LH ADR
Depuis bientôt trois ans que je vous ai quittés,
Lac tout endormi et forêt mystérieuse,
Et toi, Pic du Midi, au silence non troublé
Par la voix du torrent qui roule ses eaux charmeuses.
Un doux espoir toujours vivace réside en moi : Celui de te revoir et ne plus te quitter, Vivre longuement, paisiblemert près de toi Et mourir à ton ombre, à Luchon si aimée !
D'autre part, la malade lit beaucoup. Elle témoigne d'une activité psychique qui est d'autant plus intéressante à constater que la parole est lente, nasonnée, que le facies est figé, l'expression souvent somnolente et que l'examen de la physionomie qui réfiète en quelque sorte l’activité intellectuelle d’un sujet pourrait faire penser à un ralentissement psychique. Cet exemple nous montre combien nous sommes encore loin de faire la part de ce qui revient aux troubles organiques et aux troubles psychiques. Il enseigne surtout, en présence de ces états parkinsoniens, à ne pas tirer des conclusions fâcheuses qui risqueraient d'être hâtives au sujet de l’état intellectuel. Dans l'ensemble de nos observations — et celle-ci nous paraît être la plus démonstrative à cet égard — il existe, certes, un parallélisme entre l’affaiblissement possible des facultés intellectuelles et la déchéance organique, mais si à la longue ies troubles de l'expression du langage et des sentiments pourraient entraîner un ralentissement de la
pensée et de la vie affective par le barrage constant opposé à la libre expansion de l’une et de l’autre, il semble, cependant, que, dans l'état actuel des choses, l’activité intellectuelle continue à s’élaborer et que ce sont les moyens d'expression qui viennent en gêner le cours normal, plus qu'une modification dans les processus de l'esprit. Nous ne voulons pour preuve que les écrits de notre malade qui renseignent mieux que le langage parlé sur l’état de son intelligence.
Au point de vue physique, on remarque une obésité diffuse. La malade, qui pesait 59 kilos avant l'E.E., pèse actuellement 72 kilos.
Le facies est figé. Il existe du tremblement de la langue et de la mâchoire inférieure. La langue est déviée vers la droite. L'orbiculaire droit se contracte moins énergiquement que le gauche. Parésie faciale droite. Pas d’inégalité pupillaire. La réaction irienne à la lumière se fait lentement. La voix est nasonnée, le débit très ralenti.
Tremblement des doigts. Tremblement des membres inférieurs par intervalles. Pas d'hypertonie. Réfiexes rotuliens vifs. :
Rétropulsion. Laréropulsion, surtout marquée du côté droit.
Ponction lombaire :
Pas de lymphocytose.
Pas d'albuminose.
Hyperglycorrachie.
Réaction de Wassermann négative.
SEMIOLOGIE II. — Signes physiques
L'étude clinique des troubles mentaux liés à l'E.E. chez l'enfant ne saurait se passer de quelques considérations sur les manifestations physiques de la maladie, en raison de leur action réciproque et de l'importance de cette question à propos du diagnostic.
En premier lieu, on se demande, en présence d’une forme prolongée d'E.E. : « Quelle fut la symptomatologie, la phase aiguë de l'affection? » L'interrogatoire serré de la famille et du médecin qui fut alors chargé de soigner le petit malade, l'interrogatoire de l'enfant lui-même, s'il est capable de fournir des renseignements, permettront souvent d'établir l'anamnèse de la maladie. Nous verrons au chapitre du diagnostic quelle importance le clinicien attachera à la recherche des signes primordiaux. En effet, tous nos malades ne présentent pas des manifestations organiques qui, en l'absence de renseignements, puissent permettre de faire le diagnostic rétrospectif de l'E.E. Il en est à ce point de vue de complètement guéris. Nous énumérerons, lorsque nous parlerons du diagnostic, les manifestations initiales de l’'E.E. (signes physiques et biologiques).
En second lieu, quelles sont les manifestations organiques des formes prolongées de l'E.E. et lesquelles
sont susceptibles de permettre au clinicien d'affirmer rétrospectivement l'E.E. ? En effet, la recherche de ces signes est indispensable : 1° pour le diagnostic rétrospectif dans les cas où les renseignements font défaut 2° pour le diagnostic différentiel : leur présence qui pourrait en imposer tout d'abord pour certains états d'idiotie ou de dégénérescence rendra possible une pré. cieuse discrimination. A la faveur de cette apparente confusion, la lumière se fera dans l'esprit du clinicien.
Il est cependant des cas où, après les signes de début, l'organisme est redevenu tout à fait normal, avec un psychisme inquiétant. Les faits sont nombreux. Citons, par exemple, le malade de Briand et A. Borel, nos observations 1 et 7. Ou bien la symptomatologie organique se réduit au minimum. C’est l'obésité (obs. 9, 10) accompagnée dans l’obs. 10 de diplopie. Ce sont l’exagération des reflexes rotuliens (obs. 5, 15), la diplopie (obs. 10), l'inégalité pupillaire (obs. 11, 14, 15), la lenteur des réactions iriennes, tous symptômes plus ou moins régulièrement réunis. Parfois l’un d'eux, discrètement isolé, demeure, au point de vue organique. l'unique signature de la maladie. Ce retour de l’état physique à la normale prouve d'ores et déjà que les troubles mentaux qui nous occupent ne sont pas forcément liés à un processus infectieux, ou tout au moins qu'ils en dépassent les manifestations cliniques. Leur évolution pour leur propre compte, à un certain moment, contribuera à rendre le pronostic de ces états peu favorable.
