‹ Consid©rations g©n©rales sur la classe des crustac©sChapitre 22 sur 94 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les crustacés ont, comme les insectes, leurs fonctions bien distinctes : aussi doivent-ils, comme ces animaux, occuper un rang élevé dans la série des êtres. Pourvus de membres articulés, ils sont évidemment, sous le rapport de la faculté locomotile, supérieurs aux mollusques et aux annélides, ainsi qu'aux animaux rayonnés et infusoires. Ilspeuvent marcher ou nager, mais ils sont privés de la faculté de s'élever dans l'air, et en cela les insectes sont au-dessus d’eux. Tous ont un système nerveux, dont les premiers centres et les premières ramilications sont trés-faciles à observer; l'organe de la vue ne leur manque presque jamais; dans quelques uns l’organe de l’ouïe a été découvert, ettout prouve d’ailleurs que ceux du goûtetdel’odorat existent chez eux comme chez les insectes, quoique leurs siéges n'aient pas encore été reconnus : en.cela il est certain que les crustacés ont la priorité sur beaucoup- de mollusques, sur les annélides et sur tous les animaux qui ont élé placés à la suite des articulés.

Les arachnides avec lesquellesils ont le plus de ressemblance, puisqu'ils possèdent au même degré d'énergie les deux premières fonctions animales dont il vient d'être fait mention ; les arachnides ont encore avec les crustacés un rapport de plus, c’est celui qui résulte de la présence d’un cœur ou centre de circulation communiquant avec un ensemble de vaisseaux destinés à charrier le fluide nourricier ou la lymphe dans les diverses parties du corps. Les insectes dont le canal dorsal, qui remplace le cœur, n’a point de liaison apparente avec un système circulatoire ,semblent, sous ce rapport, beaucoup moins parfaits que les crustacés : chez eux l’air vient chercher, au

moyen de trachées innombrables, Îles fluides dans toutes Îles parties du corps pour leur faire subir les modifications chimiques, nécessaires à l'entretien de la vie; tandis que dansles crustacés les organes respiratoires, qui consistent en branchies ou en sacs aériens, ont une place fixe, et que la lymphe y est amenée par l’action de la circulation. Enfin les organes de nutrilion et de la génération ont dans ces animaux tout le degré de développement qu’on reconnoît dans ceux des insectes et des arachnides.

Les organes de la Locomoriox , chezles crustacés, consistent, 1.” en organes passifs remplissant les fonctions du squelette des animaux vertébrés, et se composant principalement de la peau extérieure qui est endurcie et divisée en segmens ou portions de segmens plus ou moins compliquées, pour le corps et les membres, mais toujours symétriques; 2.° en organes actifs, mous, fibreux, ou muscles contractiles par l’effet de l’incitation du système nerveux,

Les piécessolides sont articulées entre elles, sans mouvement ou avec mouvement. Celles qui sont dans le premier cas, telles que les plaques du plastron des crabes et des écrevisses, sont distinctes seulement par des sutures droites : celles qui sont dans le second , se meuvent ordinairement l’une sur l’autre par une articulation en ginglyme ou à charnière, et

‘quelquefois par une articulation en genou. Les parties mobiles des crustacés sont celles dont nous avons donné ci-dessus la description, en traitant des antennes, des parties de la bouche, des pédoncules des yeux, de la tête lorsqu'elle est distincte du corps, des segmens qui composent celui-ei ainsi que la queue , des membres de toutes sortes, des appendices natatoires, etc. Nous ne revieudrons pas ici sur leur distinction.

Les muscles chezles crustacés, comme chez les insectes, sont formés de fibres non adhérentes entre elles, non réunies par un tissu cellulaire et non enveloppées d’aponévroses. Ces muscles sont nombreux et placés toujours au-dessous ou au dedansdes

parties solides, et disposés de façon que chaque articulation en ginglyme, a son fléchisseur et son extenseur.

Il n’entre point dans notre plan de décrire avec détail les muscles des crustacés : aussi renvoyons-nous, pour cét objet, aux ouvrages qui traitent spécialement de l’anatomie de ces animaux;nous nous bornerons seulement à dire que ceux de la base des pattes des crustacés décapodes brachyures sont trèspuissans et placés dans des sortes de loges que forment sous le têt des cloisons verticales, solides, qui séparent les différentes pièces du plastron; que ceux de la queue des décapodes macroures, arrivés au maximum de développement,sonttrès-compliqués et forment une masse dorsale assez mince , et une masse ventrale trés-épaisse, toutes deux composées de trois ordres de fibres bien marquées; enfin que dans certains petits entomostracés, des muscles particuliers qui n’existent point dans d’autres sont destinés à fixer l’animal à sa coquille, et à faire ouvrir ou fermer, selon sa volonté, les valves de celle-ci.

Sensimicrré. Les crustacés ont un système nerveux trés-semblable à celui des insectes et des arachnides.

Il consiste principalement dans un cerveau placé en avant et au-dessus du tube intestinal et dans une moelle alongée, composée d’un double cordon noueux placé à la face inférieure du corps, tantôt, comme chezles crustacés décapodes macroures, s'étendant dans toute la longueur de ce corps, tantôt, comme dans les brachyures, formant versle milieu de sa face inférieure un cercle médullaire d’où les nerfs partent en rayonnant.

« Le cerveau (1) dans les animaux de ces deux familles, est placé à l'extrémité antérieure du corps. Sa masse est plus large que longue, etsa face supérieure est divisée en quatre lobes arrondis;les lobes moyens fournissent chacun de leur bord anté-

rieur un nerf qui est le nerf optique et qui se porte directe-

(1) Nous empruntons cette description du système nerveux des crusta-

Cés, au Traité d'Anatomie comparée de M. Cuvier, tom. II, pag. 314-

ment dans le pédoncule de l'œil. Ce nerf s’y divise en une muititude de filets dont chacun se rend à l’un desyeux particuliers qui forment l’ensemble des yeux composés. De la face inférieure du cerveau naissent quatre autres nerfs qui vont aux antennes et qui donnent quelques filets aux parties voisines. De son bord postérieur naissent deux cordons nerveux fort alongés, qui comprennent l’æsophage entre eux pour se réunir en dessous dans un renflement ou ganglion médian, et qui donnènt chacun vers le milieu de sa longueur , un gros nerf quise rend aux mandibules et a leurs muscles. Le ganglion inférieur à l'œsophage fournit les nerfs qui se portent aux màchoiïres et aux pieds-màchoires. ?

« Danslesécrevissesetautres crustacés décapodes macroures, les deux cordons restent rapprochés dans toute la longueur du corps, et y forment cinq ganglions successifs, placés entre les articulations des cinq paires de pattes. Chaque patte reçoit un nerf du ganglion qui luicorrespoud , et ce nerf pénetre jusqu’à son extrémité : c’est celui de la serre qui est le plus gros. Les cordons médullaires arrivés dans la queue, s’y unissent si intimement, qu'il n’est plus possible de les distinguer; ils y forment six ganglions dontles cinq premiers fournissentchacun deux paires de nerfs. Le dernier en produit quatre qui se distribuent en rayons aux nageoires écailleuses qui terminent la queue. ? Dans les crabes, toute la partie antérieure du système nerveux est la même, mais les deux cordons œsophagiens se réunissent bien plus en arrière que dans les écrevisses. « Ils le sont dans le milieu du thorax, etlà commence une moelle médullaire figurée en anneau ovale, évidée dans son milieu et huit fois plus grande que le cerveau. C'est du pourtour de cet anneau que naissent les nerfs qui vont aux diverses parties : il fournit six nerfs de chaque côté pour les mâchoires et les cinq pattes, et ily en a un onzième ou impair qui vient de la partie postérieure, etse rend dans la queue. Il représente pour ainsi

