‹ Considérations Sur Les Troubles Mentaux Liés Aux Formes Prolongées De L'Encéphalite Épidémique Chez L'EnfantChapitre 28 sur 29 · POS · texte numérisé non relu

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sait de prédisposés, l'E.E. a été la cause occasionnelle des troubles mentaux.

Mais souvent, l'E.E. touche des enfants qui, frappés ou non de tares héréditaires, ont toujours présenté des perversions instinctives. Ces cas ne laissent pas d'être embarassants pour le diagnostic, et ce sont eux qu'il est précisément utile de bien connaître, afin de voir s’il est possible de faire la part de ce qui revient à l'E.E. tant au point de vue mental qu’au point de vue physique. Voici une observation bien significative qui montre comment on y peut parvenir.

René, âgé de 12 ans, est entré à l'asile Sainte-Anne, le 12 mars 1923, venant du patronage Rollet où ses troubles du caractère ne permettaient pas de le garder. | k

Le diagnostic d'E.E. a été fait rétrospectivement par le Dr Dupouy qui a rédigé le certificat. En effet, l'enfant disait avoir eu une méningite en janvier 1923. Il ne voyait pas clair, il avait des secousses myocloniques dans le membre supérieur gauche. Il exista de l'hypersomie pendant 1 mois 1/2 avec agitation psychomotrice vespérale. Le Dr Dupouy constatait des « bâillements, de la lenteur spéciale des mouvements, des réactions de persévération verbale et kinétique ; des alternatives de somnolence et de turbulence ». Le syndrome parkinsonien est net chez cet enfant. Aspect figé, raideur du cou, facies inexpressif, ptosis et anisocorie (G.D.) irrégularité de la pupille gauche, lenteur des réactions iriennes, tremblement de la langue, aspect somnolent (le malade s’endormant pendant l'interro-

gatoire est tombé du côté droit). Il existe de l'hypertonie du membre supérieur gauche (signe de la roue dentée) du tremblement (exagération des réflexes radial et tricipital gauches. Les réflexes rotuliens sont vifs surtout à gauche. Tremblement, par intervalles, du membre inférieur gauche. Ni clonus, ni Babinski. Pas de, troubles de la marche. En présence d’un tel ensemble clinique, le diagnostic rétrospectif d'E.E. ne paraît pas permettre l’hésitation.

Ce malade présente des brûlures superficielles de la main droite, de la jambe droite. Il s’agit d’auto-mutilations, l'enfant nous ayant déclaré qu'il s'amusait à se mettre tout près d’un poêle rouge. La face est couverte d’excoriations : « Ca me démange, dit-il ». L’onychophagie est telle qu’un ongle entier est arraché. Il existe une ecchymose de la région orbitaire gauche que l’enfant attribue à une chûte.

A l'asile, l'enfant se montre turbulent, instable, malgré une somnolence et des bâillements continus. Il est insolent, traitant les infirmiers de « cochon », de « maquereau ».

Il est violent, entre dans de vives colères, frappe l'entourage, s'entête dans les entreprises les plus déplacées, n'écoute aucune observation, n'est pas intimidable et ne montre aucun regret des actes répréhensibles.

Voleur, il dérobe tout ce qu'il trouve dans les tables. de nuit des malades.

Il est menteur. Il nie un vol au moment où il est pris sur le fait. Il prétend qu'il est à l’école 19° sur 46, ce qui est inexact. Mythomane, il prétend que son père

est alcoolique, qu'il le bat et quand on lui parle d'une écorchure qu'il présente à la lèvre, déclare que c’est un sergent de ville qui l'a blessé en lui donnant une giffle.

L'affectivité paraît nulle. Il se montre indifférent visà-vis de ses parents, des visites qu’il en reçoit, etc. Aucune tendance aux caresses.

Le malade avoue l’onanisme.

Il ne présente pas d’excitation psycho-motrice vespérale ou nocturne. Il est agité dès qu'il est debout, à toutes les heures du jour. Pendant la journée, la somnolence, les bâillements ne cessent que pendant les phases d’excitation. La nuit, le sommeil est normal. Signalons un léger onirisme. Le malade a vu un diable. courir sur le mur.

