‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 29 sur 29 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Certaines E.E. à forme prolongée peuvent s'accompagner, même chez l'enfant, de troubles mentaux assez sérieux pour nécessiter l’internement. |

Nous avons observé dans les asiles de la Seine, 15 enfants, filles et garçons, de 5 à 15 ans dont les troubles mentaux évoluent depuis au moins un an, Nous n'avons retenu dans notre travail que les cas où la notion d'E.E. ne püût prêter à discussion et où il n'existait aucun trouble psychique avant l'atteinte d’encéphalite.

1° Le symptôme psychopathique s'expliquerait par une atteinte de tonus inhibiteur qui, libérant l’automatisme, donnerait surtout lieu à des troubles de l'humeur et de la conduite : agitation psycho-motrice diurne à recrudescence vespérale, coupée par des phases plus ou moins durables de somnolence diurne et des absences amnésiques comparables à celles qui relèvent des accidents comitiaux. Amélioration de l’insomnie nocturne au cours du passage des troubles mentaux à l’état chronique. Onirisme et somnanbulisme souvent persistantp ; fugues brèves amnésiques ; vols utiles en vue de satisfaire la gourmandise ; mensonges et mythomanie à base de dénonciations calomnieuses, irritabilité et impulsions violentes à frapper, à briser ; conscience et regrets des accidents impulsifs ; érotisme discret en dehors des phases d’hypomanie au cours de la période aigüe de la maladie ; tendance morbide aux baisers et aux caresses en dehors de toute préoccupation sexuelle ; dépression psychique, idées possibles de sui-

cide, troubles de l’émotivité ; en dehors. des périodes d'excitation, affectivité conservée ; arriération pédagogique.

Troubles profonds de la mémoire de fixation et de l'attention spontanée. Peu de troubles de la mémoire d'évocation, du jugement et de l'attention volontaire. D'après les testes de Binet et Simon, l'âge mental égale environ l’âge que les enfants avaient réellement au moment de l'E.E. Il semble qu'il y ait surtout arrêt intellectuel sans signes d'’affaiblissement démentiel. Des améliorations ont été constatées.

2° Les signes physiques les plus durables dans les formes prolongées de l’encéphalite épidémique, sont le syndrôme parkinsonien, plus ou moins complet, l'hémiplégie, les troubles oculaires (inégalité pupillaire, troubles de la convergence), les modifications du rythme respiratoire, l'obésité, les tics, les absences. l’'exagération du R.O.C.

3° Le diagnostic positif. du syndrôme psychopathique lié à l'E.E. se basera, en dehors des symptômes mentionnés, sur l'état mental antérieur à l'E.E., les manifestations de la période aigue, les signes physiques persistants. Méningites, encéphalopathies aigües, chorées, maladies infectieuses seront discutées dans le diagnostic étiologique.

4 Le syndrôme psychopathique, lié à l'E.E. prolongée de l'enfant, mérite d'être décrit isolément, et ne peut appartenir à aucun des cadres nosographiques de la psychiâtrie : hystérie, épilepsie, hypomanie et prin- Cipalement démence précoce, folie morale :

5° La notion de dégénérescence mentale, outre celle d'une prédisposition constitutionnelle difficile à préciser, doit être écartée du syndrome psychopathique réalisé par l'E.E. chez l'enfant. Sur 15 enfants observés, cinq, malgré une hérédité psychopathologique, étaient normaux avant l’E.E. Héréditaires ou non, les enfants observés ont présenté le même syndrôme mental après l'E.E. L'absence de débilité mentale vraie, là conscience morbide, les troubles de l'émotivité, la conservation de l’affectivité, malgré les impulsions et la libération de certaines tendances instinctives permettront de faire le diagnostic avec la « psychose perverse » à base de déviation des tendances et d'indifférence morale.

6° Le pronostic au sujet des enfants que nous avons pu suivre, doit être très réservé. Ce sont des malades d'asile. La notion de maladie doit précisément intervenir à leur sujet. Nous avons vu s'atténuer des troubles mentaux, déjà anciens, parallèlement au processeus morbide prolongé. La persévération du syndrome psychopathologique, malgré la disparition des signes physiques, peut faire redouter la chronicité. Cependant la conservation de l’affectivité, l'absence d’affaiblissement démentiel, certaines améliorations constatées soit partielles, soit globales, sont des facteurs importants qui permettent de ne pas porter un pronostic trop sévère.

Vu : Le Doyen, ROGER.

Vu : Le Président de Thèse, Professeur : A. CLAUDE.

Vu : Le Recteur de l'Académie, APPELL.

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