‹ Consonnances et dissonancesChapitre 28 sur 60 · scène · texte numérisé non relu

scène

La scène de sacrifice funèbre et l'acte fini.

Ainsi l’opéra peut rester en 4 actes, en le mettant en 5, la fin du 2* acte est mauvaise selon moi, parce que les Euménides paroissant à Oreste seulement en songe, et en sa phantasie, cela détruit l’idée qu’il croit voir sa mère en voyant Iphigénie, il doit encore être occupé de son songe en disant ces paroles : ma mère , ciel ! autrement ils seroint sans aucun effet, l’acte sera un peu plus long mais n’importe, tout est y est plus chaude.

Cette lettre n’est pas signée, mais elle possède un caractère d’authenticité indiscutable. L’importance que Gluck apportait au choix de ses poèmes s’y

manifeste d’une façon toute particulière ; d'un autre côté, elle prouve aussi la part prépondérante que le grand musicien avait dans la confection de ses livrets. Iphigénie en Tauridea été jouée telle que l’indiquait le compositeur dans sa lettre et sans le Ve acte proposé par Guillard.

Piccini, le rival de Gluck, figure dans la collection par le manuscrit d’un Pange Liugua, sans grande valeur.

Par contre, une pièce d’un vif intérêt est une lettre de Mozart à son père. Dans celte courte missive, on retrouve le Mozart aimant, tendre et familial que nous avait déjà révélé les différentes lettres publiées par M. de Curzon. Naturellement la lettre est en allemand ; j’en donne seulement la traduction.

Vienne, au Prater, lô 3 de may 1783, Mon très cher père,

Je ne puis vraiment me décider à venir si tôt en ville. Le temps est si beau et il fait si bon aujourd’hui au Prater I Nous avons dinë au dehors et nous resterons encore à peu près jusqu a 8 ou 9 heures du soir. Toute ma société consiste en ma chère petite femme enceinte, — et la sienne, — en son mari qui n’est enceint, mais gros, gras et bien portant. Je suis donc allé de suite chez Peyser et je me suis fait donner l’adresse pour le banquier Scheffler et je suis allé de suite chez le dit banquier, mais il ne connait nullement un fils de commerçant du nom de Rosa et lui étant recommandé. Je lui ai laissé, pour plus do sûreté, mon adresse. Maintenant, je verrai ce qu’il arrivera. Quant à plusieurs éçrits et à l’ariette il vous faut patienter. Au Prater, on ne peu naturellement pas faire de ces choses-là et je ne puis laisser passer le beau temps à cause de ma chère petite femme ; la locomotion lui est salutaire ; aujourd’hui, je ne vous écris qu’en peu de mots que nous sommes bien portants tous les deux et que nous avons reçu votre dernière lettre. Maintenant, portezvous bien, nous vous baisons 100 fois les mains et nous embrassons du cœur notre chère sœur et restons éternellement.

Vos bien obéissants enfants,

Mozart.

La Bibliothèque de Nantes possède aussi six lignes de musique copiées par Mozart, enfant.

Avant de reproduire cette courte mais charmante missive de W. Mozart, j’aurais dû, peut-être, donner la traduction d une autre lettre, fort intéressante, signée elle aussi, Mozart, mais écrite, celle-là, par le père de l’illustre auteur des Noces de Figaro et de la Flûte enchantée . Voici cette lettre adressée par Léopold Mozart à sa fille, la baronne de Sonnenbourg.

Munich, le 2 février 1785.

Je suis parti le 28 à 7 heures et suis arrivé à 7 heures 1/2 à Wasserburg, j’ai pris la voiture de Wasserburg le samedi â 6 heures et suis arrivé à Munich à 1 heure, pour le dîner.

AUTOGRAPHES DE MUSICIENS

Je me porte bien, Dieu merci! L’opéra pris dans son ensemble est beau. La musique n’a rien d’extraordinaire, mais la mise en scène variée est ce qu’on peut voir de plus beau. Bologna, qui vous fait dire mille choses aimables et madame Lebrun « qui s’est informée tout de suite de ta santé », et Vielz ce dernier chante très bien.

Je partirai pour Vienne avec Henri probablement déjà le dimanche de carnaval en poste dans la voiture de M. Marchand pour assister vendredi 11 février, à Vienne, au concert de ton frère, parce que j’ai reçu une lettre de lui.

