‹ Consolations à ceux qui pleurent au Trésor des malades [microforme]Chapitre 37 sur 89 · D'UNE MÈRE QUI PLEURE LA MORT DE SON ENFANT · texte numérisé non relu

D'UNE MÈRE QUI PLEURE LA MORT DE SON ENFANT

« Depuis que j'ai perdu ma fille, je ne cesse de pleurer, de prier et de gémir!

ma fille, c'était ma joie, mon orgueil et mon espérance! Penser à elle, c’est maintenant ma vie. Quelquefois je la vois souriante et affectueuse, je m’abandonne au bonheur de la retrouver, mais cela ne dure pas longtemps, ma douleur recommence avec le vide qui se fait autour de moi,

« Où est-elle ? Dans le ciel sans doute.

Elle jouit de la vue de Dieu... Elle est revêtue de splendeur et de beauté, elle prie pour moi, elle m’appelle !

‘ Ah! ma fille, pourquoi faut-il que je demeure sur la terre !.. .que je voudrais mourir pour pärtager ton bonheur !.…

“Je me sens si malheureuse loin de toi, qu’il me tarde de briser mes liens, de fuir ce monde qui m'est en horreur, de me mêler aux bienheureux et de te revoir !.…

‘ Cependant, pourquoi me plaindrais-je de ce que tu m'as été enlevée? Ai-je le droit de reprocher à Dieu de t'avoir épargné les maux de cette vie et dg t'avoir transportée de ton berceau, où te menaçaient peut-être de nombreuses souffrances, pour te placer au séjour de la paix et de la joie inaltérable?... [Il est vrai, tu n’es plus à moi, je t’ai perdue... Ah! c’est ta mère qui est la plus malheureuse |

Parfois j'oublie ton bonheur; mes yeux se mouillent de pleurs, je me plains, je reproche à Dieu de t'avoir ravie à mon amour ; je devrais me réjouir, ou du moins me résigner, car une mère doit savoir souffrir, et payer au prix de toutes ses larmes, la félicité dont jouit son enfant.

“ Seigneur ! vous possédez mon trésor ; gardez-le auprès de vous ; en échange donnez-moi le courage... Ma fille sera peutêtre la cause du salut de mon âme, puisque désormais mes pensées, mes désirs et mes affections se porteront vers le ciel, puisque vous avez promis de consoler ceux qui pleurent !.…, |

LE MYSTÈRE DES DOULEURS Pr IMPOSÉES AUX MÈRES.

L'homme est condamné à la douleur, et ses efforts n’en triompheront jamais. L’intelligence et l’énergique persévérance peuvent bien servir son ambition avec succès, elles ne lui assurent point le bonheur.

L’habileté, la force et le travail réussissent à maîtriser la fortune, à payer les plaisirs et à conquérir des couronnes; ‘mais ni la fortune, ni les plaisirs, ni la gloire n’échappent aux traits du malheur.

T1 les poursuit partout et les atteint toujours; on peut dire de lui ce que le poëte disait de la mort :

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre, N'en défend pas nos Rois.

Comment se réjouir quand on contemple le monde et qu'on écoute en silence les gémissements de sa douleur ? Enumérez .

les souffrances auxquelles le: hommes sont condamnés ; vous serez convaincus que la vie, hélas! n’a que peu de joies,

tandis qu’elle est remplie d’amertumes.

Quand l'enfant apparaît sur la terre, son premier cri est un cri de détresse; de combien d’autres celui là sera-t-il suivi!

Aussitôt, quelquefois, la maladie s'empare de lui,et ne le quittera peut-être jamais plus. A mesure qu’il grandit, sa tristesse augmente, et la source des larmes devient plus amère... Que de chagrins passeront sur sa tête, avant qu’elle se courbe sous le poids des ans | .

