‹ Consolations à ceux qui pleurent au Trésor des malades [microforme]Chapitre 23 sur 89 · EXTRAITS DE QUELQUES LETTRES DE FÉNÉLON · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE QUELQUES LETTRES DE FÉNÉLON

..Dieu veuille mettre au fond de votre cœur blessé sa consolation ! La plaie est horrible; mais la main du consolateur a une vertu toute puissante. Non, il n’y a que les sens et l'imagination qui aient perdu leur objet. (Celui que nous ne pouvons plus voir est plus que jamais avec nous. Nous le trouvons sans cesse dans notre centre commun. Il nous y voit, il nous y procure les vrais secours, il connait mieux que nous nos infirmités, lui qui n’a plus les siennes, et il demande les remèdes nécessaires pour notre guérison.

Pour moi qui étais privé de le voir. je lui parle, je lui ouvre mon cœur, je crois le trouver devant Dieu; et, quoique je l’aie pleuré amèrement, je ne puis croire que je l’aie perdu. Oh ! qu’il y a de réalité dans cette société intime et invisible où es enfants de Dieu se trouvent |

“Nous retrouverons bientôt ce que nous n'avons point perdu, nous nous en approchons tous les jours à grands pas.

Encore un peu de temps, et il n’y aura plus de quoi pleurer. C’est nous qui mourl'ons : Ce que nous aimons vit et ne mourra plus ; voilà ce que nous croyons, mais nous le croyons mal: si nous le croyions bien, nous serions pour les personnes les plus chères comme Jésus-Christ voulait que ses disciples fussent pour lui quand il montait au ciel: St vous m'aimiez, disait-il, vous vous réjouiriez de ma gloire’, Mais on se pleure en pleurant les personnes qu'on regrette. On peut être en peine des personnes qui ont mené un vie mond”ine; mais pour un véritable . ami de Dier qui a été fidèle et petit, on ne peut vor que son bonheur et les grâces qu’il attire sur ce qui lui reste de cher icibas. Laissez donc apaiser votre douleur par la main de Dieu même qui vous a frappé.

‘4 ,..Je prie Dieu tous les jours qu'il vous console. Il y a une consolation que notre cœur ne veut point, et c’est avec raison : elle est vaine et indigne de l'esprit de grâce. Mais il y a une autre consola-

1 St. Jean, XIV, 28.

tion qui vient de Dieu seul. Il apaise la nature désolée ; il fait sentir qu'on n’a rien perdu et qu’on retrouve en lui tout ce qu'on semble perdre ; il nous le rend présent par la foi et par l’amour, il nous montre que nous suivons de près ceux qui nous précèdent ; il essuie nos larmes de sa propre main. J'espère que celui qui vous à affligé par un coup si accablant modérera votre douleur ; il n’y a que lu: qui le puisse faire.

6, Unissons-nous de cœur à celui que nous regrettons. Il nous voit, il nous aime, il est touché de nos besoins et prie

our nous... Loin de l'avoir perdu, vous e trouverez plus présent, plus uni à vous, plus secourable pour votre consolation, plus efficace dans ses conseils de perfection, si vous voulez bien changer en société de pure foi la société visible où vous étiez à toute heure avec lui, Pour moi, je trouve un vrai soulagement de cœur d'être ainsi très-souvent avec lui en esprit. Que le courage de la foi vous soutienne ! c’est un courage qui n’a rien de haut, et qui ne donne point une force sensible sur laquelle on puisse compter :

on ne trouvo nulle ressource en soi, et on ne manque de rien dans l’occasion. On est rivhe de sa pauvreté, on se livre à Dieu, ne se renfermant plus en soi et n'osant plus s’y fier. Alors tout devient peu à peu recueillement, silencé, dépendance de la grâce pour chaque moment, et vie intérieure en mort perpétue'le. En cet état, on ne possède plus rien de ce qu'on voit, et on retrouve «en Dieu, avec l’union la plus simple et la plus intime, tout ce qu’on croyait avoir perdu.”

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