dire le cordon noueux ordinaire; maisses ganglions,s'ilena,

né sont point visibles. Dans les pagures, le cordon nerveux est longitudinal comme dans les écrevisses; mais les ganglions de la partie correspondante à la queue, sont moins nombreux. Dans les squilles, il y a dix ganglions sans compter le cerveau : celui qui est à la réunion des deux cordons qui ont formé le collier, donne aux deux grandes serres et aux trois paires de pattes quilessuiventimmédiatement, et qui,danscesanimaux, sont presque rangées sur une ligne transversale : aussi ce ganglion est-il le plus long de tous. Chacune des trois paires suivantes a son ganglion particulier. Il y en a ensuite six dans la longueur de la queue qui distribuent leurs filets aux muscles épais de cette partie. Le cerveau donne immédiatement quatre troncs de chaque côté; savoir: l’optique , ceux des antennes et le cordon qui forme le collier; etcommelesantennessetrouvent ici plusen arrière que le cerveau , leurs nerfs se dirigent en arrière pour s'y rendre. ? |

« Dansle cloporte, les deux cordons qui composent la partie moyenne du système nerveux ne sont pas entièrement rapprochés. On les distingue bien dans toute leur étendue. Il y a neuf ganglions sans compter le cerveau; mais les deux premiers etles deux derniers sont si rapprochés, qu’on pourroit les réduire à sept. ?

Dans les entomostracés, le cerveau est souvent la seule partie qu’on puisse voir. Celui des apusest un petit globule transparent, situé sous l'intervalle des yeux. Le cordon médullaire est double et a un renflement à chacune des nombreuses articulations du corps; mais le tout estsi mince et si transparent, qu'on a peine à s'assurer de la véritable nature de cet organe. Les daphnies et les branchipes ontle cerveau apparent ainsi que les nerfs optiques dont on peut même observer les divisions.

Vue. Parmi les crustacés on pourroit sans doute distinguer plusieurs degrés relativement à la perfection de la vision. Certains d’entre eux, comme les crabes, et surtout les crabes terrestres, paroissent distinguer les objets à une distance assez

grande , tandis que d’autres semblent ne voir que de trés-prés: enfin quelques uns sont absolument privés d’yeux.

Les yeux de ces animaux sont, ainsi que nousl’avons dit, de deux sortes : les uns simples et les autres composés, et nous avons indiqué leur situation, leur nombre, leur combinaison entre eux, etc. Nous ne reviendrons pas ici sur ces considérations , et nous nous bornerons seulement à faire connoitre leur composition.

La petitesse des yeux simples ou stemmates n’a pas encore permis de les analyser anatomiquement d'une manière suffisante.

Quant aux yeux composés, ils sont mieux connus.Leur extérieur est ordinairement, ainsi que nous l’avons dit, divisé en une multitude de petites facettes hexagonales, lésèrement bombées, et qui sont autant de petites cornées particulières, dont la substance est très-transparente, et a plus d'épaisseur au milieu qu'aux bords. Leur surface interne est revêtue dansles yeux de la langouste, que, d’après M. de Blainville (1), nous prendrons pour exemple, & d’une espèce de pigmentumou de membrane noire vasculaire, qu'il faut regarder comme une véritable choroïde. En effet elle estévidemment percée au milieu de chaque petite cornée par un petit orifice qui doit être l’analogue de la pupille. De cet orifice part une petite production membraneuse en forme de tube extrêmement court qui s’applique sur un mamelon correspondant d’une masse considérable subgélatineuse, translucide, et qui est indubitablement l’analogue du cristallin ou de l'humeur vitrée. ? M. de Blainville n’a pu s'assurer si cette masse est partagée en autant de parties qu’il y a de petits tubes, par le prolongement de leur enveloppe trés-transparente ; mais il a bien reconnu que cette masse d'humeur vitrée, convexe d’un côtéet concave de l’autre, s'applique sur un gros ganglion ou renflement de l'extrémité

(1) Prinaires D'ANATOM. comr., tom. Î, pag. 43.

du nerfoptique, lequel ganglion lui a paru aussi offrir à sa surface autant de petites alvéoles, qu'il y a de petits tubes oculaires. M: Cuvier n'a pas trouvé dans les yeux de l’écrevisse tous les détails d'organisation que M. de Blainville annonce avoir observés dans la langouste. Selon lui & le nerf optique traverse le pédoncule oculaire par un canal cylindrique qui en occupe l’axe. Arrivé au centre de la convexité de l’œil, il forme un petit bouton d’où partent en tous sens des filets très-fins, qui rencontrent à quelque distance la membrane choroïde qui est à peu près concentrique à la cornée, etquienveloppe cette brosse sphérique de l’éxtrémité du nerf, comme le feroit un capuchon. Toute la distance entre cette choroïde et la cornée est occupée comme dans les insectes par des filetsblanchâtres, serrés, qui se rendent perpendiculairement de l’une à l’autre, et dont l’extrémité qui touche à la cornée est également enduite d’un vernis noir. Ces filets sont la continuation de ceux qu'a produits le bouton qui termine le nerf optique, et qui ont percé la choroïde. ? | | Les yeux des cloportes, des crevettes et autres isopodes ou amphipodes, Ut ds été examinés; mais ceux de certains entomostracés, tels que les daphnies et les branchipes, l’ont été par des observateurs exercés. Les daphnies, dans le premier moment de leur développement, paroïssent avoir deux yeux distincts ; mais, lorsqu'elles sont plus âgées, ces deux yeux se confondent en un seul. Swammerdam et Leuwenhoek regardent comme double l'œil unique de ces animaux à l’état adulte, tandis que Geoffroy, De Géer, Jurine et M. Straus, le considèrent comme simple. « Placé à la partie la plus antérieure de la tête, dit ce dernier naturaliste (1), cet œil unique estrecouvert par l'enveloppe générale, qui ne prend aucune modification à cet endroit. Sa forme est celle d’une sphère mobile sur son centre dans toutes les directions. Sa surface est EE (1) Mém. pu Mus. »'Hist. Nar., tom. V, pag. 395.

garnie d’une vingtaine de cristallins (aréoles, Jurine), parfaitement limpides, placés à de petites distances les uns des autres, ets’élevant en demi-sphère sur un fond noir qui forme la masse de l'œil; mais, isolés, ces cristallins se présentent sousune forme de poire, étant dans leursituation naturelle enchässés parleur petite extrémité dansle globe de l'œil, jusqu'’audela de la moitié de leur hauteur. La consistance de ces cristallins est celle de la corne fortement ramollie, s’écrasant facilement sous une foible pression. Leur surface est parfaitement unie, et ne laisse apercevoir aucun indice d’adhérence. La partie noire, lorsqu'on la divise, se présente sous la forme d’un amas de petits grains d’un brun noirâtre comme coagulés, liés par une substance filamenteuse (dont M. Straus n’a pu déterminer lanature). Tout cet ensemble est enveloppé par une membrane sphéroïdale, parfaitement transparente, s'appliquant immédiatement sur les cristallins, mais sans se mouler sur eux. Le ganglion terminal du nerf optique présente comme celui des crustacés décapodes un faisceau de petits nerfs, dont le nombre paroïit égal à celui des cristallins. Ces cristallins, étant dirigés dans tous les sens, forment par leur réunion un œil composé semblable à peu prés a celui des insectes, et paroissent constituer chacun, avec la partie du globe de l'œil qui s'y rapporte , un œil simple, indépendant des autres. L’enveloppe sphéroïdale générale peut être considérée comme étant une cornée commune à tous ces yeux simples. ? M. Straus présume que chacun de ces yeux simples est pourvu d'une rétine ou d’une choroïde.