Le voilà homme, cependant ; il s'était promis pour cet âge la félicité et le bonheur ; mais les adversités n’ont fait que grandir, bientôt peut-être, il sentira son corps frappé d’une maladie qui l’enchaîne et le torture ; car les maladies auxquelles nous sommes exposés sont innombrables, il en surgit de nouvelles à chaque instant, et la mort n’est vraiment que la fin d’un long supplice! Voyez : ici c’est un père, une mère de famille qui travaillent péniblement pour gagner le pain de leurs en- . fants ; ce sont des enfants abandonnés, à côté d'eux des vieillards sans gîte... Ah!

jetons plutôt un voile sur tant de malheureux, et détournons-en nos regards!

L'homme souffre dans son esprit par les préoccupations et les sollicitudes; il subit des offenses, il en médite contre ses semblables.. Envie, haine, vengeances ; légions affreuses, ennemis acharnés, qui vous précipitez sur l'humanité, n’êtes-vous pas pour elle, la cause d’amères douleurs ?..

Oui mais il en est encore de pires; les privations et les tourments de la faim, le sang répandu, les traits de la haïne, sont moins amers que les peines qui déchirent le cœur |. Uu cœur simple et confiant, mais affectueux et dévoué, quand il est trahi dans ses affections, quand il est accablé par le malheur de ceux qu’il aime, arrive au dernier degré des maux que nous pouvons souffrir. |

Or, parmi tous ceux qui portent ce pesant fardeau, c’est la mère de famille qui est la plus accablée ; car c’est elle surtout qui, avec ses propres douleurs, porte encore les aflictions et les douleurs de ses enfants ; elle souffre avec eux, plus qu'eux peut être ; si elle survit aux uns, en se dévouant, en s’immolant pour eux, elle ne recueillera parfois de ce qui lui reste qu’ingratitude et délaissement ; sa vie se terminera

comme elle a commencé, par un surcroît de douleurs. Cependant Dieu ne peut l'abandonner tout à fait, et les consolations qu'il lui prépare seront quelque fois assez puissantes pour changer ses douleurs en joies, et ce seront celles qu’elle tirera non de la raison mais de la religion et de la foi. .

Si une mère n’avait que la raison pour lutter contre l’adversité, elle serait vaincue, Car la raison ne comprendra jamais le mystère dela douleur. Elle le reçoit avec haine et indignation, maudit la main qui frappe, accuse le destin et la fatalité, s’abandonne au désespoir, et succombe en blasphémant. Mais la foi, l'espérance et la charité, qui viennent de Dieu, portant avec clles des pensées consolatrices et fortifiantes, viennent ranimer la mère chré-

tienne qui succombe,.

4 C’est Dieu qui nous envoie, disentelles, pour t’aider à souffrir et te promettre en son nom les récompenses du ciel...” A ces mots, l'âme revient à la vie et se ranime comme la nature qui s’éveille au souffle du printemps !

Ces trois grandes vertus vont ici successivement remplir leur ministère,en dévoilant aux mères le mystère de la douleur.

La Foi.

Dieu qui a créé toutes choses, et la terre et les cieux, et les animaux et les hommes, doit tirer sa gloire de tout cet ensemble d'êtres qui sont l'ouvrage de ses mains, et attend qu'ils lui rendent, chacun à sa manière, l’obéissance, l’adoration et l'amour.

Fidèle à cette loi sainte, le monde entier chante et adore son Créateur. “ Les cieux, dit le prophète, racontent la gloire de Dieu !.” Mais l’adoration, dont Dieu est le plus jaloux, est celle qui lui vient du cœur de l’homme, car le moindre sentiment, la moindre palpitation de ce cœur l'honore plus que l'harmonie des mondes.

Mais souvent cependant, l’homme dans son indépendance, lui refuse l'amour qu'il attend. Où sont les véritables serviteurs, de Dieu, où sont ses sujets dévoués ?

1 Psal. xvunr, 1.

Hélas! je cherche, et j’en trouve bien peu !

L'homme s’adore au lieu d’adorer son auteur,

Le succès, le bank ont le triste privilége de rendre égoïste et de détruire l'amour de Dicu. Connaissez-vous cette famille favorisée par une constante prospérité? L’heureuse mère a des enfants qui font son espérance et sa gloire, son époux est soumis à toutes ses volontés, la richesse abonde ; en un mot, tout lui sourit.

