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POÈMES POUR PIANO ET CHANT

de •Guillaume LE K EU

Guillaume Lekeu ! Ce nom, pour bien des gens, meme parmi ceux qui s’occupent de musique, est peu ou pas connu. Et pourtant, celui qui le portait fut un artiste dans la plus pure acception du mot ! 11 a écrit des œuvres remarquables et, s’il n’était pas mort, brusquement emporté à lage de vingt quatre ans, il serait devenu, j’en ai l’intime conviction, l’un des plus brillants protagonistes de l’école française moderne.

Né à Verviers en 1870, Guillaume Lekeu était devenu notre compatriote. Depuis plusieurs années sa famille est fixée à Angers et c’est dans cette ville qu'il est venu mourir, en 1891, des suites d’une fièvre typhoïde. Lekeu qui, dès sa plus tendre enfance, avait montré le goût le plus vif pour la musique, — à six ans, il jouait du violon et âtreizeans, il organisaitdes séances pour faire entendre des fragments de Wagner, — eut pour maître César Frank. Après avoir puisé auprès de l’auteur des Béatitudes non seulement l’enseignement technique le plus solide, mais aussi l’amour désintéressé et le respect profond de l'Art, Lekeu, bien jeuneencore, commença à produire. Il a laissé plusieurs compositions remarquables dont une, la sonate pour piano et violon, est un chef-d’œuvre qui peut subir, sans désavantage, pour l’ampleur des idées et la beauté des inspirations mélodiques, la comparaison avec celle du père Franck. C’est le plus bel éloge qu'on puisse en faire.

Mais, aujourd’hui, je n’ai dessein de parler que des œuvres vocales de Lekeu: Poèmes pour chant et piano. Ces quatre pièces, — les trois premières on t été réunies eu recueil,— sont véritablement exquises. Tous les chanteurs, bons musiciens, qui ne craignent pas d’interpréter des mélodies de valeur à

la place des massennetteries et des cliaminaderies à la mode me sauront gré d’attirer sur elles leur attention.

Ces lieder , ont ôté traités par le jeune musicien avec une grande délicatesse, un charme discret, mais puissant, une intensité d’expression vraiment rare. Toutes ces mélodies sont empreintes à des degrés divers d’une ineffable mélancolie, il semble que Lekeu ait eu, en les écrivant, le pressenti, ment de sa courte destinée. Je ne sais laquelle préférer de ces adorables pièces qui révèlent si bien l’âme attachante et tendre du compositeur.

Sur une tombe est une élégie pleine d’une tristesse indicible qui laisse, après son audition, comme une sensation de morne apaisement. Le chant, écrit à C avec, ça et là, une mesure à 5/4 se déroule sur un admirable motif dont la courbe mélodique, bien personnelle à Lekeu, se retrouve souvent, d’une façon plus ou moins apparente, dans ses autres œuvres.

Le second poème est une Ronde d’une grande variété rythmique et d’une élégance pleine de distinction. Elle est bâtie sur deux thèmes principaux : l’un, qui apparaît page 5 mesure 1 et suivantes, est une phrase à 2/4 d’une animation joyeuse ; l’autre, écrit à 3/4, dans un mouvement modéré, page 7 mesures 7, 8, 9, est d’une grâce amoureuse où perce, cependant, une pointe de mélancolie. L’emsemble de la pièce est délicieux et d’une grande fraîcheur.

Nocturne me paraît la perle des lieder de Lekeu. C'est une poétique et ravissante inspiration. Le musicien, aussi bien par les inflexions d’une mélodie exquise, aux rythmes changeants, appropriés de la façon la plus exacte à la traduction de la poésie, que par le prestige d’un accompagnement enveloppant, aux sonorités veloutées et suaves, d'une fluidité inimaginable, est arrivé à donner l’impression d’une nuit de printemps, toute baignée des clartés pâles de la lune. Cette page est un petit chef-d’œuvre.

Chanson de Mai est, peut être, au point de vue mélodique, le moins original des poèmes de Lekeu. Ce lied contient, pourtant, des phrases d’une chaleureuse expression. Construit sur deux thèmes mis en œuvre avec une grande habileté, — le premier se trouve page 1 mesure 1, 2, 3, le second même page, mesure 5 (dernière note) 6, 7, — il se fait remarquer surtout par l’intérêt d'un accompagnement très fouillé.

Le musicien qui a écrit ces quatre poèmes était un noble et sincère artiste dédaigneux des succès faciles et tout épris d’idéal. Hélas! l’homme a disparu, mais ses œuvres restent et elles sont du nombre de celles qui méritent d’être connues.

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