SOUFFRANCES
Naître, et souffrir et mourir, voilà l’histoire de tout homme venant au monde, Qu'est-ce, hélas ! que notre vie sur la terre? Une souffrance continuelle. Vous souffrez depuis longtemps, âme afiligée ; vous gémissez sous le -poids de vos doueurs ; les chagrins naïssent sous vos pas ; vous marchez par un chemin semé de croix ; vous ne vous nourrissez que d’un pain détrempé de vos larmes ; vous ne comptez vos jours que par des douleurs; vos parents vous abandonnent, vos amis vous trahissent, vos projets échouent, vos jours se passent dans la tristesse et dans le deuil ; chaque moment voit croître le torrent d’amertume qui vous inonde ; vous semblez n'être au monde que pour souffrir. J'’entends la voix de vos plaintes et de vos soupirs, Je prends part à vos peines, jo
suis touché de vos douleurs ; je vous plains, Cependant je ne vous plains point précisément parce que vous souffrez, mais parce que vous ne savez pas mettre à profit vos souffrances, en vous rappela. t les grands motifs de consolation que votre religion vous présente. Pensez-y ; vous pleurez sur vos affictions : hélas! avez-vous pleuré sur vos péchés ?
Vous souffrez, et vous vous plaignez ; considérez ce qu’un Dieu a souffert pour vous ; et, à la vue de sa croix, de son sang et de ses douleurs, voyez si vous avez droit de vous plaindre. -
Vous avez péché, et par vos péchés vous avez mérité l'enfer ; si Dieu vous avait enlevé de ce monde dans un certain temps, ne seriez-vous pas actuellement plongé dans des feux éternels ? et vous vous plaignez de quelque affliction passagère !
Vous souffrez : et les Saints, que n’ontils pas souffert ? vos peines sont-elles comparables à leurs sacrifices ? Comme eux, vous désirez être saint, et vous ne voulez rien souffrir avec eux pour le devenir.
Vous souffrez ; par vos souffrances vous pouvez expier vos péchés, attirer les misé-
ricordes de Dieu, mériter le ciel: dès lors vos souffrances, dans les vues de Dieu, ne sont-elles pas des grâces bien précieuses ?
Y a-t-il un autre chemin pour aller au ciel que celui des croix ?
Vous souffrez, et vous vous inquiétez, vous vous plaignez, vous êtes tenté de murmurer. Mais, par vos inquiétudes, adoucissez-vous vos souffrances ? Ne voyezvous pas que vous ne faites que les aigrir, en perdre devant Dieu le mérite,vousrendre d'autant moins digne de ses grâces et de son secours, peut-être même vous attirer de nouvelles épreuves et de nouvelles douleurs ?
Enfin vous souffrez ; mais voudriez-vous n'avoir rien à mettre au pied de la croix de votre Sauveur ? Vous y trouveriez son sang : est-ce trop d'y mêler vos larmes ?
Hommes pécheurs et coupables, remontons à la source du mal, rentrons en nousmêmes, et voyons ce que nous méritons devant Dieu; reconnaissons que, si nous souffrons, ce sont nos péchés qui ont attiré nos souffrances : et, loin d'éclater en plaintes, loin d’accuser le Ciel de rigueur, les
créatures d’injustice, la fortune d’aveuglement, ne nous en prenons qu’à nous-mêmes et à nos péchés. C’est là le funeste flambeau qui a allumé Ja colère de Dieu et le feu de ses vengeances. C’est là le poison mortel qui, se répandant sur la terre, a produit l’affliction dans les âmes, l’amertume dans les cœurs, la désolation dans les familles, la ruine dans les province, la décadence dans les empires. Dieu se dresse un tribunal de vengeance sur la terre, d’où il exerce ses jugements redoutables sur les hommes pécheurs, soit pour punir les désordres, soit pour arrêter les scandales, soit pour ramener les prévaricateurs à l’observation de sa loi.
Ouvrons doncles yeux sur nos malheurs, et loin de les imputer, en païens, comme nous le faisons souvent, au hasard aveugle, à la malice de nos ennemis, à notre mauvais sort, à je ne sais quelle fatalité que nous appelons notre mauvaise étoile, remontons plus haut, allons au principe du mal; voyons le bras de Dieu justement armé contre nous ; nous avions péché, et il nous a afligés; nous avions abandonné sa loi, et i} nous a abandonnés à nos calamités ;
nous avions méprisé ses miséricordes, et il nous a livrés aux rigueurs de sa justice.
Peut-être que nos misères augmentent, parce que nos iniquités se multiplient :
peut-être devenons-nous tous les jours plus malheureux, parce que nous devenons tous les jours plus coupables. Les fléaux de Dieu ne sont point arrêtés ni ses trésors de colère épuisés; sa main est encore levée contre nous :
adhuc manus ejus extenta. ! Voulons nous donc faire cesser nos misères, renonçons à nos crimes, déplorons nos iniquités, humilions-nous sous la main de Dieu ; et baisons la main qui nous frappe ; alors le Ciel irrité s’apalsera, le Dieu vengeur calmera sa colère, et les nuages sombres qui annonçaient les foudres et les éclairs pour nous perdre, se résoudront en une douce rosée pour nous sanctifier. Ce qu’il y a de plus consolant pour nous, c’est que, comme nos péchés ont attiré nos souffrances, nos souffrances serviront à expier nos péchés, contribueront à notre salut, et nous attireront un jour les récompenses promises aux âmes souffrantes : Beati qui lugent.
4 Tsaïe, Y
Voici donc les sentiments dans lesquels nous devons recevoir nos souffrances, si nous sommes chrétiens :
Sentiment de pénitence : nous sommes pécheurs ; nous sommes donc heureux d’avoir un moyen d'expier nos péchés en ce monde plutôt que d’en subir la peine éternelle |
Sentiments de patience: Dieu le veut, ce mot nous dit tout. Dieu le veut ou le permet ; en vain nous plaindrions-nous, murmurerions-nous : pourrons-nous jamais nous soutraire à la main toute puissante de Dieu ?
Sentiments de confiance: Dieu nous affige pour notre bien; il nous soutiendra, nous consolera, nous sanctifiera dans nos souffrances et par nos souffrances. Un Dieu a souffert avec joie pour nos péchés, souffrons avec joie pour scn amour ; semçns à présent dans les larmes, nous moissonnerons un jour dans la joie, ct une éternité de bonheur et de gloire scra la récompense de quelques années d'épreuves et de combats.
Pensons-y, et consolons-nous dans toutes
nos peines : nos péchés méritent encore plus que nous ne souffrons. |