Mais elle ne songe point à remercier Dieu, de qui vient toute félicité !.… Eh quoi, une âme si belle aux yeux de Dieu, un cœur si précieux créés pour aimer le Seigneur, seront-ils toujours ainsi plongés dans l’égoïsme de la joie ?.. Cette femme n'existe donc que pour elle et les siens ?

Mais son Père du ciel, mais son éternité ?.. Dieu va rentrer en possession de ce qui lui appartient. Sera-ce en provoquant sa reconnaissance par de nouveaux .

bienfaits ? Il n’en serait que plus complètement oublié ; on remercierait la fortune de ses faveurs, et l'indifférence persévérerait.

Alors, Dieu appelle à lui l'envie, la

haine, la vengeance, la maladie et la mort, tous les ennemis de l'homme, ‘ Allez, leur dit-il, exercez vos ravages dans cette famille d’où je suis exilé; je vous livre cette mère qui méconnaît mon amour et mes bienfaits.” Et le lendemain, la joie fuit de ce toit jusque-là trop heureux. Tous les maux y sont venus ensemble... J'ai vu la pauvre femme calomniée indignement; je l’ai vue attachée au chevet de son enfant le plus aimé; et, revenant quelques jours après, j'ai trouvé la couche vide... la mort avait frappé sa victime.

Mais si la joie a fui, la foi est entrée dans les cœurs,

Brisée par la douleur, cette mère s’est souvonue de Dieu; elle a reconnu son indifférence, elle a levé les yeux au ciel pour demander pardon, elle a répandu ses larmes au pied de l'autel; la douleur a ramené au Seigneur une âme que la prospérité lui avait enlevée. Atlictions, soyez bénies, puisque vous remportez de si beaux triomphes l. Désormais vous serez un avertissement, une épreuve salutaire; vous ouvrirez les yeux des mères chrétiennes sur les illusions de la terre ; vous détache-

t A CEUX QUI PLEURENT. 159

rez leur cœur des jouissfinces périssables, et les rappellcrez au souvenir de leurs destinées éternelles !..

Dieu retrouve ainsi, en les abattant momentanément sous les coups du malheur,’ quelques âmes qui l’oubliaient, et perdaient ainsi dans l'indifférence le mérite de leurs œuvres.

Mais ne frappe-til que ceux-là? Ne semble-t-il pas, au contraire, s’appesantir avec une sorte de prédilection sur ceux qui l'aiment et qui lui sont dévoués ? Convenons en, mais demandons à la foi la révélation de ce nouveau mystère.

Certaines âmes d'élite, prévenues de grâces singulières, trouvent une grande joie dans le service de Dieu ; les tendances de leur esprit, les besoins de leur cœur, les portent vers lui comme sans effort ; dans ces conditions, le mérite perd de son étendue ; si les chrétiens étaient toujours sur le Thabor, le Sauveur ne les reconnaîtrait

pas pour ses disciples.

C’est sur la voie du Calvaire, c’est au pied de la croix qu’il se plaît à les rencon-

trer et à leur di: Vous êtes mes amis (1).

Une mère chrétienne, fidèle à ses devoirs, parce qu'ils lui sont doux, n’a pas assez le droit de se compter parmi les disciples du crucifié ; Dieu cependant ne laissera “pas sans récompense les élans d’une âme si belle; il lui envoie aussitôt les croix, trésors réservés à ceux qu'il aime!

Quand elle a été plongée dans la tristesse, quand elle a été brisée, et qu'il ne reste plus qu'une victime épurée par la souffrance, elle peut se réjouir : Dieu s’est sou venu d’elle, et l’a associée à la condition des martyrs et des saints, de tous ceux qui, pendant leur vie, comprenant le prix de l'immolation, se précipitèrent à sa rencontre et la reçurent comme un bienfait. Cette femme prendra place parmi ces fidèles généreux, qui crucifient leur corps et leur esprit, et recherchent les humiliations et la pauvreté, comprenant qu'ils sont le gage du bonheur céleste.