Au point de vue intellectuel, l’arriération pédagogique est nette. Il est allé cependant à l’école dès l’âge de 6 ans. Le peu qu'il sait, il le récite d’un ton monotone, inintelligent, sans comprendre ce qu'il dit. Il commet des erreurs dans la table de multiplication, mais déclare : « Je dis n'importe quel nombre. J'ai le diable dans le corps ». Du reste, l’état somnolent permanent du malade est une cause sérieuse d'erreur dans l'appréciation du niveau mental qui nous a paru correspondre à celui d'un enfant de 10 ans, d’après les tests de Binet et de Simon.

La nature de ces troubles du caractère nous avait frappé. Nous ne les reconnaissions pas comparables à : ceux qui sont habituels à l’'E.E. et s’il existait des mensonges, de la mythomanie, des vols, des colères, des

impulsions violentes, il manquait à ces symptômes la note qui les atténue dans l’'E.E. et malgré la gravité de leurs réactions, fait des enfants qui les présente des malades sympathiques. Aussi, n'avons-nous pas été étonnés d'apprendre que cet enfant descendait d'un ménage désuni, dans lequel la femme est d'une inconduite notoire.

Le père avait été obligé de placer son fils au patronage Rollet un an avant l'E.E., parce qu'il allait rarement à l'école, y avait toujours la dernière place, sachant à peine lire et écrire. L'enfant aurait toujours été inintelligent.

Il a commis des vols d'argent très fréquents. Il y eut des plaintes nombreuses des voisins.

Fugueur, il s’est enfui, en novembre 1921, du domicile paternel pour aller cher sa tante où il est resté jusqu'en janvier 1922.

Désobéissant, taquin, méchant, il était violent envers les personnes et les animaux.

Nous avons donc affaire à un pervers constitutionnel, chez lequel il est notoire (le père l’affirme, le renvoi du patronage Rollet et l'internement le confirment) que l’'E.E. à exagéré les troubles du caractère, tout en apportant les signes qui lui sont propres : signes physiques, troubles du sommeil, agitation psycho-motrice, auto-mutilation, etc.

C'est par l'analyse serrée de chaque symtôme qu'il sera possible de le rattacher à l'E.E. ou, au contraire, de l’en exclure, s’il y a lieu. En présence d’un cas mixte comme celui que nôus venons de reproduire — et ces

cas se rencontrent fréquemment — nous discuterons comme nous l'avons fait tant au chapitre de la symptomatologie qu'à celui du diagnostic, la nature des troubles du caractère, l'affectivité, l'état de l'intelligence, les modifications de l’activité motrice, les perturbations du sommeil, les signes physiques, etc. Il ne nous paraît pas osé d'affirmer, du même point de vue mental, que l’ensemble des troubles du caractère dus à l'E.E. présente une physionomie bien différente de ceux que l’on rencontre chez les pervers. Ce psycho-diagnostic permettra de ne pas attribuer à l'E.E. des troubles mentaux préexistants, attendu que l'E.E. est susceptible de se prolonger chez l'enfant comme chez l'adulte en manifestations organiques rebelles, sans adjonction de troubles psychiques.

Quel est donc le tableau d'ensemble de cette affection qui participe de plusieurs formes nosologiques sans pouvoir être assimilée à aucune ? Encore qu'il s'agissait dans le cas de P. Kahn (1) d'un enfant de 16 ans, nous ne croyons pas à l'existence d’une psychose encéphalitique chez l'enfant. Selon les justes. remarques de Meige, Petit et Heuyer, l'E.E. ne peut pas être considérée comme une entité mentale. Nous ne pensons pas, contrairement à l'opinion de Delmas, que les manifestations psychiques ressortissent au syndrome de la confusion mentale, du moins quand il s’agit des formes prolongées. Le terme de « syndrome psychopathique » dont se servent Truelle et Petit, a le mérite d'être simple et il semble préférable

(1) Pierre Kahn. Loc. cit.

dans l'état actuel des choses, de continuer à l’employer. Comment l’avons-nous vu constitué ?