Parmi les manifestations organiques que nous avons
en vue, les unes ne sont que les symptômes persistants d'une maladie qui se prolonge, les autres apparaissent -— ou bien s'ils avaient été remarqués à la phase aiguë — peuvent réapparaître à titre de complications et apportent la preuve d’un processus infectieux toujours actif. Des uns et des autres, nous ne tenterons pas une analyse ni une classification. En effet, les lésions de l'E.E. ne sont pas seulement extenso-progressives Achard (1) insiste sur ce fait que les désordres anatomiques sont susceptibles de « s'imprimer légèrement », de disparaître et d'aller frapper plus loin les différentes régions du tissu nerveux — « rampant pour ainsi dire le long des ramifications vasculaires du névraxe dans un territoire dont les frontières se déplacent à chaque instant ». Le processus « serpigineux », qui rend difficile chez l'adulte une classification des symptômes neurologiques, atteint chez l'enfant une diffusion telle que les manifestations organiques apparaissent singulièrement polymorphes.
Nous énumérerons par ordre celles que nous avons le plus souvent rencontrées. Au point de vue strictement neurologique, citons :
1° Les mouvements choréiques, rythmés ou arythmiques. C’est le cas d'un garçon de 15 ans, vu par Mlle Lévy (obs. 9) : « mouvements choréiques, rythmiques, diffus, semblables à une chorée de Syndenham ». Le malade de notre observation 6 a des mouvements choréiformes généralisés, prédominant aux membres inférieurs.
(1) Achard. L’E.E. Baillière. Paris.
La bradycinésie (P. Marie et Mlle Lévy) (1) désigne: « des mouvements lents, réguliers, rythmiques, de grande amplitude ». Non plus que Mlle Lévy, nous ne l'avons rencontrée chez les enfants. On ne la confondra pas — nous avons vu cette erreur commise — avec la lenteur des mouvements due à l’hypertonie et associée à une kinésie paradoxale.
2° Les myoclonies, en temps que seule manifestation organique dans les formes prolongées des enfants, sont rares. Mile G. Lévy a vu un cas de « myoclonie unilatérale localisée aux muscles de la nuque ». Il est vrai qu'il ne s’agit plus d’une enfant, mais d’une jeune fille de 16 ans. M. Jules Renault, Mme Athanassio-Benisty et M. Tibert rapportent un cas de « mouvements cloniques rythmés de l’hémiface droite persistant pendant le sommeil et probablement consécutifs à une névraxite épidémique, chez une enfant de 7 ans. » Les myoclonies ont été plus souvent observées, associées à un syndrome d'hémiplégie : par nous (obs. 8-13) ; Macphail (2) chez un garçon de 10 ans ; Rocaz et Lartigaut (3) chez un garçon de 14 ans, et par Hamel et Merland (4) chez une fillette de 7 ans et demi. |
3° L'hémiplégie. L'hémiplégie pyramidale serait très exceptionnelle dans l'E.E. Le garçon de 14 ans signalé par Rocaz et Lartigaut (5) est atteint d’une hémiplégie
(1) Le syndrome excito-moteur de l’E.E. par P. Marie et Mlle Lévy. Revue neurologique Juin 1920.
(2) Macphail Loc. cit. - ; .
(3) Rocaz et Lartigaut. Séquelles d’encéphalo-myélite épidémique. Soc. méd. et chir. Bordeaux. 15 avril 1921.
(4) Merland et Hamel. Loc. cit.
(5) Rocaz et Lartigaut. (Loc. cit.)
avec myoclonies qui persiste en même temps que des troubles du caractère, plusieurs mois après l'atteinte. aiguë de l’'E.E. Dans un cas de Paterson (1), l’hémiplégie de la phase de début s’installe d’une manière durable avec contractures consécutives. Maurice M. (obs. 13) a de la contracture en demi-flexion du membre supérieur gauche, la contracture de la main gauche avec. exagération des réflexes radial et tricipital de ce côté. Pas d'atrophie musculaire. Contracture du membre inférieur avec exagération des réflexes rotuliens et achiléens, signe de Babinski. Clonus. La marche est sautillante. Le malade court plus qu’il ne marche, sur la pointe des pieds et la tête baissée, comme s’il fonçait sur un obstacle. Myoclonies. Ptosis de l’œil gauche. En général, la symptomatologie est moins nette. Raymond M. (obs. 8) a le membre supérieur à demi fléchi, appliqué contre le tronc et restant immobile pendant la marche. La force musculaire du membre et de la main est notablement diminuée, si on la compare à celle du bras gauche. Les réflexes radiaux et tricipitaux sont vifs des deux côtés. Le membre supérieur droit est animé de secousses myocloniques. La inain présente un léger tremblement qui est nettement intentionnel. L'écriture est hésitante et tremblée. Quelque maladresse dans les mouvements. Adiacococinésie légère du côté droit. Du côté des membres inférieurs, claudication intermittente. Le malade pleure quand cn veut presser son pas et se plaint: de souffrir de la jambe droite.
(1) Paterson. Loc. cit.