‹ Considérations sur un cas d'exophtalmie dite «maligne» après thyroidectomieChapitre 25 sur 41 · LES DONNÉES DE LA CLINIQUE · texte numérisé non relu

LES DONNÉES DE LA CLINIQUE

Les relations qui unissent hyperthyroïdie et exophtalmie ne sauraient être tenues pour fortuites.

a) En raison de la fréquence de cette association qui est presque la règle dans les formes majeures de la maladie de Basedow, comme l'indique le terme de « goitre exophtalmique ».

b) En raison du fait que sous l'influence d’une thérapeutique antithyroïdienne, l’exophtalmie s’atténue dans la majorité des cas.

Cependant :

a) L’exophtalmie peut s’observer en dehors de toute hyperthyroïdie, soit au cours d’états parabasedowiens avec métabolisme basal normal, soit au cours de certains goitres simples, soit au cours de certains syndromes diencéphalo-hypophysaires (maladie de CusHING, acromégalie, séquelles d’encéphalite).

b) Son importance n’est nullement proportionnelle au degré d’hyperthyroïdie : il y a des hyperthyroïdies frustes avec signes oculaires discrets.

c) L'’exophtalmie peut même faire complètement défaut dans l’hyperthyroïdie indiscutable. SaiNTON et G. DREYFUS l’auraient observé dans 25 à 50 % des cas.

d) Une fois constituée, l'évolution de l’exophtalmie n’épouse pas celle de l’hyperthyroïdie. Elle peut persister ou s’aggraver alors que les troubles thyroïdiens s’amendent. Elle peut survivre à la résolution thérapeutique de la maladie de Basedow, qu’elle soit chirurgicale, radiothérapique ou médicale, grâce aux thyréo-inhibiteurs que nous avons actuellement. Il s’agit alors de l’exophtalmie résiduelle.

AD

Il est même des cas où la maladie confine presque au myxædème, et où pourtant l’exophtalmie persiste. Elle peut même éventuellement s’aggraver après la guérison de l’hyperthyroïdie et prendre les caractères de l’exophtalmie maligne. Elle peut évoluer alors par poussées intenses comme en témoigne l'observation classique de Mme ScHiFr-WERTHEIMER qui, pratiquant, sur une malade guérie depuis dix ans de sa maladie de Basedow par traitement radiothérapique, une blépharorraphie pour son exophtalmie, vit, le soir même de son opéralion, une poussée d’exorbitisme faire sauter les points de suture, sous l’influence de l’émotion.

e) Notons enfin l'effet nul de l'hyperthyroïdisation sur la production de l’exophtalmie. Certains cas cliniques presque expérimentaux le prouvent : tel celui de la malade obèse de MM. Labbé et I. Soulié. Celle-ci, dans un but d’esthétique, absorbait quotidiennement 10 mg. de thyroxine pendant des mois et voyait apparaître un syndrome basedowien: intense avec tachycardie, tremblements, amaigrissement, insomnie et augmentation du métabolisme basal. Mais sans aucune modification oculaire.

Pour terminer ces considérations cliniques, disons donc avec Justin BESANCON que si l’hyperthyroïdie paraît favorisante, elle n’est ni nécessaire, ni suffisante pour faire apparaître l’exophtalmie.

Page 1