PATHOGÉNIE
Quel est le mécanisme de cette exophtalmie et quel en est le primum movens ?-
La question présente un intérêt considérable, tant au point de vue théorique, qu’au point de vue pratique, puisque la résoudre permettrait déjà d’y remédier efficacement. De nombreux travaux ont été publiés, de multiples théories envisagées ; nous essayerons d’en dégager l'essentiel.
Nous venons de voir que l’on on en pratique deux grandes formes d’exophtalmie :
— L'’exophtalmie habituelle de la maladie de Basedow. __ Et l’exophtalmie maligne, telle que nous l’avons définie. Rappelons- en les différences.
“ Au point de vue étiologique, ces deux sy Dhtornes paraissent s’opposer par le fait que l’un évolue au cours de la maladie de Basedow, et l’autre, après son traitement.
Cliniquement, l’exophtalmie basedowienne habituelle est une exophtalmie réductible, non inflammatoire, sans augmentation du tonus du globe, sans œdème orbito-palpébral, ni stase rétinienne ; elle n’entraîne pas de troubles visuels ; elle s'accompagne enfin de petits signes classiques, se retrouvant d’ailleurs exceptionnellement au complet et dont nous ne retiendrons que la rétraction de la paupière supérieure et l'élargissement de la fente palpébrale.
Tous ces caractères la distinguent de l’exophtalmie maligne qui est irréductible, présente une. hypertonie du globe, un
œdème important des paupières et du tissu cellulo-graisseux de l'orbite, un ptosis contractant avec l’exophtalmie, et est surtout dominée par la menace de graves complications que nous avons déjà étudiées et qui compromettent dangereuse-
ment la vision.
L'anatomie pathologique vient compléter ce contraste. Alors que dans l’exophtalmie basedowienne habituelle, on ne trouve que quelques lésions dégénératives banales de la musculature oculaire, l’infiltration œdémateuse est le propre de l’exophtalmie maligne, frappant la graisse rétro-orbitaire, les cloisons conjonctives et la musculature extrinsèque de l'œil.
Doit-on opposer en théorie ces deux formes d’exophtalmie ou au contraire, n’en faire qu'un seul et même syndrome ?
Deux grandes tendances s'affrontent actuellement :
— l'exophtalmie maligne est-elle une simple « comphcation » de l’exophtalmie basedowienne,
= oU [apparait-elle comme une nouvelle entité morbide ?
La question est captivante. he dans les limites actuelles de nos connaissances, lui opposer une réponse ferme et définitive ? Ce serait peut-être présomptueux de l’affirmer.
Quoi qu’il en soit, nous allons envisager successivement les données cliniques et expérimentales qui permettent de discuter ce problème. Elles nous entraîneront vers les théories classiques actuelles qui distinguent l’exophtalmie basedowienne habituelle de l’exophtalmie maligne, avec leur mécanisme et
leur pathogénie propre. Nous essaierons alors d'élaborer une critique prudente de cette conception.
Nous terminerons enfin ce chapitre par la question de l’unilatéralité ou de la prédominance de l’exophtalmie maligne
au niveau d’un œil, comme le cas se présente Fee dans notre observation personnelle,
de