Le 5, M. Lebrun et sa femme nous rejoindront à Vienne. Comme madame Marchand ne m’attendait que le samedi soir et que j’entrais inopinément dans la chambre à 1 heure en criant : « Je coudrais bien également avoir de quoi manger », vous pouvez facilement vous imaginer combien tous furent saisis ; ils se levèrent précipitamment et m’étoulïèrent presque tant leur bonheur était grand.

lis vous embrassent aussi tous des millions de fois, ainsi que M™ Brochard et en particulier Jeannette ; ils croyaient que vous viendriez aussi ici.

L’opéra se termine par un ballet de Furies avec des flambeaux, car Armide monte dans les airs dans le char magique, puis une voiture enflammée tombe du ciel et toute la scène s’écroule des deux côtés. Une heure après l’opéra on vit du feu au théâtre, et on s’en aperçut à temps, car plus de dix vêtements de furies qui, heureusement, pendaient à la paroi de la garderohe brûlaient ; le feu qui jetait une vive lumière fit découvrir l’incendie, car il était encore de bonne heure et il y avait encore des gens dans la rue ; on suppose qu’il était resté dans l’un de ces vêtements quelque chose d’inflammable.

Aujourd’hui on représente une opérette nouvelle l 'Etudiant mendiant , et vendredi au moment où tu liras ces lignes, on jouera, je crois, à Salzbourg, Y Enlèvement et j’espère que tu m’en donneras alors des nouvelles à Vienne.

Mon adresse à Vienne est : Schullerstrasse, n° 846 , premier étage.

Demain je dinerai avec M. Marchand chez M. Cannabich et samedi chez M1"® Antoine. M. et Mn,° Tavernier te font dire mille choses aimables.

Je t écrirai au sujet de (mot effacé) une histoire que nous avons prévue mais qui doit nous causer du chagrin, c’est pour cela qu’il y a eu un si grand silence

Aujourd’hui j’irai pendant quelques heures au bai par compagnie (l), aussi j’écris aujourd’hui car demain je n’aurai pas le temps.

Si tu avais le temps de prendre dans le haut de l’armoire 3 ou 4 exemplaires de la méthode de violon , la clef est derrière sur la table auprès du microscope, ce serait très bien.

Les cuivres sont dans la salie dans l’armoire de la musique. Il doit y avoir là encore un exemplaire complet, mais l’autre n’est pas complet. Au cas où un libraire désirerait acheter une méthode de violon je pourrai lui donner les trios pour un florin 45 kreutzer pièce.

Je sors à l’instant de l opérette qui était très bonne, je vais manger, changer d’habit, puis aller au bal. Adieu doxic, soyez heureux, je vous embrasse des millions de fois et suis pour toujours.

Votre père affectionné, Mozart.

^1) Ln français dans le texte.

Si M Ta vernier doit t envoyer les ( mot illisible) écris-le-iui, autrement

elles resteront jusqu’à mon retour.

L’adresse de la lettre est écrite en français. Elle est ainsi conçue :

A Madame

Madame de Sonnenbourg née Mozart a

A remettre au domicile du maître de danse.

Salzbourg.

Vient ensuite un autographe musical des plus précieux. C’est un fragment de la Symphonie en mi bémol d’Haydn portant, en marge, un certificat d’authenticité signé de Chérubini.

Beethoven est représenté, dans la collection par le mot suivant adressé à M. Zavis:

Un obstacle imprévu fait qu’il m’est impossible d’aller demain à Baden. En vous en informant, je vous dis en même temps que j'aurai l’honneur dlaller vous chercher sûrement après demain à 6 heures du matin pour aller en voiture avec vous à Baden où j’espère que nous aurons un plaisir réciproque de cette petite excursion dans la belle nature.

Jusque-là, adieu.

Votre dévoué serviteur, Beethoven.

Voici, maintenant, une lettre très curieuse signée Grétry, datée de l’Ermitage. Grétry, on le sait, avait acheté la propriété de Jean-Jacques- Rousseau :

Votre lettre, Madame, m’a procuré une bien douce jouissance : je vivois depuis quatre jours avec la fièvre, sans un instant de bonheur ; vous êtes venue au secours d un autre malheureux ; et je me sens infiniment mieux. Comment ai-je pu vous inspirer le tendre attachement que vous me témoignez, chère Caroline ? Je le dois à votre imagination toujours printanière; je ne veux ni pourquoi, ni analyse, j’ame mieux jouir. M. Roussilin (?) arrive de Caen, il a gagné son procès, il a plaidé lui-même, son mémoire est écrit supérieurement ; ne le haïssez pas trop, je vous prie, ce seroit une preuve du contraire. Songez que si je vous avois connue il y a seulement iO ans, je vous aurois adorée et peut-être mordue jusqu’au sang.

