre. — M. Georges (ob. 1) est accessible aux remontrances. Il est amélioré de ses impulsions violentes. Il les discute, les commente, se montre navré de n'avoir pu résister. Si ces signes favorables ne se rencontrent pas chez tous nos malades, ils sont cependant assez fréquents et assez expressifs pour montrer que la malignité de ces enfants, si tant est qu'elle existe, n’est pas foncière, volontaire, réfléchie, irrémédiable, telle que s'offre à l'examen la malignité constitutionnelle des pervers.

Enfin, l'observateur doit être mis en garde contre une cause d'erreur quand il analyse l’affectivité de ces malades. La plupart ne sont pas guéris physiquement. Des moments de léthargie pendant la journée, des vertiges, des troubles de l'équilibre, etc., plongent les enfants dans des phases d’obnubilation intellectuelle plus ou moins durable au cours desquelles il est impossible d'explorer leurs tendances affectives.

Examen intellectuel. -— Quel est le sort de l’intelliligence de l'enfant dans les formes prolongées de l'E.E. Est-elle modifiée dans son évolution? L'’est-elle d’une facon globale ou dans telle ou telle de ses facultés?

Question importante au point de vue diagnostic. Question angoissante quand le médecin est appelé à se prononcer sur le pronostic de ces états. Toutes nos observations laissent de côté l'E.E. survenue dans la

première enfance. Il ne nous a pas été donné d'observer des cas de ce genre. Notre plus jeune enfant à 7 ans et eut l’'E.E. à 5 ans. Nous regrettons cette lacune, car ce côté de la question semble d'autant plus inquiétant que Paterson (1) l'éclaire de ces considérations fort graves : « Sur 10 enfants observés, de quelques mois à 2 ans 1/2. un est mort, 2 sont redevenus normaux, tous les autres, au point de vue intellectuel, sont dans un état voisin de l'idiotie ». Sur deux enfants, ayané contracté l'E.E. à 4 ans, l’un est idiot, l’autre complètement guéri. Comme dit Branche (2) : « Chez les tout-petits avant 4 ans, il est très possible qu'il s'agisse d’une véritable arriération intellectuelle, avec troubles profonds de l’intelligence, le cerveau étant frappé au moment de son développement initial, quand l'enfant est en train de faire ses premières acquisitions intellectuelles. Il semble qu'on puisse adopter à ce sujet les conclusions de certains observateurs, que l’encéphalite est d'autant plus dangereuse dans ses séquelles qu'elle frappe des enfants plus jeunes et que sa période aigüe a été plus grave ».

Nous relaterons d’abord nos constatations sur les 15 malade observés.

Ensuite, nous indiquerons les conclusions des auteurs au sujet des cas qu'ils ont examinés.

Nous avons désiré nous rendre compte si, dans ses

(1) Paterson. Loc. cit.

(2) Branche. Loc. cit.

grandes lignes, l'intelligence de nos malades se distinguait de l'intelligence normale par un caractère ou un ensemble de caractères qui permît de grouper nos malades dans une même synthèse.

Poussant plus loin, nous avons cherché à déterminer la valeur des facultés intellectuelles : mémoire, jugement, association des idées, imagination, attention.

Chaque fois que nous l'avons pu, nous nous sommes servi des tests de Binet et Simon. L'âge de nos malades compris entre 7 et 13 ans, nous a permis de ne pas regretter ce que ces tests peuvent avoir d’insuffisant « pour les âges inférieurs où ils manquent de précision, ni pour les âges plus élevés où ils étaient trop complexes » (1). Ils nous ont permis au contraire, de juger des différentes facultés intellectuelles et notre interrogatoire a complété nos recherches sur la mémoire d’évocation et de fixation. Nous avons souvent suivi le questionnaire de Blin et de Damaye (2), notamment sur le nom, les parents, les notions sur l’âge, la connaissance du corps, les notions sur les objets, la notion du temps et du lieu, la lecture, l’écriture, le calcul et le dessin. L'étude des acquisitions scolaires nous a toujours fourni un renseignement précieux sur le niveau intellectuel, attendu que tous les enfants que nous avons examinés, à l'exception d’un seul, ont été régulièrement à l’école avant leur mala-

(x) L'évolution de Ja méthode des tests Binet-Simon en Amérique par Raeder-Lowden et Brousseau. Ann. Méd. Psych. Décembre 1922.