Pénétrons dans une colonie d'enfants. Nous n'avons pas besoin d'être prévenus que certains ont été atteints d'E.E. Ils attirent notre attention par la fixité de leurs traits, la rigidité de leur aspect, la lenteur de leurs mouvements. Ils sont parkinsoniens. D'autres laissent découvrir leur étiologie pour peu qu'on prête attention selon les cas aux tremblements, aux myoclonies, à la démarche à petits pas, à la rétropulsion, à l'hypertonie parfois à l’hémi-hypertonie, à la salivation, aux troubles de la parole et de la vue. Quelques enfants gardent un reliquat d’hémiplégie, d'autres ont des tics tels que le clignement des paupières, la sputation, le hemmage. Beaucoup restent à l'infirmerie de l'asile, cachés sous leurs couvertures, car ils sont frileux. D'autres sont plus valides. Celui-ci présente de la tacchypnée à recrudescence vespérale, celui-là n’a que de l'inégalité pupillaire. Il en est qui n'ont plus aucun trouble organique, sinon. parfois, une obésité qui aurait pu sembler banale si l'entourage ne l'avait signalée consécutive à l'E.E. Voilà des enfants bien divers. s

Et cependant, une étiologie commune — l'E.E. — n'est pas seule à les réunir. Le personnel médical et infirmier ne les sépare pas. Nous dirions presque, pour nous servir d'une locution triviale, mais expressive, qu'il les met dans le même sac, tant par les trou bles du caractère et de l'humeur, ils semblent appar tenir à la même famille. On les appelle « les dor-

meurs », les « dormeuses » et malgré le surnom de ces enfants, il n’en est pas de plus insupportables, de plus indisciplinés dans les asiles. Ils sont agités le jour et jusqu’à une heure avancée de la nuit, le corps et l’esprit en mouvement, tenant du choréique et de l’hypomaniaque, trop vifs en leur propos pour ne pas être insolents, trop remuants et turbulents pour n'être pas, quant à leur mise, déchirés et malpropres. Certains s'écorchent et se mutilent. Tous prennent plaisir à attirer l'attention sur eux, tous se font remarquer par leur incroyable exigeance. L'un d'eux saute de son lit, va chercher lui-même l'infirmier et lui demande de Je retourner dans son lit, car il se dit trop malade pour faire un mouvement. Des phases de somnolence survenant, indifféremment dans la journée, accordent à leurs ébats, une trêve plus ou moins durable. Ou bien ils ont des vertiges et l'hébétude qui les prolonge au lieu d’apaiser ces enfants. peut contribuer à les abandonner sans contrôle aux fugues, aux vols aux impulsions violentes. Ils partent au hasard, victimes de leur instabilité psychomotrice. Ils commettent des vols futils, souvent en vue de satisfaire leur vive gourmandise. [rritables, leur colère les entraîne à des gestes cruels et dangereux. Ils frappent, lapident, saccagent, en proie à des crises de rage. Ils s’en souviennent et ils témoignent de leurs actes, un sincère repentir. Certains se livrent à l’onanisme et presque tous manifestent une tendance morbide à embrasser indifféremment garcons ou fillettes, hommes et femmes au vi-

sage et aux mains, sans que cette tendance semble présenter un caractère nettement érotique. Bien particulière est la sensibilité des enfants que nous avons observés. Sensibilité douloureuse, à fleur de peau; une émotivité morbide les fait pleurer pour un rien. Ils se rendent souvent compte de leur état. Ils s'en montrent déprimés. Des idées de suicide peuvent apparaitre. Ce sont des malades. Ils nous le disent eux-mêmes. Ils ne cessent pas d'aimer leur famille et ils regrettent. le tort qu'ils ont pu avoir vis-à-vis d'elle. Leur affectivité est annihilée à certains moments par un trouble impérieux de l’activité. A vrai dire leurs intentions ne paraissent pas mauvaises. Ils ne sont pas maîtres de leurs actes. Ce sont des « diables » et quelque fois pis. Le soir, qui au début de leurs troubles mentaux les déchaînait, n'apporte qu'à certains, une recrudescence d'excitation psycho-motrice et la nuit pour presque tous nos malades est devenue calme peu à peu.