La souffrance est un élément essenti:l de la vie, qu’elle relève et purifie; c’est une grâce immense. L’ange Raphaël disait à Tobic: ‘ Parce que vous étiez

(1) Joan,, XV, 15.

agréable à Dieu, il a été nécessaire que l'adversité vous éprouvât (1).”

Souffrir, c’est donc accomplir la loi de son être et plaire au Seigneur. Ces paroles sont dures, et tous ne savent pas les comprendre. Entendez ceux qui se récrient et qui semblent douter de la justice de Dieu, parce qu'ils n’ont pas vu récompensés l'héroïsme et la vertu d'une mère affligée :

‘elle savait, disent-ils, verser l’huile et le vin sur les plaies de celui qui souffre, elle priait avec ferveur, elle répandait ses charités et ses aumônes dans le sein des pauvres et de l'infortune; cependant, Dieu l’afflige et semble ne pas agréer ses vertus ; on dirait qu'il est indifférent à son affliction, pendant que les méchants et les impics nagent dans les prospérités et les plaisirs” Insensés! ne savez-vous pas que cette femme a été trouvée digne d'être associée aux expiations du Fils de Dieu ?

qu’elle a reçu une âme assez puissante pour s'élever là où tant d’autres succomberaient. Vous vous étonnez de ces contradictions, et vou: vous écriez dans

(1) Tobie, XII, 13.

votre ignorance : Que lui rendent ses sacrifices, sa charité et sa religion, puisque Dicu semble la repousser ? Mais vos regards ne dépassent pas l'horizon de ce monde, et ne pénètrent point jusque dans les secrets de l'éternité. La vertu éprouvée, sera un jour une vertu triomphante. Dieu consolera lui même la mère qui aura beaucoup pleuré, les anges publieront sa gloire, en racontant ses combats, et déposeront des couronnes sur son front. Heureux de la terre, vous pleurerez pendant qu’elle se réjouira, et vous comprendrez, mais trop tard, le prix des larmes et de la douleur.

Dire que la souffrance dépasse l'énergie de l’âme et de ses forces, c’est méconnaître la bonté et la sagesse de Dieu, qui n’envoie jamais l’affliction, sans envoyer avec elle, le courage nécessaire pour la supporter.

O mères affligées ! il existe un modèle que vous imiterez dans vos heures d’amertume; C’est le doux Jésus, qui s’est fait homme pour sauver le monde et lui donner des exemples de vertu.

Quand vous souffrirez, ‘ontemplez-le dans sa pauvre crèche de Bethléem, accom-

pagnez-le dans sa fuite en Egypte, pénétrez jusque dans l’humble et pauvre maison de Nazareth, mêlez-vous aux saintes femmes qui le suivirent jusqu’au Calvaire.

Ce spectacle sera si fortifiant et si doux que, avec le secours de la grâce, la douleur pour vous, se revêtira de charmes ; ses coups seront moins rudes, ses blessures moins vives, et vous vous écrierez : “Je vous remercie, Seigneur | ”

Ce premier cri de resignation ne sera pas sans écho dans son cœur; vous l’entendrez qui vous dira: ‘Ma fille, je suis descendu du ciel DOEE vous enseigner la patience dans vos misères ; j'ai été l’ homme de douleurs, et quiconque aspire à ma gloire, doit accepter la croix que je lui offre ; acceptez-la donc, et mourez sur elle.

Que j'aime les âmes généreuses et combien elles me sont plus chères que celles qui me servent sans opposition et sans combat ! les souffrances m'honorent plus que la science des docteurs et les prédications des missionnaires ; car, c’est en considération des âmes souffrantes et généreu ses, que je bénis les paroles de ceux-ci et que je sauve les nations, ”?

Ces révélations sont bien capables de rendre le courage et la paix. Ah! qu’ils sont heureux ceux que la foi éclaire et console !.…

L'Espérance.