Que vous êtes aimable de me parler de mon petit Gabriel Grétry. Il m’écrit de Saint-Cvr qu’il voudroit en sortir et que je n’ai qu’un mot à dire à l’empereur pour qu’il aille à l’armée; il a l'ingénuité de 18 ans quoi qu’il soit plus grand que moi. Si vous avez des rapports avec M. le général Bellavène qui commande à Saint-Cyr, taché (sic) que mon neveu soit compris dans la première (mot déchiré) qui sortira de l’école militaire, je vous en prie; vous pouvez lui dire ou lui écrire que je suis encore plus riche de gloire que de pécule et que la pension de 1200 francs me pèse sensiblement. Pardon, belle âme, si je vous mets

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en exercice. Chantez mon plus bel air et ne m’oubliez pas. Recevez l’hommage de l’hermite d’Emile.

Grétry.

A l’hermitage, 28 mai 1809.

Cette lettre porte comme suscription : A Madame du Crestet, à Saint - Germain-en-Laije. Quand il l’écrivit, Grétry avait G8 ans. Le ton brûlant de certaines lignes laisse supposer que l'âge n’avait point encore glacé le cœur de l’auteur de Richard- Cœur-de-Lion.

De Païsiello, cette lettre dont je donne la traduction :

Naples, 24 octobre 1808

A son excellence monsieur le Conseiller.

Votre très gracieuse lettre en date du 18 août dernier, m’a procuré une grande consolation et, particulièrement, pour avoir calmé le doute que j’avais conçu, à savoir, que, peut-être, le pli que M"e la duchesse de Monteleone devait vous remettre, avait été oublié.

A présent donc, M. le Conseiller, que vous l’avez reçu, je suis tranquille, et je vous remercie infiniment d’avoir daigné le remettre à l’illustre Société académique des enfants d’Apollon. De même je vous remercie vivement, M. le Conseiller, des expressions aimables que vous avez daigné employer à mon égard, bien qu’elles ne fussent pas nouvelles pour moi. En effet, dès le premier moment que j’ai eu l’honneur et la bonne fortune de me présenter chez vous, je vous ai trouvé toujours prêt à me combler de bontés, de politesses et de telles marques d’affection, que tant que je vivrais, je ne les oublierai jamais.

M. Davilliers m’a écrit que la Société fera exécuter ma musique en séance publique dans le courant de ce mois. Je le désire et je l’espère ; elle pourra être composée, en conséquence, vous ne manquerez pas, pour l’avenir, des autres témoignages de ma reconnaissance.

Je vous prie M. le Conseiller, de vouloir bien faire agréer mes plus respectueux hommages à l’excellente madame de Moreau de Mezzi ainsi qu’à toute sa respectable famille. En attendant que j’aille vous présenter moi-même mes hommages.

Je suis, Monseigneur de votre Excellence le dévoué et respectueux serviteur.

Giovanni Païsiello.

Deux lettres de Spontini sollicitent particulièrement l’attention. La première, où l’orgueil du compositeur apparaît de la façon la plus naïve, est adressée au journaliste Martainville, fondateur du Drapeau blanc. Pamphlétaire virulent, sorte de Rocbefort royaliste, Martainville était aussi auteur dramatique. 11 écrivit un grand nombre de pièces, toutes tombées aujourd’hui dans le plus complet oubli, sauf une féerie: Le Pied de Mouton . Sous la Restauration Martainville était une véritable puissance. Il est bon de le rappeler pour expliquer le piix que Spontini semble attacher au suffrage du folliculaire sans scrupule qu’était Martainville.

