INTRODUCTION
Les hasards de la clinique nous ont permis d'observer des enfants qui avaient été atteints d'E. E. et qui présentaient, consécutivement, des troubles mentaux assez graves pour obliger ies parents à se séparer de leurs enfants et à les placer dans des établissements Spéciaux. Les cas que nous allons rapporter ont été observés à l'asile Sainte-Anne, dans le service de l’Admission dirigé par le docteur Henri Colin. C'est grâce à l’obligeance et à la sollicitude de ce maître que nous avons pu entreprendre et poursuivre cette série d'études.
Il s’agit de quinze enfants, filles et garcons, dont l’âge varie de 7 à 15 ans. La lacune de ce travail apparaît aisément : nous avons laissé dans l'ombre les enfants n'ayant pas atteint 7 ans. Nous n'avons pas agi à dessein. Aucun petit malade n'est entré à l'asile avant cet âge. Nous n’en avons pas cherchés dans les différents services hospitaliers. Nous avons pensé qu’il était préférable de nous en tenir à ce qu’une observa tion journalière nous permettait d'étudier afin qu'un tâche ainsi limitée nous permît de lui consacrer tous nos soins.
On peut dire que la physionomie des troubles mentaux liés à l'E.E. chez l'enfant a étonné la plupart des auteurs qui s’y sont intéressés. Un tableau d'ensemble approximatif souvent en fut esquissé, sans que les détails qu’il comporte eussent été mis en relief. C'est
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au docteur Marcel Briand que revient le mérite d’avoir attiré l'attention sur les troubles du caractère liés à l'E.E. chez l'enfant. Mais le fait que les premiers malades du docteur Briand étaient des héréditaires, plus ou moins chargés de stigmates de dégénérescence, posait la question de la prédisposition individueile et de l'état antérieur. Nous ne ferons pas l'historique complet des observations qui, tant en Franc? qu'à l’étranger, se 1aultiplièrent autour de cette question. Nous aurons l’occasion de citer au cours de ce travail celles qui nous ont paru les plus intéressantes. Si elles témoignent dans l’ensemble de constatations comparables, elles appellent des précisions sur les caractères susceptibles de former par leur réunion un syndrome mentaf. La nature des discussions qu’elles soulèvent montre que les auteurs désirent une étude rationnelle de chaque symptôme. Nous rapportons pour mémoire la discussion qui suivit la présentation de trois malades que nous fimes devant la Société Clinique de Médecine mentale, le 7 juillet 1922 (1).
M. H. Cou. -— Il est impressionnant de voir des troubles tels que ceux des deux premiers enfants rattachés à l'E.E. En effet, on en observe d'identiques chez de jeunes sujets qui n'ont pas été touchés par cette affection. Et cependant il paraît
bien probable qu'ils en sont en effet la consé-
(1) Séquelles mentales de l’encéphalite léthargique chez les en- Jants, par M. Gilbert Robin.'Société clinique de médecine mentale, 7 juillet 1922.
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quence pour les deux premiers, dont les antécédents ne semblent manifester auparavant aucun trouble et qui n'ont aucun signe de dégénérescence. Pour le troisième, il n'en est peut-être pas de même. Sa petite taille est l'indice d’un arrêt ancien déjà dans son développement.
M. SIMON. — Ces troubles du caractère, succédant à l’encéphalite épidémique, sont des plus fréquents chez les enfants. Ils sont peut-être caractéristiques des suites de cette affection dans le jeune âge. En tout cas, j'en ai plusieurs exemples actuellement dans mon service.
M. GUIRAUD. — J'ai pu voir un enfant qui est devenu impulsif et coléreux, à la suite d’une encéphalite.
M. MiGNARD. — Je crois qu’on observe assez souvent l'instabilité, l’impulsivité, les troubles de l'humeur après cette maladie. J'en ai présentement un exemple dans mon service, venu du service de M. Simon. Le jeune garçon est taquin, instable et grand onaniste, ce qu'il n’était pas autrefois.
M. CLAUDE. — Il est incontestable que les phénomènes récemment encore considérés comme purement fonctionnels nous apparaissent, dans cette maladie, comme sans doute conditionnés,par des lésions organiques. C’est ainsi que l’on rapporte à des lésions probables des corps striés un syndrome
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analogue à ce que l’on nommait le torticolis mental et que l'on remarque souvent dans cette affection.
À propos d’une présentation de MM. Roubinovitch, Barük et Bariéty (1) et une autre de nous-même (2) devant la même société, le 20 novembre 1922, voici. quelles furent les réflexions des auteurs :
M. Cou. — Ce qui me frappe surtout à l’examen de ces troubles respiratoires, c’est leur variabilité et leur modification sous certaines influences. Chez la malade de M. Capgras, ils disparaissaient quand elle était occupée, quand elle récitait ses vers, par exemple. Chez celui de M. Roubinovitch, au contraire, c'est une occupation qui les fait survenir. Le petit malade que nous présente M. Robin les a, lui, presque constamment. Je crois que nous ne pouvons pas encore avoir d'opinion nette sur l'origine de ces troubles. Les uns sont peut-être liés à un facteur émotionnel, les autres en rapport avec le siège de la lésion.
M. ARNAUD. — Ne faudrait-il pas tenir compte d'une mauvaise habitude possible. Il m'a semblé que j'interrompais la polypnée du petit malade en lui faisant les gros yeux.
M. CLAUDE. — Il y a dans tous ces cas un élément
(x) Troubles psychiques et respiratoires consécutifs à l'E. E., par MM. J. Roübinovitch, Barük et Bariéty. S. C. M. M. 20 NOV. 1922.
(2) Troubles mentaux liés à l'E. E. chez les enfants : troubles mentaux et troubles respiratoires, par G. Robin, S. C. M. M., 20 novembre 1922.
psychique évident. M. Babinski a montré récemment une malade pour laquelle il eut l'impression d'une polypnée hystérique ; une électrisation énergique atténua, en effet, ces troubles, mais sans les faire disparaître ; les électrisations suivantes eurent de moins en moins de résultat. Quant à la variation des troubles moteurs, à ces contrastes de raideur et d'agilité passagères, il convient de remarquer qu'on les observe également chez les parkinsoniens.
Nous apportons quelquas documents, pas autre chose. Nous les avons réunis sans esprit de système, ‘sans conception théorique. Au moment où nous avons pris nos observations, nous ne savions pas qu’elles contribueraient à un travail d'ensemble. Nous nous sommes écartés à leur sujet de considérations psychologiques. L’âme de l'enfant (1) a fait l'objet d'études péné- | trantes à la lecture desquelles on se rend compte de l'expérience, de la patience, de l'intelligence et certes de l’amour des auteurs qui se sont penchés sur son mystère. Notre inexpérience en pareille matière nous aura au moins servi à aborder sans parti pris les symptômes cliniques. Du reste, nous avons pu nous rendre compte des difficultés qui surgissent même lorsqu'il ne s'agit que de relater exactement un fait. Les faits les plus simples en apparence sont aussi les plus difficiles à décrire, ils exigent des termes précis. Nous avons appris à appliquer le plus possible la rigueur et la
(x). Preyer. L'âme de l’enfant.