Dieu, en condamnant l’homme à la douleur, n’a point permis que celle-ci lui enlevât l'Espérance, ni qu'il succombât sous ses coups. Le premier homme, chassé du Paradis terrestre, reçut de la bouche de son Créateur une parole consolante ; et l’Espérance ranimant son âme, lui montra dans l'avenir, sa postérité régénérée par la Ré.

demption. |

Quand le démon demanda à persécuter Job, Dieu, voulant faire éclater la foi de son serviteur, tout en défendant à l'esprit du mal de toucher à sa vie, le lui abandonna; et ce saint homme qui, en un jour, perdait ses biens et ses enfants, et se voyait abandonné et méconnu des siens, trouva le courage, tout en contemplant la dissolution de son corps, de chanter la gloire de sa résurrection ! D'où lui venait cette confiance

qui avait persévéré malgré tant de malheurs ? De l’Espérance.

L'Espérance ! c’est elle qui maintient la vie en lui promettant un peu de bonheur ; c’est elle qui invite la jeune mère à renoncer à ses plaisirs, en lui faisant entrevoir des joursembellis par la reconnaissance de ses enfants. L’Espérance !.… c’est le soutien de l’exilé et la consolation du pauvre...

Cependant ne semble-t-elle pas tromper quelquefois la confiance de l’homme ?

Quand donc réalisera-t-elle ses promeësses ?

Hélas ! où sont ceux qu’elle n’a pas séduits ? N’avons-nous pas été nous-mêmes souvent frustrés dans notre attente ? Et pourtant, malgré les plus rudes épreuves, le chrétien ne cesse jamais d'espérer, parce que son espérance vient de Dieu. I] est vrai, que ses principales promesses ne se réaliseront qu’au ciel ; c’est donc au ciel que les mères affligées doivent diriger leurs regards; c’est là qu'elles doivent contempler d'avance leur couronne, et tressaillir de bonheur à la pensée du repos et dela joie qui les attend ; car au ciel, le seul aspect de Dieu les consolera de toute une vie d’adyersités.

Saint Paul avait entrevu ce spectacle quand il s’écriait : ‘ Nos peines présentes qui ne durent qu’un moment nous produisent un poids éternel de gloire (1).” Les Saints, en effect, ont combattu sur la terre, et maintenant ils sont à l'abri de toute crainte etse reposent dans le bonheur.

La mère qui souffre appartient à Dieu, c'est un être sacré ; sur sont front brille une douce auréole; l'Eglise l'honore, l'aime et la respecte ; il semble que le Sauveur s’est caché sous ses traits, et qu'elle cst déjà éclairée par les lueurs célestes.

Du pied de la croix, l’Espérance a jailli pour se répandre sur la terre ct consoler le malheur. Avant le mystère de la croix, l’adversité était regardée comme une malédiction, et l’on repoussait au loin l’être abhorré qu’elle avait choisi pour victime.

Le judaisme lui-même n'avait pas compris que la souffrance, c’est la manifestation de Dieu. Rachel, dit le prophète, ne veut point se consoler sur la mort de ses enfants parce qu’ils ne sont plus. Une mère chrétienne se consolera parce qu’elle

(1) II. Cor., IV, 17.

est chrétienne; elle sait le prix des amertumes ct ses récompenses ; elle se résigne avec héroïsme, et s'écrie avec l’Apôtre que la mort est un trésor (1), puisqu'elle ouvre le ciel.

Connaissez-vous cette pauvre femme qui travaille péniblement pour nourrir sa nombreuse famille ? Elle ne se plaint pas si la maladie atteint l’un de ses enfants, clle se prive de pain sans murmurer, elle sourit au milieu de ses inquiétudes et de ses malheurs, et si vous lui demandez le secret de cette paix inaltérable, elle vous dira :

“ C'est l’Espérance en Dieu qui me soutient et me fait vivre; jusqu'ici il ne ia point abandonnée, comment pourraisje penser qu’il m’abandonnera jamais ? ”

Oh! quelle douce chose que l’'Espérance |

Le trait suivant va encorc en révéler la douceur.

