LE ROI DE LAHORE
moment de la prière, vient lui parler d’amour, mais n’a jamais, pourtant, effleuré sa main. Scindia renouvelle ses déclarations, mais comme Sita les repousse toujours, il frappe sur le gong sacré pour appeler les prêtres. Ce duo contient des passages fort agréables. Les phrases de Scindia sont, au début, pleines d’une grâce enveloppante. La réponse de Sita : Seigneur , ne dois-je pas finir ici ma vie ? et son a parte : O doux mystère , vas-tu donc m'ètre révélé?... sont d’un tour délicat bien personnel à l’auteur. Quand Sita raconte, en un récit d’une extrême simplicité, les visites du bel inconnu, le violon solo redit la belle mélodie signalée dans l’ouverture. Après un récit de Timour appelant la vengeance des dieux sur la prêtresse sacrilège et un chœur d’imprécations vient un air de Sita qui contient quelques passages bien venus. Dans le lointain on entend les voix des prêtresses chantant la prière du soir. Cette invocation soutenue, dans la coulisse, par les harpes, le triangle et le tambourin, a une couleur bien orientale. La mélodie de l’ouverture revient encore p. 73, 74, 75. Le motif d’une phrase, chantée tout à l’heure par Sita: Si je dois i-ester sans défense , apparaît à l'orchestre p. 74. Au moment où les prêtres et le peuple vont se précipiter sur la jeune fille, Alim, le roi, parait à l’entrée d’un passage secret ouvert dans l'un des piliers du sanctuaire. Il prend Sita sous sa protection et déclare qu’il l’aime. En expiation d’avoir levé les yeux sur une prêtresse, Timour ordonne à Alim d’aller, avant son mariage, à la rencontre de l’armée de Mahmoud et d’en délivrer le pays. Le caressant andanie chanté par Alim : Viens! je ne serai pas ton maître , sert de base à un grand ensemble qui, après la réponse du roi à Timour, d’un accent original et fier, revient comme final.
Le second acte nous amène dans le camp d’Alim. Au loin, la bataille est engagée entre les troupes du Roi et celles du Sultan. Le prélude, entièrement bâti sur les deux motifs guerriers, dépeint bien, avec ses sonneries de fanfare, lancées, au loin, derrière le rideau, le tumulte du combat. Au lever de la toile, des esclaves dansent dans le fond de la scène pendant que des soldats jouent aux échecs. Ce petit ballet se déroule sur un motif pittoresque et élégant chanté par les violons, pendant que les temps forts sont scandés par des coups de timbre. Sita et le jeune Kaled — dont le rôle, soit dit en passant, est complètement inutile à l’action — sortent de la tente et écoutent les bruits de la bataille. Sita, inquiète d’abord, se laisse rassurer par Kaled, et les deux femmes, — Kaled est un rôle travesti, - chantent alors un nocturne peu en situation, mais d’une ravissante mélodie et d’une instrumentation délicate et fine. Au milieu de ce morceau à 3/4, en si bémol , chanté entièrement en ensemble, se trouve, confiée à Sita, une phrase à C en ré majeur, d’un sentiment exquis. Les dernières mesures de cette phrase reparaissent à la fin de la scène, cette fois dans le ton général du
nocturne et précédées d'un rappel du motif du final du 2e acte. Tout à coup, l’armée en désordre envahit la scène. Le Roi a été frappé traîtreusement par Scindia et la déroute s’est mise parmi les soldats. Scindia leur persuade qu’il faut se replier au plus vite sur Laliore. Alim, grièvement blessé, survient. Il essaie vainement de ranimer les courages. Tout est inutile. Les soldats, poussés par le ministre, abandonnent le roi agonisant. Le début de cette scène jusqu’à l’entrée d’Alim, est basé sur les motifs de guerre. On y remarque — effet renouvelé du 3° acte de Lohengrin — des sonneries de trompettes dans les différents tons. L’interpellation du roi est d’une chaleur quelque peu factice; par contre, le chœur : Roi , quand la mort t'a frappé de son aile ... est d'une belle allure. Presque toute la fin de la scène est construite sur le motif de ce chœur. L’air dans lequel Scindia jette sa haine au visage d’Alim a du caractère, bien que, par instants, il cotoie la banalité. Quand Scindia et les soldats se sont retirés, Sita se précipite vers Alim. Duo passionné entre les deux amants. L’ensemble : Restons unis ne vaut pas grand'chose, maisil est enveloppé d'un beau tissu orchestral. En revanche, il faut signaler la phrase d’Alim : Enfant que ta lèvre timide . . . et celle de Sita : Oui, je bénis la souffrance, sous laquelle court un amoureux chant des violoncelles. Au loin, on entend les cris de l'armée qui abandonne le camp. Alim veut courir arrêter ses soldats, mais il retombe mort. Scindia rentre en scène et entraîne Sita. Le thème du chœur : Roi, quand la mort fa frappé de son aile... reparaît dans les dernières pages.
Les féériques splendeurs du Paradis d’Indra, servent de cadre au 3e acte. Après quelques mesures d’un chœur chanté derrière le rideau, la toile se lève sur la marche céleste, morceau assez bien venu, mais dont le motif principal aurait gagné à ne pas être si écourté. Dans le chœur des Bienheureux, le passage en la bémol mérite de retenir l’attention. Le ballet est le plus remarquable de ceux écrits par Monsieur Massenet. Dans le premier numéro, charmant, d’ailleurs, en son entier, je citerai tout particulièrement Y adagio chanté par le saxophone et le chaud et expressif eantabile en la bémol. Le second numéro est, lui aussi, délicieux. Il se compose de variations sur une originale mélodie hindoue confiée à la flûte solo, variations traitées de la façon la plus ingénieuse. La première et la cinquième sont, notamment, tout à fait remarquables. Le final est inférieur aux autres numéros. Cependant, au milieu de ces voluptés, Alim s’avance triste et indifférent pendant qu’à l’orchestre pleure un magnifique adagio d’une poignante tristesse. Interrogé par Indra, Alim lui répond, en une phrase, sans accompagnement, dont le motif est emprunté à un passage du duo du deuxième acte. Il supplie ardemment le dieu de lui rendre la vie, dût-il payer cette faveur par dix siècles d’enfer. A remarquer les harmonies pénétrantes qui soulignent la réponse d’Indra : Dix siècles de tourments pour une vie humaine! Cependant touché