Ce même système d'organese trouve encore dansleslyncées, les polyphèmes et les branchipes; mais dans ces derniers, l'œil composé est pédonculé et sa cornée générale est extérieure, au lieu d’être renfermée dans la tête.

Les yeux de plusieurs entomostracés sont mus par quatre muscles, qui, en agissant par paires ou isolément, les portent dans des directions trés-variées,

Ouie.llest certain que beaucoup de crustacés entendent; car le bruit produit une impression sensible sur eux. Néanmoins il est probable que ce sens est trés-oblitéré chez la plupart des entomostracés, et que chez les cloportesil se trouve au même degré que dans les insectes. Ce n’est que dans les crustacés décapodes macroures qu'on a découvert d’une manière à peu près certaine l'organe de l’ouie. Situé dans le têt, à la partie inférieure du premier article des antennes extérieures, il consiste, dans les écrevisses et les squilles, en une cavité percée dans l'épaisseur de ce têt, etrenfermantun petitsac ou vestibule cvale, formé par une membrane mince, de couleur blanche et remplie d’un fluide aqueux, dans lequel pénetre un nerf optique extrêmement fin. Son orifice extérieur est appliqué contre une membrane ronde, épaisse, blanche, qui bouche une ouverture de même forme, percée à la partie postérieure d’un tubercule de l’enveloppe crustacée , et qui est une sorte de tympan.

Dans les crabes et autres crustacés brachyures, on trouve à la base des antennes extérieures la même cavité du têt; mais

sa saillie extérieure est ou bien moins apparente, ou même nulle.

Cette saillie, ‘orsqu'’elle existe, est tout-à-fait pierreuse, et n’a point d'ouverture postérieure munie d’une membrane analogue au tympan.

Odorat, Ce sens, trés-fin dans les crustacés décapodes, paroit encore assez délicat dans plusieursisopodes. Son siége n’est pas plus connu chez ces animaux que chez lesinsectes, et l’on s'est servi des mêmes motifs pour avancer qu'il doit résider dans les antennes; c'est-a-dire qu'on a remarqué que la premiere paire de nerfs se rend dans ces appendices, comme la première paire de nerfs se porte dans les organes bien connus de l’olfaction dans les animaux vertébrés, et l’on a conclu l’analogie de fonction, de l’analogie de position.

Cette question reste encore néanmoirs totalement irrésolue;

car, si les antennessont les organes de l’odorat dans les insectes et les crustacés, où sont ceux des arachnides qui n'ont point d'antennes, et qui cependant paroissent percevoir aussi bien qu'eux les émanations odorantes ?

M. Duméril, adoptant la conjecture de Baster, a cherché à démontrer que le siége de l’odorat dans les insectes devoit se trouver dans les points par lesquels l’air nécessaire pour la respiration est introduit dans le corps, c’est-à-dire vers l'entrée des stigmates; mais où seroit placé ce siége dans les crustacés qui respirent par des branchies ?

M. Cuvier, dans ses Leçons d’Anatomie comparée, paroissant goûter le système de Baster et de M. Duméril relativement à la position des organes de l’odorat dansles insectes, ne dit rien de particulier aux crustacés. M. de Blainville, dansson dernier ouvrage, adopte comme la plus probable, l'opinion que les antennes sont le siége de l’odorat dans tous les animaux articulés, parce que, dit-il, elle se trouve d’accord avec plusieurs considérations à priori, et surtout avec la spécialité du système nerveux qu’il croit d'autant plus nécessaire que la fonction sensoriale l’est davantage elle-même. Il pense que dans les animaux invertébrés l'appareil de l’olfaction présente avec ce qui a lieu dansles animaux vertébrés, cette différence, que la peau plusou moins modifiée ne tapisse plus une cavité, une poche, logée dans le tissu même de la tête, mais qu’elle revêt l'extrémité d’appendices qui peuvent saillir plus ou moins au devant de l’animal, tels que des antennes etdes téntacules.

Des quatre antennes qui existent chez les crustacés, M. de Blainville paroïit croire que le siége de l’olfaction réside plutôt dans les deux intermédiaires que dans les deux extérieures.

Goût. Il n’est pas douteux que ce sens existe dans les crustacés, et il paroît vraisemblable que son siége est placé au commencement du canal intestinal, car on voit se rendre à cette partie quelques uns des filets nerveux que fournissent les deux

eordons qui entourent l’œsophage. Néanmoins on pourroit aussi le supposer dans les palpes flagelliformes quisontannexés au dos des pieds-mâchoires, ainsi qu’on l’a admis pendantlong-temps dans les palpes maxillaires et labiaux des insectes; mais ces palpes des crustacés ne sont nullement conformés pour percevoir les saveurs, et ce ne sont pas même des organes du tact : on ne doit les considérer que comme de véritables appendices de locomotion un peu modifiés, et qui tout au plus servent à diriger la proie vers les mâchoires.

Toucher. Le toucher semble être très-obtus dans la plupart des animaux de cette classe. Le nom de crustacés qu’on leur a donné indique assez que leur peau, siége ordinaire de cesens, est endurcie et changée enune véritable croûtesolide. Aucun de leurs appendices, c’est-à-dire , les palpes, les antennes, les pieds, ne paroït modifié pour le tact.

Il ya néanmoins quelques nuances qu’on pourroit admettre entre les divers crustacés, en raison de la solidité plus ou moins grande de leur têt: ainsi les crustacés décapodes brachyures et une partie des macroures ont leur enveloppe généralement plus épaisse , plus calcaire et plus solide que tous les autres; après eux viennent certains décapodes macroures comme les palæmons, les penées, etc., et les stomapodes dont le têt est flexible, corné, demi-transparent; enfin Les entomostracés des genres Apus et Branchipe, les plus mous de tous ces animaux, quiontune peau si fine qu’elle peut être dans toutesles parties du corps un organe de tact assez délicat. Les branchipes mâles ont à la tête deux appendices mous susceptibles de se rouler en spirale, comme une sorte de trompe, et qui peuvent être doués d’une grande sensibilité.

A une certaine époque de l’année , les crustacés, même les plus durs, perdent leur vieilleenveloppe, etsetrouventrevêtus d’un têt nouveau trés-mince et trés-flexible. Alors leur sensibilité est très-grande; et, de crainte d’être blessés par les attouchemens des corps extérieurs, ils restent cachés dans des

creux de rochersjusqu'à ceque leur peau nouvelle aitacquisuné# consistance sufisante pour les mettre à l'abri de ces accidens.

Plusieurs crustacés, tels que les pagures, ont dans tous les temps la partie postérieure de leur corps molle et sensible: aussilatiennent-ils toujoursrenfermée dansla cavité de quelques coquilles abandonnées par les mollusques qui les ont formées.

La peau dans les crustacés se compose de plusieurs couches superposées, ainsi que M. de Blainville l’a reconnu. Dans la langouste, il y a distingué, 1.” unepremière couche interne plus fibreuse que les autres, translucide, évidemment vivante, formant la lame intérieure des parties qui ne s’encroûtent pas; 2.° uneseconde couche plus cartilagineuse, de couleur opaline, un peu plus épaisse et appartenant encore aux parties membraneuses; 3.° une troisième couche encore plus épaisse, à üssu moins serré, dans laquelle se déposent les molécules calcaires qui donnent la solidité au têt; 4.° une dernière tout-àfait extérieure, composée de matière colorante ou de pigmentum et d’une couche épidermique.