‘ Cétait une nuit d'hiver. Le vent

souflait au dehors, et la neige blanchissait les toits,

(1) Philip., I, 21.

‘ Sous un de ces toits, dans une chambre étroite, étaient assises, travaillant de leurs mains, une femme à cheveux blancs et une jeune fille.

“Et de temps en temps la pauvre femme réchauffait à un petit brasier ses mains pâles. Une lampe d'argile éclairait cette pauvre demeure, et un rayon de la iampe venait expirer sur une image de la Vicrge suspendue au mur.

Et la jeune fille, levant les yeux, regarda en silence pendant quelques moments, la femme à cheveux blancs, puis elle lui dit : Ma mère, vous n'avez pas toujours été dans ce dénûment.

‘Il y avait dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables,

4 Et la femme à cheveux blancs répondis: Ma fille, Dieu est le maître: ce qu'il fait est bien fait.

“ Ayant dit ces mots, elle se tut un peu de temps ; puis elle reprit :

Quand je perdis votre père, ce fut une douleur sans consolation : cependant vous me restiez; mais je.ne sentais qu’une chose alors.

‘ Depuis, j'ai pensé que s’il vivait et qu’il nous vit en cette détresse, son âme se briserait ; et j’ai reconnu que Dieu avait été bon envers lui. ”

‘ La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la tête, ct quelques larmes, qu’elle s’efforçait de cacher, tombèrent sur la toile qu’elle tenait entre ses mains.

‘ La mère ajouta : Dieu, qui a été bon envers lui, a été bon aussi envers nous.

De quoi avons-nous manqué, tandis que tant d’autres manquent de tout ?

Ilest vrai qu’il a fallu nous habituer à peu, et ce peu, le gagner par notre tra vail; mais co peu ne suffit-il pas ? et tous n'ont-ils pas été dès le commencement condamnés à vivre de leur travail ?

‘ Dieu, dans sa bonté, nous a donné le pain de chaque jour ; et combien ne l'ont pas ? un abri, et combien ne savent où se retirer ?

€ Il vous a, ma fille, donnée à moi: de quoi me plaindrais-je ?

‘ À ces dernières paroles, la jeune fille toute émue tomba aux genoux de sa mère, prit ses mains, les baisa, et se pencha sur son sein en pleurant.

6 Et la mère, faisant un effort pour élever la voix : Ma fille, dit-elle, le bonheur n’est pas de posséder beaucoup, mais d’espérer et d'aimer beaucoup.

‘ Notre Espérance n’est pas ici-bas, ni notre amour non plus, ou s’il y est, ce n’est qu'en passant.

‘ Après Dieu, vous m'êtes tout en ce monde ; mais ce monde s’évanouit comme un songe, et c'est pourquoi mon amour s'élève, avec vous vers un autre monde.

‘“ Lorsque je vous portais dans mon sein, un jour je priai avec plus d’ardeur la’ vierge Marie; elle m’apparut pendant mon sommeil, et il me semblait qu'avec un sourire céleste elle me présentait un petit enfant.

‘ Et je pris l'enfant qu’elle me présentait, et lorsque je le tins dans mes bras, la Vierge Mère posa sur sa tête une couronne de roses blanches,

‘ Peu de mois après vous naquîtes, et la douce vision était toujours devant mes yeux.

6 En disant cela, la femme aux cheveux blancs tressaillit, et serra sur son cœur la jeune fille,

A quelque temps de là, une âme sainte vit deux formes lumineuses monter vers le ciel ; une troupe d’anges les accor pagnaient, et l'air retentissait de leurs chants d’allégresse,

Ne cherchez donc pas, dit l’Imitation de J. C., des joies sur la terre ; la terre n’en possède pas, il n’y en a qu’auprès de Dieu.

Ayez donc un peu de patience; cet exil cessera, et le ciel que vous espérez vous sera donné ; qu'importe les rigueurs du présent, si le ciel ne doit pas finir ?.…

La Charité,

Sous les insinuations de la Foi et de l’Kspérance, la douleur a perdu de ses aspérités, mais cela ne suffit point : Dieu appelle bienheureux, ceux qui pleurent.

