DE CONSOLATIONS
malheur, Pour moi, le passé est mort ; le présent n’est qu'un songe pénible qui va bientôt s’évanouir, l'avenir seul est quelque chose. L'avenir est mon espérance. |
Une espérance, Ô mortel. voilà ta grandeur ! Au milicu d’un monde de destruction, en présence de Ja mort et de l’oubli, lorsque tout passe autour de toi, que tu vois ceux qui te sont chers disparaître tour à tour, tu espères les revoir dans une vie qui ne doit point finir; le mot éternité n'étonne point ton âme; car l'ame a l'idée de l'infini ; sentiment sublime qui nons détache de cette terre ct nous ravit au sein de Dieu !
L'espérance ! c'est le’soutien de notre volonté : c'est elle qui met sans cesse un but devant nos efforts, qui nous console dans l’infortune et nous encourage dans le triomphe. Tous les hommes, chacun dans la route que lui a tracée la Providence, marchent à la lumière de ce flambeau.
Grâce à ce sentiment consolateur, qui nous ge toujours un lendemain plus prospère, nous soutenons les maux, les traverses de la vice présente, qui sont parfois si
amères que nous pourrions être tentés de nous jettter dans le découragement ; mais l'espérance est là devant nous, qui nous tend la main, nous promettant le bonheur, et nous la saisissons avec joie.
D'ailleurs, le chrétien qui ne s’abuse pas sur la destinée de l’homme, ei qui met son espérance plus haut que la terre, accepte les misères d'ici-bas comme un calice d’expiation ; il sait que Dieu lui paiera en félicités suprêmes la dernière de ses larmes et la moindre de ses douleurs, et il se réjouit d’avoir à souffrir. Qu'elle est donc sublime l’espérance qui produit ainsi la résignation d'esprit, ferme la bouche au murmure, ouvre le cœur aux sacrifices de toutes sortes, et verse sur les douleurs du temps qui s'envole, le baume des consolations éternelles ! Quel remède qne l’espérance pour l’âme chrétienne et pieuse! O pauvre mère! qui avez perdu toutes les joies de votre âme par la mort de votre enfant chéri, quel baume que l’espérance !
Comme elle adoucit les maux de la vie, comme elle tempère la douleur, comme elle la fait supporter! Oui, l'espérance est le plus beau présent qu’un Dieu plein d’a
mour ait fait à sa créature ; c’est l'ange invisible qu’il a envoyé sur la terre pour que l'âme inquiète se repose et se délecte dans la vie à venir, oubliant les maux présents. Ce sont ces consolantes promesses qui adoucissent notre existence ; l’espérance du bonheur est presque le bonheur lui-même |
Aussi l'espérance offre-t-elle en elle même, dit Châteaubriand, un caractère particulier ; c’est celui qui le met en rapport avec nos misères. Sans doute, elle fut révélée par le ciel, cette religion qui fit une vertu de l'espérance. Cette nourrice des infortunés, placée auprès de l’homme, comme une mère auprès de son enfant malade, le berce dans ses bras, et l’abreuve d’un lait qui calme ses: douleurs. Elle veille à son chevet solitaire, elle l’endort par des chants magiques. N’est-il pas surprenant de voir l'espérance, qu’il est si doux de garder, et qui semble un mouvement naturel de l’âme, de la voir se transformer, pour le chrétien, en une vertu rigoureusement exigée; en sorte que, quoi qu'il fasse, on l’oblige de boire à longs traits à cette coupe enchantée, où tant de misérables s’estimeraient
heureux de mouiller un instant leurs lèvres.
Il y a plus (et c’est ici la merveille), l’homme sera récompensé d'avoir espéré, en d’autres termes d’avoir fait son propre bonheur. Le fidèle, toujours militant dans la vie, toujours aux prises avec l'ennemi, est traité par la religion, dans sa défaite, comme ces généraux vaincus que le sénat romain recevait en triomphe, pour cette seule raison qu'ils n'avaient pas désespéré du salut de l'Etat. Mais, si les anciens attribuaient quelque chose de merveilleux à l’homme que l'espoir n’abandonne jamais, qu’auraient-ils pensé du chrétien qui, dans son étonnant langage, ne dit plus entretenir mais pratiquer l'espérance ?
