‹ Considérations sur une Épidémie de DiphtérieChapitre 4 sur 22 · IL. — BacTÉRIOLOGIE · texte numérisé non relu

IL. — BacTÉRIOLOGIE

Pour avoir la certitude de l'existence de la dipthérie, il faut constater la présence du bacille. On arrive à ce résultat par

deux moyens, le diagnostic sur culture et le diagnostic sur lamelle.

Diagnostic sur culture. — Pour cultiver le bacille de la diphtérie, il suffit d’avoir deux tubes de sérum stérilisé et coagulé, etune spatule.

On se sert habituellement de celui de sang de bœuf, que l'on recueille dans les abattoirs au moment où l’animal est sacrifié. Mais on peut se servir d’autres milieux, l'agar glycériné par exemple (Pétri). La spatule est tout simplement un morceau de fil de fer ou de platine aplati à une de ses extrémités et flambé.

Préparation du sérum coagulé. — Lorsqu'on veut se procurer du sérum on recueille, dans une cloche en terre stérilisée par le chauffage à l’autoclave, du sang de bœuf. Dès qu'elle est pleine, on la recouvre et on laisse le caillot se former, ce qui demande environ vingt-quatre heures ; une fois le sérum bien séparé, on l’aspire à l’aide de pipettes stérilisées ; on le place dans des ballons que l’on obture à la lampe à alcool.

Ces ballons sont ensuite stérilisés à leur tour par des chauffages discontinus en les mettant dans une étuve spéciale, que l'on

LS AR porte pendant une heure chaque jour à la température de 58°. Cette opération doit être renouvelée pendant quinze jours consécutifs. |

On distribue alors ce sérum dans des tubes à l’aide de l’appareil spécial dit boule de Miquel. Après quoi, on les place en position inclinée dans une étuve réglée à 80°. Cette dernière manœuvre a pour but de le coaguler jusqu'à consistance complète. Les tubes bouchés à l’aide d’un bouchon de ouate stérilisée sont alors prêts à être ensemencés.

Les Américains, gens pratiques par excellence, ont depuis longtemps déjà simplifié, pour le médecin, le diagnostic bactériologique de la diphtérie par les cultures ; dès qu'un médecin croit être en présence de la diphtérie, il fait prendre chez un pharmacien le fil spatule et les deux tubes de sérum; il fait son ensemencement et les renvoie immédiatement à celui qui les a fournis. Celui-ci les fait parvenir au laboratoire central d'hygiène, lequel, vingt-quatre heures après réception, adresse au médecin le diagnostic bactériologique. En France, on peut aussi, aujourd’hui, se procurer cet outillage, qui favorise beaucoup les expériences aux médecins des petits centres ou de la campagne. Lorsque les Instituts en création dans les provinces seront en activité, ces recherches deviendront encore plus faciles.

Ensemencement. — Lorsqu'on veut ensemencer les tubes, on prend la spatule stérilisée à la flamme d'alcool ; une fois l'extrémité refroidie, on touche avec, les fausses membranes en grattant légèrement ; il n'y a plus après qu'à promener la spatule à la surface du sérum des deux tubes, en pratiquant une série de stries parallèles allant de droite à gauche et de gauche à droite, sans qu'il soit nécessaire de recharger l’instrument.

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Développement des colonies diphtéritiques à l'étuve. — Une fois ensemencés, les deux tubes sont placés dans une étuve à 31° et doivent y séjourner vingt-quatre heures ; après ce laps de temps, s'il n'y a pas de colonies à la surface du sérum, sans avoir besoin de recourir au microscope, on peut affirmer qu'il nya pas de diphtérie vraie.

Si, au contraire, elles existent, on voit, même à l'œil nu, des colonies d'un blanc grisâtre, arrondies, de contours réguliers. Si on les regarde par transparence, elles sont plus opaques à leur centre qu'à leur périphérie. Il ne faut jamais laisser les tubes plus de vingt-quatre heures ; car, ce délai passé, d'autres microbes commenceraient à pulluler, et rendraient le diagnostic plus compliqué (1).

Diagnostic sur lamelle. — Le diagnostic sur lamelle est pius expéditif que Le précédent. Il suffit de se procurer une parcelle de fausse membrane, que l’on va prendre dans la gorge ou les fosses nasales, à l’aide d’une pince à dissection flambée, ou bien d'un petit tampon de ouate hydrophile. — Il y à très souvent des fragments spontanément détachés. — Si le lambeau est trop humide on l’essuie sur un papier buvard ou un papier filtre, en tamponnant et en le tenant toujours au bout de la . pince ; il est ensuite promené sur la surface d’une lamelle de verre bien propre. On fait ainsi un « frottis » peu épais qui sèche en quelques minutes; pour le fixer, il n’y a qu'à le passer trois ou quatre fois sur la flamme d'une lampe à alcool.

Examen au microscope. — Ainsi obtenu, le bacille pour être examiné au microscope, doit être coloré. On se sert pour cela de solutions. Voici deux des formules employées :

(4) Louis Martin, Conférences faites à l’Institut Pasteur (6 et 14 octobre 1894).

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