Selon le même anatomiste, les trois dernières couches du derme pénètrent dans les tubercules du têt, etsurtout dans les piquans, jusqu’à une certaine distance de la pointe, où la troisième s'arrête, et alors on voit la substance épidermique plus forte et plus dure. Dansles antennes, la première couche est beaucoup plus mince; la seconde est au contraire bien plus épaisse ; la troisième est également assez épaisse, et la quatrième l’est davantage dans la partie inférieure de l'antenne où elle forme presque une membrane. Dans les crustacés, la membrane calcifére, et cela se voit surtout dans les pagures, est véritablsment indépendante de la peau; c’est une partie même du dermequis’encroûte, qui estsusceptible de renouvellement, et qui entraîne avec elle la couche tout-a-fait externe qui comprend la matière colorante. Lorsque ce derme endurci est tombé , ilse sépare du derme persistant et tendre, une nouvelle couche qui s’encroûte de même et tombe, C’est dans le

temps où l’ensemble de la peau est encore mou, que se dessinent sur la carapace des crabes, les différentes régions plus ou moins saillantes dont nous avons ci-dessus donné la description, et qui sont correspondantes aux viscères sous-jacens.

On a donné le nom de mues à ce renouvellement du têt des crustacés. Ces mues sont plus ou moins fréquentes selon l’âge des animaux, et le degré d’accroissement plus ou moins rapide qu’ils prennent.

Dans les crustacés décapodes, la mue a l'eu tous les ans vers le milieu du printemps. Réaumur a étudié celle des écrevisses de rivières, et c’est à lui qu’on doit tout ce que l’on sait sur la maniere dont cette opération a lieu. Lorsque les écrevisses veulent changer de peau, elles frottent leurs pattes les unes contre les autres, et se donnent de grands mouvemens. Plus tard elles gonflent leur corps d’une manière sensible, et le premier segment de la queue paroît plus écarté qu'à l'ordinaire du bord postérieur de la carapace ; la membrane qui les unit se brise, et le corps, avec sa nouvelle peau, paroit, Aprés un repos, ces crustacés s’agitent de nouveau : ils se gonflent et se soulèvent plus qu’ils ne l’ont fait d’abord ; la carapace s'élève , se détache, et ne reste plus adhérente que vers la bouche; bientôt aprés les yeux sont dégagés de leur vieille peau qui reste fixée à l’ancien têt, puis les antennes ainsi que les parties de la bouche, et ensuite la carapace est presque totalement séparée. Enfin, après divers mouvemens réitérés, les écrevisses dépouillent leurs pinces et leurs pattes dans un ordre indéterminé; puiselles quittent tout-à-fait leur carapace; et, étendant brusquement leur queue, elles se dégagent de toute l’ancienne enveloppe de celle-ci.

Aprés la mue, les écrevisses sont trés-molles, et restent dans un état de prostration de forces qui dure plusieurs jours, jusqu’à ce que la partie la plus extérieure du derme se remplisse de molécules calcaires qui lui redonnent de la solidité.

Dans les entomostracés, dont la croissance est beaucoup

plus rapide que celle des crustacés proprement dits, et pour lesquels la durée de la vie est fort courte, les mues sont trèss rapprochées. Ainsi M. de Jurine, ayant observé des daphnies depuisle moment de leur naissance jusqu'a celui de leur première ponte, dans un intervalle de dix-sept jours, a compté huit mues, qui étoient à peu près à deux jours d'intervalle entre elles, et il n’a pas suivi ces mues au-delà, parce qu'elles se succédent de la même manière, en été, jusqu’à la mort de l’animal. En hiver les mues sont bien retardées, etil n’est pas rare de les attendre pendant huit ou dix jours.

Les cypris, les apus, les branchipes, les lyncées, les limnadies, les polyphèmes ont des mues aussi trés-fréquentes.

Dans tous les crustacés et entomostracés, on remarque que la vieille peau se compose de toutes les parties principales et accessoires qui appartenoient à l’animal, et que souvent chaque épine ou chaque poil y est vide, et recouvre une autre épine ou un autre poil. L’analyse chimique de ce vieux têt démontre qu'il est formé de chaux carbonatée et de chaux phosphatée unie à la gélatine en diverses proportions, qui sont relatives en général à la solidité de ce têt. On remarque aussi que le principe colorant du têt est décomposable par l’action de l’eau bouillante, et passe au rouge plus ou moins vif.

Nurarrion. La plupart des crustacés se nourrissent de matières solides, et ordinairement de matières animales, plus ou moins en état de décémposition. Il en est cependant quelques uns qui vivent de liquides qu'ils sucent, sur les animaux auxquels ils sont fixés.

Les premiers sont tous pourvus d’une bouche plus ou moins compliquée et coniposée, ainsi que nous l'avons vu ( pag. 11), d’une lèvre supérieure médiane sans lèvre inférieure proprement dite, et d'un nombre variable d'organes broyeurs ou masticateurs, se mouvant latéralement, et destinés à la trituration des alimens. LEs autres ont plusieurs parties réunies de

façon à former une sorte de bec ou de suçoir.

Ayant décrit les organes buccaux avec quelque détail, en {raitant de la structure extérieure des crustacés, nous nous dispenserons d’en parler denouveau.Nousnousoccuperonsseulement ici des organes de la nutrition proprement dits.

Le canal intestinal est généralement court et droit, et il présente souvent dans son trajet une dilatation remarquable, qui est l'estomac; mais aussi quelquefois cet estomac n’est apparent que par un léger renflement de ce canal.

Celui des crustacés décapodes brachyures, ou macroures (pl. 1, fig. 2 et 4), placé au-dessus et un peu en avant de la bouche, occupe sous la partie antérieure de la carapace un espace considérable. IL est très-vaste, membraneux, et ses parois sont soutenues par des arceaux cartilagineux , assez compliqués , qui les tiennent écartées , même lorsqu'il ne renferme rien. Sa figure est celle d’un trapèze dont les angles sont arrondis en forme de lobes, et dont les deux grands sont antérieurs (fig. 2, a). & Dans le milieu de la paroi supérieure, dit M. Cuvier (Anat. comp., tom. 4, pag. 126), se trouve une arête cartilagineuse transverse, qui porte en dedans une première dent , ou plaque csseuse, oblongue, collée à sa face interne , se dirigeant vers le pylore, et se terminant en arrière par un tubercule. Sur cette extrémité postérieure s’articule une seconde arête dirigée en arrière, bifurquée en Ÿ, et sur chacune des branches latérales de celle-ci , s’en articule une autre qui revient en avant et en dehors gagner l'extrémité latérale de la première arête. C’estsur ces deux arêtes latérales que sont portées les plus grandes dents pyloriques : elles sont solides, oblongues, ont une couronne plate, sillonnée en travers , etdontles inégalités et lessillons varient selon les espèces, Du point de réunion de l’arête transverse et de la latérale de chaque côté, en part une autre latérale qui va plus bas que la premiére, et porte à son extrémité une dent latérale plus petite que la précédente, placée un peu en avant et au-dessous de son extrémité antérieure, et hérissée de trois ou de

cinq petites pointes aiguës et recourbées. ? Ces deux petites dents, selon M. Cuvier, saisissent la nourriture qui vient de la bouche , et la portent entre les deux grandes dents à couronne plate , qui la broiert entre elles et contre la premitre plaque impaire dont il a été fait mention. Prés du pylore une saillie charnue et ovale se trouve en arrière des grosses dents , dans l'intervalle qui les sépare, et le pylore lui-même est partagé en deux demi-canaux, par une crête moyenne. L’estomac ases muscles propres, et aussi des muscles extrinsèques (fig. 2,ii) qui s'attachent aux parties voisines du thorax, et qui servent avec les premiers à mouvoir l'appareil des cinq dents qui garnissent le pylore.

