‹ Conspirateurs et gens de policeChapitre 31 sur 46 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

dénonçait Dossonville, tint furtivement quelques conciliabules et discuta diverses questions*. L'Armée de rOuest, la seule qui fût à même de marcher sur Paris, avait conservé un organisme intact : Bernadotte reçut donc la mission de la mettre en mouvement. Elle était peu nombreuse, — une quinzaine de mille hommes, tout au plus; mais, à chacune de ses étapes, elle pouvait s'augmenter rapidement. Des régiments entiers seraient accourus la rejoindre, fournis parles 14* et 22* divisions militaires, car dans ces deux autres contrées de la Chouannerie, le Consul et son amnistie des « brigands » avaient irrité le soldat. En Normandie, à Caen surtout, les demi-brigades s'agitaient comme en Bretagne, et un ardent jacobin, le général Liébert, commandait à Tours. Accrue de renforts, l'armée de la révolte se fût présentée devant Paris, et aussitôt, — les mêmes rapports nous l'apprennent, — la garnison eût acclamé Moreau.

Que serait-il advenu de cette révolution triomphante? Moreau et Bernadotte auraient-ils reconstitué une Convention? On peut hardiment affirmer le contraire.... Sans doute, les Simon, les Pinoteau et leurs complices usaient, à bouche pleine, de ce grand mot sonore ; mais ils croyaient bien peu à la réalité de leur chimère. Le règne des assemblées

i. Suivant toute présomption : Augereau, Masséna, Bernadotte, Macdonald, Monnier, Lecourbe et Delmas; Oudinot, peut-être; mais non pas Moreau.... Nous aurons à parler plus longuement de ces généraux et de leur « comité >».

dirigeantes, — ils le savaient, — était passé, et fini le temps des audaces à la Danton ou des vertus à la Robespierre. Pour la France la Liberté n*était plus une idole, ni sa tribune, un autel; aux jacobins eux-mêmes des jours nouveaux il fallait un nouveau fétiche : la Gloire....

D'ailleurs, Moreau et Bernadotte n'auraient pu, derechef « intrôner des avocats » aux Tuileries : leurs soldats s'y seraient opposés. Ceux-là voulaient un dictateur portant le glaive, mais ils le désiraient autre que le « Corse » ami du prêtre et protecteur de l'émigré, se faisant aujourd'hui « pékin et bureaucrate », exigeant de l'officier la morale et la discipline. Prisonniers de leurs propres cohortes, contraints à s'adjoindre Augereau ou Masséna, les généraux vainqueurs auraient donc imposé à leur république de caserne quelque triumvirat militaire....

Un gouvernement de soldats, rien que de soldats, et, — suivant l'énergique expression de Mounier, — « délibérant, le sabre en main, sur les destinées de la France », voilà ce que rêvèrent les « derniers Romains » de l'an X, et ce qu'ils ne purent accomplir. Au surplus, une phrase de Fouché, en sa correspondance, démontre qu'il avait fort 'bien deviné le secret de la conjuration et la pensée intime des conjurés : « Ce complot odieux en lui*même ne sera pas sans avantage pour le pays.... Nous avons écarté Vinfluence militaire, suite de nos troubles civils.... »

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