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PROSES LYRIQUES

de M. Claude -DCB-U5SY (’)

Claude Debussy ! ce nom à l’allure romantique sonne, fier et victorieux évoquant comme un lointain souvenir des héros d’Alexandre Dumas. Celui qui le porte n’est pourtant point un homme d’épée mais un artiste tout épri? d’idéal.

Aux auditions de Rlieingold , données à l’Opéra avant la première de la Walkyrie , j’avais remarqué la façon magistrale dont un jeune homme à l’air doux et timide, aux longs cheveux encadrant la figure intelligente, avait tenu une des parties de la réduction pour piano. C’était M. Debussy qui, Prix de Rome en 1884, avait publié depuis des mélodies sur des poésies de Beaudelaire et de Verlaine, mis en musique la Demoiselle élue de Dante Rossetti et écrit un prélude fort remarquable pour Y Après midi d'un faune de Stéphanne Mallarmé.

Trois ans plus tard, un matin que je me trouvais chez l'éditeur Georges Hartmann, on annonça M. Claude Debussy. Hartmann nous présenta l’un à l’autre et demanda au jeune compositeur de me faire connaître un nouveau recueil de mélodies qui allaient paraître sous le titre de Proses Lyriques . M. Debussy se mit au piano et chanta ses pièces qui me conquirent immédiatement parleur haute originalité. Le surlendemain Hartmann m’emmena chez le musicien. C’est tout là bas, presque aux fortifications, au cinquième étage d’une grande maison neuve, que M. Debussy demeure dans un petit

(1). Je réimprime ici cet article tel qu’il parut en 1895. Après les représentations de Pelléas et Mèlisande à l’Opéra Comique, j’ai plaisir à constater que je ne m’étais pas qrompé sur la valeur de l’ouvrage.

appartement tranquille orné de reproductions de tableaux des préraphaélites anglais pour lesquels il semble avoir une prédilection toute particulière.

Il s’agissait, ce jour là, d’une audition du drame lyrique que M. Debussy achève sur le texte de Pelléas et Mclisande de M. Maurice Meeterlink. Pendant plus de deux heures M. Debussy, avec un merveilleux talent de pianiste et un organe de compositeur, nous interpréta sa partition. Elle est conçue dans une forme toute nouvelle et renferme des pages de toute premier ordre. Cette œuvre m'a laissé une haute impression d’art; le théâtre qui osera la monter ne fera certes pas une entreprise banale. De ces courts instants passés, à deux reprises différentes, avec M. Debussy, j’ai remporté la conviction que, parmi les jeunes, il est l’un de ceux sur qui l’on est en droit de fonder les plus grandes espérances. Pelléas et Mélisande me parait un effort tout nouveau pour sortir des sentiers battus. Quant aux Proses Lyriques , elles sollicitent, elles aussi, dans leur genre, une sympathique attention.

Les Proses Lyriques de M. Debussy ne sont pas, à proprement parler, des mélodies. Elles peuvent prendre place à côté de certaines pièces du regretté Guillaume Lekeu et deM. Albéric Magnard. La ligne vocale, écrite sur des sujets quelque peu décadents et symboliques, n’a pas l’importance qu’elle possède dans les mélodies habituelles. Ici l’accompagnement tient la première place. M. Debussy s’y révèle harmoniste audacieux et symphoniste habile. Ecrits simplement pour piano tous les accompagnements de ce remarquable recueil laissent deviner, néanmoins, l’orchestre.

La première pièce intitulée : De Rêve ... est l’une des plus belles par le choix des harmonies, l’emploi des thèmes conducteurs, l’intérêt de la ligne mélodique, enfin par la couleur générale. Elle est bâtie sur trois thèmes, véritables leitmotive qui forment toute son ossature et qui maintiennent son unité. Le premier, paraît page 1, m. 1 et suiv. 11 s’applique à la poésie des nuits d’été et revient page 5, m. 1 et suiv. et page 6, m. 10 et suiv. Le second est un motif amoureux et féminin ; nous le trouvons page 2, m. 1 et suiv. ; page 3, m. 9 et suiv. ; page 4, m. 7 et suiv. ; page 6, m. 12 et suiv. ; page 7, m. 4 et suiv. ; page 8, m. 5 et suiv. Le troisième qui fait son apparition page 5, m. 9 est un thème chevaleresque ; on le retrouve page 6, m. 1, 7, 8, 9 ; page 7, m. 13, 14, 15 page 8, m. 1, 2, 13 et 15.

La seconde pièce: De Grève,., est une marine de beaucoup d’allure. L’accompagnement donne une sensation très trouvée du clapotis et du roulement des vague$. Ce lied contient un thème conducteur qui, énoncé page 9, m. 3 et 4, réparait même page, m. 8 et 9 ; page 10, m. 7 ,8, page 13, m. 3, 4.

De Fleurs. .. tel est le titre du troisième morceau qui est tout plein d'une ôp:e mélancolie. 11 renferme maints passages curieux et intéressants. Le

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