A l’époque où les écrevisses sont prêtes à muer, on trouve appliquée en dedans de l'estomac et de chaque côté une pierre calcaire ronde, aplatie, blanche , à couches concentriques. Ces pierres paroissent destinées à fournir la matière, ou une partie de la matière calcaire du nouveau têt; car elles diminuent de grosseur dés le lendemain de la mue, etse fondent totalement à mesure que l’enveloppe nouvelle prend de la consistance. Il y a lieu de croire que ces corps, qu’on désigne vulgairement sous le nom d’yeux d’écrevisses , et auxquels on a attribué des propriétés imaginaires , se retrouvent dans tous les crustacés proprement dits, et notamment dans ‘ceux qui ont le têt très-solide.

Dansles squilles , l’estomacest petit, en prismetriangulaire, membraneux et garni, de chaque côté de son extrémité postérieure, d’une rangée de petites dents pointues.

Les cloportesont la partie antérieure de leur canal seulement un peu plus grosse que le reste, et ce renflement représente l'estomac.

Chez les daphnies, la portion du canal intestinal , à laquelle on peut donner le nom d’estomac, estaussi simplement plus renflée, et d’un diamètre plus considérable que le reste du tube. Son pylore n’est pas distinct, et le cardia seul est bien appa-

rent par la différence de volume de l’œsophage. Deux vaisseaux aveugles, assez courts et gros, qui aboutissent à cet estomac , ont été considérés par quelques naturalistes comme étant des cœcums, et par d’autres comme remplaçant le foie.

À la suite de l’estomac, le canal intestinal va assez directement se rendre à l’anus, aprés avoir suivi le mouv-ment général du corps. Son diamètre , à peu près égal dans toute sa longueur, est quelquefois trés-peu considérable. Tantôt, comme dans les crustacés décapodes, il présente vers son milieu un bourrelet , en dedans duquel est une forte valvule, et d’où part un trés-long cœcum; tantôt, comme dans les entomostracés , il n’a aucune trace de ces parties. Enfin sa terminaison est toujours située sur la face inférieure du dernier segment de la queue ou de l’abdomen.

Le foie est un organe très-volumineux, surtout à certaines époques de l’année, dans les crabes, les écrevisses et autres crustacés décapodes. Il est placé à la face inférieure du corps, c'est-à-dire en dessous de l’estomac, du cœur et des organes préparateurs de la génération , et dans les pagures il remplit de plus toute la base de la queue. Sa forme générale est indéterminée, car il n’est pas compris dans une enveloppe membraneuse propre, telle qu’en ont les glandes conglomérées des animaux vertébrés. Il se compose d’une multitude innombrable de petits cæœcums entremélés, de couleur jaune. dont les parois paroissent spongieuses, et qui contiennent une humeur (la bile) brune et amère. Leur communication avec le canal intestinal par des vaisseaux hépatiques, n’a pas encore été indiquée; mais il y a lieu de croire qu’elle existe, non loin de l'estomac , si ce n’est dans l’estomac même. Ce foie est ce que l’on nomme vulgairement la farce dans les crabes et les écrevisses.

Dans les squilles, le foie , solide et trèés-semblable à une glande conglomérée , est divisé par lobes, et ces lobes sont rangés des deux côtés de toute la longueur du canal intestinal,

Dans les limules, le foie verse la bile dans l'intestin par deux canaux de chaque côté. ñ

Dans les cloportes, on remarque seulement tout prés de l’œsophage quatre gros vaisseaux aveugles, flottans, ondulés, de couleur jaune , tout-à-fait semblables aux vaisseaux considérés comme hépatiques dans les insectes.

Enfin, dans les entomostracés, on ne pourroit admettre comme organes analogues au foie que les deux petits vaisseaux qui aboutissent à la partie antérieure de l'estomac des daphnies, et dont nous avons fait mention ci-dessus.

On ne connoît aucun organe analogue au pancréas dans les

crustacés. Il seroit néanmoins possible que ce viscère se trouyât remplacé par le cæœcum dont nous avons parlé plus haut, qui n’admet pas d’alimens en digestion dans son intérieur, et qui pourroit être une glande destinée à verser une liqueur particulière dans le canal intestinal.

I n’y a point de péritoine; l’estomac est maintenu, ainsi que nous l’avons vu, par des muscles particuliers; mais le canal intestinal ne l’est que par les vaisseaux et par la compression des parties environnantes.

Crreucarion. Les crustacés diffèrent éminemment des insectes, parce qu'ils sont pourvus d’un cœur et de vaisseaux qui manquent chez ces derniers, où l’on a observé seulement un long canal dorsal, sans issues connues, et rempli d’un fluide limpide.

Le cœur est placé, dans les crustacés décapodes, à peu prés vers le milieu du corps proprement dit, en arrière de l’estomac, et d’une partie des organes préparateurs de la génération, et entre les branchies. Il est logé dans une sorte de cavité, entourée par les cloisons solides auxquelles sont attachés les muscles de la base des pattes, et dont l'ensemble forme deux arcs-boutans, l’un a droite, l’autre à gauche, quisoutiennent le dessus du têt dans les points où l’on voit en dehors deux petites impressions longitudinales sur celui-ci. Sa forme est ovale, un

peu déprimée, sa couleur est blanchàtre, et ses parois demitransparentes ont assez d'épaisseur.Ses mouvemensde dilatation et de contraction sont trés-sensibles, et en général assez lents. il n’a point d’oreillettes, et l’on ne trouve point de valvules dans son intérieur.

Ce cœur, parses contractions, distribue la lymphe aux branchies à l’aide d'autant de vaisseaux qu’il y a de paquets de lames branchiales , et ces vaisseaux partent tous, d’un ou de deux troncs principaux. La lymphe qui a respiré sort des branchies par un nombre égal de vaisseaux qui vontse réunir dans un canal ventral situé au-dessous de l'intestin, et ce canal la distribue à tout le corps d’où elle revient au cœur, par une grosse veine cave.

Ainsi la circulation est double, le cœur devant être considéré comme le ventricule pulmonaire, et le canal ventral, comme le ventricule aortique.

Dans les squilles, le cœur s’alonge en un gros vaisseau fibreux qui règne non seulement dansle dos, mais encore tout le long de la partie supérieure de la queue.

Celui des petits entomostracés, tels que les daphnies, les lyncées, les limnadies, est petit, globuleux, situé prés du dos en déssus du canal intestinal, et l’on voit trés-bien ses contractions. ;

Dans le limule, c’est un gros vaisseau garni en dedans de colonnes charnues, régnant le long du dos, et donnant, comme celui des squilles, des branches des deux côtés.

Enfin, chez les branchines, on voit depuis la tête jusque près de la fin de l’avant-dernier article de la queue un organe brillant, parfaitement diaphane, qui se compose d’une suite d’utricules en nombre correspondant à ceiui des anneaux du corps (18 ou 19), lesquels se rétrécissent et s’élargissent successivement avec beaucoup de vitesse par des mouvemens qu'on peut comparer à ceux de systole et de diastole. Cet oxgane est fort comparable au vaisseau dorsal des insectes.

ex?

ca

Resrinarion. La respiration est une fonction trés-active chez les crustacés : aussi beaucoup d’entre eux présentent -ils une rapidité de mouvement remarquable. Les organes en sont volumineux.et de deux espèces, des branchies ou des lames branchiales, et des sortes de sacs aériens.