Quel bénéfice pourraient tirer de l’école, des enfants qui, où bien dorment sur leurs bancs, ou font des niches à leurs voisins ? Aussi bien rares sont ceux qu'un maître peut y conserver. L'arriération pédagogique est la règle. Ils ont l'instruction qu'ils avaient lorsqu'ils tombèrent malades. Bien peu qui aient rétrocédé. L'intelligence semble attendre. Figée qu'elle est, dirait-on. par les troubles organiques et les troubles de l'humeur. Car les grandes facultés de l'esprit ne semblent pas intrinséquemment altérées. Elles sont arrêtées dans leur développement normal. Nous ne saurions préjuger de leur sort. Fr

Tels sont ces enfants ayant été frappés par l'E.E. Les parents ont assisté à une véritable métamorphose qui reste à leurs yeux une énigme. Les plus brillantes qualités intellectuelles et morales ont fait place à tous les excès. Hier toutes les vertus, aujourd'hui tous les vices.

Comparons-les à d'autres enfants du même âge : Dans les perversions instinctives, par exemple, le sens moral est atrophié. Le degré d'inadaptation au milieu social, sert à mesurer pour ainsi dire la quantité morbide. Les tendances, ignorantes du frein moral, sont dégagées de toutes considérations altruites. Elles échappent au jugement de l'individu. Le fonctionnement normal de certaines de ces tendances prouve cependant que les freins sont susceptibles d'agir et que lorsqu'ils n'exercent pas leur action, c’est leur mise en œuvre qui n'a pas été sollicitée. En somme, l'action est la conséquence directe des centres psychiques supérieurs jouissant de moyens de conduction parfaite. Le pouvoir exécutif n’est pas entravé. On pourrait dire, pour définir par une image le phénomène de l'élaboration psychique supérieure, et tout en nous excusant de schématiser à ce point, que c'est le pouvoir législatif qui s'exerce d'une manière désordonnée. Dans le syndrome postencéphalitique qui nous intéresse ici, il semble pour nous servir d'un même mode de comparaison, que l'ensemble des lois soit raisonnable, mais que les agents chargés de les appliquer soient gênés dans lèur moyen d'action. On pourra soutenir que dans l’un et l’autre cas, nous assistons aux mêmes conséquences, c'est-à-

dire à l'anarchie. En admettant qu'il s'agisse d’une anarchie comparable — et nous ne le pensons pas — le mécanisme qui a établi l’une et l'autre n'est pas le même. Du côté des perversions instinctives, c'est le pouvoir central qui pêche ; du côté du syndrome psychopathique de l'E.E., c'est le pouvoir exécutif. Une libération de l'’automatisme a seule permis les troubles du caractère que nous avons constatés. Ces troubles du caractère de l'enfant ne sont pas la signature sine qua non de l'E.E., comme ils le sont de la folie morale. Ils ne sont que l'expression d’un trouble de l’inhibition et l'enfant les manifeste parce qu'il n’est pas capable psychiquement de créer autre chose. Ce syndrome psychopathique post-encéphalitique ne nous paraît donc pas proprement psychique, et pour tout dire vésanique. Il est réactionnel. On peut penser que les enfants que nous avons observés, ne sont pas troublés dans leurs intentions. Pour employer une expression banale, le « fond est bon », tandis que l'intention du mal (au point de vue moral) est implicitement contenue dans le psychisme du pervers instinctif. Les tendances de nos malades, bridées, sont excellentes. Celles des pervers, bridées, restent perverses. Le fond de celui-ci est lésé, la forme de ceux-là est touchée. Les troubles de la conduite et du caractère, sont tantôt la traduction, tantôt l'équivalent de l'agitation psycho-motrice. Cependant on s'explique mal que la simple libération des instincts entraîne des réactions si nettement anti-sociales. Quoi ! ces enfants paraissaient avant la maladie, d'un naturel normal et l'harmonie de leurs tendances ne serait que

la conséquence de l'éducation et des obligations sociales, puisqu'il a suffi d’une perturbation dans le tonus inhibiteur pour déclencher de tels excès. Les instincts en libéfté, entraînent à de telles conséquences ! C’est qu'il existe, en effet, à l’état normal, un système inhibiteur, et si parfois les enfants que nous avons en vue se livrent à de plus vifs débordements de conduite que les pervers, c’est que ce tonus subitement rompu laisse beau jeu à des tendances qui font d'autant plus irruption qu'elles avaient été plus fortement jugulées par l'éducation et un bon naturel. Aussi bien, voyons-nous que c’est surtout la conduite qui est troublée plus peutêtre que le caractère lui-même et que le désordre des actes en eux-mêmes l'emporte sur le désordre de l'initation à l’acte. Quand nous parlons de troubles du caractère, nous jugeons d’un point de vue éthique. Les sentiments de cet ordre n’existent pas chez les pervers.