Monsieur,

Je suis donc si peu heureux, même clans le peu de succès qu’a obtenu mon F. Cortez , que vous n’ayez pu trouver l’occasion ni le motif de redire un mot favorable sur cet ouvrage dans le cours de dix représentations consécutives données pendant le court espace de cinq semaines, au milieu des plus fortes chaleurs, avec des recettes énormes et des chambrées presque toujours pleines? Lorsque ce succès a été tous les jours en croissant, quoique à la 4e représentation on ait été obligé de changer d’Amazil y et que Mu* Paulin y ait été fort bien surtout aux deux dernières représentations? Lorsque le public de Paris, à l’instar de celui d’Allemagne, divisé en deux puissants partis, l’un me fait l’honneur de préférer la Vestale à F . Cortez , à cause de l’excessive expression (soi disant) du pathétique, de la mélodie, du dramatique et du tragique qui régnent dans cette ouvage : tandis que l’autre préfère F. Cortez à la Vestale , à cause de son extrême originalité (dit-il encore , des conceptions plus hardies et plus étendues qui ont enfanté la scène de la conspiration, tous les chants et les morceaux d’ensemble de cet opéra, à cause de la suavité des airs et des duos de la voluptueuse Mexicaine, des chants et des marches guerrières très variées et caractéristiques, des cris effroyables des Mexicains produisant des très heureux contrastes avec l’hymne à trois voix sans accompagnement et avec d’autres chants nobles et énergiques des espagnols (voilà ce que les partis disent).

Lorsqu’enfin ce succès et celui de la Vestale m’obtinrent, jadis, le grand prix décennal, et de S. M., tout récemment, la plus flatteuse et la plus honorable récompense.

Pardonnez, Monsieur, ce léger mouvement d’amour propre d’auteur qui ambitionne la faveur de votre suffrage et l’indulgence du public.

Daignez agréer, Monsieur, les sentiments les plus distingués d’estime et de reconnaissance de l’auteur de F. C. et de la Vestale.

Paris, ce 9 juillet, 1817

p — On donne aujourd'hui la Vestale et vendredi F. Cortez ; il vous se* rait très facile, Monsieur, de saisir ce rapprochement pour décider la question d’après votre sentiment, mais comme musique et non comme poème.

La seconde lettre a pour destinataire Hoffmann, le célèbre critique du Journal des Débats .

Monsieur,

Vous avez eu l’extrême complaisance de me donner quelques avis sur Olim pie, seriez vous assez bon, Monsieur, de voir, si nous en avons bien piofité, en jettant les yeux, dans quelques moments perdus, sur le premier et le second manuscrit, que je prends la liberté de vous faire remettre.

Un de ces matins j’aurai* l’honneur de venir chercher l’ouvrage, connaître votre opinion à laquelle j’attache infiniment de prix, et vous présenter tous mes remerciements et les sentiments de ma haute considération avec laquelle

j’ai l'honneur d’être, Monsieur,

Votre très dévoué serviteur,

Spontini

Ce 10 janvicJfi

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L’écriture de ces deux lettres est fort belle. Elle a l’aspect noble et pompeux de la musique de l’auteur de la Vestale.

Une autre lettre adressée à Martainville est due à Boïeldieu. L’écriture en est fine et distinguée.

Je ne puis trop vous remercier, mon cher Martainville, pour le charmant article que j’ai lu hier dans la Gazette; il me flatte d’autant plus que tout le monde sait que quand vous parlez ainsi d’un ouvrage, c’est qu’il vous fait plaisir, aussi êtes vous du nombre de ceux dont je brigue le suffrage. \ ous faites beaucoup de bien à notre Petit Chaperon et je ne suis pas le seul qui vous doive des remerciements. Mon frère me charge de vous adresser les siens, vous lui avez valu 600 fr. pour la journée d’hier, cela ne s’est jamais vu depuis qu’il vend de la musique.

J’ai vu Lafont ce matin, dites nous si vous voulez toujours pour demain et ne vous gênez pas, si vous vouliez que ce fut pour un autre jour, je sais que vous n’êtes pas toujours maître de votre temps Si rien n’est dérangé dites-moi où il faut que nous allions. Lafont ne peut partir qu à 2 heures, h aites vous route avec nous, ce serait bien aimable, mais liberté entière.

Adieu, mon cher Martainville, recevez, encore mes bien sincères remerciements. M

Boïeldieu.

Voici une lettre de recommandation envoyée à Mme Martainville par

Chérubini.

Ce 15 mars.

J’ai l’honneur de vous écrire, ma belle et aimable dame, pour vous instruire que ce soir un des élèves du Pensionnat de 1 Ecole royale débute à 1 Opéra par le rôle d’Anacréon, et pour vous prier d être mon avocat auprès de votre mari pour l’engager de dire du bien de ce jeune homme, dans l’article de son journal où il rendra compte de son début. Je crois que cet élève mérite sous tous les rapports, les éloges qu’on fera de son talent naissant; au surplus je vous le recommande et le mets sous votre protection, bien sur que votre impartialité et votre bonté naturelles seront d’accord avec mon désir.

Agréez, Madame, l’assurance de mes sentiments distingués.

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