Les branchies sont tantôt cachées, tantôt visibles: souvent elles sont situées sur les côtés du corps, mais souvent aussi sur l'extrémité postérieure de sa face inférieure. Presque constamment elles sont annexées à la base des pattes ambulatoires, ou à celle des parties de la bouche les plus extérieures ; mais aussi, dans plusieurs cas, elles constituent à elles seules des pattes qui servent en même temps à la locomotion et à la respiration.

Dans les crustacés décapodes brachyures, elles sont placées à la racine des pieds , sous le rebord latéral et inférieur de la carapace: elles reposent sur deux tables solides, obliques, de l'intérieur du corps, qui servent à fermer supérieurement les loges où sent fixés les premiers muscles des pattes. L’eau peut pénétrer jusqu'a elles par une fente qui se trouve en arricre de ce bord de la carapace, et sortir par une ouverture antérieure située près de la bouche. Dans un genre, celui des dorippes, cette ouvYrture antérieure, percée dans le corps même de la carapace, est très-remarquable. Ces branchies ont chacune la forme d’une pyramide triangulaire, alongée, attachée par sa base seulement, et dont la pointe est dirigée en haut et en dedans. Elles se composent d’une tige de nature cartilagineuse, supportant de nombreuses lames molles et membraneuses, séparées en deux masses longitudinales, par un sillon médian , et empiléesles unes sur les autres perpendiculairement a l'axe de la tige qui les soutient. Dans le sillon se trouvent deux gros vaisseaux, l’un veineux, l’autre artériel, qui distribuent leurs branches à l'infini sur la surface des lames membraneuses et doubles des branchies, de manière à ce que la lymphe y reçoive l'impression de l'air respirable mêlé dans l’eau.

FONCTIONS DES CRUSTACÉSe 53

Ces branchies sont au nombre de sept de chaque côté, cinq dépendant des pattes proprement dites, et deux des premier et second pieds-màchoires. Elles sont continuellement frottées par deux longues lames minces, cartilagineuses et flexibles, attachées prés de la base des mâchoires, l’une en dessus, l’autre en dessous de ces organes, et qui paroïissent avoir pour fonction, ainsi que M. Cuvier le présume, d’exprimer l’eau qui a servi a la respiration, des intervalles des feuillets des branchies, afin d’en laisser rentrer de nouvelle.

Les branchies des crustacés décapodes macroures diffèrent de celles des crustacés brachyures, en ce que les feuillets ou lames respiratoires sont remplacés par des filamens cylindriques assez courts et disposés en houppes, lesquels ont chacun une veine et une artère. Elles sont aussi bien plus 1ombreuses, puisqu'on en compte vingt-deux de chaque côté, divisées en cinq groupes principaux de quatre chacun, correspondant à la base des quatre premières pattes et des pieds-mâchoires extérieurs : de plus une branchie isolée se trouve placée tout-a-fait en avant, et fixée au second piedmachoire, tandis qu’une autre aussi isolée correspond à la derniére ou cinquième patte. Ces branchies sont comprimées par des lames alongées cartilagireuses, mobiles, attachées chacune à la base de chaque patte, de façon à en exprimer l'eau. Ces lames séparent les groupes de branchies ; et, dans chaque groupe, il y a une de ces branchies, la plus extérieure, qui est fixée à la base de la lame, et mobile comme elle; tandis que les autres sont adhérentes au corps même, et n’ont pas de mouvement propre. Deux pareilles lames, sans branchies à leur base, sont attachées au pied-màchoire le plus antérieur , et à la dernière mâchoire proprement dite.

Le têt de ces crustacés offre aussi une ouverture antérieure, au-dessous de son bord, etde chaque côté de la bouche, pour la sortie de l’eau.

Dansles squilles les branchies sont visibles, et peuvent servir

au mouvement. Elles sont situées sous le corps eten arrière, au nombre de cinq paires annexées à des nageoires courtes, divisées en deux lobes et formées de lames membraneuses ciliées sur leurs bords. C’est à la racine du lobe extérieur de ces nageoires, et à son bord interne que tient la branchie qui est trés-compliquée, mais qui ressemble au premier aperçu à un gros pinceau. M. Cuvier qui a le premier bien observé cet organe, le décrit ainsi (1):« La branchie est formée d’abord d’un pédoncule conique composé de deux vaisseaux. Il en part une rangée de tubes cylindriques qui vont en décroissant de la base de ce pédoncule à sa pointe, et ressemblent à un jeu d'orgue; chacun d’eux se courbe, et forme une longue queue conique et flexible, qui porte elle-même une rangée irés-nombreuse de longs filamens flottans comme des cordes de fouet; chaque filament contient deux vaisseaux, chaque queue et chaque tube aussi, tout comme le pédoncule général. Ces branchies flottent dans l’eau , se meuvent comme les nageoires, et sont même battues entre les deux lobes de celles-ci. ?

Les crustacés amphipodes (les crevettes) sont pourvus d’appendices vésiculeux placés à la base intérieure des pieds, à l'exception de celle de la paire antérieure , et qu’on a considérés comme des branchies. Parmi les isopodes, les uns, tels que les leptomères, les protons, les chevrolles et les cyames, n’ont pour organes respiratoires apparens, ou présumés tels, que des corps vésiculaires trés-mous, tantôt au nombre de six, et situés de chaque côté sur les second , troisième et quatrième segmeuns, à la base extérieure des pieds qui y sont attachés; tantôt aunombre de quatre, etannexésàautantde pattes vraies ou fausses du second et du troisième segment, ou à leur place, si ces segmens sont absolument dépourvus d'organes locomotiles. Lesautres, telsquelestyphis, lesancées, les pranizes, les apseudes

(1) Anar, comr., tom. IV, pag. 435.

FONCTIONS DES CRUSTACÉS, 6x

etles jones, ont des branchies sousla queue, toujours nues, et en forme de tiges plusou moins compliquées. D'’autresenfin, telsque les cymothoés, les aselles, les cloportes, etc., ont des branchies sous la queue, soit libres et en forme d’écailles vasculaires ou de bourses membraneuses, tantôt nues, tantôt recouvertes par des lames ; soit renfermées dans des écailles à recouvrement : parmi ceux-ci se trouvent les crustacés qui ne peuvent respirer que l'air en nature. Ces différences dans le mode de respiration ont fourni à M. Latreille les motifs de la division qu'il a faite des isopodesentroissections,celles des cystibranches ou Iæmodipodes, des phytibranches et des ptérygibranches.

La sous-classe des entomostracés présente des variations trèsnombreuses sous le rapport des organes respiratoires. Les limules ont sous la seconde partie de leur têt, cinq grandes lames transverses ou pieds-nageoires unis par leur base, et portant à leur face postérieure un grand nombre de feuillets fins, empilés, qui sont les branchies. De pareilles lames se remarquent sous la seconde partie du corps des caliges, et vraisemblablement recouvrent aussi des feuillets branchiaux. Les daphnies ont leurs dix pattes composées de plusieurs articles raccourcis, et les huit dernières sont pourvues, parmi ces articles, d’une lame membraneuse, ciliée sur ses bords, et qui sert à la respiration. Dans les cypris on a cru long-temps que les organes de cette fonction résidoient dans les soies qui terminent les antennes et les pattes; mais M. Straus a prouvé qu'ils étoient en forme de lames pectinées, annexés à la base des deux paires de mâchoires. Enfin, dans les apus, les branchipes et leslimnadies, ils consistent dans plusieurs des feuillets membraneux, dont l’ensemble compose les pattes natatoires de ces animaux. Le nom de branchiopodes qui leur a été particulièrement attribué, est tiré de l'alliance qu’en a remarquée chez eux des organes du mouvement et des organes de la respiration.