Pronostic. — Question médico-légale. — Mesures à prendre. — C'est une question bien délicate, bien difficile à résoudre. Nous n’entendons parler ici que du pro- -nostic lié aux troubles mentaux de l’E.E. prolongée. Le pronostic des. perturbations nerveuses et organiques à été étudié par bien des auteurs, sans que l'accord soit établi entre eux, et nous ne reviendrons pas sur ce point litigieux.

Pour ce qui est des manifestations psychiques, Cruchet (1) abordait le 11 mars 1921, devant la Soc. Méd. des Hôpitaux la question des pronostics de ces états et

(1) Cruchet, Pronostic et séquelles de l’E.E. Soc. Méd. des Hôpitaux. 11 MATS 1921,

le jugeait défavorable. Les Drs André Collin (1) Tobolowska et Requin redoutent l'apparition tardive d'une démence juvénile chez les enfants qu'ils ont étudiés. Laigne-Lavastine (2) explique que dans le pronostic « quoad mentem », un délire aigu, expression d'une infection grave peut, si le malade ne meurt pas, ne laïisser aucune séquelle et qu'au contraire des troubles de l'intelligence, de l'humeur, de l'affectivité ou de l’activité, plus ou moins atténués, mais surgissant chez un prédisposé, au cours d'une encéphalite souvent légère, pourront durer longtemps, être l’occasion de l’organisation de syndromes chroniques ou laisser des séquelles mentales persistantes ». Achard (3) a tendance à croire à la persistance du virus dans le névraxe, mais ne se prononce pas sur l'évolution des accidents. Le professeur Edwin Bramwel (d'Edimbourg), le Dr Makensie n'estiment pas que la guérison puisse être complète. Nous empruntons au travail des Drs André Collin et Requin, la statistique de Comby que ces auteurs relatent :

« Chez les 70 enfants de tout âge, atteints d'encéphalite aigüe (y compris les cas récents d'encéphalite épidémique) qu’il a suivis personnellement, il a noté : « une mortalité de 10 0/0 ; une proportion de guérison « sans séquelles de 21 0/0 ; une proportion de guérisons « incomplètes où avec séquelles de 68 0/0.

« Parmi ces séquelles, l'excitation cérébrale est ap-

(x) André Collin, Tobolowska et Requin. Loc. cit. (2) Laignel-Lavastine. Loc. cit.

(3) Achard. Loc. cit.

parue dans 16 0/0 des cas ; l’affaiblissement intellectuel (allant de la simple arriération mentale à la démence précoce) dans 25 0/0 des cas ; le syndrome épileptique dans 21 0/0 des cas ».

Les conclusions auxquelles arrivent les Drs Collin et

Requin, après l'examen d’un grand nombre de malades, valent d’être rapportées :

« Les enfants de zéro à sept ans, atteints d'encéphalite aigüe, quand ils ne guérissent pas totalement,

présentent surtout de l’arriération mentale, pouvant

aller jusqu'à l’idiotie complète, avec un minimum de troubles du caractère.

« Vers l’âge de 7 ans, troubles intellectuels et troubles du catère se développent de facon également marquée et le pronostic pour les enfants. de cet âge doit être extrêmement réservé ; comme les jeunes enfants, ils tendent rapidement à l’arriération mentale, et comme les plus grands enfants, ils présentent des troubles profonds du caractère.

« Chez les grands enfants de sept à dix-sept ans environ, l’encéphalite léthargique a laissé après elle de fréquentes anomalies du sommeil (somnolence ou insomnies), des stéréotypies paryxystiques (balancements, cris, souffiements répétés), et surtout des modifications du caractère très spéciales, se ramenant toutes à l'instabilité, l'impulsivité, l’agitation, la violence, la méchanceté.

« Les troubles intellectuels, variables en intensité, sont à peu près constants, mais relativement moins graves que les modifications du caractère à cet âge,

« Aussi, le pronostic de ces séquelles psychiques estil sombre : nous avons toujours vu les troubles du caractère et de l'intelligence, loin de s’amender, évoluer lentement, mais progressivement, parfois avec un temps d'arrêt, mais sans tendance à la régression. La discordance des symptômes et l'évolution de la maladie, obligent à la rapprocher de la démence pré coce, dans certaines de ses manifestations.