(2) Henri Damaye. Thèse de Paris 1903. Essai de diagnostic entre les états de débilité mentale.

die, Nous avons exploré l'attention au moyen des tests d'André Collin et de ceux de Rogues de Fursac.

Les tests de Binet-Simon nous ont donné les renseignements suivants :

Observations : Age réel : Age mental :

1 9 9 1/2 2 8 + 8 3 7 4 1/2 4 12 9 4/2 5 13 1/2 413 1/2 DES 9 6 3/4 7 8 6 1/2 8 ci 6

Etablir la moyenne du retard intellectuel, serait faire œuvre bien artificielle. Tel cas (obs. 2) offre un retard de 5 ans, tels autres (obs. 12, 14, 15) fournissent la preuve d’une intelligence normale. Un trait commun à toutes nos observations, c’est l’arriération pédagogique. Elle est d’une constatation banale chez des enfants qui ont été arrêtés dans leur instruction par la maladie ei qui depuis plusieurs années ou ne vont plus à l’école par suite de leurs troubles physiques, ou ne

peuvent en tirer profit par suite des troubles de leur caractère. |

OR

La difiérence entre une arriération pédagogique grossière et une intelligence normale quant à la mémoire et au jugement nous a souvent frappé. Si les perturbations de l'attention et du earactère persistent comme il est permis de le craindre, à mesure. que les enfants grandiront en âge, elles contribueront à rendre l'arriération pédagogique plus apparente et certains observateurs s'appuyant sur cette constation pourront porter un jugement plus sévère qu'il ne conviendrait de le faire sur l’ensemble des facultés intellectuelles.

En effet, la mémoire est souvent conservée, surtout la mémoire d'évocation. La plupart de nos observations sont démonstratives à cet égard. Est-elle affaiblie, c’est qu'il existe des manifestations organiques. sérieuses : (hémihypertonie parkinsonienne, absences épileptiformes, somnolence, ete. Obs. 2, 4, 5, 11). Les malades moins gravement atteints, ont souvent conscience de la difficulté qu’ils éprouvent à se rappeler les faits passés ou les acquisitions anciennes. Ils disent qu'ils se sentent endormis, qu'un effort d’évocation -leur est difficile. Les troubles de l'attention sur lesquels nous reviendrons, contribuent aussi à rendre plus apparents que réels les troubles de la mémoire d’évocation. La mémoire de fixation obéit à ces considérations, avec un facteur de gravité surajouté, à savoir qu'elle subit de la part des perturbations excito-motrices, un retentissement plus grave que la mémoire d’évocation.

Il nous a semblé que l'étude du jugement ne pouvait se contenter des tests divers qu’on a créés pour en juger, d'autant plus que nos malades sont d’âges fort

différents. S'il est vrai, comme le veut Chaslin, que la pauvreté du jugement consiste en sottise, crédulité et vanité, ce sont des caractères que nous n'avons jamais retrouvés chez les enfants que nous examinons. Si nous entendons par jugement, la faculté de raisonner et d'apprécier d’après un jeu normal de rapports et de proportions, il pourrait paraître déficient, vu les troubles du caractère que nous avons signalés. Mais ces troubles ne sauraient être qu'artificiellement expliqués par la rupture d'une synthèse intellectuelle dont le jugement en quelque sorte, prendrait en mains les rênes. Ils ont une origine plus profonde. Ils sont liés à des perturbations dont la vie instinctive et automatique et le jugement le plus simple et le plus spontané, ne saurait réfréner par exemple certains accès d’agitation. Par contre, souvent nous avons provoqué l'exercice du jugement. Nous avons soumis au contrôle intellectuel et moral de l'individu, les actes qu'il avait commis et la plupart du temps, dans les cas d’impulsions violentes, nous avons vu les malades capables de regrets, de remords et de repentir. Beaucoup se rendent compte du caractère morbide de leurs actes. P. Laurent (obs. 5) discute de son affection. Il prétend comprendre moins rapidement qu'avant sa maladie et avoir une mémoire moins fidèle. Le malade de Briand et Borel a une verve liée sans doute à l’état hypomaniaque, mais fertile en remarques piquantes et sensées. Roger C. (obs. 15) nous a souvent étonné par des réflexions profondes et tristes, faisant preuve, comme nous le disions plus haut de précocité intellectuelle.

