‹ Consolations à ceux qui pleurent au Trésor des malades [microforme]Chapitre 11 sur 89 · S II —L’'AME · texte numérisé non relu

S II —L’'AME

Miseremini mei, miseremin

meî saltem vos, amici mei!

Ayez pitié, ayez pitié de moi,

vous au moins, mes amis | (Job, x1x, 21.)

Nous parlerons aujourd’hui du devoir sacré de la prière pour les morts; ce ne sera pas trop assurément d’une leçon sur un sujet si important. La voix, les gémissements de ces âmes bien-aimées, ne peuvent se faire entendre à nous. Je vais essayer de plaider leur cause, et j'espère toucher les cœurs. Trois pensées feront le partage de cette leçon.

1o Nous pouvons soulager les âmes souffrantes.

. 2 Nous le devons.

#° Moyens de les soulager,

I. Nous pouvons, par nos prières et nos larmes, soulager, délivrer les âmes qui souffrent dans le purgatoirc: c’est une vérité de Foi ; vérité sainte et sublime, parfaitement conforme d’ailleurs à la raison.

Mais il ne peut être question pour nous de prouver ce dogme sacré : nous devons seulement ie rappeler, et, pour cela, il suffit de eiter la parole du saint concile de Trente :

Si quis negaverit purgatorium esse. antmasque bi detentas, fidelium suffragiis posse juvari…… sit anathema !... “ &i quelqu'un ose nier qu'il y ait un purgatoire. et que les âmes qui y sont détenues peuvent être soulagées par la prière des fidèles. qu'il soit anathème!”” Ah! je comprends bien que l’orgueil puisse entrafner uu esprit à repousser cette belle foi au purgatoire, mais un cœur, un cœur de mère surtout qui refuserait d'admettre ce dogme, ct de prier pour ce qu il aime, je ne le concevrais pas, et je le plaindrais bien.

IT. Nous devons nous efforcer de soulager et de délivrer ces âmes ; notre cœur nous le dit: ce sont nos frères... Il suffit, pour être touché de leurs souffrances, de nous rappeler deux choses ;

lo. Ce que l’on souffre dans ces lieux d’expiation, et 20 qui sont ceux qui implorent notre compassion. Ce que l’on souffre en purgatoire : les saints docteurs ont des paroles effrayantes, des peintures terribles.—On y souffre, en un sens, comme dans l’Enfer, c’est-à-dire des tortures qui ont quelque analogie avec ceiles de l'Enfer même. C'est, disent-ils avec sainte Catherine de Gênes, c’est un feu vengeur semblable à celui des abîmes; seulement, il n’est pas éternel. —On y souffre par la privation du Ciel dont on est encore éloigné, et cette privation, cet exil qui ne bannit pas l'espérance, il est vrai, est pourtant un supplice horrible pour des âmes qui ont vu Dicu, et qui l’aiment.

29 Mais quelles sont donc ces âmes et ces infortunées victimes de la justice divine ?

Ah! ce sont nos frères, nos amis! C’est un enfant peut-être : ou bien c’est votre père, enfant ingrat; c’est votre mère, fille dénaturée ; cet c’est veut-être pour vous avoir trop aimé qu'ils souffrent si cruellement, et vous n’y pensez plus depuis qu’ils sont cutrés dans la terre d’oubli, in terrà oblivionis (Ps. LXXXVIT, 13); vous les

délaissez, et c'est en vain qu’ils pleurent dans ces feux qui les consument, et que vous pourriez éteindre si facilement ! Aiseremint, ayez donc pitié.

ITI. Comment da RU soulager, délivrer ces âmes ? c’est pour nous la question principale et pratique. Il y a cinq moyens cfficaces :

10 La prière... C’est ici surtout que nous pouvons rappeler la parole de saint Augustin: Deus vult orari, vult cogi.

Dieu veut qu'on le prie, qu’on apaise sa justice. qu'on désarme son bras et qu on lui fasse violence en quelque sorte eu !… vindicabor !.… Hélas c'est avec regret que je me venge ; quene m'appaise-t-on ? (Isaï., I, 24) ; ces âmes lui sont si chères! Il se plaint d’être obligé de sévir contre elles.

Vous prierez donc avec l'Eglise; vous aimerez surtout à répéter ses chants de douleur et d'espérance, De profundis, (Ps.

CXXIX,1). Dies êrae.. Mais vous ne prierez pas seul...

20 Le saint Sacrifice ! Vous demanderez la prière plus puissante des prêtres de Dieu, la prière de Jésus-Christ même, qui s’immole par leurs mains au saint autel :

c’est surtout ce sacrifice, dit le saint concile de Trente, qui ouvre les portes du purgatoire; c'est le sang de l’Agneau qui éteint ces flammes d'expiation. Saint Jean Chrysostôme voyait un ange qui versait le sang du calice sur l'abime, et les âmes purifiées s’envolaient au ciel.

30 La pénitence. Admirable dessein des divines miséricordes; il suffit d’une larme pour apaiser Dicu; la plus petite mortification satisfait à cette justice éternelle. La balance est dans les mains du Seigneur... [Il y aurait encore un poids énorme de souffrances pour l’expiation, vous mettez une larme, et la miséricorde l'emporte, l'âme est délivrée, elle monte au Ciel et vous bénit. Âiseremini, ayez pitié !

40 L’aumône. Ah! la charité surtout est puissante, elle rachète tous les péchés, elle couvre toutes les iniquités.… Jésus- Christ est reconnaissant, c’est à lui qu’on donne quand on a pitié de ses pauvres ; il exauce leurs vœux, il entend toujours leurs prières, car ses pauvres prient avec vous sur la terre et dans le Ciel même...

Iste pauper clamanit, et Dominus exaudi-

vit eum ( Ps. xxx171, 7) ; Date cleemosynam. (Luc., x1, 41.) Donnez done, faites l’aumône, surtout dans les jours de deuil, donnez un peu de cet or que vous a laissé votre père, votre mère, et vous les arracherez au feu dévorant. Miseremini, ayez donc pitié d’eux !

50 Les indulgences. C’est un trésor immense où vous pouvez puiser pour payer la dette que ces âmes ont contractée envers Dieu. Ah ! ne perdez pas l'occasion qui vous est offerte. Eh quoi! si votre père sur la terre avait été enfermé dans une horrible prison, dans un obscur cachot, et si, pour lui rendre la liberté, il eût suf de payer quelque argent à un créancier rigoureux... n’auriez-vous pas fait des efforts pour le délivrer, des sacrifices pour le sauver ?.. Et aujourd'hui que cette âme, l’âme de votre père, de votre mère, cémit dans les prisons de la justice de Dieu, et qu’elle est en proie aux plus cuisantes souffrances, an milieu des flammes vengeresses… aujourd’hui qu'il vous serait si facile de lui ouvrir la porte de sa prison, que dis-je, la porte même de la lumière, la porte du Ciel, en appliquant à

cette âme souffrante la grâce et le mérite de vos indulgences, vous n’y penseriez pas, vous la laisscriez languir dans l'exil et souffrir dans le feu ! Ah ce serait être trop ingrat, trop cruel! Miseremini, saltem vos (Job. Ayez pitié de ces pauvres âmes, vous du moins, qui l’aimiez autrefois, et un jour, on priera aussi pour vous.

Réciter le De profundis avee piété et ferveur.

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