‹ Conspirateurs et gens de policeChapitre 26 sur 46 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Rapatel vécut longtemps. Il put voir, en ce bizarre pays de France où vivants et morts vont si vite, se succéder trois gouvernements, et, tour à tour les appréciant, les servit tour à tour, — très habile homme, à une époque féconde en habiles gens,

Armand Pinoteau ne subit pas, non plus, un trop cruel supplice. Incarcéré d'abord au Temple, et destitué de son grade, il recouvra sa liberté, et fut envoyé en surveillance à Ruffec, son pays natal. Mais il comptait dans l'armée impériale de nombreux amis; Louis Bonaparte intercéda auprès de son frère, et Napoléon se laissa fléchir. En 1808, le colonel reprit ses fonctions dans un état-major des armées d'Espagne. Blessé à Busaco, il devint général de brigade, puis, durant les Cent Jours, fut créé baron de l'Empire. Le conspirateur jacobin de l'an X s'était, du reste, transformé en un ardent bonapartiste. Les rapports policiers de la Restauration signalent « ce (ils d'avoué » comme un fidèle de Buônaparte, favorable à l'Usurpateur, et « portant au fond du cœur l'aigle et la cocarde tricolore ». Chargé de tant de méfaits, Pinoteau fut envoyé « en exil » à La Rochelle. Le Gouvernement de Juillet lui restitua son commandement, et il mourut maréchal de camp, en 1834. Son nom est resté populaire au pays des Charcutes, et les biographes de ce brave à l'âme si débile n'ont voulu connaître de lui que ses quatorze campagnes, et les deux blessures, stigmates de gloire, qu'il reçut faisant face à l'Anglais.

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L'imprimeur Chausseblanche fut écroué, lui aussi, dans un cachot du Temple. Là, toujours lamentable, il larmoya, implorant Fouché « magistrat sensible et bon »; mais, en dépit des épithètes, Fouché le fit conduire au château d'Oléron : le crève-misère savait trop de choses, et ne pouvait brider sa langue. De ses jambes goutteuses, et mené à la chaîne, Chausseblanche parcourut donc les dures étapes que suivirent alors tant de condamnés politiques. Aucun puissant du jour n'élevant la voix pour ce chétif, on l'oublia dans la citadelle. Durant dix-neuf mois, il y fut détenu, parmi les violeurs et les malandrins, laissant mère, épouse, enfants dans une atroce misère : certes, ce n'était pas là ce que lui avait promis Mounier, autre < magistrat tutélaire ». Enfin, après bien des souffrances, le vieil homme fut rendu à sa famille, à son labeur, à sa débine : il continua de vivre en l'indigence, et mourut misérable.... Un pauvre hère!

Le vaguemestre François Bertrand fut condamné à la déportation. Son nom figure sur une liste dressée au mois de brumaire an XII; c'est un des treize « individus dont le Premier Consul a ordonné l'embarquement ». En mai^e de ce nom, le ministre de la Justice, Régnier, a libellé cette suggestive observation : « Auteur d'écrits séditieux dont le but était d'insurger l'armée, et de provoquer à Vassassinat du premier Consul. Instruit et intelligent, pourrait être employé militairement ». Fut-il vrai-

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