GénérATION. Dansle plus grand nombre des crustacés, la géné-

ration est bien connue, et l’on sait que les sexes sont distincts; mais dans quelques uns on n'a pu encore découvrir le sexe mâle : tous les individus qu’on a observés parmi ces derniers, pondent des œufs d’où proviennent des animaux semblables à eux, et qui ponäent également, sans accouplement préalable.

Des organes de la génération. Les crustacés décapodes brachyures et macroures, les stomapodes, les isopodes et les amphipodes, sont ceux dont les sexes sont bien connus, et chez lesquels, à cause de leur taille, on en a bien pu étudier les organes.

Dans les crabes, les écrevisses et les crustacés des deux familles où ces animaux sont rangés, on distingue trés-bien les parties extérieures de la génération, et l’on trouve sans peine dans l’intérieur du Corps les organes préparateurs de cette fonction. Ces derniers se voient lorsque l’on a enlevé la carapace, sur les côtés et en avant du cœur, et ils sont surtout apparens à l'époque de l’accouplement ou à celle de la ponte.

Les mâles ont deux verges, qui sortent tout-à-fait à l’arriére du thorax, ou du corps proprement dit, derrière la cinquième paire de pieds. Elles sont protégées, chacune, par une pièce cornée, pointue, tubuleuse, fendue en long, dans le canal de laquelle elles se trouvent; et cette pièce sert à leur introduction dans les vulves de la femelle. A la base de chacune de ces verges vient aboutir un canal déférent, trés-sinueux, dont l’autre extrémité, plus fine que celle:ci, est tellement entortillée qu’elle a l'apparence d’une glande conglomérée. C’est la masse formée par cette extrémité qui est placée aux environs et en avant du cœur, à côté de la masse correspondante , à laquelle néanmoins elle n’est pas adhérente. Les écrevisses différent des crabes en ce que cette masse a l’apparence d’un testicule glanduleux, blanchâtre, à six lobes, et ne paroit pas composée d’un seul filet, mince et très-entortillé, telle qu’elle est dans ces derniers crustacés.

Les deux vulves des femelles sont situées, dans les crustacés brachyures femelles, sur la troisième pièce sternale ou celle qui correspond aux pieds de la troisième paire, et dans les crustacés macroures, on les trouve à la base même des pattes de la troisième paire, sur la face inférieure du premier article de ces pattes. À ces vulves aboutissent des canaux ou oviductus, peulongs, et contournés, qui, dansleurextrémitéopposée ,sont enroulés comme les canaux déférens des mâles, et coustituent les ovaires, lesquels forment deux masses et sont situés aux environs et en avant du cœur.

Certains individus du genre des squilles , qu’on présume être des mâles, ont prés de l’origine interne de chacune des deux dernières pattes ambulatoires, un petit appendice crustacé, filiforme , arqué, non articulé, que l’on présume être une dépendance de l’organe copulateur du mâle.

D'apres la disposition des parties externes de la génération, dans les crustacés décapodes, dont il vient d’être fait mention, on conçoit que l’accouplement entre ces animaux doit avoir lieu ventre à ventre, et c'est ce que l’on observe en effet.

Les amphipodes, dont les organes de la génération ne sont pas bien connus, s’'accouplent à la maniere des insectes, le mâle étant placé sur le dos de la femelle. Quelquesisopodes, chez lesquels on a pu observer les organes sexuels du mâle, lesont doubles et placés sous les premiers feuillets de la queue , où ils s’'anroncent par des filets et des crochets.

Les entomostracéssont les seuls animaux de cette classe parmi lesquels on en trouve dont les sexes ne sont pas distincts. Dans les limules néanmoins ils sont encore séparés; car une grande partie du têt de ces anirnaux est remplie chez les uns par des ovaires, et chez les autres par des organes qu’on peut comparer aux canaux déférens, et aux testicules des crabes et des écrevisses. Les argules mâles, selon l'observation de M.Jurine fils, ont deux verges, situées chacune sur le bord antérieur du premier article des pattes natatoires de la quatrième paire, et

pourvues à leur base d’une petite vésicule, qui paroit contenir le fluide fécondant, et remplir conséquemment la fonction d’un canal déférent ou d’une vésicule séminale : l'organe de la femelle est unique, placé entre les pattes de la derniere paire, et communiqueavec une matrice située dans l'abdomen au-dessus du canal alimentaire, par l'intermédiaire d’un oviductus très-court et droit. Dans ces animaux l’accouplement se fait par l'introduction de l’un ou l’autre pénis du mâle, et quelquefois des deux , mais successivement.

Les caliges ont à la partie postérieure de leur corps deux filets cylindriques plus ou moinslongs, divisés en une multitude de petites articulations, et qu’on a considérés comme des ovaires extérieurs (mais quelquefois aussi comme des organes respiratoires). Les branchipes ont des sexes séparés, et dans leur genre, les màles sontfaciles à distinguer des femellesparles serres en forme de pinces etles tentacules préhensiles dontleur tête est munie, et quiont pour fonction de servir à fixer la femelle dans l’accouplement : chez ces crustacés les parties extérieures de la génération du mâle et l'organe de la ponte de la femelle, placés immédiatement au-dessous du corps, sont soutenus par le premier etle second anneau de la queue; ilssont trés-apparens, et encore plus chez la femelleque chezle mâle. C’est dans les deux sexes un corps conoïde qui s’'avance en dehors; celui du mäàle est obtus et paroit double et bifide; celui de la femelle s'ouvre par la pointe, et, chez elle, cet organe est celui de la ponte, et non celui de l’accouplement. La vraie vulve, destinée à recevoir l'organe du mâle, est si: tuée tout-a-fait à l'extrémité de la queue, et elle communique avec deux sacs en forme d’intestins, longs, étroits, sinueux ; qui remontent dans la queue jusqu’au premier anneau, point où se trouve le corps conoïde extérieur, servant à la ponte. Ces canaux sont les ovaires, et le corps dont il vient d’être parlé est une matrice extérieure où les œufs sont déposés, et augmentent de volume avant d'être pondus. Souvent très-

gonflée par les œufs , cette matrice a l'apparence d’un sac membraneux, vert, qui pend sous le corps de l’animal. Les organes préparateurs mâles consistent en deux grands sacs ou tubes recourbés, irréguliers, intestiniformes,; dont les parties antérieures, qui sont les plus amples, occupent, repliées sur ellesmêmes, le milieu de l’organe extérieur, et dont les parties postérieures, régnant le long de la queue, vont se terminer en arriére à l’avant-dernier anneau. Dans l’accouplement le mâle, nageant au-dessus de la femelle, la saisitavec les pinces qui garnissent sa tête, et la force à replier sa queue en dessus, jusqu'à ce que sa vulve se trouve placée vis-à-vis du pénis, dont l'intromission a lieu alors.

Tousles individus dans le genre des apus semblent conformés de la même façon, et paroïssent femelles, s’ils ne sont hermaphrodites. On ne les a jamais trouvés accouplés : tous portent sur chacun des pieds de la onzième paire une capsule à deux valves, renfermant les œufs qui sont d’un beau rouge. Les limnadies paroissent offrir le même mode de génération.