Nous nous sommes servis, pour rechercher l'attention volontaire du test d'André Collin et du test de Rogues de Fursac. Voici en quoi consiste le test d'André Collin :

« On recommande à l'enfant de reproduire exacte- « ment tous les gestes qu'on va faire devant lui. Avec « un Objet quelconque, on frappe de la main gauche « trois coups sur la table ; on fait passer l’objet de la « main gauche dans la main droite et on le présente « à l’enfant. Les enfants normaux qui suivent avec « attention les différents gestes, le reproduisent sans « erreur la première ou la deuxième fois. Les débiles « de l’attention multiplient les erreurs : ou ils ne frap- « pent pas les trois coups, ou ils prennent l’objet de la « main droite, ou ils le présentent de la main gau- « che, etc. Le plus souvent, ils laissent immobile un « des membres, se servant uniquement de l’autre ; ils « manifestent, ainsi, que ce test d'attention peut être « conditionné par un certain degré de débilité mo- « trice. »

Le test de Rogues de Fursac consiste à présenter sous les yeux d’un enfant, un texte approprié à son intelligence et à lui demander de barrer un A sur trois au cours d'une lecture qu'on prolonge plus ou moins.

M. Georges (obs. 1) réussit le test d'André Collin la 4° fois et le test de Rogues de Fursac est lentement exécuté. L. Argentine (obs. 2). G. Armand (obs. 3), ne peurvent accomplir aucun test. P. Robert (obs. 4). P. Laurent (obs. 5), n’ont pas de troubles de l'attention volontaire. Denis (obs. 6) réussit le test d'André Coilin la 3 fois et ne peut exécuter celui de Rogues de Fursac.

Charlotte B. (obs. 7). Raymond M. (obs. 8). Joséphine D. (obs. 10). Fernand-Alexandre D. (obs. 11). Louis B. (obs. 12) exécutent parfaitement tous les tests. Maurice M. (obs.. 46) n'en peut réussir aucun. M. B. (obs. 14) ne réussit qu’une fois le test de Rogues de Fursac et n’exécute pas celui d'André Collin. Tous les tests sont correctement exécutés par Roger-Jean (obs. 15). En général, l'attention volontaire est conservée. Elle subit des troubles variables et peut être dans certains Cas impossible à capter.

L’attention spontanée est beaucoup nlus troublée. Les enfants que nous avons observés, se font remarquer par une mobilité des idées et des actes, par une absence de réflexion qui se traduit par une agitation psychomotrice qui Ôte à la pensée la possibilité d'une fixation. Les troubles de l'attention spontanée contribuent à l'arriération pédagogique et peuvent être un facteur d’affaiblissement intellectuel, quand il n'en est pas la conséquence.

Parmi les observations des auteurs, nous trouvons l’affaiblissement de la mémoire signalé par Cruchet {1}, par André Collin (2) à propos d’un er:fant de 7 ans qui se perd à quelques pas de chez lui et, oubliant l'heure du déjeuner, reste sur le pas de sa porte ; par Rocaz et Lartigaut (3) ; par Burgo (4) ; par Paterson (5). Kirschbaum (6) sur quatre observations, note l’affai-

(1) Cruchet. Loc. cit.

(2) André Collin. Loc. cit.

(3) Rocaz et Lartigaut. Loc. cit.

(4) Burgo. Loc. cit.

(5) Paterson. Loc. cit.

(6) Kirschbaum. Loc. cit.

blissement intellectuel dans un cas et, chez un hypomaniaque de #1 ans, le défaut de fixation dû aux troubles de l'attention ne lui permet pas d'affirmer la déficience mentale. Il demande de ne pas se hâter de ccnclure en général à l’arriération intellectuelle chez les enfants présentant les symptômes organiques et psychopathiques d’.EE. prolongée. Francioni (1) n'a pas constaté d'affaiblissement intellectuel chez ses malades. Enfin, la plupart des auteurs passant én revue les troubies mentaux des formes prolongées de l'E, gardent le silence sur les facultés intellectuelles. Il est permis de penser que si elles n'ont pas attiré leur attention, c'est qu'elles devaient être normales, cu tout au méins bien peu touchées pour n'avoir pas sollicité l'initiative d'un examen.

