L. Chérubini
Mme Martainville, femme du directeur du Drapeau blanc, était une cantatrice distinguée attachée à la chapelle royale.
Paër, l’auteur du Maître de Chapelle , était, paraît-il, fort lié avec le ménage Martainville, comme le prouve cette lettre adressée à Mme Martainville :
Ma très chère commère,
Et moi aussi je suis venu dix, douze fois pour vous trouver avec cette pauvre Alphonsine, et toujours infructueusement ! Combien de fois ne sommes-nous entrés chez Mme Pacot pour lui demander de vos nouvelles ? Ce fut d’elle que j’appris votre dernière indisposition (sans laquelle vous auriez eu un quatrième
potit Martainville), et malgré cela nous avons éprouvé beaucoup de peine. Je sais bien que vous devez aller les dimanches à la chapelle Rlf, mais je sais, en outre, que vous demandez souvent des congés. Par exemple, hier, au lieu de m’écrire, pourquoi n’ètes vous pas montée un moment? Cette pauvre Alphonsine a couru bien vite chez vous pour vous donner de bouche la réponse de votre aimable lettre. Mais vous étiez déjà partie pour la Messe du Roy, et de là pour le Pecq. Ainsi au lieu de nous voir, de nous embrasser, de nous expliquer à notre aise, il faut bien se contenter d’écrire. Voilà le fait. Nous sommes (moi et Alphonsine) dans l’intention de partir le 2 du mois prochain pour Contrexéville, alin de boire autant de verres d'eau que l’année passée et pouvoir revenir avant la ( mot déchiré) Roy: mais, mon aimable commère, il faut pour cela deux choses: P que le temps se mette tout à fait au beau et durable , sans cela les eaux de Contrexeville ne sont d’aucune utilité ; et 2° que mon indisposition (dont je suis attaqué depuis 8 jours) me permette do courir la poste et perdre deux nuits de suite en m’en allant par diligence. Ainsi je ne puis vous dire au juste ce qui m’arrivera d’ici à 10 jours, mais je puis bien vous assurer que si je viens chez vous, je veux y rester avec ma fille cinq ou six jours (au moins) et me rétablir à cet exellent air et jouir de votre aimable société, en nous amusant tous avec notre cher ami Martainville. Voilà bien des projets ! Indiquez-moi seulement le temps de la fête du Pecq, parce que je ne me rappelle pas exactement sa date. En attendant, recevez mes remerciements, parce que je compte sur votre lettre comme sur une invitation formelle , et croyez que ce n'est que pour ma santé que je devrai partir pour les Vosges, les eaux m’ayant fait grand bien l’année dernière. Je vous embrasse bien tendrement avec mon fdieul (sic) et sa très chère sœur. Quand vous revenez à Paris faites-moi le savoir. Addieu (sic), Madame, croyez toujours aux sentiments d’amitié et d’estime que nous vous avons voués.
Perd. Von Paer.
Paris, le 23 juin 1823
La collection Labouchère possède une lettre de Weber écrite en français. Son intérêt n'échappera à personne. Comme on le verra, d’après le texte, rien n’indique à qui elle était adressée. Je l’ai publiée, pour la première fois, dans Y Ouest- Artiste, en octobre 1898. Qulques semaines après mon éminent ami M. Charles Malherbe, dont l’érudition est universellement connue, fixait, dans un article fort intéressant, l’origine de cette lettre. Elle était adressée à un certain chevalier Ferdinand de Cussy dont Weber avait reçu la visite à Dresde pendant l’été de 1824. Ce gentilhomme français venait de la part du Directeur de l’Opéra de Paris demander au grand compositeur allemand d’écrire un ouvrage pour notre première scène lyrique. Profitant de la circonstance qui l’amenait à Dresde, de Cussy fournit à M'eber les paroles d’une mélodie qui est la seule que le Maître ait jamais écrite sur un texte français. Dans le journal de Weber on lit: « 16 décembre 1824 : Travaillé à la romance de Cussy. — 17 décembre : écrit à Cussy et envoyé romance par Portai.
La lettre qui suit est celle dontM. Malherbe aretrouvé les traces dans le journal de Weber.
AUTOGRAPHES DE MUSICIENS
J’ai eu l’honneur de recevoir votre aimable lettre du 23 de novembre, le J 3 d. m. de Xbre. Pourtant je hasarde de vous faire passer, Monsieur, ces lignes par la bonté de M. le B,r de Portai, dans l’espérance qu’elles vous trouveront encore à Paris.
Je suis extrêmement sensible à l’intérêt vif et batteur que vous me témoignez Monsieur, je désire toujours beaucoup d’avoir un opéra pour la scène française ; et je ne manquerai pas de profiter de la permission de M. Désaugiers de me présenter chez lui en passant par Paris. Mais il n’y a rien de décidé jusqu’à ce moment-ci sur ce voyage. Je n’ai pas encore reçu le poème de l’opéra qu’on m’avait offert de Londres, et il y a de l’apparence qu’il soit perdu. En tout cas le temps pour en faire la composition est trop court, et je ne pourrais pas décider actuellement quelle intluence tout cela aura sur le voyage entier.
Si je vais à Londres, — vers la fin du mois de mars, — je passerai certainement par Paris, et quelques jours me feront voir si l’Administration est intentionnée de se mettre en rapport avec moi.
Vous vous rappellerez, Monsieur, de ce que nous avons parlé à ce sujet; comme je sais apprécier l'honneur et le plaisir d’écrire pour votre scène lyrique, mais que de l’autre côté je suis trop parreseux (sic) pour faire le client.
Ayant beaucoup d’affaires sur les bras, à cause de la maladie de mon collègue Mostrachi, j’en appelle entièrement à votre bonté quant à ce qui regarde la brièveté avec laquelle j’ai l’honneur de me dire,
Monsieur,
votre très humble et très très obéissant serviteur