Dans les daphnies il y a des femelles et des màles: mais ceux-ci sont infiniment plus rares , et ne paroissent exister, comme les mâles des pucerons, qu’a une certaine époque de l’année : un accouplement dans ces entomostracés suflit, encore comme chez les pucerons, pour la création de sept à huit générations de femelles qui se développent successivement. Les organes de la génération dans la femelle consistent en deux ovaires dont la forme est celle de vaisseaux, et qui s'étendent de chaque côté de l'abdomen depuis ie premier segment jusqu’au sixième, où ils s’ouvrent séparément sur le dos de l’animal, dans un espace vide que les valves de la coquille ménagent, lequel a été considéré comme une matrice, et dont la fonction est de conserver les œufs aprés la ponte jusqu’à l'entier développement des petits. Les organes d’accouplement du mâle ne sont point connus, et, suivant l'observation de M. Straus, il paroît qu’ils n’existent pas. La liqueur sémi-

nale seroit seulement lancée dans l'intervalle qui sépare la co< quille du dos de la femelle , et iroit ainsi retrouver les issues des ovaires, placées très-haut sur ce dos. Quoi qu’il en soit, les imâles dans ces entomostracés sont faciles a distinguer à leurs grandes antennes, et on les voit quelquefois accrochés aux femelles, à l'aide de certains crochets de leurs pattes antérieures, qu'on a regardés long-temps comme étant leurs organes de reproduction.

Les mâles des cypris ne sont pas connus , et Ledermuiler est le seul observateur qui ait fait mention de l’accouplement de ces animaux, fous ceux que M. Straus a soumis à la lentille du microscope étoient femelles. Leurs ovaires sont trésconsidérables, en forme de deux gros vaisseaux simples, coniques, terminés en cul-de-sac à leur extrémité, placés extérieurement sur les côtés de la partie postérieure du corps, et s'ouvrant l'un à côté de l’autre dans la partie antérieure de l'abdomen , où ils communiquent avec le canal formé par la queue. Les cypris sont-elles hermaphrodites et obligées à une fécondation réciproque? ou bien les mâles ne se trouvent-ils qu'à une certaine époque de l’année? c’est ce qu'il est impossible d’affirmer dans l’état actuel de nos connoissances. Si cependant ces animaux étoient hermaphrodites, M. Straus pense qu’on pourroit considérer chez eux, comme organes préparateurs mâles, deux vaisseaux aveugles trés-courts, remplis d’une substance gélatineuse , et qui sont situés au-dessus des mandibules ; mais, d'une autre part, ces mêmes vaisseaux pourroient aussi être pris pour des glandes salivaires, s'ils communiquoient avec l’œsophage, comme M. Straus le soupçonne. ’

Enfin, dans les cyclopes, les sexes sont séparés, et l’on voit au temps de la ponte chez les femelles deux sacs vésiculeux ou ovaires extérieurs, situés à la base de la queue , et qui sont en tout analogues à celui que l’on trouve unique chez les femelles des branchipes. Dans l’intérieur du corps est de chaque

côté du canal intestinal un ovaire en forme de vaisseau , semblable à ceux des daphnies , et qui communique avec les ovaires extérieurs. Chez les mâles le second anneau de la queue porte en dessous deux corps ovales, assez éloignés l'un de l’autre, et qui paroissent donner naissance à deux petits organes, que M. de Jurine père présume être ceux de la génération. Chacun d’eux est composé de trois anneaux qui diminuent de grosseur; le second fournit deux à trois filets, et le troisième se termine en pointe.

Des produits de la génération. Les crustacés sont ovipares, ou ovovivipares. Les œufs qu’ils pondent ont une enveioppe cornée, assez solide, etordinairement transparente, à travers laquelle on peut quelquefois apercevoir le germe. Ces œufs, sécrétés dans deux conduits aveugles qui prennent dans leur fond le nom d'ovaire, et, dans leur portion la plus externe, celui d’oviductus, sont petits, souvent très-nombreux, de forme sphérique ou ovale, et présentent, selon les espèces, des couleurs trés-variées.

Après leur sortie du corps, ils sont ordinairement portés pendant un temps plus ou moins long par les femelles, tantôt sous leur queue, attachés par des filamens résultans du desséchement de la viscosité qui les enduit, à des appendices particuliers qui ont reçu le nom de fausses pattes, comme cela a lieu chez les crabes et les écrevisses ; tantôt entre les feuillets, à la base desquels sont fixées les branchies comme dans certains isopodes; tantôt enfin dans une enveloppe membraneuse extérieure , formant un ovaire ou une matrice externe, comme chez les cyclopes et les branchipes, ou dans une cavité dorsale comme chezles daphnies etles lyncées.

Dans certains genres ils éclosent encore contenus dans le corps de l'animal, ou dans la cavité dorsale de dépôt dont il vient d’être fait mention, ainsi qu'on le remarque chez les argules et les daphnies, qui, à cause de cela, sont distingués des autres crustacés comme étant ovovivipares.

Les petits quisortent des œufs sont dans la généralité des crus: tacés, semblables en tout à leurs parens; maïs quelquefois ils en différent tellement, qu'ils ont été d’abord considérés comme appartenant à des genres particuliers, ainsi qu’on l’observe dans lescyclopes, dont les petits, à différens âges,ontéténommés amymones et nauplies, dans les argules et dans les branchipes,

Ces œufs, dans une même espèce, sont quelquefois de deux sortes, selon les saisons. Ainsi les œufs ordinaires des daphnies sont abondans et nus, tandis que ceux qui doivent passer l'hiver au fond de la vase sont expulsés au nombre de deux, chacun renfermés dans une capsule à double enveloppe, et entourés en sus de la dépouille membraneuse de la cavité dorsale où ils ont été déposés d’abord; cavité dont la paroi, s'épaississant et s’obscurcissant alors, a paru à quelques observateurs atteinte d’une maladie particulière qu'ils ont désignée sous les noms d’ephippium ou de selle.

Le développement des œufs est plus ou moins prompt, selon la durée de la vie des espèces auxquelles ils appartiennent; et la rapidité de leur propagation. Nous venous de voir que dans certains genres ils éclosent dans le corps même de la mère; dans d’autresils paroissent grossir après la ponte, avant de donner naissance aux petits, et restent dans cet état plusieurs jours. Enfin il en est, tels que ceux desapus, qui semblent pouvoir se conserver desséchés pendant de longues années , sans que le germe qu’ils renferment éprouve d’altération ; car, sans cette supposition, on ne pourroit, à moins qu’on n'ait recours à la théorie de la génération spontanée, expliquer l’apparition subite, et par myriades, aprés de fortes pluies, de ces crustacés aquatiques, mollasses, dépourvus de tout moyen de transport, dans des lieux où, de mémoire d'homme, on n’en avoit remarqué.

Reproduction des membres. Les écrevisses et les crabes sont sujets à perdre leurs pattes qui se détachent avec la plus grande facilité dans les joints des articulations, Peu après l’ar-

sachement du membre une pellicule rougeàtre se forme sur les. chairs mises à nu; quelques jours plus tard, cette pellicule prend une surface un peu convexe, s’alonge, devient conique, grandit encore, et se fendant, laisse voir un corps mou, qui estexactement composé des parties qui manquent au membre, mais à proportion plus petites que celles qui restent. Bientôt ces parties nouvelles acquièrent de la consistance, et ce n’est qu’apres plusieurs mues qu’elles reprennent leur volume primitif. L'examen le plus attentif n’a pu faire connoîtrela prédisposition des articulations des membres, qui peuvent, ainsi que les antennes, et les pieds-màchoires extérieurs, se reproduire en tout ou en partie. On a remarqué seulement que cette reproduction n’a pas lieu lorsque le membre est rompu entre deux jointures, et même l’on a observé que, lorsque ce cas arrive, les crustacés arrachent eux-mêmes le moignon restant, afin d’avoir une rupture dans le joint, où la nouvelle partie peut se former.

Page 1