La douleur,a donc des charmes qui la changent en bonheur? Oui, et c’est la Charité qui les lui donne.

L'amour, est-ce l'attachement produit dans le cœur par l’attrait du plaisir, l’espoir de la reconnaissance ou d’un intérêt quelconque ?

172 UONSOLATIONS

Non... cet attachement n’est que l'inspiration de l’égoïsme qui, pour se justifier, emprunte le nom le plus beau.

S'il est-un sentiment humain qui mérite mieux le nom d'amour, c’est celui qu'éprouve une mère pour ses enfants. (Ce n’est point l'intérêt ni le plaisir qui :

l'inspire, c’est le dévouement, le sacrifice ; or, ce sentiment ne semble-t-il pas condamné à des afflictions constantes, et ne juge-t-on pas de sa grandeur par leur nombre et leurs rigueurs ? On dit que plus une mère a souffert pour ses enfants, plus elle a fait preuve d'amour pour eux.

L'amour, c’est la souffrance... Quand même cette mère généreuse aurait été payée par la reconnaissance füiale, quand elle aurait été la plus heureuse des mères, son amour n’en posséderait pas moins le caractère qui constitue sa nature. N’a-telle point souffert au moment de la naissance de ses enfants ? Leurs maladies ne l'ont-elles pas torturée comme eux ? Leurs peines n’ont-elles pas été les siennes ? Et aujourd’hui, ne vit-elle pas dans les craintes cuutinuelles, appréhendant que le malheur ne vienne à les accabler !

Oui ; aimer, c’est souffrir.

Nos sentiments, quand ils ont Dieu pour objet, se produisent de la même maniere que lorsqu'ils s'adressent aux hommes, avec cette différence cependant, qu'ils sont surnaturalisés par la grâce. Celui qui aime Dieu ne peut mieux manifester son amour, que par sa résignation dans sa douleur ; c'est la preuve la plus parfaite qu'il puisse en donner.

Ce qui nous assure la vérité de cette doctrine, ce sont les exemples de Dieu luimême. Z! a tant aimé le monde, dit la sainte Ecriture, qu'il lui a donné son Fils unique (1)! Le Sauveur est appelé par le prophète, l'Homme des Douleurs ; et celui qui étudie sa vie ne peut s’empêcher de verser des larmes en contemplant tout ce qu’il a souffert. C’est l’amour, qui l’a déposé dans son berceau à Béthéléem, et entraîné jusqu’au Calvaire ; c’est l'amour, qui l’a attaché à la croix et l’y a fait mourirl Ah! quand nous n'aurions point d'autre témoignage pour nous assurer que l'expression de la Charité c’est la souf-

(1) Joan. II, 16.

france, le spectacle d’un Dieu crucifié nous sufrait | D’ailleurs, les âmes qui ont le plus aimé Dieu, et qu’il a lui-même préférées, ont été les plus affligées. Marie, nous ne pouvons en douter, fut l'objet des prédilections divines, aussi quelle existence que la sienne ! Que d’angoisses, que de douleurs, que de souffrances ont pesé sur elle! Que de larmes elle a versées ! Sa constance ne se démentit jamais malgré ces luttes ; elle ne cessa de répéter à Dieu par sa résignation et sa patience: ‘“ Mon

Dieu, je vous aime | ” :

Contemplez veux qui depuis dix-huit siècles se pressent sur le chemin du Calvaire, et suivent Jésus en portant leur croix ; vous serez effrayés des prodiges de souffrances inventés par l'amour, avide de s immoler, de mourir pour Jésus-Christ, et avec lui.

Leurs larmes réunies feraient des torrents, et leur sang formerait des fleuves.

Ah ! tous les Saints ont beaucoup souffert, parce qu’ils ont beaucoup aimé!