Dans l’ensemble, quelques constatations nous semblent dignes de remarque :

1° Il n'existe pas de parallèlisme entre les troubles du caractère et les troubles de l'intelligence, en dehors des troubles dus à un état confusionnel plus ou moins durable. Les premiers dans les cas observés, ne manquent jamais et présentent chez les différents malades des caractères communs. Les deuxièmes, en général, légers et variables ne se rencontrent pas dans tous les Cas ;

2° Il existe un certain parallélisme entre les troubles intellectuels et les troubles organiques. Encore ceux-là sont-ils loin d’être touchés au prorata de ceuxci. Nous voulons surtout dire que nous n'avons jamais

(x) Framcionï. Loc. cif,

rencontré l’affaiblissement intellectuel sans de graves lésions organiques. Nos malades (obs. 1 et 5) qui ne présentent plus, au point de vue organique, que de courts accès de somnolence pendant la journée, n’ont dans un cas (obs. 5) aucun retard intellectuel et dans l’autre (obs. 1) qu’un retard insignifiant : âge réel 9 ans, âgé mental 8 1/2. :

D'un autre côté, le syndrome parkinsonien, avec toutes ses manifestations, les crises et les absences épileptiformes, la narcolepsie persistante, sont un facteur d'obnubilation psychique, pouvant aller de la bradypsychie à l'arrêt total des processus intellectuels : Notre malade 2 (âge réel, 8 ans, âge mental, 3 ans), paraîtra à cet égard significatif, si l’on veut bien se: rappeler sa profonde atteinte organique.

Ce paraïlélisme entre les troubles intellectuels et les troubles organiques, n’a pas échappé aux auteurs, notamment à Claude, Hesnard, Naville (bradypsychie). Il a permis à Bernardou (1) d'étudier la psychomotricité des troubles psychiques et des troubles moteurs et cet auteur a observé, notamment dans la psychomotricité des parkinsoniens port-encéphalitiques :

a) Une similitude bilatérale représentée par une extrême variabilité psychique et motrice ;

b) Des interréactions où la plus intéressante et importante part revient à un retentissement psychomoteur-centripète, autrement dit, le trouble mental apparaît comme la conséquence d'une décharge motrice sur le psychisme ;

(x) Bernadou. La psychomotricité pathologique. Th. Paris 1922.

3° L'arriération pédagogique est la règle. Elle s’applique d'elle-même par l'arrêt dans les acquisitions scolaires causé par la maladie.

Quant à porter un jugement d'ensemble sur l'état des facultés intellectuelles de ces enfants, nous ne le ferons qu'avec une extrême prudence et beaucoup de réserve. Pour certains auteurs (1) « il y a non seulement arrêt du développement psychique, impossibilité d’acquisitions nouvelles, mais rétrocession des notions éducatives et réapparition des instincts les plus primitifs. Il s’agit donc malgré la conservation relative des notions scolaires, d'un processus proprement démentiel ». Il est vrai que dans l'observation de ces auteurs, la malade (7 ans 1/2) à des troubles organiques très importants, et cependant elle n’a pas oublié ses notions scolaires antérieures, et ce sont les troubles de l’attention qui l’empêchent surtout de faire des progrès à l'école. La notion d’un « processus proprement démentiel » soulève au moins deux objections : D'abord les dégénérés avec perversions instinctives n'ont jamais passé pour des déments, pourquoi vouloir que soient déments des individus à qui on a très souvent voulu les comparer et qui n’ont, nous l'avons vu, que des troubles du caractère sans aucun déficit intellectuel. Ensuite, le mot démence dans le langage psychiâtrique le plus communément admis implique la notion d'un affaiblissement progressif et définitif. La gravité du pronostic est sous-entendue. Nous avons vu certains enfants devenir progressivement moins agités, moins

(1) Hamel et Merland. Loc. cit.

turbulents, à mesure que le rythme du sommeil se régularisait. L'amélioration est très rare. Nous l'avons vu se produire. Reprenons rigoureusement les faits : Les malades 5, 12, 14, 15 ont: âge mental = âge réel. Puisque leur maladie remonte à plusieurs années, ils ont donc pu faire des acquisitions intellectuelles nouvelles. Les malades 1, 3, 4, 6, 7, 8, 10, ont d’une façon générale l’âge mental correspondant à l’âge qu'ils avaient au moment où l'E.E. a débuté. Il y a eu un phénomène d'arrêt : les facultés intellectuelles sont stationnaires. Les malades 2 et 13 ont un âge mental nettement inférieur à l’âge qu'ils avaient lors de l'atteinte aigüe d'E.E. La régression intellectuelle est évidente. Dans ces deux cas seulement, la notion de processus démentiel pourrait s'appliquer si le pronostic qu’elle implique, ne nous paraissait prématurément posé.

