BÉATITUDE DE L’AME
Quant à l'âme, elle est remplie de la grâce sanctifiante, consommée et accomplie; ce qui la rend belle et agréable à
tous les yeux qui la contemplent. Cette grâce consommée est la gloire même, la splendeur de l'âme et la source de tous ses biens et de tous ses avantages ; et premièrement de ceux qui sont dans l’entendement, lequel est enrichi, fortifié et élevé par la lumière de gloire, qui le ravit à la vision claire et intuitive de l’essence divine et de toutes ses perfections infinies; ensuite l’entendement connait clairement tout ce que l’âme peut raisonnablement souhaiter de connaître, soit de l’état des autres bienheureux, anges ou hommes, soit des secrets de la nature et des effets merveilleux de la Providence divine. Et toutes ces connaissances sont sans erreur, sans incertitude et sans opinion sujette à faillir ; car l’erreur est une imperfection de l'esprit qui ne peut trouver place dans un état de perfection, comme celui de la béatitude; puis, s'ils avaient des doutes ou des opinions fautives, il se pourrait faire que, sans aucune malice, ils eussent des avis contraires, et se trompassent l’un l’autre, ce qui est une chose très-répugnante à leur société très-parfaite. En vertu de la vision, qui est dans l’entende-
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ment, la volonté est ravie et emportée, par une suite nécessaire, à l’acte de l’amour béatifique ; car un objet tout aimable et tout ravissant étant présenté à la volonté, qui ne rencontre d’ailleurs aucun obstacle et aucun empêchement à l’aimer, se porte nécessairement à cet amour. Si bien qu’il est impossible à la volonté de se refuser à cet attrait. Aussi est-elle remplie de la charité qu’elle avait en cette vie, et cette charité n'étant point distraite par les occupations de la terre, ni appesantie par la masse d’un corps infirme et mortel, et son objet lui paraissant à découvert, sans voile et sans obscurité, produit des actes d’amour d'une excellence toute autre qu’elle ne le pouvait faire ici-bas. Ces actes regardent Dieu premièrement en lui-même, et sont des complaisances et des bienveillances indicibles; 1Ÿs regardent aussi les créatures en Dieu, et comme bien de Dieu et choses de son domaine ; c’est pourquoi comme celui qui aime bien le père aime ses enfants, à proportion, il en est de même des bienheureux qui aiment Dieu comme leur père très-aimable et tous leurs frères comme ses enfants, et tout le reste du
monde comme ses créatures et choses à lui appartenant. Or de cet amour naît la joie dans la volonté ; et même le principal acte de l'amour est la complaisance et la joie, dont ils sont comme inondés et tout remplis. De plus leur joie est double, par ce qu’ils en ont de la félicité de Dieu, et de leur félicité propre. Ils ont de la joie de Dieu de ce qu'il est si heureux et si parfait en son Être suprême, et ils ont de la joie d'euxmêmes, de ce qu’ils sont si heureux ct si parfaits. (St. Thom., T'héol. affective. De l'état des bienheureux.)