« La forme que revêt l'encéphalite épidémique est fonction de deux facteurs :

« D'une part, elle dépend de la localisation de l’infection ; selon que le processus inflammatoire inté-

resse surtout la base de l’encéphale ou le cortex, on

voit prédominer les symptômes basaux (somnolence, parkinsonisme, troubles oculaires) ou les symptômes d’excitation corticale.

« D'autre part, l’âge du sujet joue un rôle important dans les manifestations psychiques post-encéphalitiques. En effet, les symptômes d'une maladie sont déterminés par l'état des organes appelés à réagir à l'infection. Or, toute lésion antérieure au complet développement des connexions nerveuses de l’'encéphale, risque d'empêcher ces connexions de se produire, d'où la fréquence des arriérations mentales dans les maladies cérébrales du jeune âge, quelle que soit la toxi-infection causale.

« Tout trouble cérébral atteignant un enfant après l'établissement de ses voies de conduction intercérébrales, mais avant que se soit développée la prépondérance du système nerveux, se traduira par du pué-

—— el

« rilisme, des actes impulsifs ou automatiques, de « l’agitation échappant au contrôle de la volonté, les « centres supérieurs, en effet, sont impuissants dans ce « Cas ; à inhiber l'excitation des neurones inférieurs. « Et nous devons constater que ce sont les mauvais « instincts, ceux du vol, du mensonge, de la violence, « de la perversité qui prédominent alors ».

D’autres auteurs sont moins pessimistes. Paterson (1) admet la guérison absolue dans 25 0/0 des cas. I se rencontre avec les Drs André Collin et Requin pour montrer que le pronostic quoad mentem, est d’autant plus sérieux que l'enfant est plus jeune. La longue durée de la phase aigüe de l'E.E., la gravité de l’infection, les inquiétudes quoad vitam qu'elle a suscitées, sont de nature à aggraver le pronostic. Anden (2?) n'aurait pas constaté d’affaiblissement intellectuel appréciable. Il demande de ne jamais se hâter de conclure à l’arriération mentale et pour cet auteur, la guérison des séquelles physiques et psychiques est lente, mais en général définitive.

Pour nous, nous l'avons dit, nous n'avons envisagé que les enfants de 5 à 15 ans.

Il est bien évident, que chez les enfants, nous n'avons pas affaire à un délire, mais à des troubles du caractère. Le délire de l'adulte traduit un processus toxi-infectieux et on peut enchaîner le pronostic des idées délirantes à celui des troubles organiques que l’on voit liés à l’'E:E. Il est permis de se demander si les troubles du caractère de l'enfant auront la même desti-

(t), Paterson. Loc. cit. . & ; (2) Anden. Loc. cit.

née. Le fait que ces troubles coexistent avec un état physique rétabli et redevenu normal — ce qui est rare — n'implique pas que l'action du virus, ait cessé de se produire, au contraire. Mais en supposant que ce virus ait perdu tout pouvoir, il ne s'ensuit pas que les troubles du caractère se dissipent. Il faut tenir compte de la psycho-plasticité de l'enfant, lequel a été surpris dans son développement, a accueilli sans contrôle possible les influences pathologiques et n’a pu lutter, ainsi que l'adulte, avec son stock d'idées acquises, de sentiments fixés, contre l’'envahissemnt de tendances anormales. Tout ce que l'influence du milieu et de l’éducation avait produit, se trouve annibilé par un processus morbide qui laisse libre jeu aux impulsions et à l’agitation psycho-motrice. il semble que le tonus régulateur soit profondément troublé chez ces enfants qui, ou bien sont obnubilés par des phases de léthargie qui leur donnent parfois l'aspect d’épilptiques pendant l'absence ou bien sont le jouet d'une activité psycho-motrice désordonnée. ;

