‹ Considérations sur un cas d’intoxication par le sulfure de carboneChapitre 9 sur 9 · CAGE · texte numérisé non relu

CAGE

« Elle connaissait, non seulement par oui dire, mais par l'exemple de ses compagnes tous les dangers de son métier, troubles paralytiques et autres. À ce moment donné débute peu à peu la polynévrite périphérique et une certaine gêne fonctionnelle en résulte. Mais en même temps intervient et s'ajoute l'autosuggestion. Cette femme simplement affaiblie par une polynévrite légère se croit gravement atteinte, et sans s’en douter, par un travail mental inconscient crée elle-même son abasie, transforme son amyosthénie ébauchée en une impotence totale. »

Et Chauffard conclut qu’il a cru légitime d’établir cette distinction entre les deux séries d’accidents * morbides, accidents subordonnés à une étiologie commune, l'intoxication sulfocarbonée, mais très différents dans leur mécanisme pathologique, leur nature et leur mode d’évolution.

&' Observation rapportée dans une communication faite à la Société de Neurclogie par M.M Guillain et Courtellemont, séance du 4 février 4904.

I s’agit d’un jeune homme, âgé de 17 ans, qui travaillait dans une fabrique de ballons de caouichouc, et chez lequel on ne peut retrouver aucun antécédent pathologique, héréditaire ou personne!, méritant d’être pris en considération pour la genèse de l'affection actuelle.

C’est en janvier 1903 qu’il entra, comme employ: au trempage, dans une fabrique de ces ballons de

caoutchouc qu’on trouve dans les magasins de nouveautés et qui servent de jouets aux enfants.

C’est au bout de trois mois de travail dans cette maison qu'apparurent les premiers symptômes, les mains et les membres supérieurs perdaient de leur force. En même temps que s’établissent ces phénomènes parétiques des quatre membres, le malade constata divers autres troubles, la perte de l’appétit avec odeur permanente de sulfure de carbone dans la bouche, la céphalée apparaissait surtout le soir. après la journée faite et souvent accompagnée de sensation d'ivresse, enfin la diminution de la mémoire.

Tous ces symptômes ne firent qu’augmenter dans les mois suivants, et le malade dut quitter son métier le 3 juillet ; devant la persistance de l'affection, il entre dans le service du profeseur Raymond, le 24 septembre 1903. Depuis ce moment, sous l’influence du traitement, les phénomènes parétiques subissent une amélioration progressive. Néanmoins, à la fin du mois de novembre dernier, ils se présentent encore avec toute leur netteté, et l’on peut alors constater le tableau clinique suivant :

Le steppage, qui existait deux mois plus tôt a disparu, et la marche s’exécute sans incoordination et sans trouble moteur apparent ; mais, quand le malade est couché, ses pieds sont légèrement tombants, et si tous les mouvements élémentaires sont possibles, du moins la flexion du pieds et de Ja jambe s’exécute-t-elle des deux côtés moins vigou-

reusement que sur un sujet sain.

LE GAGEE

Aux membres supérieurs, alors qu’il n’existe ni tremblement ni incoordination, la force musculaire a diminué dans les deux mains : celles-ci serrart avec beaucoup moins d'énergie qu’à l’état normal, elles n’amènent que 20 au dynamomètre. Tous les mouvements élémentaires sont conservés, mais ceux des doigts et des mains ont tous perdu de leur force: l'extension des doigts s'exécute avec moins de vigueur, l’opposition est également très modifiée, la flexion et les mouvements de latéralité ont diminué dans de moindres proportions. À la main, c’est surtout la flexion et l’extension qui ont perdu de leux énergie ; l’adduction et l’abduction sont moins fortement touchées. Les mouvements des avant-bras et des bras ont gardé toute leur force. Il en est de même de ceux du cou et de Ia face.

L’inspection, la mensuration et la palpation montrent qu’il n’y a pas d’atrophie des muscles au niveau des membres inférieurs, des avant-bras, des bras et de la ceinture scapulaire. Seules les mains offrent une mollesse particulière localisée aux tégumentis palmaires et aux muscles des éminences thenar et hypothenar sous jacents. Maïs les saïllies constituées par ces groupes musculaires et le creux de la main se dessinent comme à l’état normal. On ne trouve au cun autre trouble trophique ; il n’existe pas non plus de trouble vaso-moteur, en dehors de transpirations

continuelles des deux mains.

Les réflexes rotuliens et ceux du poignet sont abolis ; les réflexes du tendon d’Achille et du triceps

brachial sont diminués ; les réflexes cutanés sont normaux.

