LETTRES DE FÉNÉLON
A une dame aflligée.
« C'est, madame, une triste consolation que de vous dire qu’on ressent votre douleur, (C'est pourtant tout ce que peut .
l'impuissance humaine: et pour faire
quelque chose de plus, il faut qu’elle ait recours à Dieu. C’est donc à lui, madame, que je m'adresse, à ce consolateur des afflués, à ce protecteur des infirmes.
Je le prie, non de vous ôter votre douleur mais qu'il fasse qu’elle vous profite, qu'il vous donne des forces pour la soutenir, qu'il me permette pas qu’elle vous accable. Le souverain remède aux maux extiêmes de notre nature, ce sont les grandes et vives douleurs ; c’est parmi les douleurs que s’accomplit le grand mystère du christianisme, c'est-à dire, le crucifiement intérieur de l'homme. C'est là que se développe toute la vertu de la grâce, et que se fuit son opération la plu. : intime, qui est celle qui nous apprend à nous arracher à nous-mêmes ; sans cela, l'amour de Dieu n’est point en nous. Il faut sortir de nous-mêmes pour être capables de nous donner à Dieu. Afin que nous soyons contraints de sortir de nous-mêmes il faut qu'une plaie profonde de notre cœur fasse que tout le créé tourne pour nous en amertume. Ainsi notre cœur blessé dans la partie la plus intime, troublé dans ses attaches les plus douces, les plus honnêtes,
les plus innocentes, sent bien qu'il ne peut plus se tenir en soi-même, et s’échappe de soi-même pour aller à Dieu.
4 Voilà, madame, le grand remède aux grands maux dont le péché nous accable.
Le remède est violent, mais aussi le mal est profond. C’est là le véritable soutien des chrétiens dans les afflictions.
Dieu frappe sur deux personnes saintement unies; il leur fait un grand bien à toutes deux : il en met l’une dans la gloire, et de sa perte 1l fait un remède à celle qui reste au monde C'est, madame, ce que Dieu a fait pour vous. Puisse-t-il, par son Saint-Esprit, réveiller toute votre foi pour vous pénétrer de ces vérités! Je l'en prierai sans cesse ; ct comme j'ai beaucoup de confiance aux prières des gens bien affligés, je vous conjure de prier pour moi au milieu de vos douleurs. Votre charité saura bien vous dire de quoi j'ai besoin et vous le faire demander avec instance.”