Un élément de pronostic favorable — bien faible à la vérité — c'est chez la plupart des enfants que nous avons observés la conscience de l’état morbide. Le caractère des actes impulsifs qu'ils commettent est souvent reconnu. Leur personnalité ne lutte pas, mais elle semble assister, étrangère, à la manifestation des faits pathologiques. Peut-être faut-il voir là un signe que l'individu profond n'est pas touché et que, seuls, ses moyens d'inhibition lui font défaut. Nous avons montré qu'en dépit des apparences l'affectivité était la plupart

du temps conservée, que l’émotivité était loin d'être nulle, donnait lieu à des réactions pathologiques. C'est bien l'opinion du Dr Henderson pour qui « les séquelles lointaines se résument dans un état d'hébétude émotive et de stupeur avec conservation de la mémoire et de l'intelligence ». Sans doute, il semble bien qu'il y ait des cas d'E.E. chronique, où les troubles du caractère évoluent, pour leur propre compte, pourrait-on dire, dans un organisme sain. Ce sont là des troubles de persévération qui ne laissent point d'être inquiétants au point de vue pronostic.

Nous avons pu observer que, dans cette catégorie d'enfants, l'intelligence n'était pas profondément altérée ; les troubles du caractère entravent le cours de son développement ‘sans qu'on puisse parier d'affaiblissement intellectuel. Au contraire, chez ceux qui sont profondément troublés au point de vue organique (syndrome parkinsonien, troubles du sommeil, troubles respiratoires, troubles endocriniens, vertiges épileptiformes, etc.), les opérations intellectuelles sont annihilées et s’il est trop tôt pour parler d’affaiblissement, il est permis de penser qu'il se produira si les troubles organiques persistent. Nous avons vu que ces troubles plongeaient les enfants dans un état confusionnel qui a des chances, si une évolution favorable des signes organiques ne vient promptement les dégager, de devenir chronique. Nous avons montré l'existence de l’arriération pédagogique. Il nous a paru que l'intégrité des fonctions intellectuelles n’était en général pas compromise, qu’elle était obnubilée parfois, d'une manière

plus ou moins durable, par les troubles physiques. Mais il est bien évident que ces fonctions ne resteront pas toujours indemnes et qu’elles s’altéreront dans l'inertie intellectuelle où elles sont pour l'instant comme figées.

Sans doute, les enfants que nous avons observés sont particulièrement touchés, puisque les manifestations auxquelles ils étaient abandonnés, a entrainé l’internement. Ce sont des malades d'asile. Par conséquent, le pronostic qui semble fâcheux dans nos cas, ne peut servir de pronostic d'ensemble. Outre qu'il ne vise que les nfants de 5 à 15 ans — sans vouloir du reste faire jouer à ces âges le rôle de cadres rigides — il envisage les malades les plus sûrement atteints. Même pour ceux-là, nous ne désespérons pas de l'avenir. Ge sont des malades. Rien ne dit qu'ils ne guériront pas. La notion de fixation des symptômes psychiques nous semble importante. La conscience de l’état morbide, le jugement parfaitement éclairé que certains de ces enfants portent sur leurs actes impulsifs, nous permettent de penser qu'ils guériraient de ces troubles du caractère si le virus toxi-infectieux cessait d'agir. Pour ceux-là qui ne cessent de les présenter, malgré un retour à la normale de la santé physique, on peut invoquer soit une prédisposition constitutionnelle, soit une trop longue atteinte de l'E.E. On ne saurait généraliser. Nous avons vu certains troubles du caractère rétrocéder. Nous avons assisté aux progrès scolaires de quelques-uns de ces enfants internés. Un pronostic trop rigoureux briserait toute tentative du traitement. De toutes façons, nous

n'avons pas encore le droit de le poser aussi sévère qu'ont voulu le faire certains auteurs. Il manque le recul des années pour pouvoir se prononcer.

Au point de vue médico-légal, les troubles mentaux dans les formes prolongées de l'E.E. peuvent entraîner le malade à des réactions anti-sociales, nous l'avons vu. Selon les déclarations de M. Briand (1) à qui revient le mérite d’avoir le premier attiré l'attention sur ces faits « le médecin légiste, appelé à examiner un délinquant ou un criminel, est souvent celui qui, le premier, décèle une psychopathie, évoluant silencieusement sans avoir encore attiré l'attention ». Dans les cas où les troubles du caractère évoluent seuls, sans manifestations organiques, il sera indispensable que le médecin-expert, dans l'affaire médico-légale où il pourra être commis, recherche l'E.E. dans les antécédents du délinquant et fasse le diagnostic entre ces états et ceux des perversions instinctives. Ici on aura affaire à un dégénéré là à un malade. On conçoit les variations que pourra subir, dans l’un ou l’autre cas, l'appréciation de la responsabilité.