Une mère que la Charité anime ne suivra pas une autre voie. Si Dieu ne lui demande pas des œuvres de piété extraordi-

paires parce qu'il sait qu'elle ne s’appartient point ; souvent il la privera de ces satisfactions spirituelles, qui consolent et fortifient le cœur ; et elle trouvera dans ces sacrifices, l’occasion de réparer bien des faiblesses. Dieu craint d'être oublié, pendant qu’elle se livre avec ardeur à l'accomplissement de ses devoirs maternels, et que son âme s'endorme au milieu des intérêts terrestres ; mais il va faire surgir la y vie du sein de la mort.

O mères chrétiennes, vous ne savez point ce qui purifiera votre âme ! C’est la Charité! Dites à Dieu que vous l’aimez par votre impérissable résignation... On vous calomnie, on vous outrage. regardez la croix et remerciez-la.

Les infortunes, les adversités vous assaillent de toute part, a2britez-vous dans l'étable de Bethléem; vos enfants succombent et sont frappés par la mort, regardez Jésus dans les bras de sa Mère, en disant :

Mon Dieu, vous êtes juste et bon ! ”’ Si vous ne pouvez parler, soyez comme la victime qui s'incline sous le glaive du sacrificateur |...‘ Encore plus, encore plus, s'écriait une grande âme, ”

Épreuve sainte...oh! vous ne sauriez tromper !...Dieu a comblé le vase des adversités ; le vase déborde, il se répand.

Les mères qui aiment, bénissent encore le Seigneur, et le béniraient quand tous les maux se précipiteraient sur elles.

Pendart l’agonie du Sauveur, un ange descendit du ciel pour ranimer ses forces ; et Jésus, qui avait redouté le calice d'amertume, l’accepta cependant avec soumission en disant : ‘“ Mon Père, que votre volonté s'accomplisse et non la mienne ! ”

L'ange de Gethsémani représentait tous ceux qui devaient s'associer dans les siècles futurs, aux douleurs de Jésus. Le Sauveur lui-même les a vus autour de lui, et leur.

participation généreuse consolant son âme, l’a inclinée à se soumettre aux ordres de son Père : car, c’est toujours une consolation de rencontrer dans le malheur la compassion et l'amour.

Les mères soumises à la rigueur des ordres de Dieu, s'unissent à l’agonie du Rédempteur et sont comptées parmi les âmes d'élite, qui reproduisent et continuent BA passion, . . + + + + + + ,

Je considérais les yeux des mères, et les apercevant baignés de larmes, je m’étonnais en voyant que celles, dont la vie est un continuel dévouement, semblaient délaissées et abandonnées à la souffrance.

Et mon cœur attendri se plaignait a Dieu. ‘ Seigneur, lui disait-il, pourquoi leur avoir imposé tant de larmes ? ”

Et le Seigneur m'a répondu: ‘ Les larmes purifient, elles sont le témoignage de la charité, et un signe de prédestination.

Et j'ai compris ce langage... Oui, les larmes sont un don de Dieu... loin d’aigrir elles rafraîchissent le cœur, puisque celles qui pleurent si souvent. ne cessent de se dévouer et d'aimer.

Oui, les larmes sont un bienfait du Ciel; elles enlèvent à la souffrance son amertume et sa dureté.

Le cœur opprimé respire plus à laise, quand les pleurs s’échappent des yeux.

Les larmes, ce sang de l’âme, comme dit saint Augustin, révèlent souvent dans le cœur la présence de la grâce et sont

accompagnées des consolations divines.

C’est une prière muette, une tendre et silencieuse offrande, qui associe aux douleurs et aux mérites de Jésus-Christ et de ses Saints. |

Oh ! qui dira la puissance des larmes ?

Rien ne leur résiste! C’est la force du faible et le trésor de l’indigent. Qu'’elles sont vraies ces paroles du Sauveur: ‘ Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés |! ”?

C’en est assez ; la Foi, l’Espérance et la Charité ont triomphé ; l’Eglise catholique vient d'offrir dux mères les plus douces consolations, et leur donner autant de joie qu'il est possible d’en trouver en cette vie.

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