Le plus grave symptôme que présente la majorité de nos petits malades, c'est un arrêt dans le développement intellectuel. Nous ne songeons pas à nier la di- -minution morbide de l'activité cérébrale. Mais rappelons-nous que la plupart des auteurs, ont trouvé chez leurs malades, des facultés intellectuelles normales. Nous admettons qu'il peut exister une arriération mentale acquise en dehors de tout processus démentiel et nous employons le mot arriération mentale en dehors de toute signification pronostique.

Du reste, la prudence qui s'impose dans l'appréciation des troubles de l'intelligence, nous paraît confirmée par l'observation d'une jeune fille que nous avons eu l'occasion d'observer récemment. Nous avons cru

devoir la rattacher à l’ensemble de nos malades, bien qu'il ne s'agisse plus d’une enfant, parce qu’elle montre l'intégrité des fonctions intellectuelles malgré le trouble important de leur mode d'expression.

O. Charlotte, âgée de 18 ans, est entrée à l'asile Sainte-Anne, le 15 mars 1923.

À. H. — Pas d'internemnt dans la famille. Sa mère faisait des excès de boissons, ce qui amena le divorce de ses parents.

À. P. — Enfant normale jusqu'en 1920. Pas de troubles du caractère. Intelligence développée. Poursuivait ses études dans le but de devenir institutrice.

En janvier 1920, E.E. Après une période d’agitation nocturne de 15 jours, la malade a dormi pendant 3 semaines. Elle a présenté des phénomènes d'onirisme. Soignée à l'Enfant-Jésus, elle eut des mouvements choréiques et des secousses myocloniques, de la diplopie. « Je voyais double le numéro au-dessus de mon lit », dit Charlotte O. Le 21° jour de la maladie, paralysie faciale. La malade prétend avoir eu une hémiplégie droite, mais il ne semble pas que ce renseignement soit exact.

De juillet 1920 à janvier 1921, elle semblait redevenue normale à part un aspect figé qu'on avait remarqué dans son entourage. À partir de cette époque, la somnolence diurne qui avait disparu, se réinstalla et ne s’est pas modifiée. Depuis un an, la voix est nasonnée, il existe de la salivation par intervalles.

Son caractère a subi depuis un an, d'importantes transformations. Agitée, remuante dans les intervalles

de somnolence, elle se dispute avec tout le monde, provoquant les étrangers dans la rue. Elle est coléreuse, violente, s’est battue avec ses camarades. Elle disait à sa sœur qu'elle ne l’aimait plus, n'avait de regret de ses actes qu’au bout de 2 ou 3 jours. Elle était devenue très exigeante, prenait souvent un ton puéril, avait peur d'avoir changé, de n'être plus jolie, et dans un besoin de protection et de tendresse, se faisait caressante, aimait à embrasser.

A l'asile, nous avons constaté l'irritabilité morbide. Elle entre en de vives colères au cours desquelles elle trépigne, lacère les objets, pousse des hurlements. Dans l'institution où elle se trouvait, elle criait ainsi, disait-elle, parce qu'on la traitait de folle et parce qu'on se moquait de sa « tête de rat ». Elle secouait violemment ses camarades et inquiétait les personnes chargées de ses soins.

Très impulsive, elle ne réfléchit à ses actes qu'après les avoir commis. Elle frappait les chats, malgré son amour des animaux : « C'était pour leur prouver mon amour », dit-elle. Quand on lui parle de ses violences : « C’est impulsif, chez moi », explique-t-elle.

Elle présente de la somnolence entrecoupée de phases d'instabilité et d'agitation, c'est ce qu'elle exprime en disant qu’elle a « des épingles dans le derrière ».

Le sommeil nocturne est régulier, profond : « Pour me réveiller, déclare-t-elle, il faudrait un coup de canon ». Parfois onirisme nocturne.

L'attitude générale marque la docilité, la soumis-

Drton es

sion apparente avec puérilité de l’intonation. Quand on lui fit remarquer au cours de l'interrogatoire qu'elle est capable de se tenir tranquille quand elle le veut, elle répond : « Je ne reste ainsi que lorsque je me trouve bien avec quelqu'un ».

L'érotisme est manifeste et se donne libre cours par des crises d’agitation, de provocations sans souci des convenances et-de la pudeur, ce qui a son intérêt chez une jeune fille parfaitement vertueuse avant l'atteinte d'E.E. Voici le poème qu'elle a composé pour un médecin du Service :

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