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LES IMPRESSIONS D’ITALIE

De Gustave CHARPENTIER

Cette partition est la première œuvre de l'auteur de Louise. Il l’écrivit à la Villa Médicis. pendant le séjour qu’il y fit, comme prix de Rome, et ce fut son envoi à l'Institut. Cette composition d'un débutant qui s’affirmait, du premier coup, comme un maître, attira aussitôt l’attention des musiciens. Et quand M. Colonne la joua à ses concerts, elle conquit, non moins vite, les suffrages du public charmé par sa jolie couleur, la clarté de ses idées mélodiques et la franchise de ses rythmes.

Les Impressions d' Italie se divisent en cinq parties, qui forment, chacune, comme un tableau aux touches vives et chaudes, rappelant avec une intensité puissante, les coins de paysage qui séduisirent le jeune musicien, alors qu'il errait dans la campagne romaine ou sur les quais de Naples.

Le premier morceau intitulé : Sérénade, évoque les claires nuits d’été italiennes, à l'heure où les garçons s’en vont chanter sous les fenêtres des jeunes filles. Le thème principal, exposé à vide par les violoncelles, est tout à fait charmant dans son allure décidée, légèrement provocante. Cependant, au bout de quelques mesures, en un mouvement plus lent, il se fai t plus tendre, plus persuasif et, par l’altération de quelques notes, il revêt même une légère teinte mélancolique qu’il ne conserve pas longtemps, d ailleurs. Un autre motif apparaît alors, confié au violoncelle solo sur un enveloppant accompagnement. Il passe ensuite à divers instruments, traité de la façon la plus délicate dans un développement intéressant. Mais les galants s éloignent. Pourtant, 1 un deux, attardé, fait encore retentir la campagne endormie du bruit de sa chanson qui décroit et meurt peu à peu. C est 1 alto solo, placé dans la coulisse, qui déroule, cette fois, la mélodie primitive, tandis que les violoncelles divisés, auxquels la harpe joint sa sonorité cristalline, l'accompagnent discrètement. A un moment, le roulement d une timbale voilée ajoute comme une note sombre de tristesse. Tout cela est exquis.

CONSüNNAM ES ET DISSONANCES

A la Fontaine, tel est le titre du second numéro. J’imagine que M. Charpentier a dû écrire cette page adorable à Arricia ou à Genzano, dans ce poétique et impressionnant décordes monts Albains et du lac de Némi. alors (jue les belles filles s’en vont puiser cette eau fraîche et délicieuse, dont, après bien des années, j’ai conservé le souvenir de la saveur. La phrase de hautbois, avec sa réponse de violons et de violoncelles, par laquelle débute le morceau, est délicieuse. Un autre thème d’une grande élégance, est chanté m. 29, 30, 31, 32, parle hautbois, le cor anglais, la clarinette et le basson Ce numéro est le plus court de l’œuvre; ce n’est pas le moins beau.

La troisième partie, A Mules , est des plus pittoresques. M. Charpentier y a noté, avec une extrême habileté, les sensations éprouvées pendant une excursion à travers les monts Albains et les montagnes de la Sabine. L’imitation du trot de la mule par les timbales, les violons, les altos et les violoncelles, accompagne le joyeux chant du guide qui s’envole lancé d’abord par les hautbois et le saxophone soprano pour être repris, plus loin, par les mêmes instruments auxquels s’ajoutent les flûtes et les clarinettes. Le cor, les bassons, les violoncelles exposent ensuite une agréable phrase à l’accompagnement de laquelle, au milieu des dessins imitatifs des flûtes, des clarinettes et des violons, les grelots jettent leur argentine gaieté.

La chanson du muletier s’éloigne, puis, donnant bien l’impression du calme de la nature qui s’endort, les flûtes soupirent de placides tierces. Deux cors répondent aux flûtes, en sons ouverts d’abord, en sons bouchés ensuite comme un écho lointain. Aux violoncelles et au basson passe maintnnant un chant plein de tristesse, puis les flûtes, de plus en plus pianissimo égrènent encore leurs tierces, encadrant, cette fois, deux retours d’un fragment de la chanson de route du guide.

