ANDANTE FUNÈBRE
nelles de Camille Saint-Saens, le délicieux Roi cl’Ys, le Rêve, pur et parfait chef d’œuvre qui ouvrit à la musique une voie nouvelle et féconde. Y Attaque cia Moulin , Kermavia,Phryné, Louise , le Juif Polonais , l 'Ouragan, ledramemusical le plus puissamment, le plus tragiquement, le plus simplement beau paru jusqu’ici sur une scène française, enfin Pelléaset Melisancle dont la troublante originalité possède une séduction à laquelle ne sauraient résister les fervents de l’Art.
Cette brève revue do la production française depuis 1875 suffit pour prouver que l’Académie nationale de musique est plus néfaste que favorable aux pièces inédites. Les compositeurs qui s’y sont hasardés avec des grands opéras plus ou moins historiques, plus ou moins conçus dans les anciennes formes ont annihilé, par là môme, leur inspiration et ne sont arrivés à produire que des ouvrages incomplets qui n’ont enrichi d’aucun fleuron original la couronne de la musique française. Ceux qui ont voulu y faire quelque audacieuse tentative d’art libre se sont heurtés au mauvais vouloir de gens professant une horreur innée pour tout ce qui sort de la routine et iis ont vu leurs partitions négligées et finalement sacrifiées à la grande joie des médiocrités triomphantes.
On l’a dit avec raison : l’Académie nationale de musique qui, avec ses 1.530 fonctionnaires, forme un ministère véritable, devrait borner son rôle à être le Louvre des œuvres lyriques. Réduite à être seulement un Musée, cette institution pourrait alors avoir sur l’Art une heureuse influence.
LE ROI DE LflHORE
(Académie nationale de Musique. — Avril 1876)
Premier ouvrage dramatique do M. Massenet, le Roi de Lahore est, — et restera,— l’un de sesmeilleurs. Ecrit avec une sincéritéqui, malheureusement, tendra plus tard à disparaître à mesure que le compositeur avancera dans sa carrière, pour faire place, presque uniquement, à l’emploi des procédés et à la recherche constante de la faveur du public, ce grand opéra contient de nombreuses belles pages qui devraient lui assurer une place dans le répertoire courant de l’Académie nationale de Musique.
Il est vraiment étrange que, depuis vingt-trois ans, le Roi de Lahore n’ait pas reparu sur l’affiche, alors que, de temps en temps, on s’entête à faire la reprise, malgré un succès constamment négatif, de cette partition sans couleur, sans accent et sans vie, qui a nom Thdis. M. Pedro Gailhard a, sans doute, pour justifier son abstention, des raisons que la raison ne comprendrait certainement pas. Je n’essaierai pas de les approfondir et me contenterai de regretter que le plus fécond des compositeurs français contemporains soit seulement représenté à l’Académie de musique par deux de ses œuvres les plus mauvaises, le Cid et Thaïs.
Le livret du Roi de Lahore, dû à M. Louis Gallet, est au plus haut point favorable à un grand-opéra. La légende qui l’a inspiré est simple ; elle ne manque pas de poésie et elle se déroule dans des décors merveilleux. La pièce se passe dans 1 Inde, au XII' siècle; elle met aux prises un roi et son premier ministre amoureux de la même femme et nous fait successivement assister à la trahison de celui-ci, qui, au milieu d’une bataille, frappe son maître ; à l’entrée du Roi dans le Paradis d’Indra ; à la pitié du dieu qui permet au défunt de retourner sur la terre ; à la terreur de l’assassin à la vue de sa victime vivante ; à la fidélité de la jeune fille qui se poignarde
plutôt que d’épouser l’homme qu’elle hait ; enfin, à la seconde mort du Roi que le trépas atteint, selon la volonté d’Indra, en môme temps que sa bienaimée.
Une belle ouverture, solidement construite, dispose, de suite, favorablement l’auditeur. Dans un allegro emporté, aux sonorités stridentes, jaillit, à plusiours reprises, un thème brutal qui reviendra souvent, au second acte, pour souligner les différentes péripéties de la bataille. Une délicieuse phrase en sol majeur se déroule ensuite lentement, rêveuse et mélancolique ; puis X allegro reparaît amenant, au bout de six mesures, l’apparition d’un motif fugué, d’allure guerrière, qui aboutit à un tumulte orchestral où font rage les cuivres et les instruments à percussion. Mais les sonorités diminuent pour laisser entendre, maintenant, une longue phrase expressive. Après un nouveau retour du premier thème, émerge un autre motif issu de la première mesure de chant de la p. 6, mais écrit, cette fois, à 12/8. 11 cède, un instant, la place au thème fugué, puis il se développe en une ample et passionnée mélodie. Toute la péroraison de l’ouverture est d’un grand effet.
Le premier tableau du 1er acte se passe devant le temple d’Indra. Au loin, on aperçoit un splendide panorama de Lahore. Le peuple, à genoux devant les portes du temple, supplie le dieu de sauver la ville de l’invasion musulmane. Ce chœur, bien traité, est soutenu par un dessin d orchestre d’une excellente couleur. En un récit largement déclamé, le grand-prêtre Timour rassure la foule qui se retire. Scindia, le premier ministre du roi, vient demander à Timour de relever de ses vœux sa nièce Sita, qu’il lui confia jadis. Bien qu’elle soit prêtresse, il l’aime, et refusant de croire au bruit, venu à ses oreilles, que la jeune fille reçoit, chaque nuit, un hommequi vient lui parler d’amour aux pieds même de l’autel, il veut l’épouser. Scindia, d’ailleurs, interrogera Sita et, si elle est coupable, il sera le premier à réclamer son prompt châtiment. Le duo entre le baryton et la basse est d’un bon mouvement dramatique. Les passages les plus saillants sont la phrase de Scindia: Je veux croire. à son innocence , et celle, valant mieux, selon moi, de Timour : Ni sa beauté , ni sa jeunesse .
Le deuxième tableau nous transporte dans le temple d’Indra. Sita arrive accompagnée par les prêtresses, aux accents d’une charmante petite marche religieuse avec chœur, chantée uniquement par les 1er et les 2e soprani. Scindia, resté seul avec la jeune fille, lui annonce quelle va quitter le temple, car il a choisi pour elle un époux. Quand Sita apprend que cet époux n’est autre que Scindia lui-même, elle refuse d’abandonner les autels d’Indra. Furieux, le ministre l’accuse alors d'avoir un amant. La jeune fille, naïvement, raconte les visites du bel inconnu qui, chaque soir, au