‹ Consolations à ceux qui pleurent au Trésor des malades [microforme]Chapitre 17 sur 89 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

C’est le mot suprême de la vie, c’est la dernière parole que nous adressent ceux qui vont nous attendre dans les cieux !

Oui, quand le terme fatal est arivé, toutes les illusions de la vie tombent en présence de la mort, et il faut dire un éternel adieu à tout ce qui nous entoure, à tout ce que nous aimons. Adieu !... ah!

avez-vous quelquefois réfléchi, 6 vous qui

lisez ces lignes, avez-vous réfléchi sur ce mot, sur le sens mystérieux qu'il cache ?

Il n’y a rien il faut l'avouer, qui soit de nature à faire plus d'impression qu’un adieu ; car un adieu, c’est la mort; un adieu, c’est peut-être une séparation éternelle ; ce mot nous dit du moins que nous ne nous reverrons qu'en présence de Dieu ; mais nous sommes si légers, nous réfléchissons si peu que nous le pronongons tous les jours sans y faire attention. Une personne un jour disait : — Je puis bien faire tous les sacrifices, m'imposer toutes les privations, mais je ne puis dire: Adieu / — Ah! en effet, pour un cœur aimant, pour le cœur d’une mère surtout, ce mot est comme un coup de poignard ; il tue quand il est profondément senti !

Adieu! L'infortuné condamné à l'exil jette un dernier regard sur la côte qui va bientôt disparaître à ses yeux ; il lui dit adieu, mais 1l espère que cet adieu ne sera pas éternel ; et l’espérance qu’il emporte au fond de son cœur, la pensée qu'il reverra sa patrie, le berceau de son enfance, lui rendent moins pénible la séparation de ses parents et de ses amis. Mais, dans l’a-

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dieusspiennel de la mort, l'âme est déchirée avec une telle violence qu'aucune douleur ne peut lui être comparée. Ah!

en est-il quelques uns parmi nous qui aient perdu un père ou une mère ? Se rappellentils ces terribles moments d’angoisses, de désolation, lorsque penchés sur la couche où se mourait tout ce qui leur était cher, interrogeant ces traits qui se décomposaient, comptant une à une ces dernières pulsations de la vie, ils essayaient de rattacher à l’existence ces derniers fils qui se brisaient, et disputaient à l'horrible mort les dernières fore:s de la nature. Et cependant il fallut se séparer pour jamais de cet être chéri. Mon fils, ma fille, adieu 111... paroles terribles qu’on n'oublie jamais, et qui, dans la suite des jours, retentissent encore à nos oreilles comme un glas funèbre qui nous perce le cœur !

Adieu! ah! il faut le dre non-seulement à tout ce qui nous est cher, mais encore aux plus doux souvenirs! Avec quel charme cependant ne voit-on pas tout ce qui à appartenu à un être bien aimé ; avec quel soin une épouse, une mère, ne cachent-elles pas, comme pour le dérober

aux regards des profanes, tout ce qui a été à l’usage d'un mari qui a fiit le bonheur de sa vie, tout se qui a appartenu à un fils, à une fille chérie !

Il y a sur tout ce qui a servi à une personne qu’on pleure je ne sais quelle teinte funèbre qui en rappelle le souvenir.

Cette personne avait d’ailleurs tant de manières qui nous rappelaient sa présence; c’était sa marche, c'était sa voix, c'était ’arrangement et la disposition de sa chambre. Écoutez à la porte de ce cabinet de travail: au léger bruit qui s’y fait, vous jugez de suite qu’une personne bien connue est là, à deux pas de vous. Mais laissez entrer la mort, attendez que des mercenaires aient débarrassé de ce cadavre importun, peut-être d'avides héritiers, puis écoutez encore. N'’est-il pas vrai qu’un froid glacial parcourt alors tous vos membres, que la mort semble avoir mis son cachet sur tout ce qui vous entoure ? Plus rien !...Un silence morne et solennel a succédé à cette agitation d’autrefoiss O homme ! aviez-vous réfléchi à cet adieu de la mort, à cette séparation qui nous arrache à tout ce qui attache ici-bas ? Le cœur de l’hom-

me est si aimant, son origine est si divine, qu’il est impossible de ne pas voir que la mort est une punition, et que cette horrible séparation n'est pas l’ouvrage de Dieu, mais l’œuvre du péché. Aussi, pour nous consoler, pensons que chacun de nous, après avoir payé cette dette à la justice de Dieu, retrouvera dans les cieux ceux dont il a été si cruellement séparé sur la terre !

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