‹ Considérations sur une Épidémie de DiphtérieChapitre 3 sur 22 · I. — Hisrorrque · texte numérisé non relu

I. — Hisrorrque

La diphtérie est une affection d'origine microbienne; elle est épidémique, contagieuse, et due à un bacille découvert par Klebs et étudié parLæffler; elle se manifeste de deux manières: 1° par la production de fausses membranes dues au bacille donnant lieu à des troubles locaux ; 2° par la toxine diphtéritique produisant des troubles généraux et viscéraux graves.

On trouve dans les écrits d'Hippocrate, de Galien, d’Aétius et d'Arêtée des passages qui semblent prouver que ces observateurs ont eu occasion de voir les manifestations de cette maladie, décrite sous les noms d'ulcère syriaque ou égyptiac.

Bennet rapporte qu'un malade rendit, après une toux violente, un corps qui lui parut être la membrane interne du larynx.

En1656, un nommé Jean Vigier {maistre chirurgien à Castres

d’Albigeois), publia deux volumes sur les ulcères. Au sujet du gosier, il parle de l’escynanche (maladie qui étrangle) ; mais il a l'air de confondre dans cette dénomination tous les maux du gosier.

Pierre Forest, en 1557, donna la description d’une épidémie qui régna en Hollande. |

Nola (1), Villaréal (2) et d’autres médecins espagnols ou italiens la décrivirent de nouveau ; elle porta, en Espagne, le nom de « garotillo »; en Italie, celui de « morbus strangulatorius ».

M. Glisi (3) l’observa à Crémone et la décrivit exactement ; il proposait contre elle la saignée dès le début.

Stare la fit connaître aux Anglais et en fit dessiner la fausse membrane.

Avec Maloin (4) commencent alors les travaux remarquables ; un mouvement vers la vérité se dessine bien. Puis viennent Astruc (5), Chomel l’ancien, qui étudient l'épidémie de Paris, sous le nom de mal de gorge gangréneux.

François Home, en 1765, fit paraître ses recherches sur les manifestations laryngées de la diphtérie, et les décrivit sous le nom de croup.

Il fut le premier à reconnaitre que la fausse membrane relève non pas d'une gangrène, mais d’une exsudation super-

(1) De epidemica pulmone anginosa grassante Neapoli. Venetiis, 1610, in-4°.

(2) De signis, causis et curatione de morbi suffocantis. Lib. II, 4614, in-#°.

(3) Dictionnaire abrégé des sciences médicales, t. NV. Littere Medi. che, II, 1749.

(4) Mémoire à l'Académie des sciences, années 1747-48 et 1749.

(5) Lettres sur l'espèce de mal de gorge qui a régné sur les enfants em 1748.

Les ficielle (1); il it du croup et de l’angine maligne deux maladies distinctes.

Samuel Bard, de New-York, en 1771, voudrait prouver que l’angine seule ou avec extension au larynx, la laryngite isolée, ne sont que des formes différentes de la même maladie. Viennent ensuite les travaux d'Albert, de Royer-Collard.

Jurine, de Genève, en 1807, affirme que le croup est la suite fréquente de l’angine maligne chez les enfants.

Bretonneau, de Tours (2), de 1818 à 1826 montra que la fausse membrane du larynx peut se continuer dans la trachée, la gorge, les fosses nasales ; que toutes ces manifestations ne sont qu'une même maladie, à laquelle il donna le nom de diphtérite ; il chercha à prouver que cette fausse membrane n'était qu’un exsudat. fibrineux recouvrant la muqueuse intacte.

Trousseau continua les recherches de Bretonneau ; mais il

fit de l’affection une maladie générale et infectieuse ; il considérait les fausses membranes, non plus comme cause, mais comme conséquence de l'infection ; il remplaça le mot diphtérite par celui de diphtérie, qui implique mieux l’idée d’une maladie générale.

. Ces idées erronées conduisirent pourtant leur auteur à une conclusion fort juste ; il avait compris que la mort n’était pas toujours causée par l’asphyxie etqu'elle peut l'être, quelquefois, exclusivement par l’empoisonnement de l'organisme. Cette idée générale ouvrait tout un horizon nouveau : c'était le commencement des idées nouvelles.

En effet, c’est après ces deux grands médecins que lon voit apparaître la période moderne : les recherches anatomo-

(4) Docteur H. Bourges, La diphtérie. Ruelf, éditeurs. Paris, 1892. (2) Inflammations spéciales des tissus muqueux el en particulier de la diphtérite, 1823, in-8°.

pathologiques d'abord, les études bactériologiques ensuite. Aux premières, se rattachent surtout les noms de Virchow, Cornil, Morel, Robin, Laboulbène, Rokitanski, Leloir, qui étudièrent surtout la structure des fausses membranes ; Hayem, Leyden, Charcot, Vulpian, Déjerine, Darrier, Talamon, s'occupèrent des altérations internes.

Puis arrive Klebs, qui, au congrès de Wiesbaden, en 1885, dit avoir coloré, dans les fausses membranes des diphtéritiques, un bacille qui devait être l'agent de cette maladie.

Lœætfler, en 1884, publie une série de travaux à la suite desquels il était arrivé à isoler et à cultiver le bacille qui paraissait être celui de la diphtérie ; par des inoculations de cultures pures, il était parvenu à l’inoculer à la poule, au cobaye, au lapin, etc., et à reproduire sur les muqueuses excoriées des fausses membranes.

M. d'Espine, en 1886, donne communication à la Société médicale de la Suisse romande de ses recherches ; il a trouvé le bacille de la diphtérie dans les préparations faites avec des fausses membranes diphtéritiques, tandis qu'il n'existe point dans celles à exsudat blanc de l’angine herpétique ou autres. L'importance de cette recherche ne lui échappe point, et il fait observer combien elle peut être utile au point de vue du diagnostic. Nous voyons pourtant Hoffmann, en 1888, être encore dans le doute ; il avait constaté dans les membranes diphtéritiques et autres un bacille semblable à celui qui nous occupe, mais entièrement dépourvu de virulence.

MM. Roux et Yersin, en 1888, publient les résultats obtenus par les inoculations du bacille de Læffler ; ils produisent des paralysies. Enfin, ils démontrent que les bouillons dans lesquels on l'avait cultivé, filtrés sur porcelaine, débarrassés par conséquent des agents microbiens, reproduisaient des accidents généraux graves ; l'existence d’un poison énergique était démontrée, la toxine était trouvée.

La diphtérie est done réellement une infection due à un bacille spécial, lequel peut se cultiver et qui produit lui-même un poison, une intoxication. Voyons, par un aperçu rapide, comment se font ces cultures et les moyens qui hermeitént d'éludier cet agent pathogène.

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