Voyez cette jeune mère caressant so" unique enfant; comme elle est heureuse !
Elle vit de présent et d’avenir dans ce ten dre objet de son amour. Quels soins, quelle vigilance ! Sa sollicitude écarte de devant les pas de son enfant tout ce qui pourrait blesser ses pieds, attrister son cœur. Elle s’est en quelque sorte incarnée en lui; elle respire par sa bouche, elle voit par ses yeux, elle aime dans son cœur. Pauvre mère ! ton amour est-il donc un soleil trop
ardent, qui fasse languir et mourir la fleur sur sa tige ! Peu à peu celle-ci se penche et se flétrit ; quelque insecte meurtrier l'aura piquée au cœur. En vain tu l’arroses de tes larmes ; en vain tu mets ce cher enfant sur ton sein qui est plein de prières. Bier.tôt les cieux ont un ange de plus, et la terre une tombe.
Un ange, au radieux visage, Penché sur le bord d'un berceau, Semblait contempler son image, Comme dans l'onde d'un ruisseau,
& Charmant enfant qui me ressemble, Disait-il, oh! viens avec moi ;
‘ Viens, nous serons heureux ensemble.
La terre est indigne de toi,
«4 Là, jamais d’entière allégresse ; L'âme y souffre de ses plaisirs, ;
“ Les cris de joie ont leur tristesse, ( Et les voluptés leurs soupirs.
& La crainte est de toutes les fêtes ; & Jamais un jour calme et serein
& Du choc ténébreux des tempètes & N'a garanti le lendemain.
& Eh quoi! les chagrins, les” alarmes, # Viendraient troubler ce front si pur!
« Et par l’amertume des larmes
« Se terniraient ces yeux d'azur !
& Non, non : dans les champs de l’espace & Avec moi tu vas Venvoler!
« [La Providence te fait grâce
« Des jours que tu devais couler,
“ Que personne dans ta demeure
& N'obscurcisse ses vêtements ;
& Qu'on accueille ta dernière heure « Ainsi que tes premiers moments.
« Que les fronts y soient sans nuage, Que rien n'y révèle un tombeau :
& Quand on est pur comme à ton âge
O7 Le dernier jour est le plus beau. ”
Et, secouant ses blanches ailes, L'ange à ces mots à pris l'essor Vers les demeures éternelles...
Pauvre mère! ton fils est mort!
Maintenant pour toi, tout est brisé. Le présent est rempli de larmes, l'avenir en 2 monde n'a plus d'étoiles qui brillent, le passé revient avec son bonheur évanoui, il
se fait une nuit dans ton cœur, peu s'en faut que tu n'’invoques le trépas. Mais une clarté que Dieu t'envoie vient luire au sein de la nuit obscure. Prosternée au pied des autels, tu y as puisé la force de supporter ton malheur; tu dis en priant: Consolatrice des affligés, priez pour moi; rendez-moi mon enfant! Le calme appaise ton imagination, la sérénité et la paix reviennent sur ton front, tu sais maintenant qu'un ange est au ciel, qu’il prie pour toi et qu'il te dit : ‘ Viens, ma mère, viens, je t'attends ! Oh ! comme nous serons heureux lorsque tu seras venue me rejoindre ! Qu’il fait bon jouir de Dieu !
qu’il fait bon aimer sa mère pour l’éternité, sans crainte de la perdre jamais. ”
Oui, dès que la mort nous ravit ceux que nous aimions le plus, Dieu nous envoie, pour modérer nos regrets, l'espérance de les revoir, de les reconnaître, de les aimer encore dans le ciel et d’en recevoir aussi les témoignages d’une spéciale affection.
Combien de fois cet espoir ne fut-il pas
un remède à nos blessures et un baume à nos douleurs !
Con <o