En aucun point du corps n'existe de modifications de la sensibilité objective dans aucun de ses modes ; de même les sensibiltés profondes sont conservée. Le signe de Lasègue, la: douleur à la pression des troncs nerveux font défaut chez ce sujet ; mais vient on à serrer encore les doigts, les masses musculaires du mollet, on détermine à droite comme à gauche une douleur, qui est d’ailleurs peu vive. Jamais le malade n’accuse ,au cours de sa maladie, de nhénomènes douloureux ou paresthésiques au niveau des membres.

Les réactions électriques, recherchées par M. Huet sont très troublées : il existe de la réaction de dégénérescence partielle des deux côtés dans les muscles des mains (éminences thénar, hypothénar, interosseux) . excitation faradique conservée mais diminuée, excitatibilité galvanique peu diminuée, contractions assez lentes et NF C P F C. Les muscles des avant-bras et des bras, ainsi que ceux des membres inférieurs ne présentent pas de réaction de dégénérescence, mais une diminution très nette de l’excitabilité faradique et galvanique ; cette modification quantitative prédomine sur les extenseurs.

La paralysie évolua pendant toute sa durée, sans trouble des sphincters et sans manifestation du côté des organes sensoriels. Elle ne fut ni précédée, ni accompagnée de symptômes fonctionnels ou de paresthésie intéressant la sphère génitale.

Les maux de tête, dont se plaignait encore le ma-

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lade, disparurent au bout de peu de temps. Mais il conserva de la diminution de la mémoire qui l’empêche de préciser bien des détails de son histoire clinique. Cette amnésie paraît diffuse, sans élection particulière sur une période de sa vie. L'intelligence n’est pas modifiée. C’est un débile, de petite taille au menton proéminent, au nez large, aux oreilles en anse, aux lèvres épaisses.

Il n’a pas de liseré dentaire révélateur. L’examen des divers appareils n’a révélé aucune lésion viscérale. Nous ajouterons qu’actuellement l'affection est en pleine voie de guérison ; les membres ont récupéré leur énergie, sauf les mains au niveau desquelles persiste encore une légère faiblesse, du côté droit notamment ; néanmoins, le malade amène, au dynamomètre, 90 à gauche et 80 à droite, tous les mouvements élémentaires s’exécutent normalement, sauf l'extension des doigts qui est encore très diminuée. Les réflexes ont reparu et repris leur caractère physiologique. L'état de la mémoire a subi une amélioration manifeste.

5: Gbservation, communiquée par M. E. Mendel à la Société de Médecine de Berlin, résumée d’après M. Raymond.

Le malade est un jeune homme, âgé de 26 ans, qui depuis l’âge de 12 ans était employé dans une fabrique de caoutchouc. Ses occupations consistaient au juste en ceci : tous les jours, pendant 3 ou 4 heures, il était obligé d’immerger dans un mélange de sulfure de carbone et de chlorure de soufre, les

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trois premiers doigts de la main droite et les deux derniers de la main gauche, pour manipuler des pièces de caoutchouc.

Depuis trois ans, il avait du tremblement des deux mains, et il racontait que neuf ouvriers occupés dans la même usine que lui, présentaient ce même tremblement.

À l’époque où il fit l’objet d’une présentation à la Société de Médecine de Berlin, ses mains étaient le siège des déformations suivantes

À droite, le pouce était en hyperextension ; les deuxième et troisième doigts avaient leurs premières phalanges légèrement fléchies, tandis que la phalangette et la phalangine étaient également en hyperextension. De plus, le pouce appuyait fortement contre la surface palmaire de l’index ; ce n’est qu’au prix d’un effort considérable qu’on parvenait à écarter les deux doigts l’un de l’autre et non sans occasionner au malade de vives douleurs.

Les quatrième et cinquième doigts avaient conservé presque toute leur intégrité fonctionnelle. Les mouvements de pronation de la main étaient très limités, ainsi que les mouvements de latéralité vers le rebord radial. De ce même côté droit, la sensibilité sous ses différents modes, était fortement émoussée dans toute la zone de distribution du radial et du médian : elle était presque intacte dans la zone de distribution du cubital. Enfin l’examen électrique a fait constater, de la réaction de dégénérescence dans les muscles fléchisseurs des doigts, c’est-à-dire vans les muscles énervés par le médian.

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À gauche, la motilité était normale dans tout le membre supérieur. La sensibilité était émoussée au niveau des deux tiers supérieurs de Vavant-bras, ainsi qu’au bras, dans la zone de distribution du nerf cutané médian et du nerf axilliaire.

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