« Une petite fille de 12 ans, traité en février 1920, « dans un service d'enfants pour l'E.E., a dû être in- « ternée en octobre 1921, à Sainte-Anne. D'abord, tur- « bulente et anxieuse par accès, puis perverse et « mythomane, elle ameutait par ses cris les habitants « de sa maison. Se posant en enfant martyr, elle accu- « sait son père et sa mère de la maltraiter, de la priver

(1) Marcel Briand. Les troubles mentaux de l’E.E. du point de vue médico-légal. Séance de l’Académie de Médecine, 22 nov. 1921.

« de nourriture, etc. Cette enfant, autrefois, douce de « caractère et affectueuse, poussait la perversité jus- « qu'à se mordre et à s'écorcher la peau, pour faire « croire à des actes de brutalité. Le père eut beaucoup « de mal à se disculper devant ses voisins et à éviter « une information judiciaire ». (1)

Un petit malade de Macphail (2) menace sa mère d'un couteau, ce qui entraîne une enquête médicolégale.

Parfois l'affaire poursuit son cours sans instruction médico-légale.

Un incorrigible kleptomane de Paterson et J. L. Spence a été condamné à la prison.

Un garçon de 14 ans, observé par Anden fait partie d'une bande de voleurs. Il est passé trois fois devant le Tribunal des Enfants pour vols fréquents de fleurs.

On voit donc l'intérêt qui s'attache à l'examen médical de ces enfants et à la recherche de l’E.E. dans les antécédents.

Les faits qui sont susceptibles de revenir le plus souvent au point de vue médico-légal consistent en fugues, vols, impulsions violentes, mythomanie, dénonciations calomnieuses. Il nous semble inutile de reprendre un à un tous ces arguments. Le lecteur comprendra aisément que l'internement a été pour beaucoup des enfants que nous avons observés le moyen prophylactique de prévenir les réactions anti-sociales.

(1) Marcel Briand. Loc. cit.

(2) Mental discorder resulting from. Encéphalitic. Léthargica. By H.D. Macphail. Journal mental. Science. Avril 1922,

L'internement est-il donc la seule mesure qui convienne à de tels malades ? Ce n'est pas sans répugnance que les parents se résignent à placer dans un asile tel enfant qui leur avait donné toute satisfaction avant la maladie. Leur hésitation est, en général, bien différente de la résignation que présentent les familles à placer dans les mêmes conditions un arriéré ou un pervers instinctif. Les parents semblent inconsciemment faire la part de ce qui est un trouble acquis, accidentel et de ce qui est une affection constitutionnelle, qu'ils devinent irrémédiable. Les troubles des enfants que nous avons observés et ceux des pervers instinctifs sont en effet si différents, qu'il n’est pas sans préjudice aussi bien pour les uns que pour les autres de les grouper ensemble. L’atteinte profonde de la moralité et de l’affectivité est un exemple fâcheux pour notre catégorie et l'agitation psycho-motrice, la turbulence des enfants ayant contracté l'E.E. empêcheraient les pervers de profiter des notions d'éducation qu'ils sont susceptibles de recevoir. Cependant quand les troubles mentaux atteignent l'intensité que nous avons établie dans nos observations, il nous semble, dans l’état actuel des choses et vu la condition sociale des enfants examinés, que l’internement soit indiqué. Il est évident que nous devons beaucoup attendre de la création de services ouverts qui pourraient rendre, en de tels cas, de grands services, si une partie pouvait être aménagée à l'effet de les recevoir.

Il faut dire hautement que le sort de ces enfants a ému nombre de psychiâtres et sans nommer tous ceux

qui s’y sont intéressés et les ont étudiés spécialement dans tel ou tel dispensaire — notamment le Dr André Collin — nous devons citer, à côté du Dr. Roubinovitch qui les soigne à la Fondation Vallée, le nom du Dr Simon qui, à la Colonie de Vaucluse, s’est appliqué à adapter à l’état de ces enfants le service hospitalier susceptible de leur convenir.

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