Sur les Cimes, est, peut-être, la meilleure partie de l’œuvre. Ce numéro est d’une intense poésie, d’une beauté achevée et complète. Tous ceux qui aiment la montagne, qui ont respiré, à pleins poumons, l’air embaumé et pur des sommets, qui connaissent cette joie unique des vastes horizons découverts après une ascension pénible, qui ont. vers midi, lorsque dans les vallées, les cloches des hameaux sonnent V Angélus, déposé le bâton et le sac, éprouveront à l’audition de ce morceau une impression profonde qui leur rappellera les sensations inoubliables si bien décrites par Edouard Rod dans Là Haut.

Pendant que le murmure des flûtes, des clarinettes et de la harpe, sur de longues tenues du quatuor, passent comme une brise légère, apportant le son d’une cloche lointaine imité par le cor, les altos et les violoncelles chantent une phrase d’une superbe expression. Puis, fortissimo, les trompettes, les harpes, les violons et le^ altos lancent un thème enthousiaste, cri d’admiration du voyageur devant les beautés qui se dévoilent à lui. Ce

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motif reparaît plusieurs fois, de plus en plus vibrant. Les sonorités oioissent. De nouveaux thèmes s affirment, alternant avec les précédents. Mais tout finit par s apaiser. Le calme majestueux et souverain des hautes cimes règne seul en maître... Tout là bas, pourtant, vibrent encore, légers, quelques sons de cloches, imités par le cor et la harpe. Dans cette partie, certain motif (m. 124. 125, 126), laisse déjà pressentir Louise.

Le cinquième et dernier numéro, Nnpoli , est de beaucoup le plus important de cette suite symphonique. C’est aussi celui qui porte le plus sur le ' public par sa verve endiablée, son coloris éclatant, son entrain et sa belle humeur. La joie, la gaieté napolitaine ; la vie extérieure, frivole, insouciante de la ville de la Camorra et des lazzaroni ; tout le brouhaha de la rue de Tolède ou de Santa-Lucia un soir de fête, quand, partout, s’élèvent les cris et les chansons; le bruit des musiques militaires qui font retentir les places des éclats de leurs cuivres; les amoureuses paroles murmurées à 1 oreille des femmes ; le pétillement des fusées qui grimpent dans le bleu profond de la nuit étoilée, tandis que. là-bas, au sommet du Vésuve, monte, menace perpétuelle, une fumée teintée de reflets sanglants; tout Naples enfin, est symbolisé Mans cette dernière partie, dont les vulgarités voulues sont sauvées par la maîtrise avec laquelle elles sont amenées dans une trame symphonique très serrée et toujours intéressante. Je n’entrerai pas dans l’analyse de ce fragment que, seule , l’audition permet de bien apprécier . Je signalerai, toutefois, le brillant motif lancé par les trompettes et les trombones (m, 122 et suiw), qui revient souvent ensuite à différents instruments, et le beau solo de violoncelle dans lequel se trouve enchâssé un î appel du motif initial de la Sérénade . A cipoli, par son éclat, par sa truculence rythmique et mélodique, n’est pas sans analogie avec YEspana de Chabrier. Ces deux compositions sont de la même famille.

M. Gustave Charpentier est un musicien épris de la vie et du grand air,

un amoureux des foules, un coloriste de premier ordre. Toutes ces quali

tés, que ses œuvres suivantes ne firent qu’affirmer davantage, on les trouve déjà dans sa partition de début. « Impressions » est bien le titre qu’il fallait à cette suite d’orchestre où, — la quatrième partie, Sur les Cimes , exceptée, — le caractère extérieur des êtres et des choses est exprimé de préférence aux états d’âme des premiers ou aux pensées que peuvent suggérer les secondes. Mais si les idées semblent parfois manquer de profondeur, elles sont exposées d’une façon si remarquable, développées avec une telle habileté, traitées avec un art si personnel et un si beau dédain des roueries du métier, que l’on ne résiste pas au charme d’une œuvre qui restera comme l’une des productions symphonie sincères, les plus captivantes de l’Ecole française, à coté d Es

rappelais tout à l’heure, et de Y Arlésicnne.

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Préface et Avertissement .

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